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Ouvert la nuit : Rencontre avec Edouard Baer

Nous avons eu le plaisir de partager la compagnie du génial et fantasque Edouard Baer qui nous a parlé de « Ouvert la nuit » son nouveau film en tant que réalisateur. Une comédie réjouissante sur l’univers du spectacle et de ses coulisses parfois périlleuses.

En plus d’être le metteur en scène de ce film, vous y interprétez également un directeur de théâtre qui peine à payer ses employés à la veille de la première de son nouveau spectacle et qui court après de l’argent que personne ne veut lui prêter… Avez vous déjà connu pareille situation ?

Edouard Baer : Oh que oui !!! J’ai même connu des producteurs de théâtre et de cinéma qui allaient jouer au casino pour payer leur équipe. C’est d’autant plus vrai au cinéma car vous êtes payés à la semaine et non pas au mois. Il y a des producteurs qui vous payent avec du retard mais qui sont tellement engagés dans leur projet que vous leur pardonnez aussitôt. À l’inverse, il y en a d’autres où s’il y a un retard de trois jours, c’est juste une horreure. Tout dépend de l’engagement de la personne, si vous sentez qu’elle se donne à fond pour son équipe et son spectacle alors on lui pardonne tout mais si vous apprenez qu’elle a détourné l’argent de vos salaires pour s’offrir une maison dans le Luberon alors là, c’est une trahison et il n’y a pas de pardon possible.

Votre personnage est quelqu'un de très entouré mais qui semble pourtant assez seul, comme en témoigne une scène très touchante qu’il partage avec sa fille…

EB : Il aime dépendre des gens et il aime que les gens dépendent de lui. J’avais un ami dont la devise était : « Ni moi sans vous, ni vous sans moi ! ». Je n’ai pas de jugement sur sa vie de famille car on voit dans le regard de sa fille qu’elle comprend qui il est et il sait qu’il peut se comporter comme ça avec elle. Ce n’est pas vraiment un solitaire mais c’est un homme qui a une vie inversée puisque sa famille sont les gens avec qui il travaille et que sa journée, c’est la nuit. 

C’est un film bourré d’humour, de fraicheur, de poésie mais aussi… d’aventure…

EB : J’aime les films dans lesquels il y a une mission… Quand on fait le métier de mon personnage, c’est qu’on a le goût de la catastrophe. Je voulais qu'il soit confronté à des problématiques concrètes au cours de cette nuit qui est peut être la plus extrême de sa carrière car on sent que tout peut basculer. 

Je parlais de poésie à l’instant, elle se retrouve notamment dans la manière dont vous filmez Paris… Vous aviez des références précises ?

EB : C’est un Paris vu par mon personnage donc plein de couleurs, il est attiré par la nuit comme les insectes par la lumière. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est qu’on a tourné durant l’été où Paris devient une ville très végétale, à tel point que lors des nuits d’été, les immeubles disparaissent presque sous la végétation et ça devient très mystérieux. C’est un Paris à la Modiano, on choisit les décors comme des feux d’artifices de lumières, rien n’est laid, au pire c’est extravagant ou de mauvais goût mais le mauvais goût n’est pas laid. J’ai beaucoup pensé à des films comme Quoi de neuf, Pussycat ? avec Peter Sellers, Woody Allen et Peter O’tool. Je voulais un Paris brillant comme savent le montrer les américains et les anglo-saxons… Un Paris rêvé…

Vous montrez également les coulisses d’un théâtre parisien avec ce que ça peut avoir de magique mais aussi de très angoissant…

EB : Le Théâtre, ce sont de nombreux métiers qui se télescopent dans un petit espace pour faire une fête et chaque soir, on repart de zéro, contrairement à un film où, dès lors qu'il est fait, on ne peut plus rien changer. C’est une énergie particulière, on y croise des salariés, des clients, des artistes, des égos, des folies et des soucis qui ne sont pas les nôtres mais qu’il faut respecter aussi…

Juste pour conclure, on peut dire que ce film vous ressemble beaucoup dans son mouvement et ses dialogues… Qu’est ce qui vous fascine autant dans cet art du verbe et de la parole ?

EB : Il y a des gens qui, par le verbe, font changer les choses. Ici, en l’occurrence, mon personnage se sert des mots et de son enthousiasme pour régler ses problèmes, on lui dit non jusqu’à ce qu’il aille voir les gens et qu’il les convainc. D'ailleurs, vous avez remarqué que dans les banques, on vous change votre banquier tous les trois ans pour pas qu’il ait d’attache avec vous ? La société a peur de l’intime alors que toute la vie, c’est de l’agrément personnel. On devrait tous vivre comme ça, dans la confiance et l’humain à l’humain.


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