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Paris, 1748 : Les sonates et airs pour violoncelle de Martin Berteau

L’excellent label Glossa nous revient avec de fantastiques nouveautés et je ne pouvais passer sous silence ce disque sorti en mars consacré aux sonates et airs pour violoncelle de Martin Berteau (1708-1771), véritable pépite et immense coup de coeur en ce temps printanier. Celui qui est considéré comme le père du jeu moderne du violoncelle trouve dans cet album un hommage de haute tenue grâce à au jeu précis et chamarré de Christophe Coin et deux de ses anciens étudiants de la Schola Cantorum Basiliensis, Petr Skalka et Felix Knecht.

Martin Berteau fait partie de cette première génération de violoncellistes français au milieu du XVIIIème siècle avec Baptistin Stuck et Jean Barrière (voir le disque de Bruno Cocset chez Alpha en 2001) explorant les possibilités techniques de l’instrument afin de lui consacrer un répertoire propre et développer un jeu expressif. En ces années 1750 et 1760, les esprits sont encore à voir dans le violoncelle un excellent exécuteur de basses mais l’apport de Martin Berteau et d’autres enseignants lui confère un jeu soliste capable de rendre à merveille sonates et morceaux de chants. La génération suivante ne se trompe pas : elle se réclame de Berteau et continue ce processus de développement de l’instrument jusqu’à la fondation du Conservatoire de musique de Paris en 1795.

Si l’on connait peu le compositeur et l’enseignant aujourd’hui, c’est sans doute dû à son prénom. En effet, « Martin » est un nom extrêmement utilisé par plusieurs musiciens de la première partie du XVIIIè siècle rattachés au répertoire du violoncelle. Il en va ainsi de Giovanni Battista Sammartini (c.1700-1775) et de François Martin (c.1727-1757) qui ont composés des sonates publiées à Paris, comme Martin Berteau le fera pour son unique opus des six Sonate da camera en 1748 sous le nom « Sgr. Martino ». Il faudra attendre 1989 et le travail de Jane Adas pour faire le lien avec une deuxième édition des sonates parue en 1772 et dans laquelle « Martino Berteau » apparait explicitement.

Martin Berteau a commencé sa carrière musicale comme joueur de viole de gambe et se serait familiarisé au violoncelle lors d’un séjour en Bohème. Il aurait eu un rôle décisif dans la modification du jeu de l’instrument, comme le jeu avec la position du pouce et l’utilisation plus soutenue des notes harmoniques comme des pizzicati. Avec cette nouvelle façon de jouer, l’instrument pouvait aller du registre de basse jusqu’au registre d’alto voire de soprano. Si la deuxième génération de violoncellistes en France a bénéficié de ses enseignements, c’est par le biais des méthodes de François Cupis (1772), Jean-Baptiste Bréval (1804) ou encore Jean-Louis Duport (1813) que l’on retrouve les éléments de jeu transmis par Berteau et sur lesquels ce disque s’appuie, en plus de l’opus 1. 

Ce qui marque d’emblée à l’écoute de ces pièces, c’est la séduisante ligne mélodique propre à chaque mouvement de sonate, chaque air tiré des recueils de Cupis et Bréval ou encore de l’étude en sol (« sixième exercice ») imprimée dans la méthode de Duport. Il y a de l’imagination, de la sensibilité, de la fantaisie et de la virtuosité à foison. Même si tout n’est pas inoubliable, nous sommes bien face à quelqu’un faisant preuve d’une inventivité dans tous les registres, qu’ils soient harmoniques, techniques ou mélodiques. Pour s’en convaincre il suffit d’écouter les répétitions de notes harmoniques introduites élégamment dans le dernier mouvement Rondo Amoroso de la sonate III (dernier extrait ci-dessous) ou encore la virtuosité demandée des arpèges et doubles cordes dans la sonate IV, un des points culminants du disque et dont le deuxième mouvement Allegro est proposé aussi plus bas.

Enfin, on ne peut sortir indemne de cet album sans avoir mentionné le « Trio » refermant le recueil de 1748. Ce qui fait office de sixième sonate est une pièce unique en trois mouvements écrite à trois voix pouvant se passer du clavecin et jouée ici par trois violoncelles. En résulte une mélancolie qui semble nous ouvrir les portes du monde et de l’âme de Martin Berteau, un monde visiblement bien percé par Christophe Coin et ses comparses, donnant de bout en bout un sentiment de justesse et de passion dans une prise de son idéale. C’est indéniablement une très belle réhabilitation, recréant la même émotion vécue il y a déjà treize ans lors de la sortie du disque de Bruno Cocset consacré au compositeur Jean Barrière.

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Martin Berteau (1708-1771)
Sonatas & airs for violoncello

I. Trio (Sonate n°6 en mi mineur) : Allegretto
II. Sonate n°5 en Mi bémol majeur : Grave
III. Sonate n°4 en Ré majeur : Allegro ma non troppo
IV. Sonate n°3 en Sol majeur : Rondo. Amoroso

Christophe Coin, violoncelle
Petr Skalka, violoncelle
Felix Knecht, violoncelle
Markus Hünninger, clavecin

2014 Glossa/Schola Cantorum Basiliensis GCD 922512

http://youtu.be/g6acJcc0m5Y

Ce disque peut être acheté ICI


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