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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Paysages manufacturés » sur grand écran

« Paysages manufacturés » sur grand écran

Lorsqu’une démarche artistique nous ouvre les yeux sur le monde dans lequel nous vivons, le bouleversement peut être très profond. Le documentaire « Paysages manufacturés », qui sort en salles le 28 novembre, présente une œuvre photographique qui témoigne de drames environnementaux et nous interroge sur notre part de responsabilité.

Dans son documentaire Paysages manufacturés, la réalisatrice Jennifer Balchwal présente la démarche du photographe canadien Edward Burtynsky, dont l’œuvre est consacrée aux paysages transformés par l’industrie.

Le film retrace le cheminement des matières premières, depuis leur extraction en milieu naturel jusqu’aux décharges où certaines sont recyclées, en passant par leur utilisation dans les processus de construction ou de fabrication industrielle. Notre vie quotidienne est cernée d’objets dont les matériaux proviennent de la terre : des pierres, des métaux, du charbon, du pétrole... tout cela est extrait copieusement des entrailles de la terre pour se transformer en habitations, en équipements technologiques, en moyens de transport, en plastique, etc. L’industrialisation toujours plus intensive, alimente le marché en laissant derrière elle des paysages éventrés, des mines exploitées semblables à des plaies ouvertes, et emploie des masses d’ouvriers déshumanisés, robotisés à force de travailler à la chaîne en faisant les mêmes petits gestes des centaines de fois à la suite. Après la consommation - ce moment d’apothéose du produit industriel dont la brièveté est fortement encouragée pour le bien économique du secteur - les objets manufacturés sont jetés. Certains matériaux se retrouvent dans des filières de recyclage, et ainsi naissent des montagnes de pneus, de carrosseries, de plastiques, d’équipements électriques et électroniques désossés... où encore une fois, la condition humaine est abandonnée à un terrible sort.

Une image valant mille mots, Edward Burtynsky a choisi de montrer ces paysages torturés et l’ampleur de l’exploitation des ressources naturelles et des déchets qui s’amoncèlent, en tant que simple témoin. Il ne porte pas de jugement, il montre la situation telle qu’elle est, mettant ainsi le spectateur face à un constat. Voici ce que sont devenus des paysages américains transformés en sites d’exploitation minière ; voici à quoi ressemble une usine en Chine ; voici les chantiers de démolition de navires au Bangladesh ; voici la construction du plus grand barrage du monde, celui des Trois Gorges...

Dans le monde, il existe des pays dits "industrialisés" et des pays "en voie de développement". En réalité, ce développement est principalement une industrialisation, déléguée par les pays industrialisés. Sous prétexte d’apporter de la croissance aux pays pauvres, les pays riches sous-traitent la main-d’œuvre, sans être trop regardants sur les conditions sociales, sous-traitent la fabrication, sans trop se préoccuper de la consommation d’énergie des usines et de la pollution générée dans ces contrées lointaines pour leur compte, et sous-traitent la gestion des déchets, sans trop s’inquiéter des conséquences sanitaires. Non, ici, bien à l’abri, nous consommons, le cœur léger, sans trop nous poser de questions au sujet de la provenance des matériaux que nous utilisons et des conséquences écologiques et sociales de leur exploitation.

Alors pourquoi ce terrible malaise, lorsqu’on se retrouve face à une photo d’Edward Burtynsky ? Ces images sont très belles, très fortes, très déstabilisantes, à en donner le vertige. Des paysages d’apparence surréelle, mais qui nous renvoient pourtant à une réalité, celle de notre quotidien, de notre responsabilité à consommer, à cautionner, à ne pas se poser de questions. Notre consommation, répond-elle vraiment à nos besoins, comme l’industrie s’efforce à nous le faire croire ? Ces besoins théoriquement comblés par le portable dernier cri, le téléviseur à écran plasma et la voiture la plus nerveuse et la plus ostentatoire, les trouvons-nous encore aussi satisfaisants lorsqu’on visualise les effets de leur production, de leur utilisation et de leur fin de vie ? Lorsqu’on rattache les biens que nous achetons, d’apparence si innocents, à la dégradation sans précédent que la nature est en train de subir et au danger réel que nos pillages des ressources naturelles et que nos pollutions représentent pour les générations à venir, ressentons-nous le même "bonheur" à consommer ? Les usines en Chine, les navires cargo démantelés et l’exportation de déchets toxiques sont autant de symboles d’une mondialisation pernicieuse qu’on ne peut plus ignorer.

Quatre jours avant la sortie du film dans les salles de cinéma en France, le samedi 24 novembre marquera la « Journée internationale sans achat » destinée à protester contre l’excès de consommation. Diverses actions seront entreprises dans différentes villes pour inciter les consommateurs à l’introspection. L’œuvre d’Edward Burtynsky et le film Paysages manufacturés contribueront sans doute à la prise de conscience émergeante au sujet de nos modes de vie.

- [Site du film]
- Merci au [Festival international du film d’environnement] (21 au 27 novembre, à Paris) d’avoir présenté le film en avant-première.


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2 réactions à cet article    


  • Halman Halman 27 novembre 2007 14:05

    Le manque de commentaire à cet article est édifiant.

    Dans les années 1960, la banlieue sud de Paris était encore très peu bétonnée. C’était plus des villages que de la banlieue parisienne. On y croisait des mamies avec leurs petits troupeaux de biquettes, des gosses qui jouaient dans des rues non macadamisée où le passage d’une voiture était un évennement.

    Aujourd’hui, tout est ultra betonné, plus loin que Villacoublay, qui à l’époque était entouré de champs. On y rencontre plus que des parkings entourant des batiments bizarres avec sur le fronton un nom de société totalement inconnu.

    Dans les années 1970, l’aéroclub de Chartres n’avait pour voisinnage que les antennes militaires d’une vieille base aérienne désafectée. On pouvait s’y rendre à pieds à travers prés et pistes d’aviation désafectées.

    Aujourd’hui, impossible d’y aller à pieds, l’aéroclub est entouré de lotissements, casernes, parcs d’expositions de caravanes et autres piscines pavillonaires, pistes de stock car et de motos cross et de karting qui nous réveillent de leurs hurlements de moteurs poussés à fond même le dimanche matin, rocades, bretelles d’autoroutes, hôtels, et autres horreurs bétonesques bruyantes.

    Au point qu’un nouveau site est recherché 50 km plus loin de la ville, plus calme, là où nous ne recevrons plus de coups de fils de gens agacés par le bruits de nos planeurs même l’hiver.

    Et oui, ça bétonne ça bétonne.

    Sans se demander si l’atmosphère n’en est pas légèrement perturbée.

    Ca se plaint du changement climatique, mais c’est tellement normal d’étaler le bétonnement, détruisant l’aérologie locale.


    • Philou017 Philou017 28 novembre 2007 09:10

      Je suis d’accord avec vous. Le pouvoir est entre les mains d’élites financières qui ne pensent que profits et pouvoir. Le sort de la terre et des gens qui subissent leurs agissements leur est indifférent. Il serait intéréssant de savoir comment on a pu en arriver là, comment nous pouvons être otages de cette course au profit et à une consommation qui sert surtout à flatter notre égo plutôt qu’à satisfaire nos besoins réels.

      La seule solution pour les gens, est de sortir du carcan et des habitudes, de se placer en marge d’un système qui vous utilise et finit par vous écraser. Refusons le crédit qui enchaine, les habitudes de consommation qui abrutissent, de subir des médias au service de l’empire économique et reconstruisons des aujourd’hui une façon de vivre plus humaine, plus vraie, basée sur la solidarité et la fraternité.

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