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Phantom of the paradise, le retour

35 ans après sa sortie française Phantom of the paradise, opéra rock fantastique de Brian de Palma, ressort en dvd et en blue ray (remasterisé pour la première fois en haute définition) chez Opening.
 
Si ce classique du cinéma n’a obtenu qu’un maigre succès au moment de sa sortie ses admirateurs vouent un véritable culte à ce film dont la musique ni le propos n’ont pris une ride avec le temps. 
 
Si Phantom of the paradise (1974) n’est pas le premier film de Brian de Palma (il en avait déjà tourné cinq depuis 1966 dont le fameux Sœurs de sang), il est sans doute celui qui a permis au réalisateur d’accéder à une grande notoriété. Après ce film-culte (ici le terme n’est pas usurpé), le cinéaste a enchaîné les chefs d’œuvre : Carrie (1976), Obsession (1977), Blow out (1982), Scarface (1984), etc., jusqu’à son dernier en date, Redacted (2007). En attendant l’année prochaine...
 
Phantom of the paradise c’est le film de genre, en l’occurrence fantastique, revisité par le film d’auteur. C’est un habile mélange de Faust, du Portrait de Dorian Gray et du Fantôme de l’Opéra. Mais on aurait tort de le cantonner à un brillant exercice de style ou à un opéra rock baroque et flamboyant. C’est un film inclassable dont la trame narrative élaborée sert de prétexte pour décortiquer de façon cruelle le fonctionnement du show bizz et, partant, de toute une société aveuglée par la célébrité, le pouvoir, l’argent.
 
 
Winslow Leach (William Finley), musicien talentueux, mais naïf, joue sa cantate, lors d’une audition, à Swan (joué par Paul Williams également compositeur de la superbe bande originale), prototype du producteur comme on en faisait dans les années 70 et comme on n’en fait sûrement plus (la crise du disque étant passée par là). Le modèle revendiqué de Swan, patron de Death records, est le célèbre Phil Spector, archétype du producteur régnant en maître sur la musique.
 
Le peu scrupuleux et affairiste Swan vole littéralement l’œuvre de Leach qui tente par tous les moyens de la récupérer. Après quelques vicissitudes narrées de façon burlesque par le cinéaste, la grande confrontation aura lieu. Winslow, furieux d’avoir été spolié par le producteur est défiguré par une presse à disques (à l’époque il s’agissait de vinyles).
 
Hurlant de douleur il se réfugie au Paradise. Ce théâtre qui appartient à Swan doit ouvrir bientôt avec comme spectacle inaugural un show uniquement composé des musiques … volées au compositeur. Ce dernier qui pour camoufler son hideuse blessure s’est trouvé un masque à tête de rapace se vêt d’une combinaison de cuir et hante ainsi le théâtre tel un oiseau maléfique, attendant l’heure où il pourra se venger.
 
Mais Swan qui a signé un pacte avec le diable, lui propose un contrat similaire. Winslow-Phantom signe de son sang, croyant naïvement que la belle Phoenix (Jessica Harper) dont il est éperdument amoureux, pourra chanter ses chansons. Il ignore qu’il s’est fait rouler par un roublard qui non seulement lui pique son génie, mais aussi celle qu’il aime. Cette histoire, précise le réalisateur dans le bonus, « c’est l’éternel conflit entre ceux qui créent et ceux qui gèrent. Ce système détruit tout ce qui est bon. Si l’on fait de la qualité c’est par hasard, car l’argent régit tout ».
 
L’ensemble du film (voir la fiche technique complète) évolue au rythme de la superbe musique de Paul Williams. Rock n’roll, ballade, doo wap, hard rock, la bande son est un panorama exhaustif et excitant de la musique populaire américaine des années 70. Rien à jeter. De Goodbye, Eddie, Goodbye et Somebody super like you, tous deux interprétés par Archie Hahn (au départ c’est le groupe Sha na na, présent à Woodstock quelques années plus tôt qui devait le chanter), au rugueux Life at last, en passant par les cultissimes Old souls et Special to Me chantés par une Jessica Harper au mieux de sa forme et qui marquera durablement les esprits avec son déhanché et son jeté de chapeau, très effeuilleuse.
 
 
Au départ ce n’est pas Paul Williams qui devait jouer Swan, mais Mick Jagger puis David Bowie. Les deux rock stars, après avoir été approchés, refusèrent le rôle sous prétexte qu’ils voulaient un « vrai groupe » (le leur) pour les accompagner dans le film. Paul Williams, d’abord contacté pour jouer Le Phantom laissa finalement sa place à William Finley, extraordinaire en musicien binoclard d’abord, puis en monstre ténébreux à la voix infernale ensuite. Son personnage est inspiré de Wilford Leach, prof de théâtre de De Palma, "génie qui ne savait pas exploiter son génie"...
 
Dans le bonus de ce dvd, Brian de Palma déclare « En 1972 j’ai connu des gens qui auraient vendu leur âme au diable pour un contrat discographique ou un premier rôle dans un film. A Hollywood, des tas de gens sont prêts à tout ». Palma est un visionnaire. Au début des années 70 beaucoup de gens étaient effectivement prêts à tout pour avoir leur heure de gloire. Aujourd’hui les exigences sont en baisse. On en voit tous les soirs s’échiner à obtenir leur misérable quart d’heure de célébrité.
 
Phantom of the Paradise est devenu un film culte avec le temps. Ses acteurs principaux reçoivent encore des demandes d’interviews ou sont hélés dans la rue par des fans qui connaissent les répliques du film par cœur. Pourtant au départ il n’a rencontré aucun succès. « Pour le public ado de l’époque, explique Brian de Palma, c’était une satire de ce qui les avaient attiré. Ils prenaient ça au sérieux ». Film trop bizarre ou trop fou, trop malsain ou trop déprimant, s’interroge encore aujourd’hui le réalisateur qui se souvient avoir eu « l’idée de faire ce film dans un ascenseur, en écoutant une chanson des Beatles en version musak. Je me suis dit « ils prennent une version magnifique et originale et ils en font une musique d’ascenseur » ».
 
Si le réalisateur trouve sans difficulté un studio de production et un distributeur, les ennuis pleuvent pourtant sur son film dès sa sortie. Les procès s’accumulent. Au départ l’œuvre s’intitule The Phantom. Comme c’était également le titre d’une bédé, le titre est changé en Phantom of the Paradise, mais là ce sont les Studios Universal qui attaquent pour plagiat du Fantôme de l’Opéra (dont il détiennent les droits d’une version cinématographique). Led Zeppelin, dont le label s’appelle alors Swan songs, demande à ce que l’on retire ce terme de toutes les scènes. On le remplace par le logo de Death records, un canari mort, allongé sur le dos.
 
Enfin le manager d’un musicien de rock qui mourut d’électrocution fit un procès à la production. Il estimait que la scène dans laquelle grille Beef (Gerrit Graham), le chanteur excentrique qui meurt d’un choc électrique, ne respectait pas la mémoire de son ami mort tragiquement.
 
Mais, finalement, Phantom of the paradise a continué sa vie. Les copies VHS, Dvd et maintenant blue ray se succèdent et les commentaires de fans ou de spécialistes s’accumulent sans vraiment expliquer la magie intrinsèque de ce film qui a sans doute vieilli par bien des aspects (décors, costumes, musique), mais qui, à l’instar de Dorian Gray, est resté éternellement jeune, frais et toujours excitant.



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8 réactions à cet article    


  • Philippe D Philippe D 16 décembre 2009 10:15

    Souvenirs, souvenirs !


    • morice morice 16 décembre 2009 10:20

      excellent rappel de ce film culte absolument indispensable : une adaptation rock du mythe de Faust... à signaler qu’un autre cultissime,Spinal Tap n’est toujours pas distribué pour de sombres raisons d’accords entre firmes.... dommange, il existe fort peu de films vraiment rock, depuis le Blackboard jungle ou la Blonde et moi. Blues Brothers étant le plus musical de tous en fait.


      • LE CHAT LE CHAT 16 décembre 2009 15:35

        je ne peux que t’approuver , Blues brother et Blues Brother 2000 sont un vrai régal !

        j’aime aussi Tommy des who , avec un Elton magnifique dans Pinball wizard  !


      • morice morice 17 décembre 2009 00:49

        beaucoup moins le 2000 le chat !


      • Mmarvinbear mmarvin 16 décembre 2009 10:50

        S’il est vrai que techniquement et sur le plan matériel le film a un peu vieilli (rah, les magnétos à bandes géantes, qui étaient même pas du VHS !... :) ) sur tout le reste il reste actuel.

        Le génie caché qui tente de percer dans un milieu de requins avides et de médiocrité commerciale, la jeune chanteuse talentueuse qui se fait piéger par son ambition, le manager retors et son sbire sans scrupule ( « Un contrat en béton. Elle pouvait pas s’en tirer. J’ai même filé un backchich au juge, et c’est nous qu’on condamne au motif que ce serait illégal de faire signer un contrat à vie ! »), un amour qui finit par provoquer la perte du héros.

        C’est autre chose que « Fame » 2008 ou la Starac !


        • Vilain petit canard Vilain petit canard 16 décembre 2009 11:02

          Ah enfin une bonne nouvelle. Je me rappelle avoir découvert ce film avant son lancement en France, au festival du film de Paris (au grand Monge, disparu depuis, je crois). Et depuis, je ne m’en suis pas lassé, je me le repasse régulièrement, déjà rien que pour la B.O. ! Je trouve qu’il n’a pas vieilli, c’est plutôt (et dès sa sortie) un film en costumes. Et Paul Williams, compositeur-chanteur, jeté un peu par hasard dans le rôle, est génial en producteur méphistophélique. Tiens, je vais me le refaire ce weekend !


          • K K 16 décembre 2009 16:27

            Je l’avais vu dans un cinéma d’art et essais pour les dix ans du film... depuis, j’ai la casette et le DVD. Mais je n’investirai pas dans le blue ray faute de moyens. 

            Ce film est vraiment une merveille. Merci d’en avoir parlé. 

            • taio 16 décembre 2009 17:18

              un tres bon souvenir

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