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Pied-rouge

Pied-rouge

Artiste : Perrine Rouland ; Texte de DUSSauze et Perrine Rouland ; Metteur en scène : Melle Drine

du 8 octobre au 12 novembre au Théâtre le Nombril du Monde place Chardonneret Lyon 1er

Conflans Saint-Honorine en décembre.

Pied-rouge est une sorte de récit de sortie d’enfance par une jeune comédienne. Elle parle à une grande poupée moche qu’on lui a offert sans doute il y a longtemps. Seule dans une chambre sur les toits, où elle va pour ses délires comme une chatte de gouttière, un pierrot crochetant la lune pour noyer son chagrin, où elle va pour boire, fumer comme une grande, chanter et observer le voisin… de quoi c’est fait et comment ça fonctionne un homme ? Pourquoi c’est aussi attirant et aussi inquiétant ? Le monde lui fait envie et lui fait peur aussi. Elle est perchée, et nous invite dans son monde unique, bulle douillette et enfermement…

Perrine Rouland nous offre son clown. Elle nous dit avec humour l’ambivalence de cette niche : elle lui tient chaud, elle y est à son aise, dans ses jeux, dans ses rêves fantasmatiques, et tout le reste de la vie l’appelle sans cesse comme promesses tentantes. Perrine Rouland est co-auteure de son texte, avec DUSSauze. Un texte fortement théâtral qui porte de grands moments de jeu. Ad hoc.

Ah ! cette scène où elle doit répondre à une question philosophique complexe et inutile comme il se doit, comme la philo du bac, elle est psychologiquement testée et elle perçoit bien l’incongruité de cette situation… bon la question l’embarrasse, la torture… La liberté n’est-elle qu’une illusion au regard de l’existence de l’inconscient ? Elle y réfléchit intensément avec sa poupée, on voit quasiment ses cheveux fumer, et soudain, coup de chance, la réponse lui saute aux yeux. Elle répond d’un mot ! Ouf ! La détente, la satisfaction, elle a eu chaud, une chance sur deux en quelque sorte, et elle a trouvé ! Contente, contente… elle est ravie et soudain le doute la prend, pas de texte à ce moment, que du jeu, elle nous donne un moment goûteux renversement de sa certitude, on voit son visage se défaire, son calme s’évaporer ; des pensées rapides lui traversent l’esprit, se renversent en elle, la chahutent… Elle a choisi certes, mais il reste l’autre solution. Au secours ! Elle s’affole, rien ne va plus… elle finit par répondre le contraire. Rien ne va plus.

Perrine Rouland est en permanence dans le jeu théâtral narratif subtil. Son spectacle est drôle et grave. On est embarqués par son personnage dans cet univers intérieur riche et qui appelle le monde avec crainte. Elle joue la nuit à Led Zeppelin, elle joue avec nous, avec le public… cela dérange sa mère, elle doit arrêter.

Le grand morceau, c’est Sébastien. Elle l’observe, il est astrophysicien. Comme il a peur qu’elle tombe, elle le prend pour un pompier, elle fuit. Il lui envoie une lettre, il l’invite à diner… C’est quoi un homme, comment ça marche, que faire avec ? Ce doit merveilleux, des moments à deux avec un homme. De quoi c’est fait ? Et surtout, comment on résiste à l’angoisse qui précède ? Ne vaudrait-il pas mieux tout arrêter de suite ? Il aurait mieux valu ne jamais commencer… Elle appelle le public, des petits bonhommes dans ma tête

On s’identifie avec plaisir à ce personnage si proche de la comédienne et si proche de nous. Pied-rouge a la qualité rare de faire rire de choses sérieuses, avec tendresse. Un beau texte, un beau personnage, un jeu théâtral puissant.

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Photo de Jean-Michel Debut

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