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Pierre Bonnard, un arrêt du temps

Derrière l'apparente évidence des sujets les plus simples, des bonheurs fugaces, Pierre Bonnard (1867-1947) réinvente l'infiniment banal pour mieux restituer la force de ses couleurs et son univers poétique. Il nous invite à visiter un monde où les fenêtres s'ouvrent sur de vastes paysages colorés, il nous fait partager un vaste champ de sensations dédiées à l'harmonie et à la beauté, au velouté palpable de ses natures mortes.

Pour lui, « Il ne s'agit pas de peindre la vie, il s'agit de rendre vivante la peinture. » Personnalité à part, son parcours traverse les grands mouvements de son époque, fauvisme, cubisme et surréalisme, et il a poursuivi un chemin solitaire qui l'a conduit à construire une œuvre détachée du temps.

La nature enchantée

Dialoguer avec la nature est pour lui dialoguer avec la peinture tout en nourrissant son esprit de leurs différences. Le point de vue plongeant qui caractérise un grand nombre de ses toiles est un moyen efficace pour nous entrainer à l'intérieur du champ pictural. L'humanisation du paysage est remarquable lorsqu'il représente des jardins. Dans cet univers, s'affairent des gens simples qui aspirent à une cohabitation avec la nature. Bonnard n'en finit pas de s'en émerveiller et de poursuivre ce rêve d'harmonie dans « Grand Paysage du Midi » en 1945.

Dans un premier temps, la Normandie verdoyante lui inspire de véritables mosaïques de couleurs et des camaïeux subtils de verts et de bleus. Sa découverte de la lumière du Midi dans les années 1920 transfigure son regard. Le soleil éclatant lorsqu'il s'installe au Cannet le portera davantage vers la lumière, dans des tonalités vives et des contrastes plus appuyés avec, entre autres des éblouissements de roses, des maisons jaunes. Dans « La Vue du Cannet en 1930 », la lumière stridente fond dans un même horizon entre ciel et mer en ondes de mauves et de bleus, et absorbe l'ombre de la végétation luxuriante. Dans une de ses dernières toiles, L'Atelier au Mimosa en 1946, exacerbé par des effets de matière et de lumière, le jaune du mimosa, tel le soleil à travers un vitrail, envahit de son éclat la verrière de l'atelier.

Nombre de ses paysage apparaissent à travers une fenêtre ouverte ou non, ou surgissent dans l’entrebâillement d'un porte. Il poursuit ici la démarche de Matisse qui au même moment aborde le thème de la fenêtre en tant que surface d'échange, opérateur d'une circulation entre le dehors et le dedans. Bonnard porte plus précisément son attention sur la sensation lumineuse, le contraste entre la lumière venue de l'extérieur et l'intérieur, plus sombre. Cette dialectique instaure une distance protectrice tout en permettant de faire entrer le soleil dans la maison.

Pour lui, « il suffit que les fenêtres soient larges afin que pénètre l'éclat du jour, qu'il frappe avec toutes ses subtilités tout ce qu'il peut rencontrer. » C'est ainsi que « La fenêtre ouverte sur la Seine » en 1912 est à la fois un paysage et une scène d'intérieur laissant deviner très pudiquement quelques bribes de sa vie avec Marthe qui apparaît dans l'embrasure de la porte.

 

Un monde de sensations

Privilégiant un regard ouvert et sensible sur des moments de bonheur simple, il nous invite à partager son univers. A travers quelques thèmes, paysages, intérieurs et natures mortes, il parvient à représenter un monde de sensations, subtil et poétique.

Dans certaines compositions de vastes dimensions, Bonnard parvient à faire sentir l'intimité de la maison à Vernon et le grand air de la campagne normande dont l'unité est assurée par une modulation très fine de couleurs. Il réalise en 1934 « La Salle à Manger à la campagne » où des objets posés sur une table semblent y rayonner. Les abricots et les pommes dans des coupes sont des fruits d'or qui jutent de lumière. Le bleu du ciel se reflète sur la nappe rose vif, et de nouveau se marie avec la mer. Marthe, sa compagne et épouse, près de la fenêtre se penche vers un bouquet de fleurs rouges. On se laisse ici porter par la symphonie des couleurs.

Au fil de se toiles apparaissent souvent des natures mortes rayonnantes, fruits dorés, pêches, pommes, cerises au velouté palpable. Ses fruits gardent leur saveur originelle et l'on imagine la joie intérieure qu'il a éprouvé à les représenter.

Dans "Les Pêches" en 1916, il saisit avec intensité le velouté palpable des fruits, alors que les touches violettes de la nappe complètent la richesse chromatique de la composition. « C'est étonnant une pêche, cette année elles m'ont beaucoup frappé » dit-il à propos de l'Assiette de pêches, où dans une symphonie sourde parsemée de mauve, le blanc du linge s'habille de gris bleuté.

Entre ce que voit et ce qu'imagine ce grand coloriste, c'est la lumière qui prédomine et imprègne ses toiles d'éclats qui font vibrer les couleurs, car pour lui « la couleur agit ». De par son don de perpétuelle surprise, la sienne, la notre, il nous associe à son insatiable plaisir de peindre. Il nous fait partager des moments de bonheur simple, de purs instants de grâce et sa vision émerveillée du monde.

 

On peut retrouver toutes les toiles décrites plus haut ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_tableaux_de_Pierre_Bonnard


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8 réactions à cet article    


  • caillou14 rita 6 août 10:45

    Mouais...Très loin de la peinture de Joseph Mallord William Turner....


    • Fergus Fergus 6 août 11:46

      Bonjour, Eliane

      Bonnard n’est pas  loin s’en faut  un peintre majeur à mes yeux. Je trouve même sa notoriété très surfaite.

      Mais il méritait mieux que cette nature morte de pêches d’un intérêt médiocre.


      • Fergus Fergus 6 août 11:50

        A titre personnel, seuls ses portraits retiennent un peu mon attention.


      • Eliane Jacquot Eliane Jacquot 6 août 12:26

        @Fergus

        Bonjour Fergus,


        Je ne pouvais pas aborder tous les thèmes développés par Bonnard qui a réalisé de très beaux portraits , choisis dans son entourage immédiat . Je pense à la femme au chat qui décrit encore un moment suspendu où l’animal avance une patte vers l’assiette de Marthe , sa compagne et épouse , dans un camaïeu de rouge, vert et blanc( 1912). Il y a une petite fille au chien ( 1930) assise sur un banc dans un jardin , son visage poupon levé vers le soleil, tandis que son teckel tourne vers elle sa tête allongée , dans une harmonie de verts et de bleus. Sa propre figure est aussi évoquée au fil du temps qui passe , avec, à la fin de sa vie , un autoportrait où il se présente dans un extrême dépouillement face à la cruelle vérité du miroir, dans des couleurs sourdes (1945).

        Mais j’aime beaucoup l’intensité du velouté palpable de ses natures mortes .

        Merci de m’avoir lue .



      • Turner avait cet avantage de pratiquer l’aquarelle qui ne freinait pas la saisie de l’instant par le temps de séchage. C’est hélas fut hélas le problème avec les impressionnistes qui dans leur ferveur à saisir l’instantané d’une impression, avaient des difficultés à appliquer la règle du gras sur maigre. Ce qui posa de nombreux problème pour les conservateur. La peinture en surface s’écaillant,... J’ai tenté moi-même l’expérience, c’est la quadrature du cercle. Ne me parlez pas d’acrylique, je déteste. Quant à Bonnard, c’était effectivement du bon art,...


        • Si vous aimez Bonnard, vous aimerez Pierre LESIEUR. 


          • On pourrait s’attendre avec tant de lumière à un signe solaire comme le lion. Non, Pierre Bonnard du signe de la balance était un saturnien plutonien. MAIS avec vénus conjoint à son soleil (artiste) et son ascendant dominant (l(ascendant et le deuxième soleil. Ce que son aspect ne montrait n’extériorisait, il le projetait sur ses peintures : son soleil intérieur. Son portrait montre une personnalité tout en introversion et qui sa véritable personnalité pour la déposer sur ses toile. 


            • Adèle Coupechoux 7 août 17:11

              Merci pour ce partage, c’est un peintre que j’apprécie tout autant que Vuillard et Lesieur, une réalité poétique d"un autre temps.

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