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Pierre Cardin et ses 96 étés

« À Paros, en débarquant sur l’île, nous nous laissions glisser dans le bonheur et nos deux corps nus, sur la plage au sable blanc, se reflétaient dans le grand miroir de la mer. » (10 janvier 2001, à Paris).



Ce lundi 2 juillet 2018, le grand couturier Pierre Carin fête ses 96 ans. Apparemment dans une relative discrétion. Il est pourtant à l’origine d’une marque, son nom, qui est connue mondialement et qui est l’un des symboles les plus frappants de l’industrie du luxe française. L’un des cinq Français les plus connus au monde (par ses centaines de franchises de la marque dans une centaine de pays du monde) et l’un des Français les plus riches (dont la fortune a été estimée à plus de 600 millions d’euros par le magazine "Challenge" en 2009). Né en Italie et d’origine italienne, arrivée en France enfant, à l’âge de 2 ans, il est aussi l’une des belles réussites de l’immigration française.

L’un des Français les plus puissants et influents aussi. Comme Serge Dassault, quand il allait à l’étranger, Pierre Cardin était reçu par les chefs d’État et de gouvernement des pays visités, et une réception à l’ambassade de France avait toujours lieu. Il a ainsi rencontré de grands leaders du monde, comme Indira Gandhi et son fils Rajiv Gandhi, Benazir Bhutto, Cory Aquino, Suharto, et même Jean-Paul II. Reçu comme un chef d’État, et l’un des rares invités français aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008, Pierre Cardin a été nommé le 16 octobre 2009 à la fonction d’ambassadeur de bonne volonté de la FAO (organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations Unies). Il a aussi rencontré des grands noms de la culture, comme Picasso, Andy Warhol, etc.

Les îles grecques ainsi remémorées (en haut de l’article), c’était Pierre Cardin, membre de la prestigieuse Académie des Beaux-arts depuis 1992 (le premier couturier à entrer à l’Institut de France), qui était en train d’accueillir son ancienne compagne, l’actrice Jeanne Moreau, en 2001. Même si les femmes n’étaient pas vraiment son "truc", il aurait voulu avoir des enfants avec elle, comme fruit sans doute de ces souvenirs qui sont restés gravés dans sa mémoire de "jeune" homme de 40 ans…

Dès l’âge de 14 ans, Pierre Cardin a appris la couture. En 1945, il travailla pour la maison créée par la grande couturière Jeanne Paquin (1869-1936) et fut chargé de réaliser les costumes du film mythique de Jean Cocteau, "La Belle et la Bête" sorti le 20 septembre 1946 au Festival de Cannes, sous la direction artistique de Christian Bérard (1902-1949). La collaboration s’est tellement bien passée que Pierre Cardin fut par la suite plusieurs fois le costumier de Jean Marais (l’acteur préféré de Jean Cocteau).

Ayant déjà gagné une certaine réputation, Pierre Cardin a été recruté comme premier tailleur par Christian Dior dès la création de sa maison de haute couture le 16 décembre 1946, financée et soutenue par l’industriel du textile Marcel Boussac (1889-1980), qui souhaitait des débouchés à ses produits.

En 1950, il claqua la porte de la maison Dior et créa sa propre maison de haute couture. Il commença dans les costumes pour scène. Ses premières créations ont été présentées en 1953, il y a soixante-cinq ans.

Il a voulu rompre la séparation entre la haute couture destinée aux gens très aisés et le prêt-à-porter en créant des boutiques de "prêts-à-porter de haute couture" ("Ève" en 1954) dans un souci de rendre accessibles ses créations dans les milieux populaires. Sa réputation s’envola en 1957 avec la présentation de plus d’une centaine de modèles et a conquis les États-Unis et l’Union Soviétique dans les années 1970 à l’occasion d’opération marketing très démonstrative.

Pierre Cardin aime les formes géométriques et futuristes (voir quelques photos ici) mais ses créations n’étaient du coup pas facilement portables. Pierre Cardin était le créateur du futur tandis que Yves Saint Laurent était le créateur qui épousa le mieux son époque, ce qui lui a permis d’engranger les succès avec ses contemporains.

Janie Samet, ancienne journaliste du "Figaro" a décrit ainsi le grand couturier : « Yves Saint Laurent a offert à la femme un costume qui correspondait à son époque. Cardin a fui le présent pour se concentrer sur un futur improbable. Il s’intéressait à tout. Il voulait être l’homme global du XXe siècle. Quand on allait le voir, son bureau était un capharnaüm encombré de prototypes qui pouvaient aller de la cafetière électrique au vélo d’appartement. En même temps, il était capable de vous couper une robe en sept minutes ! Mais ça ne l’intéressait pas de refaire ce qui s’était déjà fait. » ("Vanity Fair").

La journaliste Claude Brouet, qui l’avait rencontré pour la première fois en 1946, pu témoigner : « Je ne sais pas comment décrire sa forme d’intelligence, son imagination. Il pense comme un ingénieur mais ce n’est pas un ingénieur. Il n’a peur de rien, rien n’est trop pour lui. S’il pouvait ouvrir quelque chose sur la Lune, il le ferait ! ». Un autre grand couturier, Jean-Paul Gaultier, sur Pierre Cardin : « En voyant un meuble, il pouvait dire : "Tiens, ça pourrait faire de très belles chaussures". ». Le même a ainsi résumé le professionnel : « Pierre Cardin, c’est à lui seul Yves Saint Laurent, Pierre Bergé et la première d’atelier ! ».

En juin 2013, Pierre Cardin a expliqué que c’était son collaborateur et amant André Oliver (1932-1993) qui faisait vivre sa maison de haute couture (entre 1952 et 1993) : « Lui, (…), il les habillait toutes [les femmes élégantes de l’époque]. Moi, c’était de la création pure… que je ne vendait pas, évidemment. Je ne vendais rien ! Lui, il vendait tout ! Il faisait vivre la maison. ». Et d’ajouter : « Mon but, moi, c’était la rue, que mon nom et mes créations soient dans la rue. Les célébrités, les princesses… ce n’était pas ma tasse de thé. Je les respectais, je dînais avec elles, mais je ne les voyais pas dans mes robes. De toute façon, elles auraient été ridicules. » (dans "Vanity Fair" de novembre 2013).

Cette idée de vouloir populariser ses créations, qui l’opposa à plusieurs concurrents (Dior, Yves Saint Laurent, etc.), se traduisit également dans un développement tout azimut de sa marque au travers d’un demi millier de licences qui font travailler 200 000 personnes pour un CA de 1,5 milliards d’euros. Tout objet de consommation pouvait recevoir le label "Pierre Cardin", au-delà des parfums, les briquets, les ustensiles de cuisine, l’eau minérale, les cigarettes, etc. au point de risquer de dévaluer la notion de luxe accolé à sa marque : « J’ai vécu la guerre. Nous avions faim ! C’est ridicule de penser que quelqu’un qui fait du parfum ne peut pas avoir une entreprise de sardines. On ne peut pas vivre du parfum. » (interviewé par Paul Gorman le 23 mars 2012 dans "Vice").

Pierre Cardin n’était donc pas seulement un grand couturier mais également un homme d’affaires, un peu (dans une moindre mesure) à l’instar du dessinateur Peyo, l’inventeur des Schtroumpfs, qui délaissa la création de bandes dessinées au profit du développement commercial de la marque schtroumpf. En fait, ce fut Pierre Cardin qui, le premier au début des années 1960, a développé autant les licences de marque dans la haute couture.

Grâce à sa fortune, Pierre Cardin a pu réaliser quelques petits rêves personnels.

Par exemple… Qu’y avait-il de commun entre Léon Blum (16 février 1933), Léon Daudet (22 février 1936), Joseph Caillaux (15 janvier 1937), Jacques Maritain (5 février 1938), Philippe Henriot (5 février 1938), Geneviève Tabouis (novembre 1938), Jacques Soustelle (2 mars 1956), Édouard Bonnefous (14 décembre 1958), Roger Frey (19 décembre 1958), Maurice Herzog (16 mai 1963), Paul Delouvrier (6 février 1966), Maurice Grimaud (28 mars 1968) et Georges Gallienne (11 octobre 1968) ?

Tous ont tenu au moins une conférence (aux dates indiquées) au Théâtre des Ambassadeurs au 1avenue Gabriel, près des Champs-Élysées à Paris. Ce théâtre, fondé en 1772, Pierre Cardin l’a racheté en 1970, plus exactement, la municipalité de Paris, propriétaire du théâtre, lui a vendu une concession. C’est devenu l’Espace Pierre-Cardin. De très nombreuses pièces de théâtre y furent jouées (avant et après 1970).

Pierre Cardin a aussi racheté en mai 1981 le fameux restaurant de luxe Maxim’s, fondé en 1893, au 3 rue Royale, près de la Madeleine, à Paris et a engagé des grands cuisiniers renommés (Alain Ducasse, Joël Robuchon, Bernard Loiseau, etc.). Il a développé la marque "Maxim’s" à l’international en fondant d’autres restaurants du même nom à l’étranger (Monaco, Pékin, Genève, Tokyo, Shanghai, New York et Bruxelles) et en exploitant la marque pour des objets de consommation (vaisselle, linge, etc.) comme avec "Pierre Cardin".

S’approchant du centenaire, Pierre Cardin n’a jamais vraiment eu la reconnaissance de ses collègues grands couturiers, au point qu’à part Paco Rabanne, aucun d’eux n’est venu assister à sa réception à l’Académie des Beaux-arts, il y a plus de vingt-cinq ans. Mais cette absence de reconnaissance de la profession, suscitée par l’agacement dû à son sens des affaires, il s’en moque un peu car il est capable de se payer tout ce qu’il veut : sa banque, ses châteaux, et même son musée Pierre-Cardin pour assurer lui-même sa postérité…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 juillet 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Cardin. L’éternel futur", article de Sylvie Yeu paru dans "Vanity Fair France" n°5 de novembre 2013..
Pierre Cardin et André Oliver.
Jeanne Moreau.
Pierre Cardin.
Yves Saint Laurent.
Pierre Bergé.

_yartiCardinPierre03
 


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8 réactions à cet article    


  • Milka Milka 3 juillet 11:43

    Bon, il ne va tarder celui-là ....  smiley


    • bob14 bob14 3 juillet 11:54

      Pierre Cardin l’homo de la couture..Roi de la partie fine avec ses petits imberbes pour lui chatouiller les « douilles »...Lui aussi mérite le Panthéon.. !


      • Dom66 Dom66 3 juillet 19:44

        @bob14

        Infatigable le Rakoto et sans doute payé, mais par qui, voila la question. Il nous faut un nartique Jack Langue « de pute »



      • cassini 3 juillet 12:18

        Et ? 

        Est-il une discipline plus vide que la mode ? 

        • bob14 bob14 3 juillet 12:57

          @cassini...le politique vu les résultats.. !


        • L'Astronome L’Astronome 3 juillet 20:38
           
          Français, Françaises,
          Belges, Belges
          citoyens, citoyennes !
           
          J’ai une grande nouvelle à vous révéler. En vrité, en vérité, je vous le dis et vous le douze : Le sieur Rakoarison et la dame Rosemar sont une seule et même personne qui signe sous deux « pseudos » différents.
           


          • L'Astronome L’Astronome 3 juillet 20:41
             
            Rectif : le sieur Rakotoarison (je viens de boire deux Leffe, ce qui explique ma faute de frappe).
             

             

          • DACH 8 juillet 17:46

            Merci pour cet article sur PC. Vénitien de coeur et d’esprit, il habite aussi un charmant petit palais dans le sestier que je ne préciserai pas. Regret que son projet de Tour au fond de la lagune vers Porto M et Mestre ait subi tous les obstacles partisans de vénètes à la courte vue. Quant aux commentaires que je viens de lire, le niveau d’école maternelle est toujours de rigueur. C’est une personnalité qui très vite s’est libérée de la connerie et de la duperie et volonté de duperie des êtres humains....

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