• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Pierre Soulages, l’artiste mélanthrope, a 99 ans

Pierre Soulages, l’artiste mélanthrope, a 99 ans

« Le noir avait tout envahi, à tel point que c’était comme s’il n’existait plus. » (Pierre Soulages, Entretien avec Christopher Donner, "Le Monde 2", le 3 février 2007).

_yartiSoulagesA01

L’homme en noir. Le noir, l’outrenoir. Une peinture en trois dimensions. Ce n’est plus la couleur mais le reflet de la lumière qui compte désormais. C’était en janvier 1979 que le peintre a eu cette révélation, celle de peindre tout en noir et que ce noir fût une nouvelle voie des arts, de son art. Ce peintre, Pierre Soulages, est sans doute le plus grand artiste français en vie, un monument culturel, tant physique (c’est un colosse de 1,90 mètre) qu’artistique avec plus de 1 600 de tableaux et 600 dessins. Le plus vieux aussi : il fête, son 99e anniversaire, cette veille de Noël, ce lundi 24 décembre 2018. Presque un siècle !

Je reviendrai plus longuement sur ses œuvres, et en particulier dans "son" musée à Rodez où il est né juste après la guerre (juste après la Première Guerre mondiale). Le Musée Soulages a été inauguré en sa présence le 30 mai 2014 par le Président François Hollande accompagné de la Ministre de la Culture Aurélie Filippetti et de l’ancien Premier Ministre Michel Rocard. Le peintre a lui-même posé la première pierre le 20 octobre 2010.

Dans "L’Express" du 21 août 2008, le très discret Pierre Soulages a ainsi expliqué son accord pour un tel musée dont l’idée initiale, datant d’avant 2005, fut de Marc Censi, maire UDF de Rodez de 1983 à 2008 et président du conseil régional de Midi-Pyrénées de 1988 à 1998 : « J’ai accepté, car ce projet est lié à l’abbatiale de Conques, un lieu proche de Rodez, auquel je suis très attaché. Adolescent, j’ai tellement été bouleversé par la beauté de l’architecture de cette église que j’ai décidé de me consacrer à l’art. Lorsqu’on m’a demandé de réaliser ses vitraux, je n’ai pas hésité. Ce travail a occupé sept années de ma vie. La proposition, faite par Marc Censi, de montrer les maquettes qui ont conduit à leur fabrication m’a enthousiasmé. ».

Oui, l’abbatiale Sainte-Foy de Conques, étape des pèlerins dans le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, fut le déclencheur de la vocation artistique de Pierre Soulages, complètement séduit par l’art roman, en particulier, par sa sobriété. Il fut aussi beaucoup marqué par l’art rupestre. Il avait 12 ans quand il a fait la visite de Conques dans le cadre scolaire et il a réalisé les nouveaux vitraux de l’abbatiale entre 1987 et 1994, avec beaucoup de travail en recherche et développement pour concevoir et utiliser du verre non teinté (règle monacale, il s’agissait de ne pas "distraire" les moines).

Le Musée Soulages, le troisième des trois de la (petite) ville de Rodez (dont le très beau Musée Denys-Puech), a suscité beaucoup de polémiques et surtout, l’hostilité des habitants qui auraient préféré garder un grand parking en plein centre-ville et qui regrettent les Halls Charles. Pierre Soulages n’y a pas été pour grand-chose dans cette initiative culturelle qu’il a juste accompagnée et soutenue (notamment par le don de quelques œuvres) mais c’était le minimum que pouvait faire la municipalité de Rodez pour honorer ce grand Ruthénois.

Un reportage de France 3 Occitanie a rappelé, le 28 mai 2014, que quasiment tous les Présidents de la Cinquième République ont montré leur attention, voire leur intérêt pour Pierre Soulages.

De Gaulle a échangé quelques mots avec Soulages lors d’une rencontre. Georges Pompidou, lorsqu’il était Premier Ministre, a mis une toile de Soulages dans son bureau de Matignon en 1962, et cette toile l’a accompagné à l’Élysée en 1969. Selon Jack Lang : « François Mitterrand avait une vraie passion pour Pierre Soulages et aussi pour cette région de France [Conques]. ». Jacques Chirac l’a rencontré plusieurs fois et lui a remis les insignes de Grand-croix de l’ordre national du Mérite en 1999. Pierre Soulages est l’un des peintres préférés de Nicolas Sarkozy qui a visité son atelier avec sa femme Carla Bruni et qui a remis au peintre les insignes de Grand-officier de la Légion d’honneur en juin 2011. Nicolas Sarkozy avait décoré son bureau de ministre (entre 1993 et 1995 et entre 2002 et 2007) puis à l’Élysée d’un tableau de Soulages de 1964 que lui avait offert des amis.

Quant à François Hollande, qui a inauguré le Musée Soulages à Rodez après avoir visité son chantier en mai 2013, il a remis les insignes de Grand-croix de la Légion d’honneur à l’artiste au cours d’une cérémonie spéciale dans les salons dorés de l’Élysée le 7 juin 2016 (avec beaucoup de retard puisque la décoration avait été attribuée le 5 avril 2015). Enfin, dans le "Journal du dimanche" le 16 juin 2018, Soulages expliquait : « Et puis Macron, qui est venu passer trois heures ici avec sa femme. J’ai apprécié sa culture, son humanité et son ouverture. Ce n’est pas un pharaon comme l’était Mitterrand. ». Des propos intéressants sous l’angle de la crise des gilets jaunes : ce Président de la République est-il si arrogant qu’on le dit ?

_yartiSoulagesA03

Au même titre que Pierre Boulez, Pierre Soulages a eu une influence considérable dans la vie culturelle française. Il a par exemple été parmi ceux qui ont encouragé la création de la chaîne de télévision Arte (comme Pierre Desgraupes). Mais au contraire de Picasso, héros du fameux film d’Henri-Georges Clouzot ("Le Mystère Picasso" sorti le 2 mai 1956), Pierre Soulages a refusé, après une première tentative, de se faire filmer en train de réaliser une œuvre picturale.

Pierre Nahon, galeriste et marchand d’art contemporain, qui a exposé notamment des œuvres de Niki de Saint Phalle, Yves Klein, Jean-Michel Basquiat, Dado, Andy Warhol, César, etc., lui a proposé de réaliser un film comme il l’avait fait pour Hans Hartung : « Lorsque les dates furent précisées, et après des conversations avec Soulages (qui, comme on sait, est un conteur, pour ne pas dire un parleur infatigable), notre peintre renonça. Il ne pouvait se résoudre à créer dans le silence de l’atelier, avec des techniciens autour de lui ; il ne pouvait peindre en public. C’est un regret de ma carrière de producteur-amateur d’art. Soulages est devenu un ami, mais pas l’acteur exceptionnel qu’il aurait pu être dans ce film. » (Pierre Nahon, "Dictionnaire amoureux illustré de l’Art moderne et contemporain", éd. Plon/Gründ, 2018).

Le besoin de filmer Soulages, Pierre Nahon l’a ressenti en lisant un texte très intéressant de l’écrivain Roger Vailland (1907-1965), un ami de Soulages, écrit en février 1962 et publié dans la revue d’art "Clarté" n°43 en mai 1962. Un texte qu’il avait eu envie de scénariser pour un court-métrage.

Roger Vailland proposait une métaphore pour expliquer comment peignait Soulages, comparé à un champion automobile : « Soulages est un champion. Il choisit son parcours, un certain jour, en fonction de sa forme et de son souffle de ce jour-là. Ce parcours est défini par les dimensions du châssis, par la préparation de la toile (non sans analogie avec le roulage préalable d’une piste ou d’une pelouse) et par le nombre (très limité en ce qui le concerne) des couleurs qu’il s’autorise à employer. Il accomplit son parcours, c’est-à-dire qu’il couvre sa toile de couleur. Il le fait avec style, parce que c’est un champion qui, au cours d’un grand nombre de combats, matches ou courses, et d’innombrables séances d’entraînement, s’est créé un style. Ce style lui est très personnel, comme il arrive à tout grand champion. Quand on voit Soulages courir ou quand on voit sa course inscrite sur la toile, on s’écrie : "C’est un Soulages". (…) Les vrais champions, les Soulages (…), découvrent un style dans la pratique toujours plus rigoureuse de l’accomplissement du parcours choisi et dans la réflexion sur cette pratique ; ils créent un style sans chercher à le créer ; leur style résulte de multiples rapports entre une pratique, la réflexion sur cette pratique et le tempérament de l’homme qui pratique et réfléchit. ».

Et Roger Vailland de répondre aux détracteurs de Soulages : « Impossible de faire un procès à Soulages. Un procès implique référence à un code et, en matière d’art, à des règles. La peinture vient seulement de renoncer à décrire et à raconter. La peinture qui ne représente rien, qui présente tout simplement, est un art tout nouveau : il n’y a pas encore de règles. Soulages est parmi ceux qui s’efforcent, en tâtonnant, de découvrir les règles de ce que sera la peinture. Aujourd’hui, donc, Soulages est le seul à pouvoir être son juge. » (Le texte complet de l’article de Roger Vailland peut être lu ici).

Ce film qui n’a pas été fait aurait permis sans doute de mieux faire comprendre et mieux populariser les œuvres de Soulages. Car il faut bien l’avouer, elles sont plus "difficiles" à comprendre que "La Joconde" de Léonard de Vinci. Peut-être le même fossé entre un morceau de Mozart et un morceau de Boulez.

Soulages n’est pas un "figuratif" (c’est le moins qu’on puisse dire !). Certains pensent que c’est de "l’arnaque". Comme d’autres (peut-être certains mêmes) disent que Picasso aussi est de "l’arnaque". Laissons Picasso car l’artiste est extrêmement trop "dense" et restons avec Soulages. Une chose qu’on peut dire, en tout cas, c’est que la sincérité ne peut être mise en doute. Totalement indépendant, libre de toutes les modes, étiquettes, passions, écoles, Soulages est un artiste authentique, capable de brûler les tableaux qui ne correspondent pas à ce qu’il recherchait. Il a toujours été dans une véritable recherche artistique. Il a peut-être reçu une grâce, une révélation, une illumination, qui en fait aussi un être de foi et de méditation. Il suit sa ligne sans chercher ni à convaincre, ni à se vendre.

Il est l’un des artistes les plus notables de l’art abstrait. Ni figuratif, il n’a pas l’intention de représenter quelque chose, chose ou idée, songe, etc. (comme Salvador Dali). Ni esthétique, il n’a pas l’intention de décorer, comme le dit Pierre Nahon.

Je ne peux pas m’empêcher de reprendre la description de ce dernier, toujours dans son "Dictionnaire amoureux", car elle permet de mieux appréhender l’artiste : « Soulages est peintre abstrait sans aucune référence à la nature. Il n’abstractive pas la nature. Il ne musicalise pas par la couleur comme d’autres, il ne compose pas non plus dans des intentions décoratives ; il se donne sur la toile tout entier, sans savoir où il va, part d’une première touche qui le conduit à de multiples développements, dialogue avec ce qu’il fait et fait dialoguer les formes qui naissent entre elles. Peu à peu, le tableau naît, trouve sa poétique et se signifie. » (Pierre Nahon). L’important à comprendre, c’est qu’au début de la réalisation, il n’a aucune intention. Aucune.

Une autre description de l’œuvre "monopigmentaire" de Soulages, par François Jaunin : « Ses toiles géantes, souvent déclinées en polyptyques, ne montrent rien qui leur soit extérieur ni ne renvoient à rien d’autre qu’elles-mêmes. Devant elles, le spectateur est assigné frontalement, englobé dans l’espace qu’elles sécrètent, saisi par l’intensité de leur présence. Une présence physique, tactile, sensuelle et dégageant une formidable énergie contenue. Mais métaphysique aussi, qui force à l’intériorité et à la méditation. Une peinture de matérialité sourde et violente, et, tout à la fois, d’immatière changeante et vibrante qui ne cesse de se transformer selon l’angle par lequel on l’aborde. » ("Noir lumière", éd. La Bibliothèque des arts, 2002).

_yartiSoulagesA02

On dira que le marché de l’art est très différent de l’art (Banksy en a apporté une preuve magistrale récemment), mais les spéculateurs, même très incultes en matière d’art (on peut être riche et sans culture), n’ont aucune raison d’investir dans des œuvres qui sont des croûtes ou de "l’arnaque artistique". C’est donc un élément (au même titre que l’appréciation des critiques d’art) qui peut apporter une réponse (très partielle certes et certainement pas quantitative) à la réalité de l’art ou de "l’arnaque" (dans l’art contemporain, il y en a, évidemment).

Or, la cote des œuvres de Pierre Soulages est extrêmement élevée dans les ventes aux enchères. Record pour un artiste français vivant, sa "Peinture 186x143 cm, 23 décembre 1959" a été vendue à 9,6 millions d’euros le 15 novembre 2018 à New York. Auparavant, "Peinture 162x130 cm, 14 avril 1962" a été vendue à 6,1 millions d’euros le 6 juin 2017 à Paris (chez Sotheby’s France), et "Peinture, 21 novembre 1959" a été vendue à 5,1 millions d’euros le 26 juin 2013 à Londres (chez Sotheby’s). Un phénomène qui laisse de marbre Soulages lui-même : « La cote, c’est un phénomène social. Si le désir s’empare d’un groupe social de posséder une de vos toiles, et si ce groupe est fortuné, alors la compétition se passe entre gens fortunés et les prix seront hauts. Et si ce groupe est encore plus fortuné, les prix seront encore plus hauts. C’est ainsi. Je n’y prête aucune valeur artistique. » ("Le Point" du 15 mai 2014).

Je termine par deux extraits de cette interview accordée à Christophe Ono-dit-Biot publiée dans "Le Point" du 15 mai 2014, car ils permettent d’expliquer deux éléments de son œuvre.

Pourquoi toujours de grands tableaux : « Une petite peinture, ça peut être bien, mais ce n’est pas pareil. La quantité change la qualité. Ce n’est pas moi qui dis ça, c’est Gauguin : "Un kilo de vert est plus vert que 100 grammes du même vert". Tout le monde le sait, mais personne ne s’en rend compte… sauf quand on fait repeindre son appartement. J’ai vu tant de gens choisir méticuleusement la peinture avec le peintre, le laisser faire et revenir en lui disant : "Mais qu’avez-vous fait, vous êtes fou !". Et le peintre de leur montrer que c’était exactement la couleur qu’ils avaient choisie. Plus un tableau est grand, plus il vous emmène ailleurs. C’est ce qui compte, cela aussi fait partie de ce que j’appelle le champ mental, c’est-à-dire ce qui se passe en nous quand nous sommes devant une toile, une dynamique des émotions, des sentiments, de l’imaginaire et de la pensée… » ("Le Point" du 15 mai 2014).

Pour tenter de comprendre l’obsession du noir dans ses œuvres, il faut remonter à l’enfant de 5 ans qu’il était, et qui déjà n’aimait pas utiliser les couleurs : « Un jour, alors que je traçais des traits noirs sur du papier et qu’on me demandait ce que je dessinais, j’aurais répondu : "De la neige". Cela avait provoqué, paraît-il, un énorme éclat de rire dont toute la famille s’est souvenue. Mais c’était pourtant évident : le papier, c’est gris, et quand on met du noir dessus, il devient moins gris, plus blanc. C’était une histoire de contraste. Le noir est une couleur très active, violente même… Vous mettez du noir sur une couleur sombre, et elle s’éclaire… » ("Le Point" du 15 mai 2014).

La Fondation Pierre-Gianadda a prolongé jusqu’au 13 janvier 2019 l’exposition commencée le 15 juin 2018 et qui propose une rétrospective des œuvres de Soulages de 1948 à 2002, avec la collaboration du Centre Pompidou (la Fondation Pierre-Gianadda est située au 59 rue du Forum, à Martigny, en Suisse).

Quant au Musée Soulages de Rodez (Jardin du Foirail, avenue Victor-Hugo), il propose une exposition temporaire, entre le 1er décembre 2018 et le 31 mars 2019, de 118 "peintures sur papier", des brous de noix, gouaches, encres, quelques fusains.

Bon anniversaire, grand maître et encore longue vie !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 décembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site officiel de Pierre Soulages.
Entretien de Pierre Soulages par Christophe Ono-dit-Biot, "Le Point" du 15 mai 2014.
Dossier de presse des deux expositions Soulages en décembre 2018 (Martigny et Rodez).
Texte de Roger Vailland écrit en février 1962 : "Procès à Soulages" ("Clarté" n°43, mai 1962).
Pierre Soulages, l'artiste mélanthrope, a 99 ans.
Rotraut Uecker.
Egon Schiele.
Banksy.
Marcel Duchamp.
Pablo Picasso.
Le British Museum et le monde des humains.
Yves Klein.
Le Tintoret.
Gustav Klimt.
Georges Méliès.
David Hamilton.
Paula Modersohn-Becker.
Auguste Rodin.
Margaret Keane.
Rouault et Matisse à Paris.
La garde rapprochée du Premier Empereur de Chine.
Un Renoir de la Côte d’Ivoire.
Magritte.
Daniel Cordier.
Boulez à Paris.
La collection Cordier à Rodez.
Soulages à Rodez.
Claude Lévêque à Rodez.
Caillebotte à Yerres.
Goya à Paris.
Brueghel à Paris.
Chagall à Paris.
Dali à Paris.
Van Gogh à Paris.
Hiroshige à Paris.
Manet à Paris.
Rembrandt à Paris.
Boltanski, artiste contemporain.
Boltanski au MacVal.

Pierre Soulages
 


Moyenne des avis sur cet article :  1.42/5   (24 votes)




Réagissez à l'article

12 réactions à cet article    


  • astus astus 21 décembre 2018 12:07

    La magie des outrenoirs de Soulages c’est de refléter des irisations magnifiques, mais à ceux qui critiquent le fait que ce peintre libre n’utilise que le noir, qu’ils trouvent trop triste, Soulages a pu répondre : « le noir c’est ce qu’ils ont dans leur tête ». De fait nous regardons les peintures autant qu’elles nous regardent.


    • ZenZoe ZenZoe 21 décembre 2018 14:54

      Un artiste, un vrai ! Qui nous fait rentrer dans son univers.

      Il faut voir ses tableaux, sous des angles différents, des lumières différentes. On n’est plus juste devant des rayures noires, on est devant quelque chose de presque vivant.

      Enfin, chacun ses goûts bien sûr. Moi en tout cas ses tableaux me touchent.


      • berry 21 décembre 2018 15:38

        Il en faut pour tous les goûts, même les goûts de merde.


        • mmbbb 22 décembre 2018 09:19

          @berry En effet ce n est pas le pire Quant aux effefs de matiere , il ne fait que reprodruire ce que la nature nous offre en spectacle, Je fais de la montagne , j ai retrouve ces chatoiements de lumiere , ces effets de reflet par exemple sur des pierriers , des pans en ardoises mouillees ou sur des longues parois granitiques. Une infinie variation en fonction des lieux, de la lumiere et du temps . Par ailleurs , cet artiste a produit des vitraux modernes pour la restauation d une eglise romane, il a su jouer avec la lumiere . L effet est saissisant puisque il y a un jeux de clair obscur sur ces pierres . Oui ce n est pas le pire. 


        • jocelyne 25 décembre 2018 17:28

          @mmbbb Bonjour , pourriez vous préciser où se trouvent ses vitraux ? merci par avance.


        • Christian Labrune Christian Labrune 22 décembre 2018 02:01

          Moi, je préfère encore l’International Klein blue. Ca va encore plus loin sur un même chemin qui ne mène nulle part. Pas de forme, de la couleur pure, et toujours la même. Dans l’ordre de la pure insignifiance, le carré blanc sur fond blanc de Malevitch est complètement enfoncé !

          Ah, l’art moderne ! Quel grand art ! Je ne songe jamais à la « Fontaine » de Marcel Duchamp, le grand précurseur, je l’avoue, sans en être ému jusqu’aux larmes. Ne pouvant y soulager ma vessie, je pleure.

          Je ne mets cependant rien au dessus du courant ouvert par Piero Manzoni dans les années 60 avec ses « merdes d’artiste ». Je m’étais longtemps demandé si le contenu de ses boîtes de conserve correspondait bien à la promesse de l’étiquette et s’ils n’y avait pas tromperie sur l’affichage, mais non : plusieurs, à cause de la corrosion interne, ont fini par s’ouvrir et dégager une puanteur qui ne pouvait pas faire douter de ce qu’elles renfermaient. Un art parfaitement « authentique », donc.

          Mais le plus grand artiste de ce siècle restera probablement Wim Delvoye, l’immortel créateur de Cloaca.

          Il y a eu et il y a peut-être encore des bronzes d’Ivan Theimer à une porte du palais de l’Elysée, mais il serait temps de faire disparaître ces productions figuratives d’un archaïsme vraiment odieux. Quelle meilleure place pour Cloaca que le Palais de l’Elysée ? Ce serait l’exact équivalent, dans le domaine des arts plastiques, de ce qu’on a pu y voir et entendre le jour de la fête de la musique. L’oeuvre doit coûter fort cher, mais je ne verrais pas d’un mauvais oeil qu’une partie de mes impôts servît à en financer l’acquisition pour la République. Je serais extrêmement flatté de devenir, très modestement, l’un citoyens-mécènes de l’immense artiste.

          http://bornedartcade.canalblog.com/archives/2010/04/30/17745077.html


          • mmbbb 22 décembre 2018 09:07

            @Christian Labrune A la renaissance, tout l elan artistique etait tourne vers le beau, la juste proportion. Désormais, tout l elan artistique se tourne ver l etron , la destructuration, la conceptulaisation . Il est le reflet et épouse la mentalite moderne . . Les immenses artistes ne se démarquent pas de leur époque . En ce sens , les barbus n ont peut etre pas tort de reconnaître que l occident est décadent. La culture occidentale sera hachéé telle l oeuvre de Bansky. 


          • Christian Labrune Christian Labrune 22 décembre 2018 12:47

            mmbb

            L’art moderne (comme si l’art, à chacune de ses époques, n’avait pas été « moderne » !) est un véritable piège à cons ; il n’a pu se développer qu’à cause d’un effondrement général du niveau de culture. Sans le discours grossièrement publicitaire qui accompagne « l’oeuvre » et la commente, il n’y a absolument rien, et celle d’un Soulages, par exemple, n’est qu’un ensemble de taches noires sur fond blanc, lesquelles, bien disposées, peuvent certes avoir une fonction décorative, mais la décoration relève de l’artisanat, pas de l’art.

            Je me souviens très bien de galeries « d’art », du cinquième arrondissement, dans les années 80, où l’on pouvait voir, typiquement : une grosse poutre vermoulue au sol, et dans un coin, un tas de cordes. Le mouvement support-surface avait alors le vent en poupe. Le visiteur, évidemment, a priori, ne pouvait rien comprendre et se serait senti très con sans quelque texte qu’on mettait à sa disposition : une manière de manifeste pseudo-philosophique pour expliquer la chose, dans un jargon propre à faire s’esclaffer quiconque disposait d’un minimum de culture philosophique, mais pour les gogos qui étaient en dessous de ce minimum, ce discours abscons marchait mieux que la pub pour des ménagères qu’on n’essaie même plus de convaincre que telle marque de lessive « lave plus blanc ».

            C’est un peu ce qui se passe dans la politique aujourd’hui : des sortes de Diafoirus cooptés par d’autres Diafoirus, bardés de certitudes mal étayées, prétendent expliquer au citoyen ordinaire muni de son seul bon sens qu’il faut croire ce qu’ils débitent, à défaut de pouvoir comprendre ce qui, de toute façon, excèdera toujours sa misérable insuffisance.

            Quand l’Art a rompu avec l’intelligibilité, il n’est plus rien. Face au Jardin des délices de Jérôme Bosch, ou au grand polyptyque de Van Eyck par exemple, beaucoup de choses nous échappent ; on sent bien qu’après des dizaines d’heures d’observation et d’étude on n’aura fait qu’approcher, sans l’épuiser, le sens de l’oeuvre, et que le discours analytique qu’on pourrait alors produire ne pourrait être que fort réducteur. Que dire devant la brioche de Chardin, plus brioche que n’importe quelle brioche à la boulangerie du coin ? Rien, le tableau qu’on a pu voir et revoir cent fois se suffit parfaitement à lui-même. Dans le cas de l’art dit « moderne », si on supprime le discours promotionnel, il n’y a plus rien qu’une camelote purement décorative pour un intérieur de bobo du goût le plus exécrable.


            • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 22 décembre 2018 12:59

              @Christian Labrune

              Un blog : Schtroumpf émergent.


            • Christian Labrune Christian Labrune 22 décembre 2018 13:32

              Une autre description de l’œuvre « monopigmentaire » de Soulages, par François Jaunin : « Ses toiles géantes, souvent déclinées en polyptyques, ne montrent rien qui leur soit extérieur ni ne renvoient à rien d’autre qu’elles-mêmes. Devant elles, le spectateur est assigné frontalement, englobé dans l’espace qu’elles sécrètent, saisi par l’intensité de leur présence. Une présence physique, tactile, sensuelle et dégageant une formidable énergie contenue. Mais métaphysique aussi, qui force à l’intériorité et à la méditation. Une peinture de matérialité sourde et violente, et, tout à la fois, d’immatière changeante et vibrante qui ne cesse de se transformer selon l’angle par lequel on l’aborde. » (« Noir lumière », éd. La Bibliothèque des arts, 2002).

              =======================================

              Ce texte, qui ne signifie rien, constitue un excellent exemple du type de discours publicitaire à l’usage du gogo, que j’évoquais précédemment.

              « monopigmentaire », entre guillemets, pour dire qu’il n’utilise que du noir, mais ça fait quand même « plus savant » !

              « Ses toiles [...] ne renvoient à rien d’autre qu’à elles-mêmes ». Certes, on l’avait bien remarqué !

              « Le spectateur est assigné frontalement ». Qu’est-ce que ça veut dire, être assigné frontalement ? Etre assigné à quoi ? A la révérence ? A claquer les talons et à lever le bras, comme devant les pires emblèmes ?

              « englobé dans l’espace qu’elles sécrètent ». Ce serait la définition même du piège à cons !

              « Une présence physique ». Qu’est-ce qui, dans le monde réel, n’a pas une présence physique ?

              « dégageant une formidable énergie contenue ». On n’est pas loin du discours des crétins du new age qui sentent partout des « énergies », des « vibrations ». Bref, c’est parler pour ne rien dire ou choisir de caresser les plus cons dans le sens du poil.

              « Mais métaphysique aussi ». Très bien ; comme ça, c’est complet. Tout est dans tout, et réciproquement ! Ca ressemble à un discours de curé parlant de l’incarnation. Ceux qui ont fréquenté le catéchisme y trouveront leur compte.

              « Une peinture de matérialité sourde et violente, et, tout à la fois, d’immatière changeante et vivante.... ».La matière est l’immatière, la physique est EN MEME TEMPS métaphysique. Quelle salade !

              On croirait lire les Mémoires d’un névropathe du pauvre Schreber évoquant le pouvoir extraordinaire des « rayons de Dieu ». Mais lui avait été enfermé, non sans raison.


              • Emma Chanussot Emma Chanussot 23 décembre 2018 13:01

                Le musée Soulages de Rodez est à n’en point douter un lieu à visiter sans modération, n’en déplaise à ceux qui auraient préféré garder leur cher parking de centre ville... D’autant plus que des expositions plus diverses peuvent y être présentées. En ce sens, le lien avec Picasso, lui aussi grand colosse de la peinture, est tout à fait judicieux, puisque le musée a proposé il y a quelques années de cela une exposition de ses oeuvres cubistes. Et même si Soulages n’a pas la renommée internationale de Picasso, il n’en demeure pas moins un pionnier dans son art du noir. Mais j’ai entendu quelques rumeurs au sujet d’un nouveau tournant pour le peintre, qui souhaiterait désormais expérimenter le rouge dans ses toiles. Peut-on confirmer cette information ?


                • kalachnikov kalachnikov 25 décembre 2018 17:32

                  Mon avatar dit ’tout’.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès