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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Platonov » Du Théâtre de Vanves à L’Odéon Berthier

« Platonov » Du Théâtre de Vanves à L’Odéon Berthier

Entre promesse de talent et talent déjà reconnu par les uns, peut se glisser subrepticement le catalogue des erreurs de jeunesse relevées par d’autres, tous aussi bien intentionnés à l’égard de Benjamin Porée dont la compétence artistique serait devenue, en quelques jours, l’enjeu emblématique de vœux théâtraux formulés en ce début d’année 2014.

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PLATONOV
photo © Benoit Jeannot

Aussi, c’est vrai que sur la scène des Ateliers Berthier, l’Odéon a investi sur une reprise de taille XXL, façon « révélation » repérée lors de sa création plus intimiste à Vanves en 2012.

En effet, ce Platonov est un véritable défi lancé à l’intuition du public, en charge de lever le pouce si affinités, mais pas nécessairement à l’égard de toutes les modalités ou autres trouvailles de son jeune metteur en scène de 28 ans ! A commencer par un long monologue du rôle éponyme en ouverture du spectacle… dos tourné au public !

Voici Joseph Fourez, dont la palette de jeu va vibrer de toutes ses cordes après l’entracte lorsque le metteur en scène laissera une place prééminente au directeur d’acteurs, voici donc Joseph contraint d’établir le contact avec les spectateurs, en faisant mine de faire partie d’une machinerie si perverse que sa voix ne pourra leur revenir qu’en écho du mur de scène.

Fausse bonne idée scénique d’une présence-absence déjà programmée au vide abyssal, esquissé par Tchekhov dès son entrée en matière spéculative, diront les uns ; artifice maladroit, selon d’autres, car d’emblée irrespectueux du malaise et de l’écoute dégradée, ainsi délibérément suscités.

Ceci n’étant qu’un exemple introductif des reproches potentiellement adressés, il faut d’emblée signaler la forte odeur de soufre s’élevant en fin de première partie, devenant franchement piquante voire irrespirable, à la limite de la quinte de toux, que des fumigènes et autres nuages de poussières planantes vont consciencieusement entretenir, sans doute pour illustrer la force symbolique de l’autodestruction en œuvre irréversible autant qu’inexorable, mais qui, au demeurant, dérangent davantage plutôt qu’ils ne convainquent de leur bien- fondé.

Cela étant dit, il suffit d’inverser le négatif noir et blanc de ces quelques modalités perturbatrices pour découvrir, au centuple, ce que toute la vision conceptuelle de Benjamin Porée contient, en 3D live et au bénéfice de de la première pièce du jeune Tchekhov, comme mise en miroir du vide absolu s’étant emparé de la société russe de l’époque.

Cette mise en perspective est une pure merveille, à la fois digne du 7ème art mais surtout visionnaire d’un spectacle global, festif, musical et néanmoins tellement tellurique que la dépression généralisée y prend des reliefs de chef d’œuvre d’interprétation chorale :

15 jeunes comédiens y dansent, en effet, un ballet transversal découpant, en matchs d’improvisation, les répliques de tremblements colossaux mais tant souterrains que la logorrhée est en soi le signe avant-coureur du chaos à venir.

Alors, comme dans un sas de décompression avant l’implosion fatale, un bataillon de balançoires va être appelé à la rescousse d’un hypothétique retour à l’ordre ancien via la nostalgie mais rien n’y fera, la dramaturgie d’Anton Tchekhov est désormais sur rail et Platonov devra effectuer son chemin de croix, grandeur nature, jusqu’à l’épuisement des arguments contradictoires plaidant pour la pérennité d’une séduction qu’il ne pourrait plus assumer.

Autour de lui, les pulsions de vie vacillent sur leurs socles de certitude patrimoniale alors que toutes les facettes de la féminité conquérante s’emploient, elles, à se disputer sinon le trophée résiduel tout au moins la mémoire de son aura triomphante.

Sacha (Macha Dussart), Sofia (Sophie Dumont) en dauphines de la « Reine » Anna Petrovna (Elsa Granat) feront la part belle au désœuvrement chronique de la gente masculine en plein désarroi, alors que Don juan & Hamlet seront, eux, convoqués, en tant qu’invités de référence, au banquet de ces agapes fin d’époque signant, en définitive, le retour de la poussière à sa substance originelle !

L’avènement d’un metteur en scène plein d’ambition générationnelle est annoncé mais qu’il prenne garde, à l’avenir, à ne pas prendre l’asphyxie du spectateur pour gage d’une scénographie, si brillante soit-elle !

photo © Benoit Jeannot

PLATONOV - ***. Theothea.com - de Anton Tchekhov - mise en scène Benjamin Porée - avec Lucas Bonnifait, Valentin Boraud, Anthony Boullonnois, Baptiste Chabauty, Arnaud Charin, Guillaume Compiano, Charles d’Oiron, Emilien Diard-Detoeuf, Sophie Dumont, Macha Dussart, Zoé Fauconnet, Joseph Fourez, Tristan Gonzalez, Elsa Granat, Aurélien Rondeau, Mathieu Gervaise & Benjamin Porée - Ateliers Berthier Odéon

 


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