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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Pleyel : des pianos, mais aussi un compositeur de talent

Pleyel : des pianos, mais aussi un compositeur de talent

Au moment où, malgré sa solide réputation, la célèbre marque de pianos Pleyel disparait, victime d’une concurrence impitoyable, zoom sur l’homme qui a été à l’origine de cette aventure industrielle et commerciale. Compositeur, éditeur de musique, facteur d’instruments, Ignace Pleyel a été tout cela à la fois, avec une égale réussite dans ces différents domaines...

Il n’était pas évident, pour un enfant issu d’une fratrie comprenant... 37 garçons et filles, de se faire un nom. Ignace Pleyel y est pourtant parvenu, et son patronyme est encore très célèbre de nos jours. La vérité nous oblige toutefois à reconnaître qu’il doit plus cette notoriété à la qualité de sa marque de pianos qu’à ses talents de compositeur. Des talents bien réels qui lui ont pourtant valu une très grande notoriété dans l’Europe de la période classique. Un constat étonnant pour un musicien assez largement tombé dans l’oubli. La majorité des mélomanes qui, de nos jours, se pressent à Paris pour entendre les concerts donnés salle Pleyel ignorent eux-mêmes à peu près tout de la vie et de l’œuvre de celui qui a donné son nom à cette salle prestigieuse où se produisent les meilleurs orchestres et les plus grands virtuoses. Quant au grand public, peu familiarisé avec la musique classique, c’est plus par le biais de la station de métro dyonisienne Carrefour Pleyel qu’il connaît le nom de cet Alsacien d’adoption.

Né à Rupperstahl (Autriche) le 18 juin 1757, Ignaz Pleyl est le 24e enfant d’un modeste maître d’école et d’une femme noble déshéritée du fait de cette mésalliance. Malgré une fratrie importante, son père Martin Pleyl tient à donner à ce fils une éducation musicale de qualité. Bien lui en prend car le jeune garçon révèle de prometteuses dispositions, tant au clavier qu’à la composition. Il est vrai qu’après les bases enseignées par son père, le premier véritable maître de musique d’Ignaz n’est autre que l’excellent compositeur et pédagogue bohémien Johann Baptist Vanhal auquel il est confié à Vienne dès l’âge de 12 ans. Pris en charge financièrement par un mécène, le comte Ladislas Erdödy, le jeune homme reçoit ensuite l’enseignement du grand Joseph Haydn à Eisenstadt avant de revenir auprès du comte Erdödy qui en fait son Kappelmeister (maître de chapelle) en 1777. Pianiste, organiste et compositeur de talent, Pleyl est alors âgé de 20 ans. Peu après, il se rend en Italie pour parfaire son éducation musicale au contact des maîtres de la péninsule. De Rome à Naples, il y rencontre la plupart des grands musiciens de son temps, et notamment Domenico Cimarosa et Giovanni Paisiello. Il y compose même son premier opéra : Iphigenia.

En 1783, changement de décor : Ignaz Pleyl part pour l’Alsace où il devient directeur de musique de la cathédrale avant d’accéder, 5 ans plus tard, au poste de Maître de Chapelle en remplacement du bohémien Franz-Xaver Richter. Entretemps (1788), il a épousé la fille d’un riche tapissier strasbourgeois, Françoise-Gabrielle Lefebvre. Se trouvant bien en Alsace, il achète même le château d’Ittenwiller situé près de Saint-Pierre (Bas-Rhin). Lors d’un voyage à Londres en 1792, il retrouve ensuite Joseph Haydn et, à l’initiative d’un organisateur de concerts, se mesure à lui dans une compétition musicale suscitant un énorme intérêt et dont les échos résonnent jusque sur le continent. Rentré en Alsace, Ignaz Pleyl connaît l’année suivante des déboires politiques. Rien d’étonnant à cela : nous sommes en 1793, et la Convention entend débusquer partout sur le territoire les ennemis de la Nation. Plusieurs fois arrêté par le Comité de salut public qui le soupçonne de sympathie royaliste, le musicien démontre son intérêt pour la France et la cause patriotique en adoptant, sous le nom d’Ignace Pleyel, la nationalité française et en composant des œuvres révolutionnaires de circonstance.

Deux ans plus tard, en 1795, nouveau départ : Ignace Pleyel et sa famille s’installent à Paris. Outre la musique qu’il continue de composer avec beaucoup de succès, Pleyel ouvre un commerce d’instruments et de partitions avant de fonder, deux ans plus tard, sa propre maison d’édition musicale et d’ouvrages pédagogiques. Parmi ces derniers, sa « Méthode pour le pianoforte » écrite à quatre mains avec le compositeur et pianiste bohémien Ian Lasdislav Dussek. En quelques années, Pleyel devient l’un des éditeurs les plus importants d’Europe en publiant, outre ses propres œuvres, celles de très nombreux musiciens réputés, au premier rang desquels les grands noms du moment comme Beethoven, Boccherini, Clementi, Haydn (notamment l’intégrale des quatuors à cordes en 1801) ou bien encore Hummel. 

Mais Pleyel a d’autres ambitions. Passionné par le piano et désireux d’en améliorer les possibilités sonores et le jeu, il a, quelques années plus tôt à Strasbourg, dessiné les plans d’un nouveau pianoforte. Dès 1807, rue Neuve-des-Petits-Champs, il installe un atelier artisanal où il fait fabriquer ses instruments. Avec 50 pianos vendus dès la première année, c’est un succès, au point que l’atelier est obligé de déménager boulevard Bonne-Nouvelle pour faire face aux nouvelles commandes, non seulement de pianos mais également de harpes, à l’image de Sébastien Érard, l’autre grand facteur d’instruments français de cette époque. Malgré quelques difficultés commerciales, la tâche est importante et Pleyel décide en 1815 d’associer son fils Camille à l’affaire. Il lui en laisse les rênes en 1824 pour se retirer dans le calme de la campagne, à Saint-Prix (Val d’Oise). Pleyel meurt à Paris le 14 novembre 1831. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (section 13), dans le quartier des musiciens, près de Bizet, Cherubini et Méhul.

Entretemps, la marque Pleyel s’est taillé une renommée internationale qui ne s’est jamais démentie, malgré les changements de main de cette société prestigieuse. La qualité n’est toutefois pas une garantie contre les difficultés économiques : durant les deux dernières décennies du 20e siècle, la concurrence asiatique se fait de plus en plus rude, et Pleyel peine à garder ses parts de marché. Au fil des années, la chute s’accélère et l’inquiétude grandit. Comment résister à la pression japonaise en sachant qu’un piano de la marque Pleyel peut, au tournant du 21e siècle, coûter jusqu’à 150 000, voire 200 000 euros ? Malgré leurs immenses qualités, les instruments de la marque sont devenus trop cher, et cela malgré les évolutions techniques et l’usage de matériaux modernes au service d’un nouveau design qui n’altère pas la légendaire qualité sonore des pianos. Les ateliers Pleyel ont définitivement fermé en novembre 2013, et c’est un véritable crève-cœur pour les nombreux pianistes, célèbres ou anonymes, qui ont eu le plaisir de laisser courir leurs doigts sur un clavier de la marque pour interpréter ici une sonate de Beethoven, là une polonaise de Chopin. 

L’héritage d’Ignace Pleyel ne se limite toutefois pas aux pianos sortis de sa manufacture, pas plus qu’aux quelques 4000 partitions musicales qu’il a éditées. Avant d’être éditeur et facteur d’instruments, Pleyel a surtout été un compositeur de grand talent dont on a peine aujourd’hui à imaginer l’immense notoriété. Connu de tous les milieux musicaux d’Europe – et même d’outre-Atlantique –, Pleyel a laissé une quarantaine de symphonies, 6 symphonies concertantes, 8 concertos, 2 opéras, 1 requiem, de nombreux lieder et plus de 200 œuvres de musique de chambre dont la plupart ont, comme les concertos, donné lieu à de nombreuses transcriptions et arrangements, souvent de la main même du compositeur pour satisfaire le plus grand nombre de musiciens. L’engouement pour la musique de Pleyel était tel qu’on estime à environ 200 le nombre des éditeurs européens et américains ayant diffusé ses œuvres. Et pour cause : durant plus de 20 ans, le succès a été total, au point qu’en 1793, les quatuors de Pleyel étaient considérés par les amateurs comme le sommet de l’art musical de l’époque.

Avec le recul, l’œuvre du compositeur ne mérite sans doute pas l’engouement qu’elle a suscité de son vivant. On n’y trouve en effet nulle part ou presque la marque du génie créatif d’un Haydn ou d’un Mozart. Elle n’en est pas moins écrite de belle manière et empreinte d’une indéniable sensibilité. Ignace Pleyel a été avant tout un compositeur à la mode, mais à l’écoute de ses partitions, on comprend pourquoi ses contemporains l’ont si longtemps adulé.

 

Quelques œuvres :

Concerto pour flûte en ut majeur

Rondo de la symphonie concertante en si bémol majeur

Concerto pour violon en ré majeur

 

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43 réactions à cet article    


  • Antoine 5 décembre 2013 22:47

    Fergus, vous avez de la suite dans les idées puisque Pleyel passe pour un compositeur possible de la Marseillaise, le Rouget ayant été trop faible pour composer une musique de cette tenue.


    • Fergus Fergus 5 décembre 2013 23:27

      Bonsoir, Antoine

      La Marseillaise aurait même été écrite à quatre mains, si j’ose dire, au château d’Ittenwiller, proche de Strasbourg où Rouget de Lisle était en garnison. Je connais cette histoire, mais je n’y attache pas trop de crédit car elle semble relever de la légende, l’origine de cette rumeur étant à mettre sur le compte de l’amitié qui unissait Pleyel à Rouget de Lisle, les deux hommes étant de surcroît francs-maçons.


    • Antoine 5 décembre 2013 23:59

      Fergus, je n’ai pas très bien compris si vous étiez d’accord avec moi. Bon, si Pleyel ne vous convient pas, je peux pour proposer la marche d’Assuérus de Grisons à deux doigts du copier/coller avec la Marseillaise postérieure de plusieurs années. Oubliez le Rouget comme son compositeur « génial » ...


    • Fergus Fergus 6 décembre 2013 10:07

      Bonjour, Antoine.

      Très honnêtement, je ne connais pas cette marche d’Assuérus. Pour ce qui est des qualités de composition de Rouget de Lisle, il est évident qu’elles étaient limitées, très en retrait en tout cas de celles de Pleyel. Elles lui auraient par conséquent interdit d’écrire une oeuvre majeure, mais n’étaient sans doute pas incompatibles avec la composition d’un chant révolutionnaire. Rouget de Lisle a d’ailleurs écrit d’autres oeuvres dans ce genre.


    • Antoine 8 décembre 2013 01:57

      Il est plus que probable que le Rouget a plagié puisque l’on retrouve les mêmes motifs dans des œuvres antérieures de plusieurs années comme dans le concerto pour piano n°25 de Mozart ou encore dans la Caravane du Caire de Grétry.


    • Fergus Fergus 8 décembre 2013 09:09

      Bonjour, Antoine.

      « Plagier »est sans doute un mot un peu fort dans la mesure où l’on retrouve chez la plupart des compositeurs, y compris les plus grands, des réminiscences de tel ou tel passage de certains de leurs contemporains ou prédécesseurs. En fait, on ne peut parler de plagiat véritable que lorsque plusieurs mesures sont reprises sans modification et dans la même tonalité. Cela dit, je ne conteste pas que Rouget, peu créatif sur le plan musical, ait pu y avoir recours.


    • claude-michel claude-michel 6 décembre 2013 08:12

      Un compositeur de talent... ?

      Compositeur tout court suffisait...talent est de trop.. !
      Pourquoi ne pas dire que sheila a du talent pendant que vous y êtes.. ?
      Ces pianos n’ont jamais eu une renommée internationale....SEUL les pianos STEINWAY sont de vrais pianos de concerts et sont utilisés par tous les grands concertistes du monde entier....Il ne viendrait pas à l’idée d’un concertiste de jouer sur un Pleyel.. ?
      Vraiment n’importe quoi...Vous devez sans doute avoir un pleyel à vendre.. ?
      Quand à la marseillaise....c’est loin..très loin d’être une oeuvre majeure... !

      • Fergus Fergus 6 décembre 2013 09:53

        Bonjour, Claude-Michel.

        Pourquoi ce ton excessif sur un sujet qui ne mérite pas que l’on s’emporte ? Parler de Sheila, qui est un sous-produit de la chanson française à des années-lumière de gens comme Brassens ou Brel, est insultant pour ce compositeur et pour les amateurs qui apprécient sa musique.

        De surcroît, amais je n’ai prétendu que Pleyel faisait partie des grands compositeurs de son époque, mais je confirme qu’il a fait partie, indiscutablement, avec une trentaine d’autres compositeurs des meilleurs dans son domaine, même s’il est en retrait des génies qu’ont été Haydn, Mozart, Beethoven ou Schubert.

        Penser le contraire, c’est prendre pour des demeurés Haydn, qui avait beaucoup de respect pour le talent de Pleyel, Weber qui en a dit beaucoup de bien, et ces milliers d’amateurs de l’époque (dans toutes les cours et chez tous les grands bourgeois mélomanes) qui l’ont porté au pinacle de la musique. Ses oeuvres ne valaient pas une telle notoriété, certes, mais elles n’ont pas non plus à être traitées avec une telle condescendance.

        Quant à La Marseillaise, c’est un chant de guerre avant d’être une oeuvre musicale. Impossible par cosnséquent de la juger sous ml’angle de la qualité créatrice.


      • Fergus Fergus 6 décembre 2013 09:57

        Quant aux pianos Pleyel, bien sûr qu’ils ont eu, à juste titre, une réputation internationale, même si, effectivement, les grands virtuoses utilisent en concert de préférence un Steinway. Disons que les pianos Pleyel sont l’équivalent des Bösendorfer.


      • claude-michel claude-michel 6 décembre 2013 10:06

        Par Fergus ...Excusez ma façon directe de parler...mais j’ai été élève de Cortot...diplômé de l’école normale...lauréats de nombreux grands concours internationaux...Des concerts un peu partout (stoppé jeune par des problèmes physiques)...je connais bien le milieu...mais je persiste et signe sur Pleyel comme un artiste de seconde zone (ayant un certain talent) mais pas le grand talent pour devenir un artiste de renom...(j’ai joué a Pleyel comme à Gaveau)...c’était le bon temps !

        Encore mille excuse pour mon ton ironique...on ne se refait pas...
        Bonne journée.

      • claude-michel claude-michel 6 décembre 2013 10:08

        Par Fergus .....Là...j’approuve la comparaison.. !


      • Fergus Fergus 6 décembre 2013 10:12

        @ Claude-Michel.

        Je ne doute pas que vous soyez un connaisseur averti en matière de musique classique, et d’une certaine manière votre avis ci-dessus, plus nuancé, rejoint celui que j’ai moi-même exprimé dans la conclusion de mon article.

        Bonne journée.


      • brieli67 6 décembre 2013 11:30

        les Erard avaient leur Chopin

        les Pleyel leur Marie

        fort possible que les frères Edelmann trouvent plus de grâce en votre Panthéon.

        Ignace P était un grand commercial et vendait la Rolls des pianos en son temps - voir son brevet d’invention. 

      • laertes laertes 6 décembre 2013 13:48

        @Fergus : je ne rangerais pas Schubert et Haydn dans les compositeurs de génie...... plutôt de grand talent.
        Pour moi le seul grand et unique génie de cette époque est Mozart, Beethoven venant après.
        Il me semble d’ailleurs que Mozart connaissait bien l’oeuvre de Pleyel puisque dans une de ses lettres il fait mention vers les années 1789, d’un quatuor à cordes de ce dernier qu’il a admiré. Mais quand on compare les quatuors à cordes de Pleyel , on a l’impression qu’un Mozart de 18 ans les a écrit ! Rien à voir avec ceux de Haydn et surtout surtout rien à voir avec les 6 quatuors de Mozart dédiés perfidement à Haydn (années 1780) qui ressemblent selon moi à une invitation pressante de Mozart à ce qu’Haydn n’écrive plus de quatuors tant le benjamin a écrasé, pulvérisé le vieux... Ca en devient même ridicule !


      • Fergus Fergus 6 décembre 2013 16:37

        @ Brieli.

        Merci pour ce lien très complet sur la méconnue Marie Moke. Idem pour celui consacré aux frères Edelmann. J’apprécie particulièrement les quatuors avec piano de Johann Friedrich.


      • Fergus Fergus 6 décembre 2013 16:54

        Bonjour, Laertes.

        Si je peux vous suivre en ce qui concerne Schubert (malgré ses magistrales qualités de mélodiste), je persiste en revanche à placer Haydn dans le panthéon des géants de la musique.

        Certes, ses quatuors ne valent pas ceux de Mozart, mais il a eu l’immense mérite, dans le sillage de Stamitz, de créer la forme définitive de la symphonie classique à laquelle il a apporté des oeuvres de très grande qualité (symphonies n° 83, 88, 89, 93, 94, 97, 98, 101, 102, 103, 104, sans oublier la merveilleuse concertante). Autres réussites : de superbes concertos pour violon, pour piano (notamment le n°11) ou pour orgue, et bien sûr les 2 formidables concertos pour violoncelle qui figurent parmi les plus beaux jamais écrits pour cet instrument. Cela sans compter ses oratorios et autres compositions lyriques ou sacrées, etc.

        Cela dit, chacun ses goûts, même si je considère comme vous que les plus grands du classqiue et du pré-romantisme ont été Mozart et Beethoven.


      • laertes laertes 6 décembre 2013 18:08

        Je suis d’accord avec vous. Haydn avait beaucoup de talent et notamment dans la structuration de sa musique... c’est pour cela qu’il a consolidé beaucoup de formes musicales (quatuor et symphonies). J’aime ses symphonies sturm und drang. Mais il y a quelque chose chez lui qui me désespère. Quelque soit le bel édifice qu’il construise, ce dernier est vide ou quasi vide. Il semble avoir peu d’idées musicales originales et se concentre sur la forme c’est en cela qu’il ressemble un peu à Schubert, sauf que les idées musicales de Schubert sont plus belles mais elles sont, comme chez Haydn, trop rares et il les étire avec un certain ennui. L’inverse de Schubert et de Haydn est Beethoven non seult ds le domaine de la qualité et l’intensité des idées musicales mais surtout dans le développement. Beethoven est l’un des plus grands développeurs musicaux que je connaisse. C’est pour cette raison qu’il laisse peu de place à l’auditeur.
        Mozart est à part... il a, au contraire des trois autres, trop d’idées musicales... qu’il faut faire tenir coute que coute dans la forme.
        C’est pour cette raison qu’il reste pour moi le plus grand compositeur d’opéras qui n’ai jamais existé. Il avait tellement de matériel cérébral que toutes les situations pouvaient être mises en musique avec des rebondissements musicaux intrinsèques.
        Quand on écoute Haydn à côté (les oratorios), on ressent un sentiment...d’impuissance !


      • Fergus Fergus 6 décembre 2013 18:45

        @ Laertes.

        Sur le plan théorique, je comprends et approuve assez largement votre raisonnement. Toutefois, je n’éprouve jamais le moindre moment d’ennui à l’écoute des symphonies ou des concertos de Haydn. Qui plus est, il a écrit certainement les plus beaux menuets du répertoire. Entièrement d’accord avec vous en revanche pour reconnaître à Mozart un plus grand art de la musique vocale que son aîné, qu’elle soit sacrée ou profane. Quant à Beethoven, c’est à mon avis le plus grand de tous les compositeurs, pour ses qualités créatrices, mais aussi et surtout pour l’intensité et la puissance de ses oeuvres. Mozart ravit l’auditeur par la fluidité de sa musique, Beethoven le cloue dans son fauteuil et le laisse groggy ! 

        Bonne soirée.


      • laertes laertes 6 décembre 2013 19:32

        Je ne parlais pas du plan théorique mais auditif .. Je ne dirais rien des concertos de Haydn que je ne connais pas. De toute façon , en musique l’important c’est d’éprouver de la fascination.
         Je ne suis pas d’accord avec vous concernant Beethoven du moins en ce qui concerne ses capacités créatrices. Je pense que Beethoven est génial dans les sonates ou certaines symphonies où il peut mettre en branle la machine Beethovénienne mais qu’il est très au-dessous dans le domaine vocal (là on ne rigole plus, il faut suivre le texte et l’action). Je ne parle pas d’opéra. Le seul qu’il a écrit est de lojn très inférieur à la flûte enchantée.


      • Fergus Fergus 7 décembre 2013 10:57

        Bonjour, Laertes.

        N’étant pas un grand amateur de musique vocale, je ne conteste pas votre point de vue, et cela d’autant moins que, par référence à ce que je connais des oeuvres de Beethoven, ce n’est effectivement pas dans ce domaine qu’il a acquis la notoriété extraordinaire qui est la sienne.


      • Antoine 8 décembre 2013 16:44

        Les commentaires au-dessus me font dresser les cheveux sur la tête : Haydn a été le créateur du quatuor qu’il a porté au sommet, Mozart l’ayant à l’époque seulement égalé dans ce genre où exceptionnellement il avouait lui-même ramer. Beethoven en a été la cerise et ici comme pour le reste ou presque a flanqué les jetons aux suivants qui pourtant s’en sont finalement bien tirés comme Schubert, Mendelssohn, Schumann et Brahms.


      • Fergus Fergus 8 décembre 2013 17:02

        @ Antoine.

        Cela, c’est votre avis, mais les commentaires écrits ici et ailleurs sur la musique, non seulement par des amateurs de musique classique, mais aussi parfois par des instrumentistes experts en termes de répertoire ou de difficultés techniques montrent qu’il n’est en ce domaine pas plus de vérité qui’il n’en est en gastronomie où l’on se démarque de plus en plus du goût quasi officiel proclamé naguère par une minorité de chefs étoilés. On ne peut que s’en réjouir.

        Bonne fin de journée.


      • Antoine 8 décembre 2013 17:22

        Sauf que votre avis n’en est pas un et que je peux démontrer le mien : c’est quand vous voulez !


      • Fergus Fergus 8 décembre 2013 18:00

        @ Antoine.

        Ne vous gênez surtout pas !

        Cela dit, je crains, et ce n’est pas nouveau, que vous ne fassiez une confusion entre, d’une part les aspects techniques des oeuvres (leur forme et leur écriture) et, d’autre part leur capacité à parler à l’oreille de ceux qui les écoutent. Il en va de la musique comme de la peinture : seul compte la perception et l’émotion que l’on ressent, pas les techniques utilisées par le compositeur ou le peintre.


      • laertes laertes 8 décembre 2013 18:27

        @Antoine  : je crois que je vais vous faire arracher vos cheveux.
        vous dites :"Haydn a été le créateur du quatuor qu’il a porté au sommet, Mozart l’ayant à l’époque seulement égalé dans ce genre où exceptionnellement il avouait lui-même ramer"
        - oui Haydn a été l’accomplisseur du quator à cordes ce qui ne l’empêche pas d’avoir été surpassé par Mozart, les deux n’étant pas incompatibles !
        - Mozart , peut être l’ignorez-vous est le Speedy Gonzales de l’art de la composition. Je m’explique : il progresse en une année autant que Haydn en vingt... Ne me demandez pas pourquoi ! Le génie peut-être.. et c’est pour cette raison que dans les années 1780, Mozart avait depuis longtemps archi dépassé Haydn ( Qui l’a reconnu lui même d’ailleurs d’une manière indirecte)
        - Le fait que Mozart aie...peiné (c’est le mot qu’il a employé et non ..ramé) pour composer n’enlève en rien l’incroyable supériorité de ses derniers quatuors par rapport à ceux de Haydn !
        Si beethoven a certes été un grand compositeur de quatuors, je ne partage pas votre avis sur la valeur de ceux de schubert et surtout de Mendelsohn que je trouve être un compositeur ordinaire.


      • Antoine 9 décembre 2013 23:50

        Quelle forme !

        - Fergus : technique et qualité musicale vont de pair et je crois d’ailleurs me souvenir que Berlioz définissait le beau musical comme l’alliance du savoir et de l’inspiration.

        - Laertes : Haydn est d’emblée à l’aise avec le quatuor pour lequel il a composé une soixante-dizaine de numéros et donc le plus grand nombre de chefs d’œuvre. Il a cultivé ce genre, certainement le plus difficile, avec délectation , en a varié les structures en y cultivant le changement (pour lui, c’est vraiment vrai !). Bien sûr Mozart reste ici aussi l’immense Mozart (« Les dissonances » est extraordinaire dans tous les sens du mot) mais, une fois n’est pas coutume, sa production est plus escarpée alors que celle de Haydn est plus claire.

         Quant à Schubert, il accède comme rarement à l’intime et à la palpitation de l’angoisse sans contrainte de temps auquel il s’abandonne.

         Mendelssohn reste un très grand compositeur et d’ailleurs ses œuvres de jeunesse ont une belle tenue, et même plutôt supérieure à celles de Mozart au même âge. Il est un homme pudique et préfère l’élégance aux extrémités méditatives : ce serait une sorte de classique dans le monde romantique. Sa musique pétillante ne peut que ravir les oreilles qui la méritent.

         Cela dit, il est toujours un peu idiot de faire un hit-parade avec des compositeurs de ce niveau et la seule chose que l’on puisse dire de ce point de vue : Beethoven est sans aucun doute la pierre angulaire du quatuor !


      • Fergus Fergus 10 décembre 2013 09:18

        Bonjour, Antoine.

        Je ne nie pas que « technique et qualité musicale » ne puissent aller de pair pour créer des oeuvres musicales de très grande qualité, mais il est évident qu’une très grande science des instruments et de l’orchestration ne suffit pas à séduire un auditoire si l’oeuvre qui leur sert de support n’est pas porteuse d’une émotion toute particulière et liée, le plus souvent, à l’inspiration mélodique. Ainsi, en parlant de Mendelssohn, c’est la cantilène des premières mesures de son concerto pour violon en si bémol qui fait toute la séduction du premier mouvement de l’oeuvre, bien plus que son orchestration, aussi remarquable soit-elle.

        Pour avoir à plusieurs reprises discuté de cela avec des musiciens professionnels, je sais qu’ils sont nombreux à penser ainsi, même si d’autres, plus proches de votre opinion, sont plus axées sur les qualités orchestrales et l’expertise instrumentale.


      • Antoine 10 décembre 2013 23:00

        Fergus, si votre approche était totalement juste, Bellini serait considéré comme le plus grand compositeur de tous les temps ! La preuve de la très grande importance de la technique peut être vérifiée avec Mendelssohn puisque vous en parlez.Sa faiblesse principale, ses phrases et sections se terminent toujours dans une suavité confortable alors que Beethoven, par exemple, maintient son processus dynamique et obtient ainsi jusqu’à la fin une grande force dramatique. Vous évoquez son concerto pour violon, superbe il est vrai, mais montre aussi que ses mélodies commencent bien mais faiblissent : l’envolée initiale est magnifique mais devient banale (mesures 14 à 17 si vous avez la partition sous les yeux).J’ai toutefois défendu ce compositeur précédemment car il ne mérite pas pour autant le mépris mais au contraire une grande considération pour la qualité globale de sa musique et le plaisir qu’il sait nous donner. 


      • Fergus Fergus 11 décembre 2013 09:46

        Bonjour, Antoine.

        Rassurez-vous, je ne prétends pas que mon « approche » soit « totalement juste », je dis simplement qu’elle existe chez de nombreux amateurs et musiciens, et qu’elle doit être respectée au même titre qu’une approche plus technique, comme celle que vous soutenez et qui également défendue par un musicologue avec qui il m’arrive d’en discuter.

        A propos de Mendelssohn, je m’aperçois avec horreur que j’ai indiqué une tonalité erronée pour le concerto pour violon op. 64 qui est évidemment en mi mineur. Mea culpa.

        De ce compositeur, j’apprécie aussi tout particulièrement la symphonie « Italienne », de loin la plus réussie à mes oreilles.


      • Antoine 11 décembre 2013 22:41

        Fergus, vos « musiciens » de référence ne feraient pas les programmes musicaux de TF1, M6 ou autres chaines pour handicapés du tympan ?


      • ZEN ZEN 6 décembre 2013 08:52

        Bonjour Fergus

        Merci pour ce réveil musical
        La qualité des pianos Pleyel n’a cessé de fléchir ces dernières années. et la concurrence asiatique n’a rien arrangé.
        Je connais un pianiste qui joue encore avec bonheur sur un Pleyel des années 20 qui fait encore merveille.


        • Fergus Fergus 6 décembre 2013 10:01

          Bonjour, Zen.

          En réalité, les pianos Pleyel étaient d’ores et déjà condamnés dès les années 80. Mais ceux qui, comme ce pianiste que tu connais, ont encore l’occasion de jouer sur un Pleyel antérieur à la période de déclin, sont effectivement les premiers à reconnaître qu’ils en jouent avec beaucoup de plaisir.


        • brieli67 6 décembre 2013 10:16

          dankkre 4 mals Môssieu Fergus

          pour retrouver certains Maîtres-Meister de nos provinces.

          ce qu’il en reste de PRESTEL....

          Pourquoi Strasbourg ? 

          En son castel -avec son Allée- une Merveille en son temps

          Göthe décrit cette cette portion RN4 du col de Saverne
          Von der aufgehenden Sonne beschienen, erhob sich vor uns die berühmte Zaberner Steige, ein Werk von unüberdenklicher Arbeit. Schlangenweise, über die fürchterlichsten Felsen aufgemauert, führt eine Chaussee, für drei Wagen nebeneinander breit genug, so leise bergauf, dass man es kaum empfindet. Die Härte und Glätte des Wegs, die geplatteten Erhöhungen an beiden Seiten für die Fußgänger, die steinernen Rinnen zum Ableiten der Bergwasser, alles ist so reinlich als künstlich und dauerhaft hergerichtet, dass es einen genügenden Anblick gewährt.

          Le Prince organisait les plus fastueuses de France, de Navarre, de l’ Europe, du Monde sauteries.

          Pleyel a été recruté par le Prince-évèque- qui s’est installé à Ettenheim terres épiscopales strasbourgeoises et françaises. La « Marseillaise » a été « commandée » pour répondre aux cliquetis d’armes des Emigrés


          Ettenheim : .
           Le duc d’Enghien, membre de la Maison royale, y était réfugié. C’est là qu’il fut enlevé par les troupes françaises avant d’être jugé et exécuté au fort de Vincennes en 1804.

          Talleyrand aux bons services du Consul Bonap’ et....... en terres françaises !

          • claude-michel claude-michel 6 décembre 2013 10:40

            Par brieli67....Les pianos Erard...de très bons pianos également...comme les Gaveau ou les Pleyel... !


          • Fergus Fergus 6 décembre 2013 11:27

            Salut, Brieli.

            Merci pour tous ces liens intéressants, comme d’habitude. Etant dans l’obligation de partir quelques heures de chez moi, je ne pourrai en prendre connaissance en détail qu’en fin d’après-midi. J’y reviendrai donc plus tard.

            Je te souhaite une excellente journée.


          • Fergus Fergus 6 décembre 2013 17:04

            @ Brieli.

            Superbe et passionnant, ce lien sur les facteurs d’instruments alsaciens. J’avoue y avoir découvert de nombreux noms inconnus de moi. L’Alsace est, pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des instruments, un lieu de découvertes formidables, surtout si l’on ajoute aux pianos ces orgues historiques auxquels tu as déjà fait des références parfaitement documentées.


          • Kookaburra Kookaburra 6 décembre 2013 11:25

            Bonjour Furax. Article très intéressant. Bien que passionné de la musique de piano, j’ignorais tout sur Pleyel. Enfant, je voulais apprendre le piano, mais mes parents pensaient que ce n’était qu’une lubie. J’ai du me contenter de la guitare.


            • Fergus Fergus 6 décembre 2013 11:30

              Bonjour, Kookaburra.

              Merci pour ce commentaire. La guitare, ce n’est pas mal non plus, mais sans offrir évidemment les immenses possibilités d’expression musicale évoluée qu’offre le piano. Cela dit, j’admire tous les musiciens, ne partiquant moi-même aucun instrument.

              Signé Fergus, et non Furax (encore que je puisse l’être de temps à autre en réaction à l’actualité).


            • cathy30 cathy30 6 décembre 2013 19:07

              Bonjour Fergus

              24e enfant, waou, mais comment c’est possible !

              Il y avait dans la ville où j’habite une fabrique de pianos Pleyel, mais malheureusement, tout cela c’est du passé.


              • Fergus Fergus 7 décembre 2013 11:03

                Bonjour, Cathy.

                Désolé de répondre tardivement, j’ai été en panne de box durant une vingtaine d’heures.

                24 enfants, cela paraît incroyable en effet, mais tous n’ont évidemment pas vécu. Quant au 24e, Ignace, il a coûté la vie à sa mère, morte en couches en le mettant au monde. Par la suite, le père de Pleyel a épousé une autre femme dont il a eu 12 autres enfants, avec là aussi beaucoup de décès à la naissance ou en bas-âge.

                Le plus grand fabrique de pianos Pleyel était située à Saint-Denis, d’où le nom du Carrefour Pleyel, mais peut-être n’est-ce pas là que vous habitez...

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