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Portrait de Bruce Chatwin (1940-1989) et entretien avec Elizabeth Chatwin

Bruce Chatwin, écrivain et grand voyageur, est né le 13 mai 1940 à Sheffield, en Angleterre. Il meurt le 18 janvier 1989 dans le sud de la France. Tous ses livres ont été publiés chez Grasset : En Patagonie, Le Vice-Roi de Ouidah, Les Jumeaux de Black Hill, Le Chant des pistes, Utz, Qu’est-ce que je fais là, Photographies et Carnets de voyage. Il écrivait ses notes de voyage, la matière première de ses livres, dans des petits carnets de moleskine noire qu’il achetait à Paris. Avec son Leica, il a pris également des milliers de clichés, un travail photographique encore peu connu, révélateur de son goût pour le détail, les couleurs et les formes. Son poème favori était « L’invitation au voyage » de Charles Baudelaire : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté. »

UN APRES-MIDI CHEZ BRUCE CHATWIN

Trouver la maison de Bruce Chatwin n’est pas une mince affaire, comme si l’auteur d’En Patagonie s’était amusé encore une fois à brouiller les pistes. Sortir de Londres par la M40, rouler une heure, puis se perdre dans les entrelacs des petites routes de la campagne anglaise. A l’heure du lunch, dans le pub local, tenter de trouver un indice, questionner les autochtones, en vain. Le dernier recours humiliant du téléphone mobile, nouveau sémaphore du voyageur, avec l’appel salvateur qui remet les pèlerins égarés sur le bon chemin. Enfin, au bout d’une voie forestière, la vaste maison de bois adossée aux sapins, dominant les collines verdoyantes sur lesquelles pâturent quelques moutons. Fixée au mur dans l’entrée, une ancienne carte de la Patagonie accueille le visiteur ému de se trouver sous le toit de celui qui toute sa vie parcourut le monde en quête « d’un endroit pour accrocher son chapeau », bien qu’il pensât qu’un domicile était une perversion.

Sa dernière compagne, Elizabeth Chatwin, un petit bout de femme énergique, nous invite à une visite guidée des lieux. La pièce principale est un grand salon dont les baies vitrées donnent sur les prés en pente douce. De lourdes tentures en coton écru protègent l’intérieur de la brûlure du soleil qui, au fil du temps délaverait les fragiles couleurs du tissu précolombien encadré au-dessus de la cheminée. Dans le salon, le bleu prédomine. La couleur du voyageur, la couleur dominante chez les nomades, la couleur magique qui, selon les adeptes du feng-shui, favorise la tranquillité intérieure, la libération de l’énergie, tout en nourrissant l’intellect. Le bleu était la couleur de Bruce Chatwin. Le bleu denim des chemises en blue-jean (assorti au bleu limpide de ses yeux) ou le bleu marine des chandails bretons, qu’il aimait porter. Mais aussi le bleu d’outremer, azur, turquoise ou Matisse, déclinaisons de cette couleur subtile qu’on retrouve partout en Méditerranée où l’écrivain nomade se réfugiait dès les premiers froids, fuyant cette Angleterre qu’il avait surnommée « le tombeau vert ».

Elizabeth partage avec son mari cet enthousiasme à raconter les histoires de tous ces objets ramenés de voyages, disposés sans ostentation, pièces du puzzle inachevé qu’est le monde « chatwinesque ». Un seul coup d’œil suffit pour retrouver le goût de l’écrivain pour l’épuré, le simple, la matière brute, le délicat sans fioritures. Liste hétéroclite d’une esthétique du dépouillement : un saladier du Portugal en terre cuite blanc avec des zébrures vertes, une gourde d’Afrique en bois lisse finement gravée, une urne funéraire indienne achetée à Buenos Aires, un galet de pierre polie d’Hawaï, une lampe chinoise pour attirer les poissons la nuit lors des pêches aux cormorans, une jarre portugaise, cadeau nuptial de Bruce à Elizabeth, une chaise d’astronome en bois pour regarder les étoiles, une chaise de paille provençale qui aurait pu être dessinée par Van Gogh...

La visite se poursuit jusqu’au bureau de Bruce Chatwin, dans lequel se déroulera l’interview avec Elizabeth, autour d’un thé, sous l’œil curieux du petit chien Soso. La lumière est tamisée par des stores vénitiens en bois blanc, au mur est accroché un tambour d’Afrique, ainsi qu’un étonnant dessin d’architecte bleu et blanc dont les courbes parfaites rappellent celle d’une coquille Saint-Jacques. Sur une étagère, une boîte en bois avec une vitre derrière laquelle on aperçoit divers objets, seul exemplaire restant de ces « God Box » (les autres ont été détruites par son auteur) que Chatwin réalisait avec des matériaux ramenés de ses voyages. A l’intérieur de cette boîte sont assemblés des objets aux propriétés magiques disposés sur un fond de papier peint : un tympan de lion, un gecko desséché, une plume de pintade, un organe interne non identifié et deux ergots d’oiseau enveloppés dans un tissu.

Même s’il passait beaucoup de temps dans cette pièce, Bruce Chatwin écrivait partout dans la maison. Seule la cuisine lui était interdite, le domaine réservé d’Elizabeth. Son mari également n’a jamais partagé sa passion pour les animaux qui étaient devenus une source de chamailleries entre eux. Chatwin le bohémien avait pris pour femme une bergère entourée de ses moutons et de ses chiens, qui l’obligeaient à ne pas s’absenter plus d’un mois, alors que son compagnon poursuivait le voyage.

Ces voyages au long cours durant lesquels il ne donnait signe de vie que par des coups de fil nocturnes ou des cartes postales noircies de son écriture minuscule. De son vivant, Chatwin s’insurgera à maintes reprises contre cette étiquette d’écrivain-voyageur que la critique paresseuse s’obstinera à lui coller. Ce sera le début d’une suite de malentendus qui se poursuivra au-delà de sa disparition prématurée en 1989. Un documentaire diffusé sur Arte il y a quelques années et une récente biographie (inédite en France) ont donné parfois l’image d’un Chatwin égocentrique et affabulateur, voire antipathique. Concernant son œuvre, les nombreux voyages de Chatwin ne lui servaient que de support à la fiction développée à travers ses livres. Vu sous cet angle, le reproche d’avoir modifié les faits réels s’effondre de lui-même. Le propre du romancier est de mélanger fiction et réalité. A-t-on reproché à Flaubert ou Hemingway, écrivains admirés par Chatwin, les inexactitudes de leurs propos ? A-t-on songé également à les classifier comme écrivains-voyageurs ? Non, évidemment. L’écrivain se doit d’inventer, de maltraiter le réel, de flirter avec l’invraisemblance et l’extraordinaire, de voir avec d’autres yeux pour enfin s’exclamer comme Henri Michaux dans Ecuador : « Mais où est-il donc, ce voyage ? »

A un journaliste de la radio ABC qui lui demandait s’il voyageait par profession et quelle était sa profession, Chatwin répondit : « Non, absolument. Je suppose que suis écrivain. »

La biographie de Nicholas Shakespeare a tout de même le mérite de lever le voile sur l’être multiple qu’était Chatwin et sur son combat pour mener à bien ses livres. On y découvre un Chatwin hédoniste soucieux de sa forme physique, passionné de planche à voile, amoureux du soleil, pour qui la marche était une activité poétique capable de guérir le monde de ses maux. Il faut également mettre en perspective les renoncements qui marqueront la vie de Chatwin. Il tournera d’abord le dos à une brillante carrière d’expert en art chez Sotheby’s, puis abandonnera l’université et enfin refusera la voie confortable du journalisme pour ne se consacrer qu’à l’élaboration de son œuvre. Ces abstentions courageuses font penser à celle du personnage Bartleby chez Melville qui, à chaque sollicitation de son patron, répond invariablement « I would prefer not to ».

Le prix à payer pour cette liberté sera vingt ans d’instabilité financière où l’écrivain, pour payer ses voyages, sera forcé de se séparer d’objets d’arts ou de jongler avec ses maigres droits d’auteur. Ce n’est que dans les dernières années de sa vie, alors qu’il est déjà malade, que Chatwin connaîtra une succès de librairie qui enfin lui apporte le confort matériel.

« L’acte de voyager contribue à apporter une sensation de bien-être physique et mental, alors que la monotonie d’une sédentarité prolongée ou d’un travail régulier engendre la fatigue et une sensation d’inadaptation personnelle. Les bébés pleurent souvent pour la seule raison qu’ils ne supportent pas de rester immobiles. Il est rare d’entendre un enfant pleurer dans une caravane de nomades. » (B.C.)

Un des principaux fils conducteurs de l’œuvre de Chatwin est l’opposition entre le sédentarisme et le nomadisme. Il ne cessera de défendre le mode de vie nomade pratiqué par les chasseurs-cueilleurs avec ses rapports sociaux égalitaires fondés sur le communautaire, l’échange, la réciprocité, la loi de la frugalité (on travaille juste pour ce qu’on a besoin) et le refus d’accumuler. Une idéologie de partage et de loisirs en opposition avec le mode de vie sédentaire imposé par l’agriculture, dont les structures s’établissent sur la redistribution inégalitaire, la hiérarchisation sociale, la propriété individuelle, le surplus et la production. Chatwin passera beaucoup de temps dans les bibliothèques et sur le terrain à rencontrer des anthropologues et ethnologues, pour recueillir des données qui viendraient étayer sa thèse « impubliable » en faveur du nomadisme, dont il se servira pour écrire Le chant des pistes. Il faut voir dans ce thème récurrent chez Chatwin sa propre incapacité à rester en place, sa curiosité insatiable de l’ailleurs, sa passion pour l’errance dont il avait pour ambition de faire l’anatomie. On comprend mieux également la fascination qu’exerçait Rimbaud sur Chatwin, à qui il empruntera une citation pour le titre d’un de ses livres : « Qu’est-ce que je fais là ? »

La personnalité morcelée de Bruce Chatwin contribuera, malgré lui, à entretenir les malentendus tout au long de sa vie et à la créer un culte posthume. Au crépuscule de sa vie, atteint du sida, il évoquera, avec un ultime clin d’œil à l’exotisme, sa maladie comme le « résultat d’une infection attrapée pendant un séjour en Chine, une maladie très rare qui attaque la moelle. Je ne peux plus bouger, ce qui, pour quelqu’un qui adore bouger, est quelque chose de vraiment horrible. » Une vérité teintée d’ironie puisque l’infection liée au VIH, la mycose Penicillium marneffei, qui clouait l’écrivain dans un fauteuil roulant, n’est présente effectivement que dans les pays du Sud-Est asiatique et en Chine. Comme Rimbaud, Bruce Chatwin meurt dans le Sud de la France, le <?xml:namespace prefix st1 ns "urn:schemas-microsoft-com:office:smarttags" /><st1:date Year="1989" Day="18" Month="1" ls="trans"><SPAN style="mso-bidi-font-size: 10.0pt">18 janvier 1989</SPAN></st1:date><SPAN style="mso-bidi-font-size: 10.0pt">. À la disparition de l'écrivain nomade, un journal français lui rendra un dernier hommage avec un titre qu'il aurait apprécié " Chatwin est reparti ".<o:p></o:p></SPAN></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-INDENT: 35.4pt"><SPAN style="mso-bidi-font-size: 10.0pt"><o:p> </o:p></SPAN></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-INDENT: 35.4pt"><SPAN style="mso-bidi-font-size: 10.0pt"><o:p></o:p></SPAN> </P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-INDENT: 35.4pt"><SPAN style="mso-bidi-font-size: 10.0pt"></SPAN> </P><SPAN style="mso-bidi-font-size: 10.0pt">
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H1 style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><SPAN style="FONT-SIZE: 12pt">Entretien avec Elizabeth Chatwin<o:p></o:p></SPAN></H1>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B><SPAN style="FONT-SIZE: 16pt; mso-bidi-font-size: 12.0pt"><o:p> </o:p></SPAN></B></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Bruce Chatwin ? <o:p></o:p></B></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Au travailà Sotheby's, il avait deux fonctions, il s'occupait des antiquitésdes choses ethnographiquesindiennesC'était un énorme travail, mais en ce temps-là, on avait peu de ventes, peut-être une vente par mois, pas plus. De temps en temps, il y avait une grande collection. Et puis, il s'occupait des peintures modernesdes impressionnistespas les peintures anglaisesmais françaises et américaines. </P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Que faisiez-vous chez Sotheby's</B> <B>? </B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">D'
abordje travaillais à l'office. A cette époque, quand vous poussiez la porte de Bound Street, il y avait un long comptoir derrière lequel je me trouvais, les clients y déposaient leurs objets et j'appelais l'expert qui pouvait les authentifier. Ensuite, je suis montée au bureau de Peter Wilson (ndlr : le président de Sotheby's dans les années 1960). </P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Qu'est-ce qui vous a plus en lui immédiatement</B> ? </P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Il était très beau, très amusant, de bonne compagnie. Nous sommes d'
abord partis en week-end au Pays de Galles pour monter à chevalIl m'a emmené dans des châteaux en ruines, des églises, des maisons qu'il aimaitparce qu'il connaissait très bien le Black Hill, la région où se trouvent les jumeaux de Black Hill. </P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Pour un nomade comme Bruce, le mariage ne signifiait-il pas la sédentarité ?<o:p></o:p></B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B><o:p> </o:p></B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Non pas du tout, parce que quand il voulait aller, il allait...</P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Comment s'
est passé son départ de Sotheby's ? Qu'est-ce qui l'a poussé à prendre cette décision alors qu'il était promis à une belle carrière ?<o:p></o:p></B></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B><o:p> </o:p></B></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Il a quitté Sotheby's en octobre 1966 pour devenir étudiant à Edimbourg. </P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">C'
est un peu compliqué le parcours de Bruceparce quand il a fini l'école, il avait une place à Oxford, mais à cause du baby boum il fallait attendre dix-huit mois, son père l'a alors envoyé à Sotheby's pour l'occuper pendant tout ce tempsEt puis les gens à Sotheby's l'ont persuadé qu'il ne fallait pas étudier pour avoir un degré universitaire, que ce n'était pas nécessaire chez Sotheby's, etc. Enfin Bruce s'est dit peut-être je fais une fauteet le fait qu'il s'intéresse aux antiquités l'a poussé finalement à partir pour étudier l'archéologie à Edimbourg. </P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Pourquoi a-t-il abandonné ces études d'archéologie ? <o:p></o:p></B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Il a étudié pendant deux ans et demi, puis il a quitté l'
universitéPour avoir le diplômeil fallait quatre ans d'étude. Le professeur qui devait continuer d'enseigner pour la troisième année est parti de l'université. Le cours devenait ennuyeux, il a abandonné à cause de ça, et puis il commençait à s'intéresser aux nomades. </P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Est ce qu'il était un élève studieux ? <o:p></o:p></B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Oh oui, il travaillait énormément. Il a même étudié le sanscrit, qui est une chose difficile. </P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Quel a été son premier voyage ? <o:p></o:p></B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B><o:p> </o:p></B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">C'
était l'Afghanistan en 1962. Il a fait trois voyages en Afghanistan, en 1962, 1964 et puis 1969, mais il y avait déjà les hippies, il n'aimait pas bien çaEn faitil est parti en Afghanistan sur les traces de Robert Byronqui avait écrit un récit de voyage : <I>La route d'Oxiane</I>. Ce livre était la bible de Bruce. </P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Est-ce que vous l'
avez accompagné lors de ses premiers voyages ?<o:p></o:p></B></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Ouij'y suis allé avec lui la troisième fois. La première fois, il y est allé avec un vieil ami archéologue avec qui il avait déjà fait un voyage en Egypte. En route, ils ont acheté ensemble des objets pour les vendre. Autour du troisième voyage, il y a un livre écrit par Peter Levi qui était un jésuite d'Oxford parti en Afghanistan sur les traces d'Alexandre le Grand, Bruce lui s'intéressait aux nomades. </P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Pouvez-vous me parler de sa période de travail au Sunday Times Magazine ?<o:p></o:p></B></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Je crois que c'est en 1971 qu'il a commencé à travailler pour le {Sunday Times}. Je suis allé avec quatre amis aux Indes en 1970il ne voulait pas venir avec moiil travaillait sur ce livre consacré aux nomades et puis il n'avait pas d'argentil gagnait très peuIl était encore inconnu et avait juste écrit quelques articles pour des journauxOn lui a offert ce job au {Sunday Timespour être l'expert sur l'artAprèson l'a laissé libre d'écrire sur ce qu'il voulait, il ne travaillait jamais dans les bureaux du journal. </P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Est-ce que pour lui le journalisme a été une école de l'
écriture ?<o:p></o:p></B></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
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class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Un peumais à l'université il fallait écrire, à Sotheby's aussipour décrire un objet il fallait écrireIl fallait une disciplineDonc écrire pour le {Sunday Times}, ce n'était pas trop différent. Et quand les sujets le passionnaient, c'était encore mieuxUn papier dans le {Sunday Times}, c'était au moins un mois de travail. </P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Dans quels pays<SPAN style="mso-spacerun: yes">  </SPAN>avez-vous accompagné Bruce en voyage ? <o:p></o:p></B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Avec lui, je suis allé au Népal, en Afghanistan, en Algérie, au Maroc, en Amérique du Sud, au Pérou, en Europe... Ces voyages ne duraient pas plus d'
un moiscar j'avais déjà des moutons. </P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Comment se passait le voyage avec Bruce ? <o:p></o:p></B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">C'
était merveilleux et très amusant de voyager avec luiIl allait très vite parce qu'il savait exactement ce qu'il fallait faire et voirAvant de partiril avait tout préparéil s'était documenté et puis il avait un talent pour trouver les choses importantes. Quand il rencontrait des gens inconnus, après quelques minutes de conversation, il trouvait le sujet qui les intéressait le plus, n'importe quel sujet (riresmais il le découvraitMais les longs voyages comme la Patagonie ou l'Australie, il n'aurait pas pu voyager avec moiC'est plus facile de faire des rencontres quand on est seul. </P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Quel est le voyage qui vous a le plus marqué avec lui ? <o:p></o:p></B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Je crois que c'
est l'Afghanistan parce c'est mon pays favori (rires). J'y suis retourné plusieurs fois. </P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Est-ce que ses voyages étaient aventureux ?<o:p></o:p></B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Oh, oui. Il était courageux. Quand quelque chose de dangereux arrivait, il savait toujours ce qu'
il fallait faireOn pouvait lui faire confiance. </P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Est-ce qu'il vous donnait des nouvelles pendant ses voyages ?<o:p></o:p></B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B><o:p> < o:p></B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Il me téléphonait de partout dans le monde, de Patagonie, d'
Afrique du Sudd'Australie et à n'importe quelle heureIl m'envoyait aussi des cartes postales avec plein de descriptions et d'une écriture minuscule (rires).<SPAN style="mso-spacerun: yes">  </SPAN></P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Que prenait-il dans son sac à dos quand il partait ?<o:p></o:p></B></P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Il avait un sac en cuir qui avait été fait exprès pour luiavec des poches adaptées aux objets qu'il emmenait avec lui, comme un thermos. Il avait toujours avec lui des livres qu'il emmenait partoutDes médicaments aussicar il n'avait pas de résistance, la moindre égratignure s'infectait tout de suiteSon premier voyage en Afghanistan avait été écourté à cause d'une coupure qui s'était infectéeIl était très fragileIl adorait marcher mais il avait des problèmes avec des varices aux jambes. </P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Y a-t-il un objet dont il ne se séparait jamais en voyage ?<o:p></o:p></B></P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><SPAN style="mso-spacerun: yes"></SPAN> </P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Il avait toujours avec lui un altimètreparfois un appareil photomais surtout ses carnets de notesIl prenait des notes partoutdans les aéroportsdans les garesS'il conduisait et que quelque chose lui passait par le tête, il me disait : écrivez, écrivez ça...</P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Est-ce qu'
il a pris des photos dès ses premiers voyages ?<o:p></o:p></B></P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Les premières photos que j'ai ont été prises en Egypte. A l'époqueil avait un Rolleiflex avec lequel il a pris des photos d'architecture en noir et blanc. Il l'a vendu plus tard pour s'acheter un Leica. Ensuite, il a eu un autre Leica, tout petit qu'il pouvait glisser dans sa pocheIl n'a jamais pris de cours de photo, il a appris tout seul.<SPAN style="mso-spacerun: yes">  </SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoBodyText style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><STRONG>Comment exploitait-il ses images ? </STRONG></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Les premières photos qui ont été exploitées, c'
était pour le livre de Peter Levi en 1970 sur l'Afghanistan. L'éditeur avait embauché un photographe qui n'est pas venu. Il a demandé à Bruce s'il pouvait se servir de ses photosC'étaient des diapositives en couleur, mais ils les ont imprimées en noir et blanc. Ils ont payé <st1:metricconverter ProductID="vingt livres">vingt livres</st1:metricconverter> sterling pour toutes les photos utilisées (rires).<SPAN style="mso-spacerun: yes">  </SPAN>J'ai toujours beaucoup de problèmes pour identifier les photos de Brucecar il ne mettait jamais de légendede date ni de lieu sur ses prises de vues. </P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>A quoi lui servaient ces photos ? <o:p></o:p></B></P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<
class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Elles lui servaient d'aide-mémoire ou parce que c'était quelque chose de beau ou d'amusant. Il ne prenait jamais de photos d'amis à la maisonc'est moi qui prenais ces photos (rires). </P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"> </P>
<P class=MsoBodyText style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><STRONG>Le fonds iconographique de Bruce est constitué de milliers de négatifs et de diapositives. Est-ce qu'
un inventaire de ce fonds est prévu Pourquoi la bibliothèque d'Oxford ne s'est pas occupée d'archiver les images de Bruce ? </STRONG></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">La bibliothèque d'
Oxford n'a pas d'expertise ni d'équipement pour la conservation des photos, uniquement pour les livres. Un musée était intéressé, mais seulement par les photos ethnographiques. J'ai refusé leur proposition et j'ai finalement déposé toutes les photos dans une agence à Londres, mais il n'y pas eu encore d'inventaire. </P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoBodyText style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><STRONG>Bruce ramenait souvent des objets de ses voyages. </STRONG></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Oui, par exemple cette statuette en bois censée représentée la fertilité, il l'
a ramenée d'Afrique de l'Ouestc'est assez ancien et rare car en Afrique les insectes mangent le bois. Il a ramené aussi de jolies choses de Mauritanie. 
<P></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><?xml:namespace prefix = o /><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><B>Quel était l'
objet dont il était le plus heureux d'être le propriétaire ? <o:p></o:p></B></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Il était heureux au moment où il ramenait quelque chose, puis deux après il passait à un autre objet. J'
ai un peu de tissu que des nomades lui ont donnéc'est déchiré, très abîmé. Il adorait ça. Ils revendaient parfois certains objets ou les donnaient à des amis. </P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><o:p> </o:p></P>
<P class=MsoBodyText style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><STRONG>A votre avis, pourquoi Bruce voyageait-il ? 
d'
où lui venait ce besoin d'être toujours ailleurs ? 
<p>&nbsp;</p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">C'
était la question (rires). Il ne pouvait jamais répondre à cette questionL'idée de rester fixé quelque part, c'était impossible pour luiMon cerveau ne peut pas fonctionnerdisait-ilsi je ne peux pas marcherMême iciil fallait qu'il parte, surtout en hiver (rires), il détestait le froid et le gris. L 'Angleterre en janvierc'est pas possible... Il se promenait souvent autour de la maison à pied ou à bicyclette. Si le temps était trop mauvais pour sortir, il était malheureux. Il avait acheté une bicyclette d'intérieurmais ça faisait un bruit terrible... Quand il écrivait un livreil commençait avant de se leveril pensait dans son litil pensait tout le temps...</p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoBodyText"><strong>Bruce a passé seize ans de sa vie à travailler sur un livre consacré au nomadisme qui s'est avéré être impubliable. Avez-vous été le témoin de ce combat ?</strong></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Il a utilisé ce manuscrit pour écrire <em>Le chant des pistes</em>. Sa mère avait trouvé le manuscrit qu'
il avait jeté et l'avait sauvegardé sans le lui dire. Elle me l'a donnéLe jour où il a commencé à écrire <em>Le chant des pistes</em>, j'ai ressorti le manuscrit et il était heureux de le retrouver. Il s'en est servi puis l'a détruit à nouveau. On ne peut pas voir les étapes dans son écriture, car il a jeté tous les manuscrits intermédiaires de ses livres. Il écrivait à la main, puis à l'aide d'une machine à écrire sur des feuilles avec des marges dans lesquelles il écrivait ses corrections. Il pouvait réécrire dix fois le même manuscrit. </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong>Que pensez-vous de la biographie de Bruce réalisée par Nicolas Shakespeare ?<o:p /></strong></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Cette biographie ne donne aucune idée de lui, ça ne lui ressemble pas. Il vaut mieux lire le livre de Susannah Clapp (<em>Avec Chatwin, portrait d'
un écrivain,</emEditions GrassetLa première partie de la biographie de Shakespeare est intéressanteparce qu'il raconte l'histoire de la famillel'école, etc., et puis après il rate son sujet. Les amis de Bruce ne le reconnaissent pas dans cette biographie. Le portrait n'est pas làBruce devient un personnage désagréablece qu'il n'était pasC'est dommage. </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong>Avez-vous le souvenir du retour de Bruce de Patagonie ?<o:p /></strong></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Quand Bruce est revenu de Patagonie, nous nous sommes retrouvés à Lima. Nous avons voyagé à travers le Pérou dans un camion équipé de couchettes pour dormir. </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoBodyText"><strong>Bruce a publié son premier livre en 1977 (<em>En Patagonie</em>) à l'
âge de trente-sept ansEst-ce que vous avez le souvenir de sa réaction à cette première publication ? </strong></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Il était heureux bien sûrmais il ne lisait pas les critiques de peur d'y trouver quelque chose de négatif ou de désagréable. </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong>Comment écrivait-il ses livres ? Comment organisait-il son travail ?<o:p /></strong></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Il commençait très tôt le matin, jusqu'
à <st1:time hour="11">onze heures.</st1:timeEnsuiteil sortait après le déjeunerSi ses yeux n'étaient pas fatigués, il continuait à travailler le soir. </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong>Etiez-vous sa première lectrice ?<span>  </span><o:p /></strong></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Il me demandait tout le temps ce que j'
en pensaismais je ne les lisais pasil me les récitait. </p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Je ne crois pas avoir été une bonne critiqueje ne suis pas éditeur. </p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong><o:p> </o:p></strong></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong><span> </span>Bruce avait une passion pour la culture françaisedont la littérature ?</strong> </p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">AbsolumentIl disait que les Français étaient plus intelligents que les Anglaisqu'en Angleterre les gens ne lisent pas. Une fois, il est passé à Apostrophes chez Pivot et il avait été frappé qu'après l'émission les chauffeurs de taxi à Paris le reconnaissent. En Angleterre, il n'y a rien sur les livres à la télévision. </p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong>On a dit souvent qu'il avait le goût du secret. Qu'en pensez-vous ?<o:/></strong></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o><strong><o:p> </o:p> &lt;&gt; </strong></o></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">C'est vrai. Il compartimentait ses amitiés. Certains de ses amis ne sont jamais rencontrés. Parfois même, ils se connaissaient entre eux, mais ne savaient pas qu'ils avaient Bruce pour ami communIl avait des amis que je n'ai jamais rencontrés, il me disait : « Vous n'aimerez pas celui-là ou celle-c'est pas pour vous » (rires). </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong>On parle souvent des paradoxes et des contradictions de Bruce. Mais vous qui étiez sa femme, quelle était sa plus grande qualité et quel était le défaut pour lequel vous étiez le moins indulgente</strong> <strong>? </strong></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Sa plus grande qualité était son enthousiasme. Il revenait toujours de quelque part avec des histoires à raconter, à vous faire partager. Son plus grand défaut était le désordre. Il était très désordonné, c'
était terribleJ'ai compté une fois cinquante livres auprès de son lit. Il m'a dit « C'est pas vrai », mais si c'était vrai ! (rires)</p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong>Vous êtes parti en Patagonie avec le biographe de BruceQu'avez-vous ressenti en découvrant ce pays et en voyageant sur les traces de votre mari ? <o:p /></strong></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong><o:p> </o:p></strong></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Oui, dix-huit ans après, je suis allée en Patagonie. C'
est exactement comme il l'a décrit. Les gens qui ont accepté de vivre là sont fous et tristes (rires). C'est très curieux et très loinmême si aujourd'hui il y a les avions, c'est encore loinc'est une mentalité. </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoBodyText"><strong>D'
après Nicolas ShakespeareBruce était mystérieux autour de son homosexualitéparce qu'il ne voulait pas rentrer dans une case. Qu'en pensez-vous ?</strong></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Ouic'est exact. Il était un caméléon. Il pouvait changer dans l'instantaller d'une chose à une autre. C'était un acteuril jouait un rôleIl ne voulait pas que sa famille soit au courant de son homosexualitéil l'a dit juste à son frère, quand il a été malade. Il était attiré par les deux sexes, il a eu des « girlfriends » aussi. Beaucoup de personnes étaient possessives vis-à-vis de Bruce. </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoBodyText"><strong>Est-ce vrai qu'
un médecin a refusé de soigner Bruce et que l'équipe médicale rentrait dans sa chambre avec des protections vestimentaires ?</strong></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p><strong> </strong></o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Oui, je me souviens de l'
hôpital à Draguignan où il y avait un haut-parleur derrière le lit dans la chambre d'où on entendait le docteur dire : « Comment allez-vous aujourd'hui » C'était horrible d'entendre cette voix au-dessus du lit. </p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong>Est-ce qu'il parlait de repartir ? <o:p /></strong></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Il ne parlait plus de voyages, mais il voulait écrire un petit livre en hommage à Flaubert, quelque chose de similaire aux <em>Trois contes</em>. </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong>Bruce Chatwin est un exemple en France pour tous les journalistes et écrivains pour qui voyage et écriture sont indissociables. Que pensait-il de son vivant de cette reconnaissance ? <o:p /></strong></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong><o:p> </o:p></strong></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Oh, il était très content. En France surtout, c'
était important pour luiIciil n'y croyait pas. Il disait que la France, c'est du sérieux ! (rires)</p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong><o:p> </o:p></strong></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong>Il aurait aimé vivre en France ?</strong></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Il parlait toujours d'acheter une maison quelque part dans le sud de la France, mais ça changeait souvent, parfois c'était la France ou l'Espagne ou peut-être l'Italie... Il faisait le tour de la Méditerranéesurtout en hiverIl n'aimait pas le froid mais il allait aussi dans les pays scandinaves pour leur architecture.<span>  </span></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong>Il était agacé par cette étiquette de <em>travel-writer</em> qu'
on voulait lui mettre.<o:/></strong></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong><o:p> </o:p></strong></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Il détestait çaIl l'a dit : « J'ai écrit un seul livre de voyagec'est <em>En Patagonie</em>. Les autres ne sont pas des livres de voyage. » Ses autres livres sont des romans,<span>  </span>exotiques peut-être, mais ce ne sont pas des récits de voyage. Même dans <em>Le chant des pistes</em>, il y a beaucoup de fiction. </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong>Est-il aujourd'
hui reconnu en Angleterre comme il l'est en Italie et en France</strong> ? </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><span></span> </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">En Angleterre, des journalistes, peut-être des écrivains, mais pas du public, même si <em>Les Jumeaux de Black Hill</em> est aujourd'
hui au programme des universités anglaisesLes Italiens sont fous de Bruce C'est fantastique. En Hollande, tous les gens le connaissent aussi. </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoBodyText"><strong>Les carnets de notes de Bruce sont à la bibliothèque d'
Oxford et ne seront pas accessibles avant 2009. Est-ce lui qui a demandé cette restriction Et est-ce que le biographe de Bruce a eu accès à ces carnets ? </strong></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Ouic'est Bruce qui a demandé ça, que ses carnets ne soient pas consultables pendant vingt ans.<span>  </span>Puis, j'ai donné l'autorisation à Nicolas Shakespeare de les consulter, parce qu'il fallait faire cette biographiePour se protéger des fous qui voulaient faire une biographie de Bruceje recevais beaucoup de lettres de gens sans talentalors j'ai pris ma décision. </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><strong>Quels sont les projets autour de l'
œuvre de Bruce ? <o:/></strong></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<
p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal">Autour de l'œuvre, pas grand-chose pour l'instantMais il y aura bientôt la publication d'un livre de correspondances. Plusieurs amis de Bruce ont gardé ses lettres, tellement ils les trouvaient amusantes. Ce serait peut-être une façon de corriger la mauvaise impression que donne la biographie. </p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt 141.6pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt 141.6pt;" class="MsoNormal"><o:p> </o:p></p>
<p style="margin: 0cm 0cm 0pt 141.6pt;" class="MsoNormal">Propos recueillis par Jean-Luc Bitton.</p><o:p />


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1 réactions à cet article    


  • stephane (---.---.255.210) 17 janvier 2007 16:14

    bravo pour cet entretien. J’avais adore son livre Le Chant des Pistes. J’admire ces personnes douees, au parcours si iconoclaste et insatiables d’espaces, de savoir nouveau et de cultures nouvelles. Dommage que de nos jours on en parle si peu. Pour la fin de la semaine, sur mon blog je mets un lien sur votre article. encore bravo.

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