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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Premier Amour » Sami Frey Revival au Théâtre de l’Atelier

« Premier Amour » Sami Frey Revival au Théâtre de l’Atelier

D’origines respectivement russes et polonaises tout en étant de la même génération (1935 & 37), Laurent Terzieff comme Sami Frey font partie de ces comédiens au charisme hors du temps et néanmoins identifiable instantanément.

Tous les deux ont eu une carrière fondamentalement vouée au Théâtre bien que ce fût le cinéma qui leur mit le pied à l’étrier en assurant d’emblée leur fascinante notoriété avec des titres cultes mais antagonistes « Les Tricheurs » de Carné pour l’un et « La Vérité » de Clouzot pour l’autre. 

 

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PREMIER AMOUR
© Hélène Bamberger - Opale

  

Avec leurs faciès sculptés au couteau, ces deux artistes ont impressionné l’inconscient culturel collectif davantage dans la gémellité complémentaire qu’en compétition duelle ; avec leur doux regard transperçant l’intérieur de l’âme, ils se sont inscrits au patrimoine de la langue française selon des phrasés personnellement séquencés résonnant au cœur de l’oreille interne. 

Si Laurent a définitivement quitté la scène terrestre depuis quelque dix années, c’est à cette même période que Sami, lui, montait pour la première fois à L’Atelier « Premier Amour » de Samuel Beckett. 

Au dire de ceux qui virent cette création à l’époque, c’est avec un panache en tous points identiques que l’acteur de 82 ans est revenu en ce même théâtre pour une nouvelle série de représentations, jauge complète, s’étant achevée le 3 mars 2019.

Devant l’imposant et impressionnant rideau de fer couleur bronze rouillé, deux bancs scolaires épousent la largeur du front de scène.

Surmontée d’une lampe rouge s’allumant dès son ouverture, la petite porte intégrée à l’extrémité de l’armure métallique côté jardin laisse le passage à la grande silhouette vêtue d’un imper sombre passe partout.

Étant attifé de surcroît d’une besace verdâtre en bandouillère, le dress code implique résolument le souhait de ne pas dénoter avec les autres éléments d’un tel décor impénétrable.  

Bref, tout est en place pour que l’artiste, comme mû par une étrange mécanique fluide, déroule alors la pelote d’une histoire à dormir debout ; mieux ! à se projeter dans un univers où la candeur se glisse dans un humour en demi-teinte que la commissure des lèvres ne saurait trahir.

Si ce premier amour de Samuel Beckett devait faire figure d’expérience autobiographique fondatrice pour son auteur, sûr que pour Sami Frey, l’interprète, lui, s’en repaît de tout son saoul.  

Il faut le voir, engoncé dans cet accoutrement de fortune qu’un médiocre couvre-chef va bientôt rehausser de sa banalité, s’asseoir de manière étriquée sur l’un des bancs, puis glisser vers l’autre dans une posture intravertie que quelques gestes ou mouvements emportés viendront saccader de leur révolte inhibée.

Il faut l’entendre de sa voix grave et suave raconter ses expériences existentielles ébahies par l’absurdité de la vie sans que néanmoins grondent d’autres souhaits que celui de rester incrédule et libéré de toute obligation.  

Il faut dire qu’à la mort de son père, l’anti-héros se retrouve livré à lui-même et donc à la rue. Atterrissant ainsi sur ces deux bancs rapprochés, ce pourrait être un signe du destin que l’apparition de Lulu venant s’imposer à sa solitude complice, lui proposant de surcroît le gîte et le couvert. Qu’adviendra-t-il de ses ruminations obsédantes, de ses partis pris déroutants, de sa vision rétrécie du monde environnant ?  

C’est sans doute la verve ironique de Beckett qui aura séduit Sami Frey car, comme dans « En attendant Godot », le protagoniste apparemment victime n’en pense pas moins sur la condition humaine et qu’à ce titre il aurait sans doute tort d’être déçu lorsqu’un geste altruiste lui est adressé, même maladroitement.

 

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PREMIER AMOUR
© Theothea.com

  

Lors des saluts, en standing ovation, l’artiste ne se départira jamais de son sourire affleurant les lèvres tout en restant proche du « Garde à vous », le regard fixé sur une ligne d’horizon virtuelle, posture délibérée que, bien entendu, chacun pourra traduire selon son intuition.

Cela étant dit, une seule question s’énonce désormais avec évidence : Quand Sami Frey remontera-t-il à nouveau sur les planches ?

  
photo 1 © Hélène Bamberger - Opale
photos 2 & 3 © Theothea.com
   
PREMIER AMOUR - **** Theothea.com - de Samuel Beckett - mise en scène Sami Frey - avec Sami Frey - Théâtre de l'Atelier 

  

   

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PREMIER AMOUR
© Theothea.com

   


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