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Présentation de la « Logique du pire », ou Clément Rosset anti-systèmes (philosophiques)

Il y a le terrorisme meurtrier (encore que le dernier acte qualifié de tel, ressemble plus à un rituel de l'amok qu'autre chose, comme tout le pseudo-djihad contemporain ... ) ... il y a le terrorisme meurtrier, disions-nous, et ce qui passe pour du terrorisme intellectuel, affublation assumée par Clément Rosset dans sa Logique du pire, éléments pour une philosophie tragique en 1971. Petite présentation, aux éditions Quadrige/PUF, fév. 2009.

 
 

Voici la préface, p.7 :

Ce qui est décrit dans ce livre est une vision tragique, qu'on pourra considérer comme une sorte d'envers de la vision plotinienne : à l'extrémité opposée de la "simplicité du regard" - vision de l'Un -, une diversité du regard - vision du multiple qui, poussée à ses limites, devient aveugle, aboutissant à une sorte d'extase devant le hasard (qui n'est, paradoxalement, pas sans rapports peut-être avec l'extase de Plotin). La philosophie tragique est l'histoire de cette vision impossible, vision de rien - d'un rien qui ne signifie pas l'instance métaphysique nommée néant, mais plutôt le fait de voir rien que ce soit dans l'ordre du pensable et du désignable. Discours en marge, donc, qui ne se propose de livrer aucune vérité, mais seulement de décrire de manière la plus précise possible - d'où l'expression de "logique du pire" - ce que peut être, au spectacle du tragique et du hasard, cette "anti-extase" philosophique.

Premier point : nous avons là dans cette préface quelque chose, concisement, du plus pur style rossetien, à savoir quelque chose de l'ordre d'une description bien plus que d'une intellection au sens lourd du terme. A mon sens, "tout Rosset" tient là-dedans, dans cette simplicité constative, par laquelle des métaphysiciens trouveront à redire.

 

Tragique vs. dramatique

Le tragique, comme registre littéraire (théâtral) pour commencer, est nettement à distinguer du registre dramatique. Le dramatique, comme les notions de comédies dramatiques, drames familiaux, dramas actuellement le soulignent, est de l'ordre du souffreteux. Ce n'est pas le cas du tragique, bien plus terrible et frontal dans la démarche.
Si, bien entendu, originellement, le tragique désigne un genre théâtral, de même d'ailleurs que la notion d'art dramatique désigne le théâtre (drame signifie action, étym.), il se trouve que les termes évoluèrent. Vers le souffreteux concernant le drame, donc, tandis qu'on ne dit plus que théâtre (ou cinéma) pour désigner l'art en question, mais, concernant le tragique, il s'agit bien plutôt de l'inéluctable, de l'inexorable, du fatal, de l'ironie du sort, auxquels nous pouvons certes réagir dramatiquement, mais aussi héroïquement, humoristiquement, etc.
Le tragique endure magistralement.

L'enfant zarathoustrien chez Friedrich Nietzsche (qui inspire Clément Rosset) veut l'ivresse dionysiaque - dieu du théâtre et de l'ivresse.
Dionysos, c'est le tréfonds dynamique existentiel, par-devers Apollon qui cherche à vivre dramatiquement par manque de sagesse tragique, dans le souffreuteux ... mais, quand tu as la sagesse tragique, "tragicien", alors tu es affranchi de toutes ces dramatisations.
Tragédie & drame sont deux registres littéraires différents.

Tout ce à partir de quoi nous observerons le sommaire du livre Logique du pire, p.5 :

Préface, 7

I
Du terrorisme en philosophie, 9

II
Tragique et silence, 53

III
Tragique et hasard, 71

IV
Pratique du pire, 153

 

Terrorisme philosophique

Après la préface, donc, vient de façon surprenante cette notion de terrorisme en philosophie. C'est qu'en effet, le tragique détient quelque chose de terrifiant, par lequel on jugera assez aisément "terroriste" une sagesse tragique, de ce qu'elle cherche toujours à ne pas se voiler la face, voir les choses en face, voir les choses droit dans les yeux, prendre le taureau par les cornes, or ce taureau est tout bonnement "le réel" (avis aux métaphysiciens, mais le "tragicien" risque de ne voir dans la métaphysique qu'une énième façon de se voiler la face), et un réel sommes toutes basiques : naissance, mort, non-sens absolu, etc.
Le "tragicien" en prend son parti, par quoi il prend le parti de l'innommable comme tel, et de l'impensable comme tel, d'où vient quelque chose comme un "terrorisme intellectuel" dans le grand sabord des pensées (dont la métaphysique, par exemple), mais aussi, donc, la partie suivante Tragique et silence. Du moins est-ce vécu comme terroriste par les non-tragiciens !

Quant à la partie Tragique et hasard, avis aux scientifisants, il s'agit là d'un Hasard absolu, objectif, pour ainsi dire métaphysique ... qui n'est pas sans évoquer l'artificialisme de l'Anti-Nature du même Rosset (1973, aux mêmes éditions parue cette année courante).
C'est-à-dire que, contrairement à l'espoir des enfants de 5 ans qui demandent pourquoi-pourquoi-pourquoi, en confondant e pourquoi causal et le pour-quoi final ... eh bien, contrairement à l'espoir des enfants de 5 ans qui dramatisent tout, la tragédie est que "ce qui est", non seulement n'est pas si certainement (métaphysiquement) qu'on le croit, mais qu'en plus, "si ça est", c'est que ça est, tautologiquement, sans raison ni but particuliers, sans explication, sans instigation constructive, au contraire : tout est de ce que c'est voué au devenir qui, par-devers nos élans (nécessaires élans par ailleurs, cf. la Force majeure du même auteur) sombre quoiqu'il en soit dans ça qui instigue sans instigation constructive, en bout de course, et pendant la course-même (voir complémentairement le Principe de cruauté du même auteur).
C'est-à-dire que ça se compose et décompose sans raison.

A la fin, on arrive à la Pratique du pire, dont le rire ou, du moins, un certain rire (dionysiaque, à la nietzschéenne) est considéré comme exterminateur, donc tragique.

Disons que, pour reprendre la partie Tragique et silence, 1 - Des trois manières de philosopher (p.54) :

La pratique culinaire peut ainsi aboutir à trois résultats : transcender les éléments en faveur d'une synthèse qui est la sauce réussie ; gâter les éléments au profit d'un assemblage pseudo-synthétique qui est la sauce ratée ; conserver les éléments en renonçant à la confection de la sauce, c'est-à-dire à la recherche d'une synthèse. De même l'exercice de la pensée peut-il connaître trois grands sorts : transcender le hasard en système, nier le hasard sans parvenir à constituer un système, affirmer le hasard. Ou encore, trois modes d'expression : parler, bafouiller ou se taire. D'où trois grandes formes de philosophie : les philosophies réussies (synthèse obtenue), les philosophies ratées (synthèse manquée), les philosophies tragiques (refus de synthèse).

D'où certes la contradiction, ou plutôt l'interdiction relative, du "tragicien", qui s'efforce pourtant de dire l'indicible.

Il y a donc, en bref, trois grandes manières de penser : bien (philosophies constituées, qui ont réussi un système), mal (philosophies mal constituées, qui ont raté leur système) ou pas (philosophies tragiques, qui ont renoncé à l'idée de système).
Perpétuer les systèmes serait donc risible, d'un rire exterminateur, basique Principe de cruauté créatif par la Force majeure joyeuse.

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