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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Printemps des poètes : le sens de la visite

Printemps des poètes : le sens de la visite

Le thème de la visite a inspiré à des texte remarquables. Brassens en a fait une chanson "La visite". René Char a traité le thème notamment dans "Les Transparents". Un texte plus sombre, très célèbre, est attribué à un pasteur allemand qui eut à subir la visite des Nazis. Qu’elle soit amicale ou qu’elle soit barbare, la visite est une souce d’inspiration souvent riche de fortes évocations. Les textes qui seront repris ici en sont la preuve.

On me dira que le texte de Georges Brassens qui suit n’est pas de forme poétique et que la comparaison entre Georges Brassens et René Char est plutôt osée. Et pourtant, comment ne pas voir dans les textes de ces deux poètes de fortes similitudes dans la signification et le but recherché. Par son évocation et son sens profondément humaniste, "La Visite" de Brassens peut être considérée comme un poème.




Visite et hospitalité :

La visite
(Brassens)

"On n’était pas des Barbe-Bleue,
Ni des pelés, ni des galeux,
Porteurs de parasites.
On n’était pas des spadassins,
On venait du pays voisin,
On venait en visite.

On n’avait aucune intention
De razzia, de déprédation,
Aucun but illicite,
On venait pas piller chez eux,
On venait pas gober leurs oeufs,
On venait en visite.

On poussait pas des cris d’Indiens,
On avançait avec maintien
Et d’un pas qui hésite.
On braquait pas des revolvers,
On arrivait les bras ouverts,
On venait en visite.

Mais ils sont rentrés dans leurs trous,
Mais ils ont poussé les verrous
Dans un accord tacite.
Ils ont fermé les contrevents,
Caché les femmes, les enfants,
Refusé la visite.

On venait pas les sermonner,
Tenter de les endoctriner,
Pas leur prendre leur site.
On venait leur dire en passant,
Un petit bonjour innocent,
On venait en visite.

On venait pour se présenter,
On venait pour les fréquenter,
Pour qu’ils nous plébiscitent,
Dans l’espérance d’être admis
Et naturalisés amis,
On venait en visite.

Par malchance, ils n’ont pas voulu
De notre amitié superflue
Que rien ne nécessite.
Et l’on a refermé nos mains,
Et l’on a rebroussé chemin,
Suspendu la visite,

Suspendu la visite
."

Cette chanson m’a toujours fait penser immédiatement à des vers de René Char, comme ce poème sous forme de conversation : "Les Transparents". En voici l’introduction :

"Les Transparents ou vagabonds luni-solaires ont de nos jours à peu près complètement disparu des bourgs et des forêts où on avait coutume de les apercevoir. Affables et déliés, ils dialoguaient en vers avec l’habitant, le temps de déposer leur besace et de la reprendre. L’habitant, l’imagination émue, leur accordait le pain, le vin, le sel et l’oignon cru ; s’il pleuvait, la paille."

On retrouve chez Char ce thème cher de la viste dans "Les Inventeurs" (1949) :

"Ils sont venus, les forestiers de l’autre versant, les inconnus de nous, les rebelles à nos usages.
Ils sont venus nombreux.
Leur troupe est apparue à la ligne de partage des cèdre
s" (Lire la suite)

Il existe, à mon sens, des ponts entre ces poèmes de Char et la chanson de Brassens qui parle de la peur, du repli sur soi et de l’amitié refusée à l’étranger. Le sens apparaît plus immédiatement dans le texte de la chanson que dans les vers du poète. Dans le poème "Les Inventeurs", le dénouement est plus heureux puisque l’hospitalité est offerte contrairement à l’histoire de la chanson où elle est refusée ; Et pourtant, les visiteurs sont des forestiers de l’autre versant, les inconnus de nous, les rebelles à nos usages". Il n’y a pas de crainte envers ces visiteurs étrangers :

"Tout à fait insouciants d’une audience.
Nous avons levé le front et les avons encouragés
."

Les visiteurs repartent, non sans avoir bénéficié du gîte et du couvert :
"Nous avons dit merci et les avons congédiés.
Mais auparavant ils ont bu, et leurs mains tremblaient, et leurs yeux riaient sur les bords
."

Il faut dire aussi que dans l’histoire contée dans ce poème, l’adversaire est désigné comme étant extérieur à l’homme : l’"ouragan". Ce mot pouvant désigner tout danger commun à l’Homme, comme le nazisme...

La visite et les heures sombres :


Poème attribué à Niemöller :

Lorsqu’ils sont venus chercher les communistes
Je me suis tu, je n’étais pas communiste.
Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes
Je me suis tu, je n’étais pas syndicaliste.
Lorsqu’ils sont venus chercher les sociaux-démocrates
Je me suis tu, je n’étais pas social-démocrate.
Lorsqu’ils sont venus chercher les juifs
Je me suis tu, je n’étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.

Wikipedia avertit : "La forme initiale exacte et l’origine de ce poème ne sont pas connues avec certitude (voir les liens externes). La forme ci-dessus est une traduction de celle reconnue définitive par la Fondation Martin Niemöller".

Le texte est attribué au Pasteur Martin Niemoller (1892-1984), Président des Eglises réformées de Hesse-Wassau (Allemagne) et " interné " de 1938 à 1945 au camp de concentration de Dachau. On trouve la version originelle en allemand et des explications sur ce blog.

Ce poème a fait le tour du monde, il est très souvent repris par les internautes pour alerter sur un danger imminent dû à la folie des hommes. Sa signification universelle le rend transposable à de nombreuses situations. Comme l’est la chanson de Brassens, la Visite, écoutable ici par exemple. Lorsque Le Forestier voulut rendre hommage à Brassens, il lui écrivit une chanson (écouter ici). Il y raconte sa visite à Sète sur la tombe de Georges Brassens et quel meilleur titre pouvait-il trouver que "la visite" ?


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14 réactions à cet article    


  • Radix Radix 14 mars 2009 13:06

    Bonjour La Taverne
     


     

    La visite

    J’veux pas d’visite
    Parce que j’ai pas passé l’balai
    Parce que j’ai pas d’liqueur au frais
    J’veux pas d’visite
    J’veux pas leur dire comment je vais
    Pis j’ai les cheveux tout défaits
    J’veux pas d’visite
    Parce qu’la maison est à l’envers
    Parce que j’suis pas bonne cuisinière
    J’veux pas d’visite
    Parce qu’les cousins et les beaux-frères
    Ça me tombe un peu sur les nerfs
    Parce qu’la visite, ça parle fort
    Et parce que c’est jamais d’accord
    Parce que j’ai pas une grosse façon
    parce que j’ai pas de plat d’bonbons
    Parce que j’ai pas d’conversation

    J’veux pas d’visite !
    J’veux pas d’visite
    Parce quand ça sonne à la porte
    J’ai comme une envie d’être morte
    Toute la visite
    C’est hypocrite en arrivant
    Et puis ça repart en mémérant
    J’veux pas d’visite
    Je veux qu’on me traite de sauvage
    Et que ça s’dise dans l’voisinage
    J’veux qu’on m’évite
    Que les enfants demandent à leur mère
    "Est-ce-que c’est vrai qu’c’est une sorcière ?"
    Parce qu’la visite, c’comme les fourmis
    Ça rentre et puis ça s’multiplie
    Ça revient tout le temps comme un cauchemar
    Ça pense qu’on est content d’les voir
    Ça coupe les films en plein milieu
    Ça prend l’divan le plus moelleux
    Ça nous condamne à la chaise droite
    Ça prend racine, ça mange comme quatre

    J’veux pas d’visite
    J’ferme les lumières et les rideaux
    J’fais ma prière, j’cache mon auto
    J’veux pas d’visite
    Parc’que j’déteste les surprises
    Quand j’me promène en queue d’chemise
    Parce qu’la visite, c’est pas futé
    Ça fait du bruit, puis ça grignote
    C’est des p’tites bêtes bien élevées
    Faut leur faire bouffer des peanuts
    Mais le problème, c’est qu’ça s’attache
    Ça coûte une fortune de pistaches
    Et quand ça fini par partir
    Ça nous promet qu’ça va rev’nir...
    ...et ça revient !

    Radix
     


    • La Taverne des Poètes 14 mars 2009 13:26

      Merci de votre visite. smiley
      C’est de la belle Linda Lemay ce texte je crois...


    • Radix Radix 14 mars 2009 13:42

      C’est bien de Linda Lemay

      Je la considère comme l’héritière québecoise de Brassens dans sa façon de raconter une histoire dans ses chansons avec une verve et une jubilation telle que, comme Brassens, elle doit-être la première à rire de ce qu’elle écrit !

      Radix


    • La Taverne des Poètes 14 mars 2009 13:22

      J’ai tenté ce petit essai personnel de "C’est une poupée" de Brassens.
      J’ai zyeuté vite fait la partition, j’ai raccourci le thème et, j’ai un peu adapté à ma sauce personnelle.

      Ma vidéo ici




      • Radix Radix 14 mars 2009 13:37

        Vous jouez mieux de la guitare que moi et Brassens c’est pas du mille-feuille !

        Dire, qu’à son époque, ses détrateurs trouvaient que sa musique était répétitive et ennuyeuse !

        Visiblement il n’avaient jamais essayé d’en jouer !

        Radix


      • La Taverne des Poètes 14 mars 2009 13:42

        Vous jouez de la gratte aussi ?

        Je me suis permis cette petite incursion dans la chanson mais en réalité ce n’est pas du tout mon domaine de prédilection. Mon style c’est le classique et encore c’est surtout pour avoir le doigté nécessaire pour faire de courtes créations musicales qui vont accompagner mes poèmes.



      • Radix Radix 14 mars 2009 13:57

        J’en jouais !

        Guitare folk et picking mais depuis vingt ans je n’y ai plus touché car celà réclame trop de temps pour simplement entretenir l’acquis.

        Mais toujours fan de Dadi et de Chet Atkins et une préférence pour les instrumentaux.

        Radix


      • La Taverne des Poètes 14 mars 2009 14:04

        20 ans ! Dommage...
        Oui cela exige du temps. Je ne joue qu’une heure ou deux par semaine depuis plusieurs mois. Pas le temps non plus. Juste pour ne pas perdre les partitions et les positions des doigts.

        J’ai fait un Dadi une fois : "Le derviche tourneur". Mais l’air me prenait trop la tête (simpliste et répétitif) et j’ai arrêté.


      • Radix Radix 14 mars 2009 14:18

        Je l’ai joué aussi.

        Si la phrase musicale est simple et répétitive, le piège est dans l’accélération du tempo et il faut être doué pour la jouer jusqu’au bout.

        C’est un exercice, par contre jouer le thème du trosième homme à "la Dadi" vous consacre comme joueur de picking !

        Radix


      • breizhnana 14 mars 2009 14:15

         ... je m’immisce entre deux notes et deux grattages de partoches, juste pour dire à la Taverne que l’idée du papier était jolie, que le choix des textes excellents et celui de Linday aussi, celà nous fait un chouette de répondant, bien aimé cette petite parenthèse de la force des mots, merci. smiley


        • La Taverne des Poètes 14 mars 2009 14:59

          Le thème de la visite se trouve aussi dans ce poème de Verlaine qui évoque la visite d’une femme en songe :

          Mon rêve familier

          Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
          D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
          Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
          Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

          Car elle me comprend, et mon coeur transparent
          Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
          Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
          Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

          Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l’ignore.
          Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
          Comme ceux des aimés que la vie exila.

          Son regard est pareil au regard des statues,
          Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
          L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

           

          Paul Verlaine (Poèmes saturniens)


          • catastrophy catastrophy 14 mars 2009 18:56

             Bon, juste un coucou !


            • maxim maxim 14 mars 2009 19:39

              Frédéric....

              je me fous du monde entier quand Frédéric

              me rappelle les amours de nos vingt ans

              les chagrins,notre chez soi ,sans oublier

              les copains du quartier ,aujourd’hui dispersés aux quatre vents

              on n’était pas des poètes,ni curés,ni malins

              mais Papa nous aimait bien ,tu te rappelles le Dimanche ,

              autour de la table,ça riait ,discutait pendant que Maman nous servait

              mais après ....


              aprés la vie t’a bouffé ,comme elle bouffe tout le monde

              aujourd’hui ou plus tard et moi j’ai suivi

              depuis le temps qu’on rêvait de quitter les vieux meubles

              depuis le temps qu’on rêvait de se retrouver tout fin seul

              t’as oublié Chopin ,moi j’ai fait de mon mieux

              aujourd’hui tu bois du vin ,ça fait plus serieux

              le père prend un coup de vieux et tout ça fait des vieux



              je me fous du monde entier quand Frédéric

              me rappelle les amours de nos vingt ans

              nos chagrins,notre chez soi , sans oublier

              les copain du quartier aujourd’hui dispersés aux quatre vents

              on n’était pas des poètes ,ni curés ,ni malins

              mais Papa nous aimait bien ,tu te rappelles le Dimanche 

              autour de la table ,ça riait ,discutait pendant que Maman nous servait 

              mais après ...

              après ce fut la fête,la plus belle des fêtes 

              la fête des amants ne dura qu’un printemps 

              puis l’automne revint,cet automne de la vie 

              adieu bel Arlequin ,tu vois qu’on t’a menti 

              croulé les châteaux,adieu nos clairs de lune 

              après tout ,faut ce qu’il faut pour pouvoir s’en tailler une 

              une vie sans argument,une vie de bon vivant 


              je me fous du monde entier quand Frédéric .


              ...................................................................... ..........

              ...................................................................... ...........

              tu te rappelles Fréderic ? allez au revoir !






















               


              • La Taverne des Poètes 14 mars 2009 20:32

                Vous avez un prénom et c’est bien.
                Moi, j’ai perdu pied et je flotte,
                mais je n’ ai pas de prénom pour désigner la raison de mon état.
                Une inconnue seulement
                Rien qu’une inconnue dont le visage bouleveversant
                m’a ému, puis soulevé, secoué, renversé et pour finir plaqué au mur comme un crucifié, comme une simple chose.
                Me voici, pauvre bougre, désarmé, vulnérable.
                Muet et l’air idiot.
                Mais heureux,
                transi d’amour.
                enfin tant que je revois son visage, tant que je respire sa présence.
                Sa présence irradiante que je sentirai même le dos tourné et les yeux bandés.
                Ah on est bien peu de chose mon ami.
                On est bien peu de chose...
                Mais bon dieu qui est-elle ?

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