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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Qu’est-ce que l’Académie française ?

Qu’est-ce que l’Académie française ?

Le présent article n’a pas la prétention de répondre à la question posée, mais plutôt d’en susciter d’autres. On a toujours voulu savoir ce qui passait dans les murs de l’Académie française. C’est avec l’espoir d’obtenir quelques réponses que nous avons parcouru, non sans un réel plaisir, le livre d’Amin Maalouf consacré à cette institution.

Elu à l’Académie française en 2011, Amin Maalouf a, comme le veut la coutume, rédigé et prononcé une apologie de son prédécesseur lors de son investiture, Claude Lévi-Strauss en l’occurrence. Il raconte dans son dernier ouvrage qu’il aurait bien voulu à la même occasion faire également l’éloge d’un autre prédécesseur, plus lointain celui-là, l’immortel Joseph Michaud, envers qui il se sentait obligé pour s’être beaucoup inspiré de ses écrits dans ses travaux de recherche. Mais il avait dû y renoncer sur le coup, et s’était promis qu’il reviendrait plus tard à Joseph Michaud, ne fût-ce qu’au travers d’un article qu’il ferait publier dans une tribune spécialisée. C’est ainsi que de fil en aiguille, Amin Maalouf s’est finalement retrouvé en train de commettre un « recueil d’éloges » sur tous ses prédécesseurs au vingt-neuvième fauteuil de l’Académie française, dont il est lui-même le dix-neuvième occupant. Le résultat a été « une entreprise originale et passionnante », pour citer Marianne Payot de l’Express, point de vue que nous partageons entièrement.

Un fauteuil sur la seine, l’ouvrage d’Amin Maalouf, aurait pu tout aussi bien s’intituler « Histoire de l’Académie française », tant le lecteur en sort si bien renseigné sur l’histoire de cette auguste institution, mais aussi par extension sur les quatre derniers siècles de l’Histoire de France, comme indiqué en sous-titre. Il n’y a pas à redire, le livre est de ceux que l’on a envie de lire plutôt deux fois qu’une. Il tient surtout son charme de ces anecdotes croustillantes qui se suivent de chapitre en chapitre, d’aucun pourrait aussi dire « de vie en vie », car il y en au total une vingtaine, de vies, à se faire raconter.

Cela dit, pour le profane et pour ceux qui n’ont pas eu la chance de lire le livre, on voudrait bien savoir : Qu’est-ce que l’Académie française ? Question à l’auteur, qui, pressé de passer à l’essentiel dans son ouvrage, semble avoir oublié de commencer par répondre à cette question basique. Libre à chacun de se faire sa petite idée.

Revenons au livre. Je dois avouer que tout au long de l’histoire (ou des histoires), j’ai guetté l’anecdote, quasiment certaine qu’il y en aurait bien une, comme une exception ne doit pas manquer à la règle ; j’ai guetté l’anecdote du cas exceptionnel d’un grand personnage bougon qui aurait décliné l’offre de siéger à l’Académie française. En vain. Le prestige de l’institution serait donc tel que non seulement personne parmi tous ceux qui ont été sollicités n’a jamais refusé d’y siéger, mais encore, certains parmi les plus grands noms, Voltaire et Hugo par exemple, ont dû pendant longtemps jouer des coudes dans l’anti-chambre avant d’y accéder. Même si d’un autre côté, on pourrait alléguer qu’il y a eu des Académiciens qui ont été élus non pas sur la base du mérite, mais parce qu’ils avaient été recommandés par un mécène ou alors parce que la confrérie avait voulu rendre hommage à un membre décédé en élisant son protégé ou son proche ami. De tels cas de « magnanimité », ou alors de ce qu’il conviendrait d’appeler aujourd’hui « trafic d’influence », ont contribué à suggestionner l’admissibilité de biens des candidatures dont on se serait passé volontiers au sein de cette institution.

En parlant tantôt des grands hommes qui ont eu du mal à se faire élire, on aurait pu tout aussi bien mentionner Pierre Corneille, probablement l’aîné dans cette catégorie. Corneille, dont on a omis d’envisager la candidature en 1644, par respect pour la mémoire du cardinal de Richelieu qui venait d’être inhumé, son grand ennemi. La raison officielle qui avait cependant été mise en avant, et c’est ce qui nous intéresse ici, c’était que Corneille ne résidait pas alors à Paris. Ce qui rappelle un peu cette polémique qui n’a de cesse de poindre de nos jours, qui enfle discrètement, doucement certes, mais sûrement : c’est l’extrême « parisianisation » de la littérature francophone. Certaines voix bien autorisées, et le collectif Reading is so Bookul avec, ont déjà appelé dans des articles à ce que la France envisage une décentralisation de la littérature d’expression française, à l’image de celle anglophone. Un article publié dans la tribune du Monde en mars 2014, tirait déjà la sonnette d’alarme sur cette centralisation excessive de la littérature d’expression française par Paris (« Prix littéraires, auteurs francophones, grandes maisons… tout passe par Paris, au détriment des auteurs étrangers qui diffusent notre langue »). Ce débat a-t-il jamais été à l’ordre du jour au sein de l’Académie française ? si oui, il nous tarde encore de connaître sa position officielle sur la question. 

Sur tout un autre point, les rapports entre le commun des mortels et « le commun des immortels » (pour emprunter une citation de Jules Renard), n’ont pas toujours été des plus harmonieux. On apprend dans Un fauteuil sur la Seine que les Académiciens n’ont pas souvent été épargnés lors des soulèvements populaires qui ont secoué la société française au cours de son histoire. Et Dieu sait qu’elle en a connu, des pogromes. De nos jours, où l’influence de la langue de Voltaire s’étend bien au-delà de son pays, quel regard les peuples de la Francophonie portent-ils sur l’Académie française et ses membres ? Excellent thème pour les spécialistes.

Avec nos remerciements à nos amis de l’Equipe des GPAL, qui ont bien voulu nous recommander particulièrement le livre d’Amin Maalouf. Rappelons qu’Un fauteuil sur la Seine était en lice à l’édition 2017 des Grands Prix des Associations Littéraires dans la catégorie Recherche.


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