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Quand Le Festival de Cannes 2022 Flashe « Les années super 8 »

Que le 75ème Festival de Cannes ait pu alimenter la thématique de "l'esprit d'escalier", cette évidence s'est imposée dès que fut divulguée son affiche officielle 2022 conviant à y escalader les marches menant, à n'en pas douter, vers le 7ème ciel ainsi que, par voie de conséquence métaphorique, vers celui d'un écran aux dimensions multiples où se meuvent à satiété les images en gestation...

  

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Quand Le Festival de Cannes...
© Theothea.com

  

Mais bien que cet "esprit" en colimaçon ait, par nature originelle, l'opportunité de ne s'exprimer que lorsque l'on s'y trouve au plus bas de son déploiement en s'apprêtant à le quitter, sa projection transgressive pourrait, bien au contraire, l'y porter au plus haut de la vision idéale que tout film mérite selon sa véritable compréhension empathique.

Ainsi tout nous porte à penser que ce visiteur en pleine ascension des marches de l'affiche soit le festivalier cinéphile qui, depuis 1939 (année de création du plus grand événement cinématographique international), pousse devant lui, tel Sisyphe, le fameux rocher virtuel devant le mener au sommet surnommé "Palme d'Or" tout en sachant qu'en fait son essence le portera à gravir, de nouveau et sans cesse, la rituelle magistrale programmation de chaque édition ultérieure.... avec les mêmes conviction, foi et passion envers la transcendance du 7ème Art.

Ainsi ce fameux "esprit" à qui manquerait donc le talent de la répartie immédiate aurait la vertu de réagir tardivement avec la pertinence qui sied à tous ceux qui pourraient s'écrier "Eurêka" alors que la projection du film n'est plus depuis longtemps qu'un souvenir mais devenu tellement vivace dans la conscience que celui-ci aurait l'opportunité de s'y réfléchir a posteriori !...

  

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Alors quid de cette persistance rétinienne se constituant, dans l'inconscient ou l'imaginaire de chacun, lorsque longtemps après le visionnage surgit, tel un flash ou au contraire telle une vague de fond, la fulgurance qui imprime définitivement le surgissement conceptuel dans sa perception immanente ?

Autrement dit, cet "esprit d'escalier" pourrait fort bien représenter l'une des définitions souvent accordée à "La Culture", c'est-à-dire "Ce qui reste quand on a tout oublié" devenant plus précisément ici "Ce qui remonte à la conscience quand la mémoire s'est diluée".

Appliquant cette grille de lecture plusieurs mois après la 75ème édition du Festival du film International de Cannes et sachant que les multiples sélections en présence ne sauraient former un bloc d'expression monolithique bien au contraire et qu'en outre chaque festivalier s'y construit un menu à la carte, contingent ou délibéré, il pourrait être intéressant de s'interroger sur ce qui se détacherait d'emblée mais à distance d'un choix personnalisé à partir d'une quarantaine de films visionnés en cure cinématographique intensive.

  

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Et donc voici que pour cette expérience subjective, s'élève comme un leitmotiv lancinant mais sans doute inattendu, le film mémoriel d'Annie Ernaux " Les années Super 8 " projeté à La Quinzaine des Réalisateurs en présence de l'écrivaine et de son fils David.
  
Alors pourquoi donc son impact se distinguerait-il au sein de la compétition en s'imposant au milieu des autres champs réflexifs ?

Sans doute, ce montage d'archives personnelles correspond-il à un happening générationnel où le format super 8 aurait rempli sa mission hautement libératoire de créativité individuelle mise à disposition de tous ceux qui s'en emparaient alors avec gourmandise !...

  

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Certes, à l'heure actuelle de la vidéo numérique mondialisée en partage on line et à profusion, la nostalgie aurait beau jeu de se manifester comme un repère originel pleinement légitime en rappelant néanmoins qu'avant le super 8, d'autres formats comme les 8, 9 et 16mm avaient eu leurs aficionados mais sans susciter un tel succès populaire qui, en définitive, n'aurait guère eu d'autres successeurs concernant le support argentique.

Serait-ce donc qu'Annie Ernaux aurait eu le pressentiment que reconstituer le puzzle des souvenirs familiaux en les rassemblant sur un long métrage pour porter témoignage d'une époque au travers de ces traces mnésiques sommeillant au fin fond des armoires patrimoniales, aurait la vertu de fédérer la mémoire collective ?

Pourquoi pas, mais cela ne serait guère la meilleure piste pour comprendre l'enjeu original de cette création cinématographique dont, en fait, la romancière n'est pas l'auteure.

  

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Si, en effet, l'influence médiatique d'Annie Ernaux n'a pas eu à attendre le support de l'image animée pour faire florès, c'est bien par la littérature que l'écrivaine sociologue aura engendré un phare géolocalisé par son exemplarité autobiographique d'émissaire factuel en osmose avec la contemporanéité.

C'est David l'un de ses 2 fils, journaliste devenant ainsi de facto réalisateur, qui lui aura donc conseillé d'utiliser le matériau filmique capté dans la décennie des seventies (1972-1981) pour faire contrepoint à l'écriture relatée dans son journal intime sur cette même période.

Construisant ainsi un texte narratif en miroir des séquences qu'enregistrait alors, sous forme de films muets, Philippe Ernaux son ex-mari désormais disparu, la romancière propose ainsi une mémoire à double tranchant concernant la chronique d'activités familiales (Annie, David & Eric filmés par la caméra de Philippe notamment au cours de leurs voyages en URSS, Albanie, Chili, Maroc, Espagne, Portugal...) impliquant ainsi spectateurs, lecteurs et protagonistes projetés ensemble au cœur d'une tranche de vie vécue, au-delà de 1968, dans la transparence de l'observation distanciée.

  

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C'est peu de dire qu'un fossé paraîtra se creuser au fil du temps entre les deux mémoires, écrite et visuelle, tout en permettant de relativiser ce qui dans le souvenir pourrait faire défaut respectif à chacune des deux.

En tout cas, Annie Ernaux ne cherche pas à dissimuler l'aspect factice du bonheur familial implicitement relaté par ces images joyeuses mais contredites par ses propres états d'âme confiés à l'époque à son journal tenu au jour le jour.

Cette démarche d'objectivité recherchée à l'instar de son travail similaire élaboré en littérature présente ici l'avantage original d'élaborer une dialectique contradictoire entre ce qui est donné à voir par des séquences radieuses tournées par le mari et ce qui est donné à entendre où l'épouse & mère s'exprime de manière existentielle.

  

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La problématique n'étant pas de trancher entre torts et raisons mais bel et bien d'observer de fait un malaise entre apparences et réalités.

Ce film se positionne, en effet, tel un véritable marqueur social et temporel où le passé enjolivé possède la liberté de se confronter dans un décalage manifeste avec le vécu du mal-être chronique.

Cette expérimentation maniée de façon experte par une spécialiste du parler "vrai" se présente comme une aubaine dans un festival cinématographique où rarement la fiction et même le documentaire ont l'opportunité d'être soumis en interne à leurs propres contradictions.

  

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Bien entendu, nous n'aurons pas la tentation de réduire l'édition du Festival de Cannes 2022 à la découverte de ce schéma expérimental mais puisque ce dernier pourrait sembler marginal ou hors jeu, nous avons ici la satisfaction de le recentrer avec ferveur dans la somme des talents qui ont pu, comme à l'accoutumée, être mis en exergue.

De ce fait, si la notion de voyage est utilisée comme outil de connaissance "sur soi et les autres", ce thème transversal, extrait en filigrane "signifiant" des bobines super 8 de la famille Ernaux, pouvait également s'imposer avec pertinence dans plusieurs longs métrages toutes sélections confondues à l'instar, par exemple, des trois oeuvres suivantes :

1) "Godland" de Hlynur Pálmason, grande quête éthique au travers d'un environnement naturel hostile menée en terres islandaises telle une mission vers l'absolu.

2) ''Hi-Han" (Prix du Jury) de Jerry Skolimovski, errance initiatique, à travers le monde, de l'âne gris aux yeux mélancoliques découvrant, à son insu, les conséquences paradoxales de l'ambivalence humaine...

...jusqu'à ce que soit consacrée Palme d'Or :

3) "Sans Filtre" de Ruben Östlund, la fameuse croisière où le cynisme sarcastique règne à bord en maître dévastateur jusqu'à son échouage sous apothéose insulaire !

  

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A l'aune d'un esprit toujours "critique", que vive donc le Festival 2023... avec une affiche officielle dotée d'une puissance évocatrice aussi motivante que celle ayant, ainsi, succédé aux turbulences masquées du redoutable "confinement" universel.  

  

   

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2 réactions à cet article    



    • Theothea.com Theothea.com 23 septembre 13:15

      « LES ANNÉES SUPER 8 »

      d’ Annie Ernaux 

      Sortie en salles le 14 décembre 2022

      Diffusion en Replay sur Arte 

      du 13/09/22 au 31/10/22

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