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Quand les séries mettent en scène l’Américain moyen

Les « sériephiles » n’en doutent plus : la crise financière a remis en selle l’Américain moyen, nouveau plat de résistance des scénaristes, désormais cuisiné à toutes les sauces. De Breaking Bad (AMC) à Girls (HBO), tous les réseaux ont adopté des téléfictions résolument ancrées dans un contexte socioéconomique morose.

Les séries Weeds et Desperate Housewives ont peut-être vu juste avant les autres. En faisant d’Américains moyens leurs personnages principaux, elles s’inscrivent dans une réalité que tout spectateur peut appréhender avec aisance. Les banlieues chics, les jolies façades, les grosses cylindrées, les familles modèles : tout cela masque en fait une hypocrisie dévorante, symbolisée par l’abject, l’amoral et le pernicieux. Parfaitement inégales, rarement époustouflantes, ces deux célèbres productions ont néanmoins (ré)ouvert la brèche des téléfictions prenant pour cadre le quotidien de la classe moyenne.

Alors que la crise économique a mis en lumière la précarité et l’insécurité dont souffrent quantité d’Américains, les créateurs s’aventurent aujourd’hui en masse dans le terre à terre, faisant la part belle aux scénarios solidement ancrés dans le réel. C’est ainsi que des séries comme The Big C ou Hung ont décidé de surfer sur des thématiques très concrètes, respectivement la maladie et la pauvreté. La production de Darlene Hunt va même plus loin : elle s’attache à dresser un portrait exhaustif de la famille américaine moyenne. Les relations conjugales et familiales, le chômage, l’incertitude financière, l’adolescence ou encore la mort y occupent une place de choix, le tout dilué dans des réflexions bien plus vastes – notamment le sens que l’on se doit de donner à la vie. Face à ce miroir déformant, le public peut pleinement s’identifier, répondant alors à ses propres préoccupations par celles des personnages mis en scène.

Si Hung se distingue par la marchandisation – désespérée – du sexe, HBO force encore le trait avec les séries Enlightened et Girls. La première, créée par Mike White, s’intéresse au parcours d’une idéaliste un peu farfelue. Peu considérée au sein de sa boîte, voire franchement mise sur la sellette, elle tente tant bien que mal de secouer le cocotier, cherchant à réveiller les consciences endormies. Les scénaristes y véhiculent une vision de l’entreprise et, plus largement, du capitalisme au mieux effarante. Quant à Girls, on y raconte avec humour le quotidien d’un groupe de jeunes citadines aux prises avec un marché de l’emploi capricieux et des relations amoureuses complexes. L’amitié y est mise en exergue, servant de contrepoids à la morosité économique qui frappe les grands centres urbains.

Showtime n’est pas en reste, puisqu’elle développe avec ingéniosité le pendant hospitalier de The Big C, très justement intitulé Nurse Jackie. On y suit une infirmière des urgences polytoxicomane qui mène une double vie. Un esprit pince-sans-rire oxygène à peine le récit, dont chaque parcelle – ou presque – étouffe sous le désenchantement de son principal protagoniste. Car Jackie est tout sauf le chantre béat de l’orthodoxie morale. Jugez plutôt : drogue, mensonges, adultère et amoralité constituent les pièces maîtresses de son quotidien.

Quand la sitcom s’en mêle

Même les sitcoms semblent leur emboîter le pas. Anger Management, le nouveau jouet de l’insondable Charlie Sheen, s’intéresse à la patientèle d’un thérapeute spécialisé dans la gestion de la colère. Plutôt modeste, cette production s’inscrit néanmoins dans la lignée des téléfictions articulées autour de l’individu lambda. Ainsi, on y découvre – avec dérision – des personnages abîmés par la vie, malmenés par les petits tracas quotidiens. Dans un registre différent, l’excellente Modern Family suit l’évolution d’une famille encore inimaginable il y a quelques années. Il y est notamment question d’homosexualité, d’adoption, de métissage et de contraste générationnel.

Si les sitcoms se prêtent volontiers au jeu, cela s’explique en partie par leurs facultés à rebondir, grâce au ressort comique, sur tous les malentendus, les non-dits et les atermoiements de la société actuelle. Rien n’échappe à leur vigilance, tout drame pouvant se décliner en traits satiriques par les simples lois de la grammaire humoristique.

Le moteur des téléfictions modernes ?

Si l’Amérique moyenne ne peut se prévaloir d’une omniprésence absolue, le microcosme de la téléfiction lui accorde cependant une importance croissante. Dès 2006, l’ovni Friday Night Lights trace son sillon en observant les milieux ruraux, galvanisés par le football mais bloqués par la géographie. En cinq saisons, Peter Berg fait de sa série le laboratoire des États-Unis, mettant en scène une jeunesse du Sud qui se cherche et se questionne quant à son avenir. Un portrait adroit, juste, où l’émotionnel bénéficie d’un dosage parfaitement calibré.

En 2008, Vince Gilligan et AMC s’associent pour produire un monument télévisuel, Breaking Bad. La série évoque le virage amorcé par un professeur de chimie ordinaire, devenu producteur de méthamphétamine suite à l’annonce de son cancer. Cherchant d’abord à protéger sa famille des aléas de la vie, il prend ensuite goût au trafic de drogue, ne parvenant alors plus à fixer des limites tangibles à un vice, la mégalomanie, qui sommeillait en lui depuis toujours. Une chose est sûre : la création de Vince Gilligan mérite incontestablement sa place au panthéon du genre. Car non seulement elle multiplie les thématiques, mais elle démontre de surcroît, avec une habileté rare, que les malheurs vécus par un individu sans histoires peuvent déclencher en lui une folie confinant à la maladie.

Enfin, last but not least, The Walking Dead. Toujours chez AMC, cette série de zombies répond aux exigences du genre sans pour autant négliger les enjeux sociétaux. C’est ainsi que l’on scrute l’émergence d’une société post-apocalyptique dans toutes ses subtilités : la naissance de nouvelles conventions sociales, la hiérarchisation des rapports humains, la quête de sécurité, la maîtrise des menaces, une conception novatrice de la famille et de l’étranger ou encore la redéfinition des priorités en vigueur. Frank Darabont et Glen Mazzara ratissent large – et tant mieux ! –, façonnant avec minutie un monde où nos vieilles coutumes n’ont plus voix au chapitre.

Ces succès récents, nouveaux moteurs de la télévision, semblent témoigner d’une volonté légitime d’immerger les scénarios dans le quotidien de la majorité des Américains. Alors que le monde traverse une période tumultueuse, ayant des répercussions considérables sur les sociétés dans leur ensemble, les créateurs s’attachent désormais à mettre en exergue les préoccupations les plus communes – mais, surtout, les plus dramatiques. Pour que la fiction télévisée fasse de nouveau écho aux problèmes rencontrés par tout un chacun.


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4 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 29 janvier 2013 13:38

    « Enfin, last but not least, The Walking Dead. »

    celle la est pas trop mauvaise
    et innove
    un bon coup de couteau dans la tete, ca fait moins de bruit
    on passe sur le zombie qui arrives a survivre sans manger ...................


    • Jade Jade 29 janvier 2013 19:23

      Breaking bad est la seule série valable du moment. Ce n’est pas une série exceptionnelle en soit, mais toutes les autres séries actuelles sont d’une nullité abyssale (mention spéciale pour « dexter », le gentil sérial killer).

      De plus, Breaking bad n’est pas une série qui critique le système de soin made in usa. Le héros aurait la possibilité de se faire soigner intégralement via des amis, mais il refuse et perce dans le milieu de la drogue parce qu’il est doué et qu’il aime ça (il a la sensation de réussir professionnellement). Le héros est un véritable enfoiré et il l’assume (voir notamment la saison 5).

      « Walking Dead », je me suis arrêté à la saison 1 (j’ai trouve ça très « cheap » niveau scénar et décors).


      • foufouille foufouille 29 janvier 2013 20:07

        la saison 2 et 3 sont mieux
        surtout l’attaque des zombies de la prison avec des couteaux


      • Elodie Leroy Elodie Leroy 30 janvier 2013 12:00

        Article très intéressant, bravo !

        A propos de Walking Dead, vous avez juste omis de préciser que c’était adapté de l’excellent comics de Robert Kirkman, Tony Moore et Charlie Adlard. Il me semblent que Robert Kirkman est très impliqué dans cette adaptation TV, d’ailleurs. Bref, c’est juste un point de détail.

        Vous avez raison de mettre en perspective les séries par rapport au contexte économique de leur pays d’origine. On constate effectivement que les séries reflètent les préoccupations de la population à laquelle ils s’adressent. Quand je me rappelle de ce que je regardais dans les années 90, on n’était pas du tout dans la même ambiance. Idem pour les téléfilms, d’ailleurs, et les Américains en produisent tellement qu’il est difficile de passer à côté.

        Pour faire un parallèle, je regarde aussi pour ma part des séries sud-coréennes. Or dans les années 2000, certains aficionados de ces séries leur reprochaient justement de montrer un peu trop la haute société, avec une image de luxe et de réussite. En réalité, c’est assez logique quand on sait que le pays a connu une ascension économique très récente et que les jeunes aspirent à la réussite sociale. C’est en train de changer même si les thématiques sont toujours différentes des séries américaines : le pays n’est pas plongé dans la même morosité (même s’il a sa part de problèmes sociaux, évidemment) et on sent que la jeunesse est en pleine conquête de sa liberté.

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