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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Que reste-t-il de la Nouvelle Vague en 2010 ?

Que reste-t-il de la Nouvelle Vague en 2010 ?

La question se pose, bien entendu. Que reste-t-il, en effet, d’Hiroshima mon amour ( 1958 ) de Resnais, du Petit Soldat ( 1963 ) de Godard, de Tirez sur le pianiste ( 1960 ) de Truffaut, du Beau Serge ( 1958 ) de Chabrol, du Signe du lion ( 1959 ) de Rohmer, de Cléo de 5 à 7 ( 1962 ) d’Agnès Varda, de Paris nous appartient ( 1960 ) de Rivette, de Lola ( 1961 ) de Jacques Demy ou encore d’ Adieu Philippine ( 1962 ) de Jacques Rozier ? A ce propos Michel Marie * répondait que " près de quarante ans après, ces réalisations étaient toujours aussi vivantes et produisaient un effet émotionnel tout aussi remarquable que celui qu’il avait provoqué chez les jeunes spectateurs de 1959.

Un rappel historique s’impose toutefois. A la fin des années 1950, les cinéastes de la Nouvelle Vague ont fait acte de foi en appliquant une stratégie de rupture avec leurs aînés qui devenaient ainsi les ennemis à abattre. Il fallait tuer le père et de belle façon... En 1954, François Truffaut ouvrait les hostilités dans Les cahiers du Cinéma avec une violence inouïe, dénonçant l’académisme de la plupart des films français dits " de qualité ", et pointant du doigt plus particulièrement Claude Autant-Lara, René Clément et Jean Delannoy. Le reproche, qu’il leur adressait, était le suivant : ils n’avaient pas su être de vrais créateurs, se contentant du rôle d’ illustrateurs habiles, pour la simple raison qu’ils avaient emprunté paresseusement à la littérature la plupart de leurs scénarii, méprisant le cinéma dont ils méconnaissaient le langage.

Au label de la " qualité française", les jeunes Turcs entendaient opposer une politique fondée sur le principe qui veut que le réalisateur soit l’auteur complet de son oeuvre, de l’écriture au montage, tels les rares maîtres dont ils acceptaient la filiation : les Jean Renoir, Robert Bresson, Max Ophuls, Jacques Becker, Jean Cocteau et Jacques Tati. Ils se référaient dès lors à une déontologie qui voulait que la forme délivre le message et que chaque plan soit porteur d’une interrogation. Cette politique devait fédérer les réalisateurs par delà la diversité de leur univers, de leur sensibilité politique et de leur style personnel. Bien entendu, la Nouvelle Vague n’était pas apparue comme une génération spontanée " in nihilo " et les historiens s’accordent à voir en Alexandre Astruc leur précurseur. En mars 1948, ce dernier, alors romancier talentueux et cinéaste original, publiait dans la revue, L’écran français, un article dont Truffaut, Godard et Rohmer feront leur miel et qui disait ceci :

" Après avoir été successivement une attraction foraine, un divertissement analogue au théâtre de boulevard, ou un moyen de conserver les images de l’époque, le cinéma devient un langage. Un langage, c’est-à-dire une forme dans laquelle et par laquelle un artiste peut exprimer sa pensée, aussi abstraite soit-elle, ou traduire ses obsessions exactement comme il en est aujourd’hui de l’essai ou du roman. C’est pourquoi j’appelle ce nouvel âge du cinéma celui de la caméra-stylo ".


La rupture allait être d’autant plus radicale que la Nouvelle Vague entendait tourner le dos aux pratiques traditionnelles et démontrer que l’on pouvait réaliser des films en toute indépendance et, ce, avec des budgets réduits, des acteurs peu connus et des opérateurs capables de souplesse et d’improvisation, à l’instar d’un Raoul Coutard qui travaillera avec Godard, Truffaut, Demy et Rouch, après avoir fait ses premières armes comme reporter de guerre en Indochine. Blessés, les anciens parlent d’amateurisme et accusent les nouveaux venus de saboter le métier, prophétisant, à tort, de leur disparition prochaine. Il n’en sera rien et des films comme Les 400 coups et A bout de souffle seront des succès, qui feront chacun entre 250.000 et 300.000 entrées, presqu’autant que La traversée de Paris de Autant-Lara ou la Gervaise de René Clément...

Indubitablement la Nouvelle Vague a gagné son pari irrévérencieux et créé une sorte de renaissance pour un 7e Art qui commençait à s’essouffler. Par ailleurs, cet impact saura déborder nos frontières et exercer une influence positive sur le cinéma allemand en pleine crise, après la défaite de 1945, et qui a bien du mal à retrouver ses marques. Enfin, pour conclure, il faut admettre que rien de ce qui est advenu d’exaltant et de novateur dans le cinéma ne l’aurait été, depuis 1959, sans ces jeunes créateurs qui surent insuffler au 7e Art un irrésistible renouveau.
A l’heure où le cinéma d’auteur est menacé de retomber dans " le prêt-à-filmer ", il ne faut abdiquer aucune ambition, afin de lutter contre le constant danger du " monoforme", terme proposé par le cinéaste anglais Peter Watkins. Et lire ce qu’écrit à ce sujet Philippe Person dans le Monde diplomatique, afin de rester vigilants :

Avec plus de deux cent quatre-vingts films sortis en 2007, contre à peine la moitié dix ans auparavant, la production française n’a jamais été si pléthorique. Elle se polarise entre quelques grosses productions, les "block-busters " à la française, et une myriade de "petits" films à faible budget, de moins en moins proches du modèle "art et essai ", et dont la fonction principale est de répondre aux cahiers des charges des chaînes télévisées qui ont contribué à les produire, et qui, ce faisant, les ont formatés sur le modèle de leurs propres téléfilms.

* Michel Marie  : La nouvelle Vague Ed. Armand Colin ( 126 pages )

Vous trouverez de nombreux articles sur les cinéastes de la Nouvelle Vague en cliquant sur 

LES REALISATEURS du 7e ART

Enfin l’article suivant : LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS


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9 réactions à cet article    


  • GéraldCursoux AnnO’Nyme 10 avril 2010 09:54

    Mais il reste de parfaits moments de cinéma ! C’est Jeanne Moreau dans Jules et Jim qui fredonne... qui court... qui rit... ; c’est Belmondo sur les Champs Elysées ; c’est Truffaut qui filme le jambes de Nathalie Baye dans L’homme qui aimait les femmes. La Nouvelle Vague c’est d’abord cela, d’avoir inventé l’image de cinéma. Ce n’est pas tout le film, mais quelques secondes de pure cration. C’est vrai aussi pour les dialogues et la musique. Un mot, une phrase, trois notes de musique, une mélodie et une image qui bouge, c’est cela le cinéma : quelques secondes de pure bonheur... quelques secondes d’éternité.
    Mais pontifie-je ? je regrette. Bien cordialement.


    • apopi apopi 10 avril 2010 14:35

      Merci pour cet article, et sans aucune nostalgie je ne peux que constater ce qu’est devenu le cinéma français. Une machine à produire des daubes en grande quantité avec de temps en temps quelques pépites malheureusement de plus en plus rares.


      • L'enfoiré L’enfoiré 10 avril 2010 14:38

        Armelle,

         Que reste-t-il de cette époque ?
         Pas grand chose. De la nostalgie.
         Les « Années Bonheurs » qui font parties de l’émission de Sébastien sont même postérieures.
         Et cela marche, toujours
         Vous citez beaucoup de films français.
         La période Audiard nous manque. Son humour ravageur. La présence de Gabin dans le Président devrait servir à tous les boutonneux qui font des discours aujourd’hui. 
        Truffaut bien sûr et tant d’autres.

         Il y a les américains.
         L’époque de James Dean... « La fureur de vivre », « Géant », « West Side Story ».... Mai 68 à l’americaine.

         Je viens de revoir « Mary Popins ». 1964 Volontairement joyeux ? Pour enfants ? Pas vraiment. La preuve : Scary Mary

         Les Sissi, de l’eau de rose...

         Des films qui ont bercé ou endormi ma jeunesse.

         Les films indiens de Bollywood,, encore autre chose, dont on ne connait que très peu.
         Les films français ont marqué en France et dans la francophonie.
         Ailleurs, cela faisait tout autant des malheurs, et parfois .... des joies. 

         Si la forme a totalement changé, le fond ne change pas aussi souvent qu’on le croit.
         Les sujets ont évolué parce que le mondialisme a ouvert un champ d’investigation plus important.
         Le cinéma précède rarement la vie, mais il la suit de très près avec un peu d’imagination.

         Nostalgie quand tu nous tiens....

         smiley


        • L'enfoiré L’enfoiré 10 avril 2010 14:42

          J’oubliais.
          A cette époque, on remplissait les salles. La télé, c’était pas encore entré complètement dans les moeurs. Le ticket pour le cinéma ne coutait presque rien.
          Après il y a eu la télé qui a fermé les salles une après l’autre.
          Aujourd’hui, la génération télé est dépassée par celle de la vidéo.
          L’homme suit ses gadgets, sa technologie à la trace.


          • Corbeau 10 avril 2010 15:50

            Vous oubliez que les attaques de Truffaut portaient beaucoup sur le travail de Aurenche et Bost, deux (talentueux) scénaristes accusés de ciseler des scénarios pour films de « qualité à la française » sur commande en pillant les chefs d’oeuvre de la litterature pour en faire des adaptations cinématographiques.

            François Truffaut était avant tout un grand scénariste « pur créateur » (le scénario de « A Bout de Souffle » lui est du).

            Je remarque qu’une grande faiblesse du cinéma français actuel (ce n’est pas le cas du cinéma américain) est la piètre qualité des scénarios et dialogues... 


            • cmoy patou 10 avril 2010 20:41

              On ne peut pas en même temps être et avoir été et c’est bien dommage « les hauts de hurlevent » m’a fait révé mais je crois que le 7ème Art a malheureusement vécu il va finir dévoré par le dieu fric.

              Pourtant je vais encore régulièrement au cinéma mais pour combien de temps, internet,la tv,auront-ils le dernier mot ?


              • Gui Hottine Gui Hottine 11 avril 2010 00:12

                En survolant l’article, et les commentaires, il me semble qu’on est ici dans un « débat d’experts ». Ce n’est pas mon cas. Je me considère cinéphile, mais un cinéphile qui déteste la dissection technique des films.

                Je ne connaissais pas cette appellation de « nouvelle vague ». Apparemment, le seul film que j’aie vu de ce mouvement est Hiroshima mon amour. Bien mais sans plus (en terme de « classique », j’ai largement préféré « it’s a wonderful life »)

                Alors, certainement que ces films de la nouvelle vague ont apporté une pierre à l’édifice cinématographique, et un grand merci à eux.

                Cependant, il se trouve que ce mouvement n’a plus rien de « nouveau ». Il en va de même pour tous les arts (musique, peinture..). Les élèves ont construit sur les fondations des maîtres. Et il arrive que l’élève dépasse le maître. C’est le cas ici.

                En cinéma français, je dois reconnaître que j’ai peu de références qui me viennent à l’esprit : « La haine », « Le diner de cons », « Bernie » figurent parmi mon top 5.

                Pour l’anglo saxon, j’admire des films comme « Requiem for a dream » (chef d’oeuvre s’il en est !), « Au nom du père », « Dogville », « The reader », « Un nouveau monde » ... +qques autres.

                En somme, pour les puristes du cinéma (qui me semble t il considèrent UNIQUEMENT la forme) c’est peut être une régression, mais pour les gens qui jugent un film principalement avec leur trippes, et bien oui : le cinéma est encore plus beau aujourd’hui !!


                • L'enfoiré L’enfoiré 11 avril 2010 15:13

                  Gui,
                   Pour info
                   Comme Charles Aznavour le chantait avec avec peu de recul. « Je vous parle de temps que les moins de 20 ans ne pourraient pas connaitre ».
                  La nouvelle vague, c’est certainement bien loin de votre horizon.
                  Ce l’est à peine pour moi. A mon avis, l’auteur des lignes de l’article était bien loin d’être planifiée pour arriver un jour avec une cigogne.
                  Beaucoup de film en noir et blanc à cette époque.
                  Truffaut, Godard, Chabrol
                  La guerre des boutons qui s’en souvient ?
                  « Et pourtant si j’aurais su, j’aurais pas venu. »  smiley


                • L'enfoiré L’enfoiré 11 avril 2010 15:17

                  C’était l’époque de l’Expo 58. Je l’ai décrite dans ce texte.
                  Il y a aussi quelques films qui y sont rappelé.

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