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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Quelque arabesque folle...

Quelque arabesque folle...

"Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu'elle avait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers."
 
Dans ce poème célèbre, extrait des Contemplations, Victor Hugo évoque des souvenirs d'enfance de sa fille Léopoldine.
On y voit la jeune Léopoldine tracer des arabesques, sur les manuscrits du poète.
 
Quel enfant n'a pas dessiné, ainsi, des arabesques sur des livres ou du papier ?
 
Le mot "arabesque" désigne, d'abord, une sorte d’ornement dont on a attribué l’invention aux Arabes : il consiste en des entrelacs de feuillages, de fruits, de fleurs, d’animaux, assemblés pour créer une harmonie : l'arabesque est un décor architectural propre à l'orient. Puis, le mot s'applique à des courbes tracées, souvent, d’une manière aléatoire, dans le but de former un enchaînement de motifs.
 
Le suffixe -esque, avec lequel est formé ce mot, est utilisé pour des adjectifs qui indiquent une caractéristique, une ressemblance, une qualité à partir d’un radical, souvent issu d’un nom propre, pour évoquer un lieu ou encore un style artistique.
 
Moresque, picaresque, ubuesque, barbaresque, burlesque, rocambolesque, romanesque, simiesque : ce suffixe assez productif, est employé dans nombre de mots aux résonances littéraires.
 
Le terme "arabesque", avec sa voyelle "a" réitérée, ses consonnes variées de gutturales, labiale, sifflante nous fait entrevoir des entrelacs subtils, des motifs différents...
 
Ce mot nous emmène vers l'orient, ses mystères, une écriture picturale qui dessine des ondoiements, des guillochis, des lettres ouvragées.
 
On admire des pleins, des déliés, des vagues, des éclats, des tourbillons, des embruns, des pointillés, formes si variées...
 
L'écriture déroule des tableaux d'ombres chinoises, des reliefs, des envolées de lettres, des signes mystérieux.
 
La magie de l'écriture ! Véritables dessins sur la page blanche ! La magie des arabesques aux arrondis de vagues !
 
Ces dessins tout en harmonie, pleins d'élégance suggèrent des mouvements, des ballets ondoyants : des mouettes peuvent dessiner des arabesques dans le ciel, l'eau qui serpente sur les collines s'enroule en arabesques lumineuses, une rampe d'escalier nous fait voir, parfois, des arabesques sinueuses...
Quelle poésie dans ce mot, avec ses échos sonores !
 
Lié à l'enfance dans le poème de Victor Hugo, ce terme évoque des images familières et simples : celle d'un enfant insouciant qui gribouille des arabesques sur des livres d'adultes, celle de la découverte de l'écriture, de l'apprentissage du dessin, celle du plaisir de faire courir un crayon, sur du papier...
 
Le poète semble d'ailleurs inspiré par ces arabesques qui lui permettent d'écrire ses plus belles pages : tout le monde se souvient de ces poèmes de Victor Hugo consacrées à sa fille dans la section, Pauca meae des Contemplations.
 
Ces arabesques, tracées par Léopoldine enfant, nous émeuvent : on est sensible à la beauté du mot, à ces souvenirs de Hugo, pleins de tendresse : l'écrivain apparaît, alors, comme un homme ordinaire, un père attentif, plein d'admiration pour sa fille : on perçoit, aussi, son désespoir, son désarroi d'avoir perdu celle qui représentait, pour lui, le bonheur absolu.

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/article-quelque-arabesque-folle-124885761.html

 

Vidéo :


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4 réactions à cet article    


  • Tall Tall 21 novembre 2018 19:22

    Quand je pense à nos ancêtres préhistoriques qui taillaient leurs arabesques dans la pierre.

    Aujourd’hui avec un bic, c’est quand même + facile.

    Mais pas sur la pierre par contre.

    C’est d’ailleurs pour ça que dans la préhistoire, il n’avait pas de papier : c’est parce qu’ils n’avaient pas de bic.


    • Fergus Fergus 21 novembre 2018 20:34

      Bonsoir, Rosemar

      Vous avez oublié « grotesque » comme certains articles et commentaires. Mais ne vous sentez pas visée. smiley

      Pour ce qui est de Léopoldine, le plus beau poème que lui a consacrés son père est à mes yeux  et malgré mon athéisme irréversible  « A Villequier ». 


      • rosemar rosemar 21 novembre 2018 20:52

        @Fergus

        Mais rien n’égale la simplicité et l’émotion de ce poème !

        Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
        De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
        Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ;
        Elle entrait, et disait : Bonjour, mon petit père ;
        Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
        Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
        Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
        Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
        Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,
        Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
        Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
        Et mainte page blanche entre ses mains froissée
        Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
        Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
        Et c’était un esprit avant d’être une femme.
        Son regard reflétait la clarté de son âme.
        Elle me consultait sur tout à tous moments.
        Oh ! que de soirs d’hiver radieux et charmants
        Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
        Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
        Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
        J’appelais cette vie être content de peu !
        Et dire qu’elle est morte ! Hélas ! que Dieu m’assiste !
        Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ;
        J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux
        Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.


      • seken 21 novembre 2018 23:18

        J’exige en toute transparence la liste, des modérateur complices.

        Selon les lois de la physique, cette revendication finira par aboutir.

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