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[Rec]

Happy slapping

Au ciné en 2008, ce fut YouTube version démembrement : la foire aux faux documentaires horrifiques. Le dernier Romero (Diary of The Dead), Cloverfield et ici [Rec], disponible en DVD. Suivre le surnaturel caméra à l’épaule façon Blair Witch Project revigore le genre fantastique en lui donne une dimension d’épouvante éprouvante. Dans l’exercice de style, l’Espagnol [Rec] est un élève modèle.

Angela au micro et Pablo à la caméra tournent un nouveau sujet de leur émission "Pendant que vous Dormez". La platitude des sujets commence sérieusement à ennuyer Angela qui aimerait du succulent, de quoi se mettre sous la dent. En enregistrant sur le travail des pompiers la nuit, le duo se retrouve enfermé à l’intérieur d’une résidence. Une vieille femme hurle au dernier étage. Ca fleure bon le scoop pour peu de courir vite, plus vite qu’un zombie avide de chaire fraîche.

Deadly Motion

Blair Witch nous avait déjà fait le coup mais voilà que les DailyMotion, YouTube et autres Reality-Show ont donné des idées fraîches all over the world ! Jaume Balaguero, habitué du cauchemardesque (La Secte sans Nom, Darkness) et Paco Plaza (Les enfants d’Abraham) prennent la brèche. Armés d’une caméra HD embarquée, les deux ibériques mettent en scène ou plutôt retranscrivent comme si cela c’était réellement déroulé le prologue d’une contamination zombifiante. En cela, nous, les spectateurs, sommes placés dans la position de celui qui récupère le film.

Zombie TV

L’une des qualités majeurs de [Rec], au-delà de l’idée de départ - vieux fantasme de geek !, c’est bel et bien la réalisation. Les compères espagnols jouent la carte du réalisme poussé à l’extrême. Ils confient * "nous avons voulu construire le cauchemar le plus crédible possible, une expérience terrifiante qui pourrait garder le public le plus captif possible. On a donc décidé de raconter cette histoire comme un reportage télévisé en direct, de tourner en "live" avec l’horreur qui survient en temps réel, sans possibilité de stopper le récit."

Le moins que l’on puisse dire est que la machine est bien huilée, les plans séquences - comprenez sans couper la caméra - monstrueux (parfois plus de 25 minutes) laissent place à l’improvisation des comédiens dont les dialogues transpirent le vrai. De même, les ellipses spatiales mais surtout temporelles sont quasi inexistantes. De ce fait, le spectateur a la fulgurante impression d’être dans le réel. L’ambiance sonore (cris, respirations, bruitages) est particulièrement soignée, l’une des meilleures du genre. Rajoutez à cela l’utilisation de l’intégralité des possibilités qu’offre une caméra numérique (la lampe torche et le fameux infrarouge), vous obtiendrez un travail stylistique qui donne envie de fermer la porte à clef et de la bloquer avec une étagère... 

La résidence du mal

Les deux réalisateurs ne s’en cachent pas : ils se sont plus ou moins inspirés de la saga vidéo-ludique de Capcom Resident Evil pour concevoir l’ambiance de [Rec]. Tel le premier volet de la série, presque l’intégralité de l’action se déroule dans un lieu clos (ici un immeuble banal). Cela a pour effet de se rendre compte de l’impossibilité pour les occupants encore humains de ne pas pouvoir fuir. D’où l’obligation d’affronter le danger ou du moins l’impossibilité d’y échapper. Pour ne pas révéler le final nocturne (brillant), on se contentera de dire que [Rec] aurait fait une excellente adaptation de Resident Evil ; en tous cas meilleure que les récentes adaptations hollywoodiennes. Les zombies, peu nombreux et de facture classique au genre sont diablement efficaces lorsque la caméra ne les montre pas. La sensation de débordement quand un groupe de morts-vivants parvient à s’infiltrer est particulièrement saisissante, à la manière de Resident Evil.

Scoop toujours

A la place de Milla Jovovich, Manuela Velasco est parfaite dans le rôle de la jeune journaliste arrogante et dynamique. D’ailleurs, la demoiselle n’a pas eu grande peine à interpréter le rôle puisqu’elle est elle-même présentatrice sur la chaîne Canal + en Espagne. Si l’on considère qu’elle se trouve en situation réelle, Velasco endosse parfaitement l’habit d’hystérique de service, criant atrocement de tout son souffle toutes les deux minutes. Pénible mais évident, c’est en tout cas le même avis puisqu’elle fut récompensé d’un Goya du Meilleur espoir féminin et d’un prix de la Meilleure actrice au Festival du Cinéma Fantastique de Sitges. Les autres acteurs, peut-être volontairement choisis sur le vif (pas plus d’une douzaine au fur et à mesure en piteux état) sont parfois en roue libre mais ne gâchent en rien notre infâme plaisir de voyeur. Niéhéhé.

Paco Plaza et Jaume Balaguero, à l’image du tandem à l’écran, filment sans jamais relâcher la caméra ni la pression. Claustrophobique, terrifiant par le point de vue adopté (au sens propre), [Rec], à la différence d’un Diary of the Dead, n’a pas de prétention poétique ; rien que la peur prosaïque à l’état pur. Si vous n’avez pas le mal de terre, osez appuyer sur [Play]...


Légendomètre : 3,5/5

Nota Bene :
> En Quarantaine, un remake hollywoodien quasiment identique est d’ors et déjà sur les rails et devrait sortir le 31 décembre prochain. Insert coins...
> Le film a été tourné en à peine 20 jours ! 
> Petit budget mais grosse rentrée : le film a séduit 1,5 millions d’Espagnols


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (5 votes)




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1 réactions à cet article    


  • Syrius Syrius 4 janvier 2009 03:12

    Effectivement, REC est de loin le film le plus abouti de ceux que vous avez cité. Le rythme y est pour beaucoup : Cloverfield ressemble parfois à star tour et diary of the dead est par certains côtés un peu lent. Pour cause, le film est presqu’entièrement en "temps réel continu", seules quelques coupures de 10 minutes seront ôtées à cette nuit d’horreur.

    Le final est effectivement épique, le film essore le spectateur, même le plus aguerri. Un formidable film de trouille, une oeuvre remarquable pour ceux qui aiment le ciné un peu déviant.

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