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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Redécouvrir le cinéma : Alfred Hitchcock

Redécouvrir le cinéma : Alfred Hitchcock

La redécouverte du maître du suspense au travers de deux oeuvres longtemps mésestimées.

Frenzy (1972). Si Alfred Hitchcock avait le chic pour sonder l’âme humaine, il se montrait surtout virtuose dans l’art de la mettre en scène au travers d’œuvres bâtardes, toujours à la croisée des genres. Il en va ainsi pour La Mort aux trousses, Psychose, Les Oiseaux ou encore La Corde, des monuments intemporels où la grammaire s’avère aussi intraitable que la photographie. Au même titre qu’un Orson Welles, avec qui il partage le génial Bernard Herrmann, le cinéaste britannique a su traîner son imposante carcasse jusqu’au sommet du septième art. Réalisateur prolifique, maître incontesté du suspense, il verra sa carrière (immense) se solder par quelques morceaux de choix, parmi lesquels figure l’incontournable Frenzy, une sorte de testament cinématographique catalysant toutes ses obsessions. Cet imperturbable thriller convie en effet à son banquet le tueur en série, le misogyne, le policier ou encore le faux coupable. Chargé de toute la mythologie hitchcockienne, de la nourriture aux escaliers, le long métrage, plutôt que de prendre l’intrigue à rebrousse-poil, cristallise les failles humaines dans un envoûtant faisceau narratif. C’est ainsi qu’il contemple avec attention des quidams pour mieux exhumer leur face cachée. Au programme : un ancien pilote de chasse reconverti en barman, bientôt licencié, sans le sou et accusé à tort de meurtre, tandis que le vrai coupable, grossiste en fruits et légumes doublé d’un manipulateur hors pair, se faufile, non sans mal, entre les mailles du filet judiciaire. Comme à son habitude, sans jamais se dévoyer, Hitchcock ennoblit la prise de vue et la photographie, deux attributs techniques d’une réalisation bien rythmée et sans fausse note. Aussi marionnettiste que virtuose, le penseur de Psychose nous mène à la baguette tout en évitant de se montrer péremptoire. Et ne néglige, bien sûr, ni les autoréférences, ni les caméos. Tourné à Londres, délaissant le fantastique (Les Oiseaux) et le politique (L’Étau), Frenzy condense la plupart des thématiques hitchcockiennes dans un sang-mêlé qui cartographie avec brio la communauté humaine. Le dernier classique d’une légende du grand écran.

Pas de printemps pour Marnie (1964). Longtemps considéré comme un Hitchcock mineur, Pas de printemps pour Marnie a dû attendre la mort de son maître d’œuvre pour révéler tous ses atouts. S’il ne peut prétendre au titre hautement convoité de joyau de la couronne, il épouse en revanche un propos incisif et parvient presque à un sans-faute narratif. Bercé par une partition grandiose signée Bernard Herrmann, ce long métrage touche-à-tout réunit l’irréprochable Tippi Hedren et l’imperturbable Sean Connery pour un jeu de manipulations mutuelles. Dans cette monographie du mal d’amour maternel et des blessures enfouies, le cinéaste britannique effectue avec maestria le grand écart entre son (fameux) MacGuffin – le vol d’argent – et la thématique multidimensionnelle de la violence, tour à tour physique, morale et familiale. Entaillé par plusieurs failles visuelles, notamment au niveau des décors, Pas de printemps pour Marnie se pose avant tout en portrait psychologique glacé des rapports parents-enfants. Film à substance, à mille lieues des divertissements pop-corn, il raconte l’enfer quotidien d’une femme handicapée par des plaies intérieures, profondes et jamais cicatrisées. C’est d’ailleurs dans cette optique que les interrogations abondent. Et si les vols constituaient en fait une échappatoire, une sorte de mécanisme de défense ? Jusqu’où peut-on attribuer l’immunisation de Marnie contre les relations amoureuses à son enfance tourmentée ? Et, comme toujours avec Alfred Hitchcock, dès que la réalisation monte au front, la messe est dite. Jugez plutôt : un cadrage millimétré, des visions subjectives édifiantes, des prises de vues singulières ou encore un montage implacable donnant de la hauteur à la narration. On sent indéniablement la patte d’un virtuose rompu à l’exercice cinématographique. Au fond, que demander de plus ? 


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2 réactions à cet article    


  • Al West 9 juillet 2013 10:44

    Très bon article. Hitchcock, un de mes réalisateurs du cinéma anglophone préférés (même si Orson Welles reste pour moi le plus grand). Je n’ai vu aucun de ces deux films, mais vous m’avez particulièrement donné envie de voir Frenzy. Je m’en vais le télécharger. (C’est mal !)


    • L'enfoiré L’enfoiré 9 juillet 2013 16:57

      ARTE a présenté récemment une rétrospectives des films de Hitchcock.

      Psychose, Les Oiseaux, Fenêtre sur cour, L’Etau, le Crime était presque parfait, l’Homme qui en savait trop. Vertigo, Le Rideau déchiré...
      Si vous n’avez pas vu, c’est dommage.

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