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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Réforme de l’orthographe de 1990 : enfin le vrai démarrage (...)

Réforme de l’orthographe de 1990 : enfin le vrai démarrage ?

Dix-huit ans après son adoption (!), cette réforme vient seulement l’an dernier d’être inscrite dans des programmes scolaires.

En effet, elle a été en 2007 introduite dans la note du Bulletin officiel (n° 5, 12 avril 2007) concernant les programmes de l’école primaire, page 81, cycle des approfondissements, note de bas de page.

"On s’inscrira dans le cadre de l’orthographe rectifiée. Les rectifications définies par l’Académie française ont été publiées au Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990, édition des Documents administratifs. Elles se situent tout à fait dans la continuité du travail entrepris par l’Académie française depuis le XVIIe siècle, dans les huit éditions précédentes de son Dictionnaire."


1. Historique

Datant officiellement de 1990, les propositions de cette réforme sont tout à fait légales, et recommandées depuis son entrée en vigueur.

"Aucune des deux graphies ne peut être tenue pour fautive. Ce principe, publié en France au Journal officiel, doit dans tous les cas être respecté : dans les écrits de vos élèves, aussi bien l’ancienne que la nouvelle orthographe doivent être admises, dans tous les cas."

La nouvelle orthographe avait fait l’objet de circulaires dans plusieurs pays francophones.

Les Québécois ont-ils été suffisamment consultés dans la phase préparatoire, ou ont-ils dû prendre le train (disons plutôt la tortue) en marche - je l’ignore, toujours est-il que la commission consultative était variée dans sa composition.

"Je rappelle enfin l’avis favorable donné, avant la publication officielle, par les Conseils de la langue du Québec et de la Belgique francophone et, après la publication, par le Conseil international de la langue française, où l’ensemble de la Francophonie est représenté. Ce n’est donc pas une affaire purement hexagonale ; d’ailleurs, le Conseil qui est à l’origine des rectifications comptait quatre membres étrangers, dont un Belge."

A la lecture de ce document, d’ailleurs intéressant, il semble plutôt que, comme chez nous, cette réforme ait déclenché un vif débat.
(dernier lien en bas de page Wiki : "L’essentiel de la nouvelle orthographe")

Il faut noter que nous n’étions pas les seuls pays à souhaiter une simplification de certaines aberrations orthographiques :

"En 1994, l’Allemagne créait une commission d’experts en vue de réfléchir à une réforme de l’orthographe allemande : il s’agissait de simplifier l’écriture de l’allemand par la suppression des graphies illogiques, la réduction du nombre de règles et la germanisation de la graphie des mots empruntés à d’autres langues. Ces objectifs présentent plusieurs analogies avec ceux qui sont poursuivis dans les Rectifications de l’orthographe du français. Mise en œuvre en 1998 pour une période de transition de sept ans, la réforme de l’orthographe allemande devait entrer en vigueur de façon définitive le 31 juillet 2005. Après plus de cinq ans d’expérimentation dans les écoles aussi bien que dans les médias, voilà cependant que les principaux éditeurs de la presse écrite se rebellent et déclarent qu’ils reviennent à l’orthographe classique."

(Cet article est tiré du quotidien Le Soleil de Québec du 9 septembre 2004, page A13.)


2. Pourquoi a-t-on fait cette réforme ?

Tout simplement pour supprimer quelques aberrations, introduire un soupçon de logique et de rationalité dans le monde un peu foldingue de l’orthographe. Même si on peut toujours rationaliser et tout expliquer par l’étymologie et l’histoire, le français est connu pour ses fantaisies d’écriture. A noter que la grammaire n’était quasiment pas concernée, et que les propositions s’efforçaient de cibler des points logiques qui paraissaient pouvoir faire consensus, au moins parmi les membres de la commission !

Un exemple : le tréma qui doit maintenant indiquer la lettre à prononcer, comme dans "aigüe", "ambiguë" ; quel intérêt y aurait-il à disposer de ce signe diacritique, si c’est pour le coller à côté de la lettre qui fait exception, et non pas dessus ?

Autre exemple, mon préféré : on peut enfin se faire plaisir et écrire sans maux de tête les nombres complexes, avec des tas de traits d’union : mille-neuf-cent-quatre-vingt-dix !

Dernier exemple : harmoniser le pluriel de beaucoup de noms composés (des pèse-lettres), et souder beaucoup d’entre eux : portemonnaie, portefeuille.

Pour mémoire (hors sujet mais c’est pour le plaisir) : depuis toujours, chacun est libre d’adopter les septante, octante et nonante de nos amis francophones, plus logiques pour l’apprentissage dans l’enfance, plus efficaces pour le calcul mental, et dont l’usage est légal depuis bien avant mille-neuf-cent-nonante !

Que du bonheur !


3. Les réticences en France et ailleurs

"Le coût d’apprentissage de l’orthographe française, en temps et en efforts, est en effet très élevé, pour des résultats médiocres : en conséquence, le maintien en l’état de la norme rend la maîtrise de la langue écrite inaccessible à beaucoup d’utilisateurs, francophones ou étrangers". A la veille de la publication de nouveaux programmes du primaire, Antoine Fetet, maître formateur, défend l’idée de la simplification orthographique. Pour cela, il suffirait d’une prise de conscience. "Les enseignants attendent un changement de la part des éditeurs, qui eux-mêmes espèrent une orientation sans équivoque du ministère et une demande forte… des enseignants. Qui fera le premier pas ? Est-ce si difficile que ça de se jeter à l’eau ? Quel sera le prix à payer pour les différentes catégories d’utilisateurs de la langue ?"

"Il serait hypocrite de prétendre que la réforme est un échec, alors qu’aucun des acteurs du monde de l’enseignement ou de l’édition ne l’a vraiment mise en œuvre ! Qui de ces acteurs fera le premier pas ?"

L’Office québécois de la langue française avait adopté une position sage et nuancée : "Dès 1991, l’Office québécois de la langue française s’est déclaré, de façon générale, favorable à l’application des rectifications de l’orthographe, mais, étant donné les réticences, voire l’opposition, qu’elles soulevaient dans divers milieux en France et ailleurs, il n’a pas voulu faire cavalier seul dans ce domaine. [...] Dans ses travaux et publications, l’Office donnera désormais la priorité aux nouvelles graphies dans la mesure où elles sont attestées dans les dictionnaires usuels", peut-on lire sur le site de l’organisme.

Bref, ce n’est pas demain la veille que les élèves se mettront à écrire "ognon" ou "boutentrain", estime Mme de Villers : "Depuis 150 ans, aucune réforme de l’orthographe n’a réussi. Parce que ceux qui la maîtrisent, et qui se sont donné beaucoup de mal pour l’apprendre, ne veulent pas abandonner ce pouvoir. Et ce sont ceux qui peuvent parler le plus fort, comme les auteurs et les spécialistes."

Heureusement, Suisse, Belgique et Québec se sont montrés moins timorés que la France en ce domaine : "Reste que les facultés d’éducation des universités québécoises n’ont pas attendu une consigne du ministère pour faire la promotion de la nouvelle orthographe auprès des futurs enseignants."

Autre point délicat et rarement abordé : certains enseignants ne connaissaient et ne connaissent tout simplement pas les détails de cette réforme de 1990 ! Gageons que ça va venir... Depuis des années, certaines graphies justes ont été notées par les maîtres comme fautives… Dans bon nombre de cas, heureusement, les élèves, qui n’avaient pas fait exprès d’écrire juste, ne se sont pas aperçus qu’on leur comptait faux ce qui était juste ! Heu... on s’embrouille un peu, non ?

Ayons au passage une pensée compatissante pour les parents un peu perdus dans cette histoire, mais plus l’incertitude persistera sur le destin de cette réforme, plus cette confusion se pérennisera (je voulais écrire règnera, mais j’hésite sur régnera / règnera).

Les dictionnaires, bibles de la langue, se sont montrés tout aussi indécis que le premier pékin venu, et ce n’est qu’au fil du temps que, cahin-caha, chacun adopta à son rythme tel ou tel aspect de la réforme.

Par exemple, mon Littré 2006 donne les deux graphies suivantes : aiguë, aigüe. De même, le mouvement s’accélère chez tous les éditeurs – qui ont longtemps été dubitatifs devant le manque d’enthousiasme des milieux éducatifs.

"En effet, le Dictionnaire Larousse Junior est 100 % à jour en nouvelle orthographe en 2009. De son côté, le dictionnaire grand public, Le Larousse des noms communs est également 100 % à jour en nouvelle orthographe."


4. Et le futur ?

La vie continue, il est temps de songer à la prochaine étape. A l’évidence, la prochaine réforme doit impérativement porter sur cette sal... de participe passé, notamment celui des verbes pronominaux, ce monstre d’irrationnel.
Personnellement, à mesure que les années passent et que mes neurones se raréfient, j’ai beau avoir lu la règle dix fois, je l’ai oubliée onze fois...

Pourquoi "ces arbres que j’avais vus grandir (avec accord), je les ai vu abattre (sans accord)" ?
Pourquoi l’exception de faire + infinitif : "ces gens, je les ai fait venir" ?
Pourquoi les deux possibilités pour certaines formes : "les problèmes qu’on m’a donné(s) à résoudre" ?
(Exemples tirés du Grevisse)

Petit exercice pratique : sachant que le participe passé des verbes ne pouvant avoir de complément d’objet direct est toujours invariable (se parler, se plaire, se sourire, se succéder), faut-il accorder dans le cas du verbe "s’habituer" ?
ils s’y sont habitués / ils s’y sont habitué
ils se sont habitués à / ils se sont habitué à

Si vous me répondez "je m’en tape" ou "rien à cirer", je ne suis pas loin de partager votre opinion ; de toute manière, je ne suis pas sûr de la réponse. Faut-il être un grand écrivain pour avoir l’insigne honneur d’écrire sans fautes ? Je ne parle pas du style, mais de la simple et modeste ambition de ne pas dépasser deux fautes par page... Un français correct doit-il rester l’apanage d’une grosse poignée de fins lettrés ?

Même chez les auteurs, beaucoup ont la prudence de passer leur courrier au correcteur orthographique... et tous les grands journaux, et tous les éditeurs ont des correcteurs humains pour suppléer aux défaillances humaines autant qu’à celles de l’"intelligence artificielle".

A quoi bon des règles si absconses que la plupart des Français ne les connaissent pas, si peu logiques et si embrouillées que, même parmi les lettrés, bien peu sauraient de mémoire et sans révision expliquer de vive voix ce participe passé des verbes pronominaux ? Or, ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. N’y aurait-il pas un désir de maintenir une distinction de classe, entre le commun et ceux qui maîtrisent peu ou prou la langue soutenue ? Si telle est la volonté inconsciente qui fait sursoir à cette évolution, quelques difficultés en moins n’y changeraient rien.

La nécessité d’une réforme de l’accord du participe passé est largement reconnue : la plupart des spécialistes s’accordent à le critiquer, à rappeler son origine absurde, son inutilité… et pourtant rien ne se fait, comme si notre langue était figée, comme si avaient le droit de vivre et d’évoluer les seuls SMS, parlers locaux, argots des uns et des autres, quand le "vrai" français, le bon, le pur, le littéraire, la langue soutenue, devrait demeurer immuable.

"Clément Marot a ramené deux choses d’Italie : la vérole et l’accord du participe passé... Je pense que c’est le deuxième qui a fait le plus de ravages !" (citation présumée de Voltaire)

Trois articles sur les origines de ces aberrations :

Le participe passé dédramatisé

Celui par lequel le scandale est arrivé…

A propos de la langue (1) : sacré Marot !

En outre, la commission de sages, qui naguère plancha sur la réforme de 1990, a déjà esquissé cette réforme, en recommandant d’étendre l’invariabilité de "faire + infinitif" au verbe "laisser", considéré comme une sorte d’auxiliaire : "elle s’est laissé mourir, je les ai laissé faire, laissé dire, laissé entendre", etc.

Nous n’avons pas de statistiques ou d’études à ce sujet, mais nous ne serions pas étonnés que cette faute de l’accord du participe passé soit la plus fréquente de France ! A ce point-là, d’ailleurs, est-ce encore une faute ? N’est-ce pas devenu une tolérance, une saine variabilité orthographique, une nécessaire souplesse adaptative de notre langue ?

Alors, accordons-nous pour les accorder tous, ou aucun !


5. Conclusion

Cette discrète entrée de la réforme de l’orthographe de 1990 (!) dans les recommandations ministérielles pour l’école primaire sera-t-elle le déclic pour enfin faire entrer dans l’usage des modifications que, personnellement, nous trouvons tout à fait de bon sens ? Rappelons que ces modifications avaient fait l’objet d’un consensus, qu’il ne s’agissait pas du choix irraisonné d’un quelconque groupuscule réuni en commission, mais au contraire de recommandations soutenues par les Académies (ou leurs équivalents) de trois grands pays francophones.

Espérons qu’il ne faudra pas attendre vingt ans pour une prochaine réforme, qui devrait selon nous porter au minimum sur le participe passé, car le participe passé, c’est l’avenir !


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28 réactions à cet article    


  • rocla (haddock) rocla (haddock) 15 septembre 2008 11:00

    yl é untaulairabl que le vrançais soie pat aicrid comi fo !


    • rocla (haddock) rocla (haddock) 15 septembre 2008 11:09

      participe passé, c’est l’avenir !

      à condition d’ avoir assez de participants ...


      • docdory docdory 15 septembre 2008 11:32

         @ Krokodilo
        Effectivement , l’idée que deux orthographes légales existent pour le même mot n’est pas nouvelle . Par exemple " je m’assieds " et " je m’assois " sont deux formes légales de la première personne du singulier du verbe s’asseoir . 
        Pour ce qui est de l’accord du participe passé après le verbe avoir , il suffit de dire que les deux types d’accord sont légaux , afin que les élèves puissent comprendre l’orthographe d’anciens textes ( qu’il n’y a aucune raison de réécrire , car pour les poésies , ça pourrait supprimer certaines rimes ) , et de dire que l’accordage moderne ( c’est à dire l’absence d’accord du participe passé après avoir ) soit accepté comme nouvelle norme ( ce qui serait linguistiquement bien plus logique ) . 
        J’avoue continuer à utiliser l’orthographe ancienne du mot " clef " alors que l’orthographe " clé " est admise depuis longtemps . 
        En résumé , une réforme de l’orthographe ne peut passer que si les anciennes orthographes restent autorisées ( elles disparaîtront d’elles-mêmes ) .


        • morice morice 15 septembre 2008 11:42

           sain rappel : l’orthographe complexe est le secteur privilégié d’un mandarinat réservé. Le bas peuple doit être distingué par son manque de connaissances. Simplifier l’orthographe, c’est s’attaquer à un POUVOIR. Les plus grands opposants sont ceux qui ne souhaitent pas d’égalité sociale. S’en moquer, Rocla, n’amène à rien. Sinon à rester dans ce dédain du peuple cher aux mandarins. 


          • rocla (haddock) rocla (haddock) 15 septembre 2008 16:31

            Y a pas de bas peuple ni de mandarinat , il y a des boat-people et des qui vivent dans de beaux quertiers


          • rocla (haddock) rocla (haddock) 15 septembre 2008 16:32

            quartiers...


          • docdory docdory 15 septembre 2008 12:01

             @ Krokodilo 
            J’avoue être perplexe devant l’illogisme de certaines propositions de 19990 . Par exemple celle-ci :"« chariot » devient « charriot » comme « charrette ») . Il eut été beaucoup plus logique et plus simple de décider : " charrette devient charette comme chariot et char " .
            De même , la proposition d’écrire douceâtre " douçâtre " , me paraît stupide , alors qu’on écrit rougeâtre !
            Enfin , ces propositions resteront lettre morte si les correcteurs d’orthographes informatiques ne sont pas corrigés : le mien accepte " charriot " ( une fois sur deux dans ce post : la première fois , il ne le souligne pas en rouge , la deuxième , il le souligne !!! ) mais souligne systématiquement de tirets rouges vindicatifs la graphie " douçâtre " . Allez comprendre ...


            • Krokodilo Krokodilo 15 septembre 2008 16:08

              Docdory,
              je suis assez d’accord pour "charrette". au sujet de ces listes de mots divers, on voit que parfois on s’est alignés sur le verbe, ce qui a sa logique, comme pour combattif au lieu de combatif, aligné sur battre et combattre. Mais pour charriot, mystère. Pour les collègues : exéma/eczema
              De toute façon, l’ancienne orthographe restera toujours valide, jusqu’à une éventuelle disparition progressive.


            • Krokodilo Krokodilo 18 septembre 2008 17:20

              Docdory, après réflexion, charriot a peut-être été lui aussi proposé d’après le verbe : charrier, charrette, charriot, mais pas charr !


            • cl 21 novembre 2008 00:18

              "Allez comprendre ..."
              Commencez déjà par le mettre à jour...


            • Mescalina Mescalina 15 septembre 2008 12:06

              TRES bon article CROCO !


              • Krokodilo Krokodilo 15 septembre 2008 16:10

                Merci, je ne peux pas décemment parler d’espéranto ou d’anglais chaque semaine ! Surtout qu’Agora vox me bloque un article sur les récentes déclarations de Xavier Darcos, sans raison mentionnée. Pour une fois que je suivais l’actualité de près, dommage.


              • Krokodilo Krokodilo 15 septembre 2008 12:13

                Je complète avec deux articles du monde sur le même sujet en Allemagne :

                http://www.languefrancaise.net/news/index.php?id_news=362

                (sur le site ABC de la langue française)


                • Bertrand 15 septembre 2008 12:26

                  Je suis frappé par l’évidence avec laquelle vous assénez que la maîtrise de l’orthographe actuelle par un nombre trop limité de personnes montre que ces dernières veulent conserver le "pouvoir". En conséquence, il paraît évident qu’il faudrait simplifier l’orthographe. C’est cette logique qui a amené à baisser considérablement le niveau du bac pour le rendre accessible : on a donné l’impression (fausse) aux personnes de milieu socio-économique plus défavorisé qu’elles avaient un meilleur accès à l’éducation, et ce faisant, on a baissé le niveau général.
                  Si on suit votre logique, il suffirait de supprimer toute difficulté orthographique et - pourquoi pas - écrire phonétiquement pour amoindrir le pouvoir de ceux qui savent (en supposant que cela soit souhaitable d’ailleurs) pour répartir ce pouvoir vers d’autres qui ont moins d’accès à la culture. Sans remettre en cause les exemples que vous prenez (qui permettent au moins de sourire pour les plus caricaturaux d’entre eux), il ne faudrait pas oublier une vérité fondamentale de l’écriture : l’orthographe est avant tout porteur de sens, d’histoire et de culture. On ne pourra y toucher sans s’attaquer à ces effets collatéraux, autrement plus inquiétants que la maîtrise du pouvoir par ceux qui maîtrisent l’orthographe : il est vrai que le pouvoir est plus accessible à ceux qui ont accès à la culture. Si on veut y remédier, c’est par l’élévation générale du niveau culturel qu’il faut y parvenir. Mais cela a un coût, bien plus important que de décréter simplement une simplification. En l’absence de courage politique, on fait la part belle à la démagogie que vous relayez (fort bien d’ailleurs).


                  • skirlet 15 septembre 2008 13:55

                    Poser une question signifie-t-il "asséner" ?

                    Etant moi-même locutrice d’une langue ayant subi une réforme d’orthographe, j’affirme que ça a fait du bien smiley Les Russes ont-ils été rendus débiles après cette réforme, at-t-il eu lieu un nivellement par le bas ? Que nenni. D’autres langues ont subi des réformes, comme le turc ou le protugais (une autre réforme se prépare pour ce dernier :

                    http://www.fenetreeurope.com/php/page.php?section=actu&id=11094 )

                    Par ailleurs, les locuteurs des langues plus régulières ne sont pas idiots non plus : un écolier finlandais, polonais ou ukrainien ne met que quelques mois à apprendre la lecture, contre 2 ans pour un Français. En Ukraine ou en Slovaquie, par exemple, les dictées genre Pivot n’existent tout simplement pas - ce serait trop facile pour tous. Si je pense qu’il n’est pas possible d’écrire le français phonétiquement sans risquer la rupture avec l’histoire et avec les autres langues romanes, il est tout à fait possible de mettre un peu d’ordre et de se simplifier la vie, car il y en a déjà bien assez de difficultés. Le temps libéré servirait à d’autres apprentissages.

                    Quant à l’accord du participe passé, je ne vois pas pourquoi un usage initié par un seul homme ne peut pas être annulé par le peuple. Marot est-il tellement sacré et infaillible, une sorte de super-pape linguistique ?.. Pourquoi des générations entières devraient-elles se casser la tête, tout simplement parce que un gugusse préhistorique a décidé que l’accord est plus joli dans les poésies ? Car aucune différence du sens n’existe entre "les fleurs que j’ai cueillies" et "les fleurs que j’ai cueilli".


                  • Krokodilo Krokodilo 15 septembre 2008 16:42

                    Bertrand,
                    En fait d’"asséner" le lien entre orthographe complexe et pouvoir, seules deux lignes y faisaient référence, sous forme d’hypothèse :
                    " N’y aurait-il pas un désir de maintenir une distinction de classe, entre le commun et ceux qui maîtrisent peu ou prou la langue soutenue ? Si telle est la volonté inconsciente qui fait sursoir à cette évolution, quelques difficultés en moins n’y changeraient rien."
                    Ainsi qu’une citation qui n’engage que son auteur.
                    De toute façon, les classes sociales trouvent toujours diverses façons de se reconnaître, formules de politesse, tournures, habillement, etc.

                    Je ne parle pas du tout d’aller jusqu’à une écriture phonétique, je comparerais ça à un polissage du bois, afin que le toucher en soit doux et l’aspect brillant !
                    Je ne crois pas que le génie de la langue réside dans ses particularités orthographiques les plus tarabiscotées. Et ne dit-on pas que Racine écrivait ses pièces avec un vocabulaire relativement limité ? Qu’à l’époque de Rabelais, l’orthographe n’était pas fixée comme elle l’est devenue avec le développement de l’écrit ? Ni les mots rares ni l’orthographe bizarre ne fondent la richesse de la langue, àmha.
                    En outre, de nombreuses langues ont connu des remaniements, et leurs locuteurs n’en sont pas devenus soudain nivelés par le bas, comme le remarque Skirlet : hébreu, russe, italien, portugais, indonésien, et probablement d’autres.
                    J’ai rajouté dans les messages un lien sur le même problème en Allemagne.

                    Je pense qu’en parlant de nivellement par le bas, on tombe dans l’exagération et le cliché, et qu’en souhaitant une élévation du niveau culturel qui maintiendrait absolument toutes les bizarreries, on est aussi dans l’excès ; dans le rêve, un rêve généreux, mais loin de la vraie vie, qui est celle de jeunes consacrant de plus en plus de temps à l’image (de loisir ou de travail) via l’informatique, et de moins en moins à l’écrit ou à la lecture.
                    J’aime lire la langue soutenue, comme par exemple celle d’Amélie Nothomb, mais même elle n’abuse pas de tournures absconses et précieuses, c’est à peine si quelques mots rares et quelques imparfaits du subjonctif s’y glissent. Je ne connais pas son opinion sur cette réforme, mais je constate qu’elle n’abuse pas des formes grammaticales désuètes.

                    " En conséquence, il paraît évident qu’il faudrait simplifier l’orthographe."
                    Si j’ai conclu en souhaitant une nouvelle réforme modérée (à mon avis, notre gouvernement est davantage axé sur l’anglais ces temps-ci), mon article évoquait surtout une réforme qui est déjà faite, déjà en vigueur, légale, et semble-t-il progressivement appliquée.



                  • Bertrand 16 septembre 2008 12:12

                    Si j’ai réagi de cette manière à l’article, c’est parce qu’il épouse parfaitement l’air du temps en matière de "démocratisation" de l’accès à la culture, et que sans vigilance, cette pseudo-démocratisation mène inévitablement à une baisse du niveau culturel général. Bien entendu, comme un commentaire le souligne, tous les pays qui ont fait des réfomes dans ce sens n’ont pas forcément rendu leurs enfants plus bêtes, et il est bon de savoir évoluer. Ceci dit, nous pouvons prendre à l’inverse l’exemple chinois dans lequel l’écriture a finalement été préservée, malgré certaines tentatives de la simplifier qui voulaient utiliser une représentation plus phonétique, sur la base de caractères latins. Les enfants chinois apprennent environ 2000 caractères (idéogrammes) en très peu d’années, et l’étymologie des caractères a été préservée. Cela a pu s’effectuer tout en élargissant considérablement l’accès à l’éducation, et en conservant la profondeur historique de l’écriture. Par ailleurs, je persiste à penser qu’il n’y a jamais de fin à la simplification : tant qu’on n’est pas parvenu à une représentation phonétique, on trouvera toujours des exemples montrant que les règles sont absurdes. Je ne connais pas par ailleurs d’exemple chiffré - y compris dans d’autres pays - montrant qu’une simplification a pu aboutir à un meilleur accès à l’écriture, malgré l’argument faussement évident que "pendant qu’on apprend certaines règles orthographiques absurdes, on n’apprend pas autre chose". Ces règles structurent l’expression écrite qui est un des "véhicules de la pensée", comme le dit joliment l’un des commentaires.


                  • Krokodilo Krokodilo 16 septembre 2008 15:16

                    Vous avez des arguments intéressants, mais si la demande de simplification peut être sans fin, la complexification aussi ! Ca fait marcher le business des livres du style "les 100 pièges" de la langue, de l’orthographe, du participe passé, etc.
                    Je plaidais pour un juste milieu, un polissage de la langue qui lui enlèverait ses échardes les plus piquantes. En outre, il s’agit d’une réforme déjà faite, et la confusion qui règne quant à son application, à l’école ou ailleurs, rend la situation confuse.

                    On pourrait aussi remarquer que parmi les néologismes, les nouveaux verbes sont créés (spontanément ou par les Québécois) dans le premier groupe , régulier ( comme clavarder). Je crois que nous sentons tous à quel point les langues en général sont complexes et vastes, et que lorsque nous avons besoin d’un nouveau terme, nous préférons éviter de nous créer des difficultés supplémentaires. Je ne plaide pas pour un nivellement par le bas, mais pour un polissage mesuré, la difficulté étant que chacun a son idée sur le sujet, ce qui fait qu’une nouvelle réforme est très peu vraisemblable...


                  • rocla (haddock) rocla (haddock) 15 septembre 2008 13:40

                    tout est complexe dans la compréhension de la vie , en serait-il autrement pour le véhicule de la pensée ?


                    • docdory docdory 15 septembre 2008 14:50

                       @ Le furtif
                      Je partage votre opinion sur la féminisation abusive des mots . J’ai écrit un texte croustillant à ce sujet en réponse à l’article suivant :
                      http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=9393
                      ( post du 12 mai 2006 à 17h 25 , en réponse à Louyse )
                      Rigolade assurée !


                    • Krokodilo Krokodilo 15 septembre 2008 16:22

                      Bravo pour la réponse à Louyse !
                      J’ajoute que Mammelle Michu et son mari, en voyage dans une grande ville furent fort étonnés de se voir refuser une chambre d’hôtel dans l’hôtel de ville, pourtant majestueux et renommé.

                      - "Ici, c’est la Mairie, madame, lui expliqua-t-on, pas un hôtel !"

                      - Pourtant, c’est marqué "Hôtel de ville" sur le plan !

                      - Mais sur le fronton, on a gardé Mairie ! " (pas fous les locaux !).

                      Néanmoins, je comprends que certaines femmes veuillent supprimer la distinction mademoiselle/madame, bien qu’on puisse utiliser "jeune homme" comme équivalent masculin.



                    • rocla (haddock) rocla (haddock) 15 septembre 2008 18:00

                      Pareil que les inspecteurs du travail , du travail ils en connaissent l’ inspection , c ’est à dire ils l’ examinent avec attention pendant que les travailleurs suent la transpiration...


                    • Parpaillot Parpaillot 15 septembre 2008 19:01

                      @ Krokodilo :

                      Cher saurien(s) - je me garderai bien d’écrire "vaurien" -, merci d’avoir commis cet article fort instructif pour les francophones helvétiques dont je suis, lesquels sont toujours stupéfaits de constater à quel point tout est règlementé, centralisé et décidé en haut lieu dans ce beau pays du jacobinisme qu’est la France. Cette remarque est particulièrement vraie lorsqu’il s’agit de domaines dans lesquels le besoin de légiférer n’est pas franchement impérieux ou lorsque les décisions concernées s’appliqueront de facto à l’extérieur de l’Hexagone ...
                      Alors lorsque je lis ceci :

                      "Les rectifications définies par l’Académie française ont été publiées au Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990, édition des Documents administratifs. "

                      Je ne peux m’empêcher d’éprouver beaucoup de reconnaissance à l’égard du gouvernement de la République voisine et néanmoins amie, qui légifère et décide pour nous aussi ...

                      Helvétiquement vôtre et sans rancune !



                      • Krokodilo Krokodilo 16 septembre 2008 15:05

                        Peut-être bien qu’en France on légifère trop, mais en contrepartie, il semble qu’on respecte assez peu ces lois, même au plus haut niveau...


                      • chmoll chmoll 16 septembre 2008 09:45

                        quand mème il était temps l’demarrage du bidule

                        il faut que les enfants ,au travers de l’hortographe sache bien s’exprimassier

                        pa contre comme je l’ai déjà écrit ,je compare ces ecoles primaires publiques ,a de véritable usines qui fabrique de futur chomeurs

                        il serait pour ces enfants,que une fois par semaine ,dans une de ces classes,chaque enfants a un specimen de dossier ANPE, afin d’apprendre a remplir un dossier,ASSEDIC aussi,pasque se sont les dossiers les plus d’mandésr en france

                        pour bien s’exprimassier apprendre a écrire des lettres de motivations,très important aussi ça


                        • Gargamel Gargamel 18 septembre 2008 20:11

                          Sympa cet article. J’ai moi-même toujours été en faveur d’une purge des anomalies de notre langue qui empoisonnent la vie des braves âmes qui veulent l’apprendre, et qu’on devraient encourager de toutes nos forces, sans ajouter la moindre richesse au français.
                          Pour ce qui est de septante/octante/nonante je pense que les gens ne s’en servent pas parceque c’est certes pratique, mais assez moche.


                          • Krokodilo Krokodilo 19 septembre 2008 10:21

                            Moche uniquement parce que nous n’y sommes pas habitués, on est conditionnés à penser aux autres. Mais les racines nous sont familières : octogénaire, octogonal, nonagénaire, et les suffixes -ante sont les mêmes que dans cinquante, soixante.


                          • Gargamel Gargamel 19 septembre 2008 15:40

                            Je ne pense pas, sinon je trouverais tous les nouveaux mots moches. Non je trouve vraiment septante et nonante vilains. Et je ne suis vraiment pas le seul.
                            Mais si des gens s’en servent je dis pourquoi pas.

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