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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Relire Bernanos en ces temps incertains

Relire Bernanos en ces temps incertains

 J'ai fini par comprendre pourquoi les jeunes gens s'affirmant néo-réacs de droite aimaient bien se réclamer de Bernanos. Il est réputé anti-franquiste, certains n'en démordent pas il serait passé à gauche, et il a écrit un livre, "les grands cimetières sous la lune", où il ne s'attaquerait qu'à Franco. Cela lui donne une utilité, avec lui pas besoin de passer son temps à se justifier d'être de droite ce qui est le sport favori de ces petits jeunes gens qui aiment bien conserver bonne réputation (Pour quoi faire ?) et qui aiment à se légitimer auprès des arbitres des élégances politiques (Pour quoi faire là aussi ?). Manifestement ils ne l'ont pas lu car dans l'ouvrage Bernanos en a autant contre les marxistes et toute la gauche dans son ensemble.

Il est toujours libre, jamais coincé dans un camp ou l'autre, englué dans une coterie, un milieu, des mondanités socialement consanguines. Les "marionnettistes" qui font parler les morts en seront pour leurs frais, tous ces gens qui s'improvisent "héritiers" de tel ou tel auteur.

Et si Bernanos finit par quitter "l'Action Française" il n'oublie rien des leçons de Maurras sur en particulier le pays légal et le pays réel en particulier, notion plus que jamais actuelle, le pays "légal" étant de plus en plus violent et brutal contre le pays "réel".

 

Curieusement, "la grande peur des bien-pensants" est moins citée alors que tout aussi intéressante car dédiée à Edouard Drumont, l'auteur très sulfureux de "la France juive". Ce serait d'ailleurs idiot de l'en condamner, à l'époque de la jeunesse de Bernanos Drumont avait une aura très forte surtout car anti-bourgeois, contre cet esprit bourgeois pédagogue qui a tout envahi de nos jours, cette espèce de bonne conscience dégoulinante de bons sentiments qui devrait être la norme pour tous afin de s'auto excuser, s'auto justifier d'être aisé. Bien entendu, dans l'histoire, les précaires, les pauvres, le petit peuple, devraient toujours tenir leur rang, se soumettre et demeurer dociles face aux milieux aisés, face aux puissants. Comme les personnages de paysans dans les pièces de Courteline ou les nouvelles de Maupassant qui triturent leur casquette de coutil quand ils parlent à "not bon maître".

"Et qu'est-ce que c'est ma chèère que toutes ces revendications tellement terre à terre sur un salaire décent ? Si encore ces gueux parlaient de changer le monde"

 

On parle encore moins de "la France contre les robots" qui décrit pourtant clairement l'avènement de ce régime technocratique que nous subissons en ce moment, ces "robots" sans âme ayant oublié en cours de route le Bien Commun et leur humanité.

 

Bernanos serait l'écrivain catholique de droite fréquentable par excellence depuis, sur ce malentendu, un auteur de "romans de curés" et de pamphlets gentillets un peu désuet dans ses emportements et sa colère. C'est oublier qu'il est très différent des autres écrivains catholiques sur un point précis. Il s'incarne. Tout ce qu'il écrit, il l'a vécu ou le vit. Il ne verse pas dans l'intellectualisation à outrance et la théorisation de questions qui n'en ont pas besoin. Et sa vie même en dehors de son œuvre est passionnante et en dit long sur lui. Son cœur brûle de passion pour ses semblables, pour ceux qu'il aime. Il a d'ailleurs le même regard quand on jette un œil sur ses photos d'enfance, que sa mère, Hermance. Quand il évoque les petits villages de France, les paysans, les maquignons, il sait de quoi il parle, il vient de là la rude terre sombre d'Artois. Et là encore chez lui cela s'incarne.

 

La foi de Bernanos n'est pas une foi de pacotille, n'impliquant aucune obligation morale, une foi étriquée, de petites habitudes. Ce n'est pas non plus une foi de pur esprit, d'illuminé ou de tièdes, tièdes qu'il vomit.

Et surtout par dessus tout, il est intègre et hors de l'a-moralisme ambiant de son époque, que nous vivons encore il est vrai en 2019. C'est parfois drôle quand on se souvient de certains épisodes de sa vie. Ainsi, partant au Brésil avec sa famille, il oublie avec sa femme les hypothèques qui lui permettront de vivre là-bas sur la plage arrière du taxi qui les amène au paquebot. Vendant en 1948 "le chemin de la croix des âmes", son domaine au Brésil, il s'avère que le nouveau propriétaire trouve du pétrole sous les terres ce que Bernanos ignorait. Mais ayant vendu, s'étant engagé, il n'en a cure et se tient à sa parole malgré les protestations de son acheteur.

 

Tombant déjà dans l'erreur que beaucoup commettent encore, un journaliste américain demande à Bernanos en 1948 s'il est heureux que la démocratie soit enfin rétablie. Ce qui provoque immédiatement la colère de l'auteur du "Soleil de Satan" qui réaffirme malgré la surprise et l'ébahissement de l'autre son mépris pour la comédie démocratique française avec le ton "jacassier des anciennes cours d'Europe" ainsi que le décrit Roger Nimier qui lui aussi se fait engueuler quand il demande à Bernanos s'il va soutenir De Gaulle enfin, Bernanos qui s'inquiétait de savoir quand les jeunes de France, les plus pauvres allaient se réveiller enfin contre la sottise des bourgeois pédagogues, pédagogues car il aiment bien faire la leçon encore et toujours aux peuples.

Il suffit de prendre le train de banlieue, ou n'importe quel train d'ailleurs, pour avoir les mêmes doutes sur le bien-fondé la démocratie rien qu'en observant un peu ses semblables.

 

Bien entendu, si l'on préfère l'eau tiède et des lectures qui ne font pas de mal, autant ne pas le lire et se plonger -je ne sais pas ?- dans David Foenkinos ?

 

Image empruntée ici 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen 

Amaury - Grandgil


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26 réactions à cet article    


  • Arthur S Arthur S 20 mars 08:39

    Prochain article : Edouard Drumont ?


    • Clocel Clocel 20 mars 08:55

      @Arthur S

      C’est la face sombre de Schopie qui s’exprime ?


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 20 mars 08:57

      @Arthur S
      Donc pour toi Bernanos est antisémite ?
       smiley
      Je vais en discuter avec son arrière petit fils, nous verrons ce qu’il en pense


    • Arthur S Arthur S 20 mars 09:12

      @Amaury Grandgil

      Non, mais Georges Bernanos lui a consacré le livre « La Grande Peur des bien-pensants », quand même et il appelait Édouard Drumont « mon vieux maître » ou le « vieux Drumont », même si, à partir de 1936, Bernanos a pris position contre l’antisémitisme d’état, nationaliste et raciste, véhiculé par l’idéologie nazie et l’extrême droite.


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 20 mars 09:29

      @Arthur S
      ça veut dire que Bernanos était antiséme ? smiley


    • Arthur S Arthur S 20 mars 09:30

      @Amaury Grandgil

      je viens d’écrire le contraire, 
      relis


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 20 mars 09:45

      @Arthur S
      Sinon je crois qu’il y a une grosse erreur ; Bernanos n’a jamais abandonné ses idées d’AF.


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 20 mars 09:50

      @Arthur S

      « Prochain article : Edouard Drumont ? »

      Et pourquoi pas ? ^^


    • Elliot Elliot 20 mars 12:01

       

        Et si on relisait Bernanos pour la beauté de son style, beauté qui a le charme discret de la désuétude quand on le compare au style ampoulé ou ordurier ( sans talent ) de ceux qui font la pluie et le beau temps dans l’histoire de l’édition.

      Qu’importe au fond qu’il ait été de Droite puis, selon certains, proche de la Gauche dès lors qu’il a dénoncé la férocité des armées franquistes qui se disaient du Christ Roi, il a surtout condamné tous les excès, tous les crimes de la guerre civile espagnole qu’ils fussent d’origine républicaine ou factieuse.

      C’était un humaniste chrétien comme un Chrétien ne devrait jamais cesser de l’être et non un croisé de causes inavouables comme beaucoup de ceux qui brandissent le drapeau de la défense de la civilisation chrétienne contre de prétendus envahisseurs tout en ouvrant largement les portes à ce qui favorise vraiment la déchristianisation : l’appétence inassouvissable aux biens matériels et à toutes les jouissances terrestres qui ont surtout comme avantage de garnir le portefeuille d’une ploutocratie insatiable.

      Les temps ont beau être marqués au sceau de l’incertitude, ils n’empêchent nullement de se replonger dans les belles lettres.


      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 20 mars 12:20

        @Elliot
        sauf que le style est indissociable du fond chez lui (vous ne l’avez pas lu). Quant à le qualifier d’humaniste chrétien, voilà qui est drôle, ils vous auraient incendié. Il parle dans ses derniers écrits de combat de la déchristianisation et des ravages de la mondialisation, mais vous ne l’avez pas lu smiley


      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 20 mars 12:27

        @Elliot
        j’aime bien votre discours prémâché, c’est tellement bourré de clichés de bourgeois bien pensant que c’en est drôle


      • Arthur S Arthur S 20 mars 12:31

        @Amaury Grandgil

        pauvre Eliott ! 
        Tu mords la main qu’il te tend.


      • Arthur S Arthur S 20 mars 12:35

        @Amaury Grandgil

        Bernanos est mort en 1948.
        Le mot « mondialisation » (traduction incorrecte de l’américain « globalisation ») n’existait même pas, et encore moins l’idéologie qu’il recouvre !
        Il faut se méfier des anachronismes.


      • Elliot Elliot 20 mars 12:41

        @Amaury Grandgil

        Vous déclarez avec votre inimitable style péremptoire que je n’ai pas lu Bernanos sans rien savoir : évidemment je ne suis pas un exégète de sa pensée comme vous semblez affirmer l’être et si mes lectures datent ( notamment l’inévitable « Journal d’un Curé de campagne » en lecture obligatoire en classe d’Humanités que j’ai faites il y a bien longtemps dans les jeunes années ), elles m’ont laissé un bon souvenir, et aussi celui d’un Humaniste chrétien mais je n’y ai peut-être rien compris, la jeunesse est si dissipée...

        Si vous avez d’autres références qui en font un croisé du rejet, j’avoue ne pas les connaître.

        Mais il me semble peu plausible qu’on le trouverait aujourd’hui aux côtés des identitaires éructant

        leur slogans débiles sur la défense de la civilisation ( qu’ils qualifient de chrétienne ) tout en ayant une pratique journalière en opposition frontale avec ses principes les plus élémentaires.

        Mais enfin le but est d’attraper les gogos et là on peut dire qu’ils font carton plein.


      • hunter hunter 20 mars 13:24

        @Arthur S
        Le mot n’existait pas, mais l’idéologie si !
        Et depuis bien avant dans le temps !
        « Brave New World » n’est pas un roman, c’est un programme énoncé sous forme de roman.
        Je ne vous ferai pas l’affront de vous parler du frère d’Aldous, vous connaissez sans aucun doute quelles furent ses préférences....

        Be seeing u

        H/


      • Arthur S Arthur S 20 mars 14:17

        @hunter

        Tout comme « 1984 » de George Orwell, « Brave New World » est une dystopie, pas une apologie, c’est même le contraire.
        Quant à Julien Huxley, le frère de l’auteur du « meilleur des mondes », il ne faut pas non plus lui faire de procès d’intention : s’il  était un partisan de l’eugénisme comme moyen d’amélioration de la population humaine, il a revu sa copie après les résultats terrifiants résultant de l’abus d’eugénisme. Mais je vous accorde que c’est lui qui est à l’origine du concept de « transhumanisme » qui traduisait son le point de vue selon lequel l’homme pourrait s’améliorer grâce à la science et la technologie, notamment avec l’aide de ce fameux « eugénisme ».
        On baigne en effet dans des eaux troubles aux relents sulfureux, mais ce n’est pas une raison pour interpréter l’histoire en utilisant des concepts inadaptés. Parle-t-on de « souverainisme » à propos de Vercingétorix ou de « nazi » pour décrire Jules César ? Les « idéologies » concernées existaient pourtant déjà chez eux.


      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 20 mars 15:18

        @Arthur S

        Bernanos utilisait d autres mots qui recouvrait la même réalité. Il l’évoque dès le début de la France contre les robots ou des grands cimetières sous la lune. Il raille ce qu’il appelle les petits jeunes gens réalistes. Entre autres. Encore eut il fallu les lire...


      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 20 mars 15:20

        @Elliot

        Par curiosité vous entendez quoi par humanisme chrétien ? Le propos du journal c’est la foi et le mysticisme.


      • Taverne Taverne 20 mars 14:37

        La démocratie est un luxe de temps de paix.

        C’est une consolation de dire que la démocratie va de paire avec les périodes de paix durables. Mais cela ne garantit pas certains phénomènes de rupture. Aujourd’hui, il y a de la rupture partout, de l’« exit » partout : le Brexit britannique, le « Droits de l’hommisme-Exit », l’« Europe-Exit » et une sorte de « Elites-Exit » en France. Les démocraties font de l’« exit » de toutes parts...


        • Taverne Taverne 20 mars 14:40

          Ils ne faut plus se contenter d’écouter les dialogues des démocraties, il faut lire surtout les didascalies et on peut lire ceci : « exeunt omnes ».


        • Yann Esteveny 20 mars 21:28

          Message à avatar Amaury Grandgil,

          Sur la page Wikipédia de Georges Bernanos, vous trouverez la phrase amusante suivante : « Malgré tout, le débat demeure entre des historiens comme Alexandre Adler ou des essayistes comme Bernard-Henri Lévy ou Jean-Paul Enthoven, qui considèrent que Bernanos n’a jamais vraiment renoncé totalement à son antisémitisme, notamment en ne reniant pas Drumont, et ceux qui insistent au contraire sur l’évolution de sa pensée, comme Elie Wiesel, l’académicien Alain Finkielkraut, le journaliste Philippe Lançon ou l’historien Simon Epstein. » La notion de débat ou de « grand débat » en France prend un sens qui aurait sans doute inspiré Georges Bernanos.

          Plus sérieusement par rapport au titre de votre article, il est également possible de profiter de la filmographie de Georges Bernanos. Je profite de ces lignes pour demander une assistance aux lecteurs afin de dénicher le « Sous le soleil de Satan » réalisé par Pierre Cardinal en 1971.

          Respectueusement


          • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 21 mars 08:41

            @Yann Esteveny

            Oui Pour eux si on est antisême dans sa jeunesse on l’est toute sa vie


          • Garibaldi2 22 mars 06:30

            @Yann Esteveny

            ’’Sous le soleil de Satan’’ de Pierre Cardinal était un téléfilm dans la série ’’L’esprit et la lettre’’. Difficile de dire si la télé a eu la bonne idée de conserver une archive, il n’y a rien à l’INA, sinon 4 vidéos (téléfilms) de ses créations.


          • Yann Esteveny 23 mars 07:22

            Message à avatar Garibaldi2,

            Merci de votre réponse. En ce domaine, il n’y a pas grand chose à espérer de la « télé », de l’INA ou du Ministère de la Culture. Les recherches sur Internet ne permettent pas d’accéder à l’oeuvre. Si quelqu’un dispose ou connaît une bibliothèque où se trouve une copie de l’oeuvre même en VHS, je serais intéressé.

            Respectueusement


          • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 21 mars 00:02

            Si on a lu et compris « Nous autres Francais » tout Bernanos est clair. 

            PJCA

            (Et si on se dit « contre l’eugenisme », sans préciser, c’est vraiment n’importe quoi... !)


            • Garibaldi2 21 mars 03:43

              ’’la sottise des bourgeois pédagogues, pédagogues car il aiment bien faire la leçon encore et toujours aux peuples.’’

              Que voici une excellente description de notre Grandgil !

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