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Rembrandt, graveur sur ombre et lumière

Rembrandt Van Rijn, littéralement "Rembrandt du Rhin", était hollandais. Fils de meunier de Leyde, il connut la célébrité en s'installant à Amsterdam. Il manifesta très tôt une prédilection pour la réalisation de portraits mais qu'il réalisa d'une manière recherchée et toute personnelle, n'hésitant pas à bousculer les conventions. La célèbre "Ronde de nuit" - qui d'ailleurs ne s'appelait pas ainsi - montre l'audace du peintre qui sera plus tard admirée des modernes pour son avant-gardisme mais qui suscita des remous à son époque. Cette oeuvre demeure à bien des égards très mystérieuse.
 

Héritier indirect du Caravage, Rembrandt eut recours à la technique du clair-obscur mais c'est aussi par la gravure à l'eau forte qu'il mit en scène l'ombre et la lumière et peignit l'âme humaine.

La petite vidéo réalisée à l'appui de cet article est construite sur un scénario tout simple puisqu'il reprend la chronologie des oeuvres du peintre. A l'exception des autoportraits qui ont été regroupés au début et à la fin du film. Rembrandt jeune, prenant différentes poses et se déguisant, semble annoncer par avance le culot qu'il va mettre dans son oeuvre. Rembrant vieillissant trahit le bilan en rides et en expressions des dures épreuves et leçons de vie qu'il a subies, la faillite et la perte de femmes et d'enfants. 

 

Y a-t-il un mystère Rembrandt ? L'interrogation qui naît de la vision de la "Ronde de nuit" incline à penser que oui. Ce portrait de groupe de notables, comme il s'en faisait régulièrement dans la tradition néerlandaise, bouleverse ici les codes ancestraux. Rembrandt laisse libre cours à son génie. Il ne représente pas les personnages en rang mais en action, réalisant ainsi une scène, voire des scènes. Et, bien que s'agissant d'une oeuvre de commande pour laquelle les protagonsites l'ont payé pour être représentés à leur avantage, il prend de grandes libertés. Une scène du film Rembrandt montre les personnes devant le tableau exprimant des commentaires acerbes ou moqueurs. Mais il n'est pas certain du tout que les réactions aient été si négatives et si violentes. Toujours est-il que c'était un pari risqué pour le peintre.

Le mystère qui entoure ce tableau vient du fait que des personnages imaginaires et non indentifiés ont été ajoutés, comme cette petite fille qui occupe une place très importante, mais aussi du quiproquo dont elle fut l'objet. En effet, en raison de l'assombrisement du vernis, la scène fut interprétée comme une scène nocture, ce qu'elle n'était pas. On lui attribua le nom de "Ronde de nuit" et on escamota le nom d'origine "La compagnie du capitaine Frans Bannigh Cocq".

C'est un portrait de groupe moins iconoclaste qui fit accéder Rembrandt à la gloire : "La leçon d'anatomie du professeur Tulp". L'artiste récidivera bien des années après, espérant relancer sa notoriété, avec une seconde leçon d'anatomie, celle du professeur Deyman" dont il ne subsiste qu'un morceau - environ le quart - à cause d'un incendie ravageur. En revanche, s'il manque une bordure de quelques centimètres autour de la célèbre "Ronde de nuit", c'est à cause d'employés municipaux qui s'autorisèrent à la réduire pour la faire passer une porte ou pour occuper l'emplacement qu'ils lui avaient dédié. Aujourd'hui, la radiographie de Bethsabée permet aussi de voir que le tableau a été découpé pour être plus carré. Ce genre d'initiatives n'étaient pas rares.

Que penser aussi de ce "Boeuf écorché" qui sonne comme un défi à l'esthétique ?

Rembrandt a peint des oeuvres religieuses mais sans le complet décorum catholique habituel. Plusieurs raisons à cela : l'avancée du protestantisme, les commandes d'oeuvres "passe-partout", l'humanisation du christ voulue par l'artiste. Sur ce point, il est manifeste que Rembrant a rompu avec les codes de l'art sacré pour représenter la figure du christ. Ses prédécesseurs montraient un christ beau même dans la mort et au visage impassible dans la douleur. Rembrandt montre au contraire un christ humain dont la souffrance se lit sur le visage. Son "Christ en croix" n'a pas un corps musculeux et robuste, bien au contraire, il est gracieux et fin, presque féminin.

Rembrandt a réalisé beaucoup de portraits de famille. De sa première femme, Saskia qui mourut jeune de la tuberculose, puis de ses deux servantes successives dont il partagea la vie. Dans "Bethsabée au bain", c'est Hendrickje Stoffels qui a posé en Bethsabée venant de recevoir la lettre où David lui déclare sa passion. Pensive, elle réfléchit. Enfin, Titus, seul enfant du peintre qui atteindra l'âge adulte pour mourir, hélas, un avant lui.

Parfois, le tableau peut contenir un message politique. C'est le cas pour "Le festin de Balthazar" : Le roi babylonien vient de conquérir Jérusalem. Il boit dans la vaisselle sacrée. Ce blasphème lui vaut un jugement divin calligraphié par Rembrandt en hébreu, suenc couleurs sobres, blanc sur gris ("Tu as été pesé et tu ne fais pas le poids, tes biens seront partagés." ). Le tableau a peut-être un sens politique pour l'époque : il serait un message à destination de l'ocupant espagnol. Les Néerlandais s'identifient en effet aux Hébreux, opprimés par une puissance tyrannique : l'Espagne, depuis Charles Quint.

La fin de la vie du maître semble imprégnée de désir de réconciliation et de nostagie familiale, avec ce "Retour du Fils prodigue" et le pardon du père pour un fils repentant qui s'est livré à la débauche et qui a dilapidé sa part d'héritage. Le parralèle du fils prodigue avec Rembrant est saisissant, lui qui finit complètement ruiné à cause de ses extravagances. Quant à la débauche, il s'était représenté, bien des années plus tôt, dans un autoportait en fils prodigue aux côtés de Saskia en prostituée. "La famille" montre à quel point le vieux Rembrandt pouvait encore être touché par une grande tendresse, qu'il insuffle d'ailleurs de belle manière à ses personanges tant dans les gestes que sur les visages. Il fait passer et partager une émotion.
 


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11 réactions à cet article    


  • Georges Yang 10 septembre 2012 11:34

    Excellent article, mais pourquoi avoir insisté sur le côté graveur (part essentielle de l’oeuvre) dans le titre et surtout avoir parlé de sa peinture ?

    La gravure en soi méritait tout un article


    • Taverne Taverne 10 septembre 2012 14:40

      C’est vrai que le titre peut tromper et décevoir les passionnés de gravure. Cependant, j’ai voulu souligner les qualités de graveur de Rembrandt dans sa manière de peindre, notamment de mettre en scène les ombres et la lumière.


    • Txotxock Txotxock 10 septembre 2012 12:08

      « Tu sais bien que Rembrandt n´a jamais dessiné que des fadaises ! »


      • Taverne Taverne 10 septembre 2012 14:40

        Est-ce une citation ? De qui ?


      • OMAR 10 septembre 2012 19:50

        Omar 33

        Pour Taverne et dura :

        "Tu sais bien que Rembrandt n´a jamais dessiné que des fadaises !
        Si tu voyais ce qu´il voyait, tu t´arracherais mes oreilles.
        ".

        Léo Ferré in Ludwig...
        http://en.lyrics-copy.com/leo-ferre/ludwig.htm

        C’est peut-etre son coté anar, sarcastique et moqueur qui a fait écrire ces foutaises à ce grand poète de L. Ferré.


      • astus astus 10 septembre 2012 17:21

        Merci pour cet article qui met l’accent sur un peintre majeur de l’histoire de l’art.

        Son oeuvre me touche personnellement beaucoup, notamment le nombre considérable d’autoportraits qu’il a réalisé dans lesquels il semble toujours scruter sans complaisance sur lui-même le mystère de son être. Il est vrai que la vie ne l’a pas épargné : mort de trois de ses enfants (même si cela était assez banal à l’époque), mais surtout décès de ses compagnes adorées : Saskia, puis Hendrickje Stoffels, et enfin mise sous tutelle par son fils Titus vers la fin de sa vie.
        Ce contexte dramatique me semble expliquer en partie non pas son génie mais le côté dramatique et clair obscur de son travail.

        • Taverne Taverne 10 septembre 2012 22:59

          Une belle photo en couleurs d’un tableau comme la « Ronde de nuit » ou l’érotique « Danaé » eut assuré plus de succès. Mais mon choix a été d’insister délibérément sur le côté graveur de ce grand maître. Peu de lecteurs y sont sensibles et c’est dommage.

          Cela dit, c’est général. Lors de l’exposition Rembrandt en 1999 à Londres, des visiteurs se montrèrent déçus à propos des portraits : « c’est toujours pareil »...Vermeer est plus populaire avec sa jeune fille à la perle (voir mon article précédent). Les regards ont été trop influencés par la publicité et la télévision pour permettre d’apprécier Rembrandt du premier coup d’oeil. De même depuis l’invention de la caméra et surtout sa généralisation, les séries d’autoportraits n’impressionnent plus. Moins qu’un gugus qui se filme à la webcam pour se montrer sur Internet....


          • Taverne Taverne 10 septembre 2012 23:18

            Cela dit, que la photo choisie en illustration ne vous décourage pas, les tableaux de la vidéo sont magnifiques. Ainsi que la musique qui est de Corelli (un contemporain du peintre).


          • ricoxy ricoxy 16 septembre 2012 08:00

            Article intéressant, à une époque où les gens ne savent plus voir (on n’a droit qu’à des laideurs graphiques), ni écouter (la musique de Bach accompagne bien la vidéo).


            • Taverne Taverne 16 septembre 2012 14:42

              Merci. Ce n’est pas Bach mais Corelli. Les Italiens ont tout inventé en musique et en art. L’éducation du regard et de l’oreille est , en effet, primordiale, pour apprécier les oeuvres. Aujourd’hui la télé déforme les sens avec ses sons agressifs, ses tons agressifs (abus de couleurs primaires et vives). La musique moderne, par sa simplification à outrance et sa standardisation n’arrangent rien. Bref, il faut produire un effort pour apprécier à leur pleine valeur les oeuvres passées. En particulier Rembrandt dont les tons n’attirent pas spontanément le regard du spectateur contemporain. D’où ces clips vidéos qui aident à passer le cap facilement et à se familiariser avec plaisir, du moins je l’espère.


            • ricoxy ricoxy 16 septembre 2012 16:22

              J’avais cru reconnaître un duo pour flûte de Bach ; mais j’ai repassé la vidéo, et c’est bien Corelli qui est noté. Je me suis donc trompé. Cela n’enlève rien, évidemment, à la beauté des morceaux, qui contraste singulièrement avec les braillements des chanteurs modernes.

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