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« Rendez-vous Gare de l’Est » en correspondance bipolaire au Rond-Point

Actuellement, le spectacle vivant fait volontiers preuve d’une appétence pour les « seul(e) en scène » basés sur une expérience intime liée à un fort traumatisme ou une pathologie invalidante.

Il est significatif d’observer que ces thématiques s’expriment en s’identifiant sur les planches de manière plus ou moins autobiographique.

Ainsi, par exemple, « Maligne » se développe en un récit thérapeutique vital engageant à cent pour cent l’existence de son auteure ; par ailleurs « Les Chatouilles » trace la métaphore à peine fictionnelle de l’artiste se sauvant par son art d’une pédophilie subie en famille ; pareillement «  Une vie sur mesure » met en scène la sublimation de l’autisme à travers la passion de la batterie pratiquée à l’identique dans sa propre adolescence par l’interprète ; en synthèse parodique « Ancien malade des Hôpitaux de Paris » fait fulgurance hilarante en fédérant les travers universels de la relation médicale hospitalière universitaire avec le patient en ressenti instrumentalisé.

 

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© Giovanni Cittadini Cesi

 

Et voici donc « Rendez-vous Gare de l’Est » poursuivant un périple plébiscité depuis 2012, qui fait résidence printanière au Rond-Point dans la salle Topor totalement dépouillée et sous grande résonnance à l’instar de tout espace immobilier vide… à l’exclusion ici de l’estrade dressée pour le public et de la chaise installée à l’intention de l’interprète s’appelant Emilie comme son personnage en souffrance d’une « PMD » autrement dit « Psychose maniaco-dépressive » autrement intitulée cliniquement « Bipolaire ».

Ainsi, Emilie Incerti Formentini est la comédienne qui, depuis la création à La Comédie de Reims, interprète cette jeune femme, hospitalisée à plusieurs reprises à Sainte-Anne, acceptant néanmoins durant quelques phases de stabilisation, une suite d’interviews menés par Guillaume Vincent lors de rendez-vous, dans un café proche de la gare de l’Est, avec l’intention de questionner le vécu de cette maladie au jour le jour.

Tirant de ces entretiens un récit recomposé au plus véridique à destination d’un auditoire élargi, le metteur en scène déclare, a contrario de la réalisation des spectacles cités plus haut, avoir délibérément élevé une barrière hermétique entre la patiente et l’artiste la représentant sur scène, de façon à préserver la subjectivité de la projection et, par conséquent, sa personnalisation émotionnelle.

Le travail consiste notamment à maintenir la bonne distance en évitant de surjouer afin de permettre au spectateur d’élaborer librement son propre imaginaire au cours des cycles récurrents d’excitation intense et de dépression profonde.

Ceci dit, en référence au texte lui-même, il nous a semblé que les bénéfices secondaires paraissent prendre une importance prépondérante dans le quotidien de cette malade, lui procurant paradoxalement un pouvoir immense sur les évènements et les gens formant son entourage.

Cependant, il apparaît tout aussi manifeste qu’Emilie est bel et bien en détresse patente lorsque, se sentant submergée par différents signaux sensoriels, elle ne parvient à maîtriser ceux-ci qu’en les interprétant de manière délibérément affabulatoire.

Au cœur de cette maladie, se trouve ainsi mis en exergue l’impossibilité à appréhender la « normalité » autrement qu’en amplifiant par excès la perception du « réel » ou au contraire en l’affaiblissant jusqu’à le dénier.

Néanmoins en pratique, Emilie « la patiente » paraît être bien encadrée par une équipe médicale lui permettant d’assumer ses propres décisions dans les périodes où elle s’avère en mesure de les prendre.

En contrepoint, le ton distancié à connotation humoristique adopté par l’autre Emilie « la comédienne » pourrait aisément donner l’impression au spectateur que toutes ces tribulations existentielles ne résulteraient que d’une parodie de la Comédie humaine où chacun pourrait calquer son comportement psychosocial au gré de son intérêt immédiat.

Il est indéniablement difficile pour un non soignant professionnel, confronté à un tel récit par définition totalement subjectif, de pouvoir faire la part réelle entre ce qui est « subi » et ce qui est délibérément « voulu » par la patiente. La clef intrinsèque de cette maladie se trouve sans doute au sein d’un tel nœud de complexités.

 

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© Giovanni Cittadini Cesi

 

En tout état de cause, la performance de la comédienne est remarquable car, en position assise quasi permanente sur sa chaise, son phrasé, sa tonalité et ainsi que son expressivité vont servir de support éminemment productif à la compréhension interprétative qu’en fait le spectateur emporté dans les montagnes russes de la pensée en pleine effusion vacillante.

photos © Giovanni Cittadini Cesi

RENDEZ-VOUS GARE DE L'EST - ***. Theothea.com - de & mise en scène Guillaume Vincent - avec Emilie Incerti Formentini - Théâtre du Rond-Point

 

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© Giovanni Cittadini Cesi

 


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