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« Richard III » Thomas Jolly à l’Odéon Théâtre de l’Europe

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RICHARD III
photo 1 © Nicolas Joubard

Après l'aventure épique et titanesque de son Henry VI d'une durée de 18 heures qui avait enthousiasmé voire embrasé Avignon, Thomas Jolly nous offre une suite logique au personnage qu'il interprétait lui-même dans cette pièce, le sinistre duc de Gloucester, en l'empoignant fermement dans sa marche machiavélique vers le pouvoir, éliminant progressivement tout autre prétendant, et son Richard III actuel sera l'apothéose de cette ascension royale suivie de sa déroute. En sa compagnie, il nous tiendra en haleine, cette fois-ci, un peu plus de 4 heures.

Dès l'ouverture de son nouvel opus, on est galvanisé. Tel un oiseau de proie - collerette de plumes - doigts crochus - paillettes et maquillage outrancier, il jaillit d'une trappe dans des éclairs de lumière comme s'il déchirait l'atmosphère chargée d'électricité, bondit sur la scène en claudiquant et va accaparer le plateau avec une énergie époustouflante malgré une jambe raidie par une prothèse orthopédique.

Véritable pantin désarticulé, difforme, boiteux, faisant fi de son infirmité, il baigne avec une délectation réjouissante dans cette atmosphère lugubre, glaçante et délétère.

Une esthétique gothique sombre et crépusculaire accompagne son cheminement démoniaque. La scène très haute de l'Odéon est cisaillée en permanence par des rayons lasers, tantôt horizontalement ou verticalement, voire en diagonales transversales. Ces faisceaux lumineux sculptent l'espace. On croirait voir des éclats de vitraux d'une cathédrale dans laquelle se déroulerait une messe ésotérique, parfois de petits projecteurs tournoient tels des miradors inquisiteurs observant les manigances qui se trament autour du futur roi. Par ce jeu de lumières totalement maîtrisé, on visualise la cour avec ses intrigants sulfureux.

Des praticables transforment le plateau en deux trois mouvements, des écrans vidéo apparaissent de temps à autre comme des caméras de surveillance accentuant davantage encore l'ambiance inquiétante qui règne.

L'obscurité profonde zébrée de lignes blanches avec des fulgurances de rouge domine donc cette course effrénée pour le pouvoir qui a opposé pendant plus d'un siècle les Lancastre et les York alors que le duc de Gloucester, assoiffé de revanche, veut remporter celui-ci à tout prix, quitte à éliminer les gêneurs potentiels. Ainsi sa démarche pour accéder à la couronne d'Angleterre sera faite de stratagèmes, de complots souterrains. Il commanditera l'assassinat de son frère Georges. Puis les crimes s'enchaîneront, ainsi ceux de ses jeunes neveux, sa femme, jusqu'aux amis et même ses partisans tel le duc de Buckingham.

Comment parvient-il à ses fins, devenir le monarque absolu ? Par une logorrhée séductrice et manipulatrice.

Thomas Jolly s'appuie sur la force rhétorique du langage, capable tel un leader politique d'enflammer le "peuple" et d'instrumentaliser les gens afin d'accomplir son funeste dessein. Il utilise tous les artifices du théâtre en fonction de ses besoins, use des ficelles du music-hall ; ainsi, pour clore cette course effrénée, Il se pare des allures d'une rock- star charismatique en rouge et blanc, interprétant un morceau électro punk, aux effets sonores spectaculaires, juste avant l'entracte pour légitimer, avec l'ovation enthousiaste du public, son titre régalien. Il profite d'un moment de stupéfaction pour berner les spectateurs et, démoniaque, atteint son but. Piégés, il a réussi à les rendre complices de son couronnement.

Plus dure sera la chute. Entraînant le chaos, sa folie va le précipiter au bord du gouffre. Des images fortes continuent à nous happer et sa mort contre le cadavre de son cheval blanc grandeur nature, au terme d'une dernière bataille, est une véritable scène épique très cinématographique, évoquée par la célèbre supplique « Mon royaume pour un cheval ! ». 

Thomas Jolly est bluffant. D'un bout à l'autre des 4 heures, il campe un Richard III à la joute verbale démesurée car pour lui le verbe est plus important encore que les images aussi fortes et clinquantes soient-elles. Et c'est là que le bât blesse légèrement car, ici, cette pléthore orale est parfois écrasée par le poids de la machinerie son-lumières. Quant à la troupe de la Piccola Familia, elle est d'une grande vitalité, investie totalement dans cette aventure ubuesque, on y dénote cependant un surjeu parfois criard de certains comédiens.

Mais ces bémols exprimés, nous restons abasourdis par ce sacre flamboyant précipitant ce roi caricatural dans une déchéance funèbre qui s'achève par une sorte de générique de film héroïque où s'inscrit en lettres immenses le mot FIN au moyen d'un glissement subtil des signes RIII. Certes, l'oiseau de proie s'est brûlé les ailes mais l'aventure théâtrale à l'indéniable efficacité se révèle ambitieuse et décapante.

photo 1 © Nicolas Joubard 

photo 2 © Theothea.com 

RICHARD III - ***. Cat'S / Theothea.com - de William Shakespeare - mise en scène Thomas Jolly - avec Damien Avice, Mohand Azzoug, Etienne Baret, Bruno Bayeux, Nathan Bernat, Alexandre Dain, Flora Diguet, Anne Dupuis, Émeline Frémont, Damien Gabriac, Thomas Germaine, Thomas Jolly, François-Xavier Phan, Charline Porrone & Fabienne Rivier - Odéon Théâtre de l'Europe

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RICHARD III
photo 2 © Theothea.com

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1 réactions à cet article    


  • laertes laertes 28 janvier 2016 15:41

    J’ai écouté Jolly sur France Culture à propos de Richard III.
    Ce qui me fascine chez ces gens c’est cette boursouflure d’auto suffisance égocentrique qui tente par tous les moyens de s’approprier par des explications plus farfelues les unes que les autres la notoriété de la pièce.
    Jolly n’a manifestement pas lu la foisonnante pièce de Shakespeare ou plutôt il fait exprès de ne pas l’avoir comprise pour mettre en avant SA touche envahissante qu’il croit originale.
    En cela il suit la longue tradition de ces metteurs en scène vantards bien français qui loin de se mettre au service de la pièce la triture et la dénature pour mieux mettre en avant leur posture......ou plutôt leur imposture. 

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