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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Rire de la tragédie

Rire de la tragédie

à propos de « la Comédie à l'italienne » de Enrico Giacovelli paru chez Gremese

 

Dans le cinéma italien, il y a la grosse comédie bien lourdaude, bien grotesque qui au moins avait le mérite de n'avoir aucune prétention. Les italiens l'appelaient « italiote ». Et il y a eu des années 60 aux années 80 un âge d'or de la comédie plus grave, plus mature aussi. Il vint après les films « téléphones blancs » des années fascistes, se déroulant tous dans des environnements de rêve le plus irréalistes possibles, après les pitreries des comiques plus traditionnels des années 30 et découle en grande partie du néo-réalisme rose, ces films évoquant la pauvreté mais idéalisée, sans jamais montrer les ravages qu'elle implique.

Dans ces comédies à l'italienne dans ces grandes années on riait de choses sérieuses, du tragique et de l'absurde de l'existence. On y moquait la bêtise du mode de vie née dans ces tristes années consistant à consommer tout ce qui passe à portée de la main, choses et êtres. Certains réalisateurs utilisaient pour cela le genre du film à sketchs, donnant à la nouvelle une gloire cinématographique s'inspirant d'auteurs contemporains tel Dino Buzzati ou Italo Calvino.

Ce genre de films ne prenait pas le spectateur pour un demeuré, on le croyait capable de réfléchir par lui-même. Illusion bien entendu. L'homme moderne adore qu'on réfléchisse à sa place.

La plupart des réalisateurs de cette époque venaient d'horizons divers, du marxisme de stricte obédience à l'anarchisme de droite, et avaient tous cependant en commun un scepticisme très marqué quant à la nature humaine. Ils n'étaient pas pour cela méprisants envers leurs personnages, ou moralisateurs, ils savaient bien qu'au fond ce n'était que des êtres humains bien faibles comme eux. Ils s'appelaient Dino Risi, Ettore Scola, Mario Monicelli ou Mauro Bolognini. Certains parmi eux n'avaient aucune envie de vivre plus longtemps des temps aussi grisâtres et médiocres que les nôtres.

Et de toutes façons le nouveau système de financement de leurs films, tout passant par Berlusconi, impliquait qu'à un moment ou un autre ils s'inclinent devant le pantin grotesque tenant dans ses mains toutes les rênes du pouvoir, à commencer par l'économique...

Leurs œuvres étaient portées par des interprètes de talent : Alberto Sordi, Nino Manfredi, Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni. Ils auraient pu pour la plupart profiter du vedettariat et rejouer indéfiniment le même rôle de film en film. Mais tous acceptait de se mettre en danger, d'incarner qui des salauds, des monstres, des demeurés, des riches, des pauvres, des génies. Le tout réuni donnait au spectateur une idée relativement précise de sa condition particulière et de celle de ses congénères. Ils refusaient tous cet esprit de sérieux qui maintenant a tout envahi. La comédie, l'humour, les lettres, le cinéma se doivent d'avoir une utilité sociale :

Le décervelage par le délassement, la défense d'une cause ou d'une autre, feindre de lutter pour les fameuses heures les plus sombres de notre histoire mais surtout d'éviter cette légèreté apparente de la comédie à l'italienne dans ses plus riches heures. Mes contemporains n'ont aucune envie de la lucidité de ces œuvres. Bientôt elles seront d'ailleurs sans aucun doute possible toutes mises à l'index car si d'aucunes attaquaient l'Église et l'Armée, elles s'en prenaient à tous les donneurs de leçons de morale politiques, aux profiteurs aussi, à ceux qui n'ont pas honte de profiter de la précarisation de notre société pour s'enrichir.

Elles les montraient sous leur vrai jour, pas le plus glorieux, on comprend qu'ils voudront l'envoyer au pilon sous un prétexte ou un autre...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

Amaury – Grandgil

 

illustration prise ici


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6 réactions à cet article    


  • Choucas Choucas 30 décembre 2017 11:48

     
     
    Le cinéma italien, et le reste de la culture occidentale, sera gland remplacée par Booba, NTM, Omar Sy, et Hanouna.
     
     
    1932, dessin du réveillon 2082 ….
     
    prémonitoire
     
     
    FIN DES ITALIENS,

    Fécondité 1,37 enfant par italienne, plus basse que pendant la deuxième guerre mondia
     
    http://fr.sputniknews.com/international/201601121020872772-demographie-italie-crise

     


    • hdelafonte 30 décembre 2017 12:22

      Excellent !! Je trouve que vous avez bien résumé ce qui faisait le charme de ce cinéma sans prétention, d’amuseurs et de cabotins, avec un arrière fond souvent tragique et sordide.

      Si j’osais un parallèle, je dirais de la même veine que la « laideur magnifique » de Michel Simon.

      Mais pourquoi ce cinéma a-t-il disparu ??? pourquoi les italiens ont-ils plongé dans la télé de Berlusconi ? avez-vous un semblant de réponse ?

       


      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 30 décembre 2017 20:05

        @hdelafonte

        Parce que les Italiens ont perdu le sens de la civilisation entre deux, même decervelage que chez nous


      • velosolex velosolex 30 décembre 2017 18:04

        Ce cinema a disparu pour tout un tas de raisons, qu’on peut trouver aussi en France. Dans les années 50 et 60 en France, le public des cinémas archi bourré, est un public adulte, exigeant, ou le peuple et les dits intellos se côtoient. 

        Des gens qui savent d’où ils viennent, qui ont connu la guerre toute proche, et même les deux, avec la crise des années 30 en prime. Un sacré film....Les coups de pieds au cul, cela faisait rigoler. Tout le monde se reconnaissait dans les victimes. Pas le temps de pleurer...
        Ce cinéma c’était les cellules de soutien psychologique de l’époque que les imbéciles appelleront « trente glorieuses »....Gamin, dans les années 60 nous étions propulsé dans ces films qu’on voyait à la télé, des chefs d’oeuvre absolus.
         Et même les films dits de seconde zone avaient une grande qualité. Le cinéma italien avait cette légèreté, et un ton grave à la fois qu’on peut trouver dans « la dolce vita », de Fellini et « le fanfaron », de Risi, qui inaugurent déjà quelque chose de plus grave, l’entrée dans le modernisme. Mais quand on voit « le vizir blanc », qui est le premier Fellini, il y a déjà toute la patte du maitre. Evidemment on en loin des films de De Sicca, le néo réalisme à l’italienne, qui donnera « le voleur de bicyclette », où la tragédie sociale est concomitante. Même des films dits intellos, comme ceux d’Antonioni, comme « L’aventura » dont on constate avec ahurissement qu’il date de 59, tant il est moderne, manient l’esthétisme et la loufoquerie. Ah comment ne pas être amoureux encore de la belle Monica Vitti ?...Ce cinéma là est une ode à la vie, un bonheur incandescent, l’équilibre parfait. L’esprit.....De ce cinéma beau et intelligent, et surtout espiègle, dégonflant les effets de carton pâte, les échos sont présents par exemple dans les films des frères coen. Bien à vous...Et l’esquimau : Vanille ou chocolat...Qui se rappelle des ouvreuses, des mots chuchotés pour vous amener à votre place, à la lumière d’une pîle electrique. 

        • QAmonBra QAmonBra 1er janvier 22:49

          Merci @ l’auteur pour le partage, ainsi que mes meilleurs voeux pour l’année nouvelle..

          Tragi-comédie est le terme le plus adapté à ce fameux cinéma italien ayant illuminé ma jeunesse, capable de me faire rire aux larmes et de tristesse l’instant d’après, dont chaque film, comme les bons livres, m’habitait durant plusieurs jours, jusqu’au prochain chef d’œuvre et que j’ai découvert, presque par hasard, avec « Dramma della gelosia » d’Ettore Scola au début des années 70. . . 

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