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Rose is a rose is a rose is a rose

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Représentation du samedi 25 janvier à 20h30
 
Texte : Ivana Sajko
Mise en scène : Philippe Lanton
Scénographie / lumières : Yves Collet
Chorégraphie : Olivier Renouf
Plasticien sonore : François Sardi
Musicien : Thomas Caillou
Collaboration décor : Franck Lagaroje
 
Avec : Evelyne Pelletier, Emilie Prévosteau, Bernard Bloch, Romain Dutheil, Olivier Renouf, Thomas Caillou, François Sardi
Voix off : Ivana Sajko
 
Théâtre Berthelot
Montreuil
Du 23 au 26 janvier 2014
 
 
Rose is a rose is a rose is a rose est un long texte poétique de la jeune auteur croate Ivana Sajko. Il est riche de multiples influences et aborde diverses thématiques en circonvolutions, mais ses limites m'ont néanmoins semblé évidentes - j'en reparlerai. Cependant, c'est avant tout un texte de théâtre qui se prête parfaitement à l'appropriation et à l'élaboration d'un véritable langage de mise en scène, profond et inventif. Philippe Lanton s'en est acquitté de façon réellement étonnante.
 
"Ce qui me touche particulièrement dans le poème d'Ivana Sajko, c'est l'intrication disjointe et composite des trois états de soulèvement de notre condition humaine. L'état amoureux, la rencontre, soulèvement intime. L'état de représentation du monde et de soi, soulèvement par l'art. Et l'état de notre rapport au monde et à la société, soulèvement politique. Ivana Sajko a ainsi tissé et tressé une sorte de spirale telle l'ADN de la condition humaine, comme les cercles de la Divine comédie de Dante, de l'enfer au paradis, oscillant en aller et retour, passé et présent, dressant une cartographie textuelle en clair-obscur de notre intimité et de l'Histoire du Monde."
Philippe Lanton

 
J'ai eu la chance immense de vivre un petit peu cette création de Rose is a rose is a rose is a rose de l'intérieur ; j'en suis ravie et très reconnaissante. A côté des quatre comédiens, du danseur et du musicien, Philippe Lanton a en effet imaginé la présence sur scène chaque soir d'une dizaine d'amateurs, comédiens amateurs ou simples amateurs de théâtre comme c'est mon cas, figurant le chœur du théâtre classique ou un personnage supplémentaire aux multiples visages. Ce groupe, appelé "complices poétiques", présent sur scène du début à la fin du spectacle, parfois très actif, parfois en retrait, a un effet visuellement très fort, véritablement porteur pour l'ensemble de la pièce.

Vous avez invité des spectateurs à venir jouer sur le plateau, est-ce justement une autre manière de partager ce texte ? "Oui. J'ai souhaité associer davantage de public, qu'il y ait des gens, des citoyens... D'où cette idée de "complices poétiques". Chaque soir il y aura une dizaine de personnes différentes qui monteront sur scène durant toute la durée du spectacle. Aux côté des comédiens, d'Olivier Renouf, chorégraphe, et de Thomas Caillou, guitariste rock, ils participeront à une sorte de cérémonie dont ils seront "le chœur". Pour que ce poème puisse être vraiment entendu et partagé, il doit être porté par nos énergies vitales : par les mots, les corps, la danse, la musique, le travail sonore du texte. Je propose une théâtralité qui soit dans l'énergie des acteurs, du rock, des corps. Une énergie portée par le poème qui nous aidera à penser et à vivre."
Philippe Lanton
(Propos recueillis par Gilles Perrault.)
 
 
Et j'étais donc "complice poétique", avec mon ami Orélien Péréol, qui est lui un habitué des planches. Mais si j'avais su dès le départ toute l'importance de ce chœur, jamais je ne me serais inscrite. M'attendant à une petite figuration très brève, la réalité de la tâche m'a franchement terrorisée, mais pour quel plaisir à l'arrivée !
 
Alors Rose is a rose is a rose is a rose ne raconte pas mais évoque de multiples aspects du monde contemporain : l'amour, le couple, la révolte, l'écriture. Rien de bien novateur dans ces thèmes ni surtout dans la façon dont ils sont traités, et c'est là la grande faiblesse du texte. Néanmoins, le fait qu'il ne soit ni narratif ni chronologique permet de s'en détacher en se laissant uniquement porter par la voix des comédiens, libre de rêver et de raccrocher quand on le souhaite.
La véritable réussite de la pièce et ce qui lui donne réellement sens, c'est le formidable travail de mise en scène de cette création, qui approfondit toutes les nombreuses références du texte pour leur donner vie. Le plateau, avec en son centre un immense cadre qui tourne et modifie les perceptions, est métamorphosé en un espace de toute beauté. Entre scènes dansées et scènes immobiles au micro, avec le chœur venant appuyer avec plus ou moins de présence les comédiens toujours justes, la force poétique est avant tout dans la mise en scène.
 
La pièce s'ouvre sur un marathon de danse, comme dans le roman de Horace Mac Coy,On achève bien les chevaux. Un couple se rencontre, s'aime, se questionne.
Le tableau de Rembrandt, La ronde de nuit, est figuré par les complices poétiques, et c'est la révolte urbaine qui pointe, de la Rome de Néron aux émeutes de Clichy-sous-Bois. La scène où le tableau vivant s'anime peu à peu et où les figurants sortent du cadre est peut-être l'une de mes favorites ; elle est tellement saisissante !
 
Et ainsi, entre la rencontre amoureuse et sexuelle et le fracas du monde, les références culturelles multiples permettent de penser et d'essayer de comprendre.
 
"Rose is a rose is a rose is a rose est Gertrude Stein, bien sûr. Il ne s’agit pas d’un hommage à l’écrivaine, mais simplement d’une adéquation du seul titre et, peut-être, du fait que ces derniers temps, me trotte dans la tête une anecdote célèbre survenue lors d’une de ses conférences, quand, à la question : Why don’t you write the way you speak ?, elle a répondu par la contre-question : Why don’t you read the way I write ? Je voulais seulement dire qu’il existe des raisons insolentes à la poésie. J’ai cherché en moi une langue qui exprime la panique par d’autres moyens. Par retournements. Accélérations. Crachats."
Ivana Sajko
Rose is a rose is a rose is a rose
(Note de l'auteur.)
 
 
Dans l'un des tous derniers tableaux, la partie dansée par Olivier Renouf, belle, puissante, violente, m'a totalement séduite également. J'aurais voulu qu'elle dure davantage encore.
 
 
Olivier Renouf, Emilie Prévosteau, Romain Dutheil,
Bernard Bloch et Evelyne Pelletier.
 
 
Créée mi-janvier à Besançon avant d'être jouée à Montreuil, Rose is a rose is a rose is a rose est donc une pièce plurielle, vivante, enthousiasmante. J'espère qu'elle sera à nouveau jouée prochainement, en région parisienne et ailleurs.

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