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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Rousseau, volonté générale !

Rousseau, volonté générale !

Qu'en est-il de la si controversée volonté générale d'un peuple, chez Rousseau ? ... Il lui semble aller de soi que la volonté générale normalement souveraine (d'où le titre de cet article, simili-soixantehuitard, Volonté générale ! comme il y eut diversement un Rêve général !) ... la volonté générale normalement souveraine, est ce qui souverainement, par divers usages, réalise les conditions non pas d'un vivre-ensemble moyen optimal statistique - insatisfaisant finalement tout le monde plus ou moins, selon qu'il est proche ou loin de cette moyenne, - mais les décisions d'un vivre-ensemble massif conflictuel pratique.

 

Entre le vivre-ensemble moyen optimal statistique, et le vivre-ensemble massif conflictuel pratique, il y a cinq mondes : le premier vivre-ensemble à prétention mathématique, est sans âme, donc sans animation, sans élan, et fige statiquement les choses, comme si les personnes pouvaient s'y tenir ; le second à projection tactique, a une âme, est animé, avec élan, et meut dynamiquement les choses, parce que les personnes veulent : toute volition est (é)motion.

Rousseau, ''Du Contrat social'', I-VII, a écrit : En effet chaque individu peut comme homme avoir une volonté particulière contraire ou dissemblable à la volonté générale qu’il a comme Citoyen. Son intérêt particulier peut lui parler tout autrement que l’intérêt commun ; son existence absolue et naturellement indépendante peut lui faire envisager ce qu’il doit à la cause commune comme une contribution gratuite, dont la perte sera moins nuisible aux autres que le payement n’en sera onéreux pour lui, et regardant la personne morale qui constitue l’État comme un être de raison parce que ce n’est pas un homme, il jouirait des droits du citoyen sans vouloir remplir les devoirs du sujet ; injustice dont le progrès causerait la ruine du corps politique.

Rousseau compose avec "l'homme" (personne naturelle) et sa "volonté particulière" à "intérêt particulier", et "le citoyen" (personne civile) et la "volonté générale" à "intérêt commun". Il semble que ce distinguo soit quelque peu artificiel, pour les besoins de la théorie : en effet, à vouloir généralement l'intérêt commun, le citoyen doit bien comprendre que par répercussion il en bénéficie particulièrement comme simple homme à intérêts autres. Inversement - et c'est ce que crut bon de défendre Adam Smith - il y a des personnes naturelles, dont les volontés à intérêts particuliers, réalisent incidemment l'intérêt commun, donc la volonté générale.

Adam Smith semble dans une utopie libérale qui n'exista jamais, ou qui du moins a réalisé ses objectifs depuis belle lurette, puisque ça augmenta la richesse de nos nations, jusqu'à atteindre une masse critique actuellement.
Inversement, l'option selon laquelle réaliser l'intérêt commun bénéficie toujours au particulier, par répercussion, n'est pas toujours vraie - par exemple, en cas de guerre où l'on risque de mourir, encore qu'il y ait report sur ceux que l'on défend ; mais encore faut-il les chérir familialement et patriotiquement, sans s'en tenir à soi. Cela Rousseau en est conscient.
D'où que, malgré les isolats théoriques (personne naturelle = volonté particulière = intérêt particulier, personne civile = volonté générale = intérêt commun), il y a raison à dire, que les personnes naturelles peuvent diverger des personnes civiles.
C'est parfaitement raisonnable, puisqu'on voit bien à quel point la notion de devoir civique a périclité (cf. Gilles Lipovetsky, le Crépuscule du devoir) du haut en bas de l'échelle sociale : les "gueux" s'écharpant pour un oui ou pour un non, les "seigneurs" se rassasiant à en vomir ... "injustice dont le progrès cause la ruine du corps politique".

Quant à la volonté générale, Rousseau est réaliste, et propose d'avance une critique, tant des médias avilissants, des lobbies séditieux & fallacieux, que des idéologies animant transversalement les peuples :

Rousseau, ''Du Contrat social'', II-III, a écrit : Il s’ensuit de ce qui précède que la volonté générale est toujours droite et tend toujours à l’utilité publique : mais il ne s’ensuit pas que les délibérations du peuple aient toujours la même rectitude. On veut toujours son bien, mais on ne le voit pas toujours : Jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe, et c’est alors seulement qu’il paraît vouloir ce qui est mal.
Il y a souvent bien de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale ; celle-ci ne regarde qu’à l’intérêt commun, l’autre regarde à l’intérêt privé, et n’est qu’une somme de volontés particulières ; mais ôtez de ces mêmes volontés les plus et les moins qui s’entredétruisent, reste pour somme des différences la volonté générale.
Si, quand le peuple suffisamment informé délibère, les citoyens n’avaient aucune communication entre eux, du grand nombre de petites différences résulterait toujours la volonté générale, et la délibération serait toujours bonne. Mais quand il se fait des brigues, des associations partielles aux dépends de la grande, la volonté de chacune de ces associations devient générale par rapport à ses membres, et particulière par rapport à l’État ; on peut dire alors qu’il n’y a plus autant de votants que d’hommes, mais seulement autant que d’associations. Les différences deviennent moins nombreuses et donnent un résultat moins général. Enfin quand une de ces associations est si grande qu’elle l’emporte sur toutes les autres, vous n’avez plus pour résultat une somme de petites différences, mais une différence unique ; alors il n’y a plus de volonté générale, et l’avis qui l’emporte n’est qu’un avis particulier.

Notez alors, comme la volonté de tous n'est pas non plus, pour Rousseau, la volonté générale. Cela complexifie monstrueusement les choses.
Plus haut, je disais que des intérêts particuliers pouvaient contribuer à l'intérêt commun (Adam Smith). Cela peut être vrai dans le schéma rousseauiste, mais pas toujours ! car il se trouve que, si chacun veut se rassasier à vomir, la volonté de tous est contraire à la volonté générale, qui chercherait des solutions écologiques pour ne pas épuiser le monde - et donc réaliser la préservation du corps politiques et des personnes qui le composent, indistinctement naturelles et civiles.
C'est "la volonté générale est toujours droite et tend toujours à l'utilité publique", mais cette droiture et cette utilité publique, sous la plume de Rousseau, semblent impossibles - elles semblent impossibles, sauf à les référer à une vérité conjoncturelle indénibale, ce qui est bien l'idée.
A savoir que les personnes peuvent être aveuglées ou s'aveugler, sur la nature réelle des enjeux de la situation. Ou, dit communément : elles ne prennent pas la mesure de la situation. Aussi, c'est précisément cette mesure-de-la-situation, que doit permettre ce qui suit :

Rousseau, ''Du Contrat social'', II-III, a écrit : Il importe donc pour avoir bien l’énoncé de la volonté générale qu’il n’y ait pas de société partielle dans l’État et que chaque citoyen n’opine que d’après lui. Telle fut l’unique et sublime institution du grand Lycurgue. Que s’il y a des sociétés partielles, il en faut multiplier le nombre et en prévenir l’inégalité, comme firent Solon, Numa, Servius. Ces précautions sont les seules bonnes pour que la volonté générale soit toujours éclairée, et que le peuple ne se trompe point.

Mais notez encore qu'actuellement, on n'arrête pas de parler de pédagogie afin d'expliquer "à quel point les dirigeants actuels, politiques comme économiques - surtout économiques - connaissent la mesure-de-la-situation", et comme ce serait donc eux, qui rendraient la vue au monde - justement, grâce à la pédagogie, qui prend vraiment le monde pour un enfant (péda-) à guider (-gogie) et, comme il s'agit vraiment de peuples, on a strictement affaire à des déma-gogies (où le populiste n'est pas celui que l'on croit).

Ce qu'il est donc à dire, c'est que Rousseau escompte - après Platon - et sans le dire, une forme de roi-philosophe, ou du moins de philosophie-reine, dans la mesure où tous les citoyens éclairés seraient philosophes, de sortent à souverainement dégotter la mesure-de-la-situation, et produire une volonté générale, plutôt qu'une volonté de tous : si la volonté générale est fatalement une volonté de tous un peu spéciale (vraie), la volonté de tous n'est pas toujours la volonté générale, et comme elle peut porter sur toutes les faussetés, il y a plus de chance de manquer la volonté générale.

La volonté générale n'est pas vraie par définition de ce qu'elle est générale, mais elle est la volonté générale, vraie par définition, précisément dans au cas où la volonté de tous ne se trompe pas, et philosophe. Aussi faut-il un peuple respecté et éduqué par le gouvernement, car le peuple est précisément l'émanation du souverain.

Rousseau, ''Du Contrat social'', IV-II, a écrit : De ces diverses considérations naissent les maximes sur lesquelles on doit régler la manière de compter les voix et de comparer les avis, selon que la volonté générale est plus ou moins facile à connaitre, et l’État plus ou moins déclinant.

Tout à l'heure, Rousseau disait "ôtez de ces mêmes volontés [particulières, composant la volonté de tous] les plus et les moins qui s’entredétruisent, reste pour somme des différences la volonté générale." Ici, on a un appel à diverses qualités de votes. Pour Rousseau, tous les votes ne se valent pas, puisque certaines voix ne prennent pas en compte la volonté générale, celle qui justement prend la mesure de la situation - or, il n'y en aurait qu'une seule posssible, du moins pour un peuple précis, puisqu'elle réfère à une vérité absolue, contrairement aux volontés particulières quand même elles s'accumulent en volonté de tous ...
Aussi faut-il les ôter, ôter celles qui s'entredétruisent, et surtout jauger les voix qui prennent la mesure de la situation, et celles qui s'en éloignent.

Or, c'est à ce point que l'on attend le juste absolu. Il faudrait d'incorruptibles Salomon au divin discernement ; mais même Salomon, se laissa corrompre à la fin de ses jours - si son pharaonisme n'était pas déjà une plaie esclavagiste, au plan rousseauiste. Tragique ?

Mal' - LibertéPhilo


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8 réactions à cet article    


  • Giordano Bruno 21 juin 10:05

    Après 4 occurrences du mot « vivre-ensemble », inconnu de moi, je me suis résolu à le chercher dans mes dictionnaires. Je ne l’y ai pas trouvé. J’ai cherché sur le CNRTL. Pas de trace non plus. Pourriez-vous me donnez le sens que vous donnez à ce néologisme afin que je puisse comprendre votre texte ? Merci.


    • Morologue Mal’ 21 juin 11:08

      @Giordano Bruno. A l’école, on nous apprend à décomposer les mots difficiles. Étonnant que quelqu’un usant spontanément des dictionnaires, soient nul sur ce point.


    • Morologue Mal’ 21 juin 11:09

      Erratum : *soit


    • Giordano Bruno 22 juin 11:02
      @Mal’
      Justement ! Cette décomposition ne m’a rien donné de probant.

    • Morologue Mal’ 22 juin 13:23

      @Giordano Bruno. Le plus drôle, c’est que vos soutiens ont même « mal voté » à mon erratum. C’est dire s’ils aiment la langue française comme vous.


    • Giordano Bruno 22 juin 15:00

      @Mal’
      Pourquoi ne pas me donner une fois pour toute la définition que vous donnez à ce mot ?


    • La politique est très proche de la chimie (ou alchimie). Des répulsions des attractions, du magnétisme, du chaos, de la fusion. Le tout est de composer. « L’homme se fait servir par l’aveugle matière. Il pense, il cherche, il créé. A son souffle vivant les germes dispersés dans la nature entière tremblent comme frissone une forêt au vent » tirée du recueil Les Voix intérieures. Le chant du styrène de Raymond Queneau ;


      • On se pense libre de notre destin, mais c’est l’inconscient qui dirige le monde, lui-même manipulé par le magnétisme astral. Nous avons toujours la possibilité d’être un électron libre nous mettre en lévitation.

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