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RTT, remets tes tongs, fête et défaite de la musique

Quelques notes d’humeur pour célébrer l’arrivée de l’été. Il y a de l’été dans l’air, il y a de la RTT dans l’été. Et de la musique.

La tong fait son apparition, à peu près en même temps que les hirondelles. La télé est en vacance. Il n’y a que les très studieux animateurs de C dans l’air qui continuent à proposer des programmes d’actualité. Ruquier a commencé ses rediffusions. Sarkozy, Bertrand et toute une clique de maîtres à penser du travail forcené enjoignent les Français à travailler plus. Mais à la télé, beaucoup donnent l’exemple des vacances de plus en plus étendues, bientôt supérieures à celle des enseignants. Sur Canal, la Une, la Deux, la Trois, les rediffusions sont prêtes et la fête commence à la mi-juin. Il faut dire que les élites se sont mises déjà en tenue, dans l’ambiance, festival de Cannes, grand prix de Monaco, tournoi de Monte-Carlo puis Roland Garros et maintenant, l’habituel rendez-vous VIP au grand prix de France. Après, se sera le Lubéron, l’île de Ré, Saint Trop, la Sardaigne et bien évidemment, la Corse et son golfe de Sperone spécialement aménagé pour recevoir le porteur de sac de riz et sa reine Chrichetine.

Madame Chrichetine gagne très bien sa vie. Elle fait partie de la caste qui a vu ses revenus exploser. Le libéralisme n’y est pour rien. Le dirigisme des services publics a décidé des rémunérations des hautes fonctions. Animateur, présentateur, directeur. Avec son mari prince du riz en sac, elle pourra dîner dans les meilleurs restaurants. Même pas besoin d’entamer le salaire de Monsieur et Madame. L’argent des ménages suffit. Dame Chrichetine fait en effet des ménages. Dans la profession, on appelle ça une intervention dans l’événementiel politique et médiatique. Selon la notoriété, le prix d’un ménage peut aller du simple au décuple. Demandez à Monsieur Bill, le mari d’Hillary sans son riz, combien il reçoit pour chaque intervention. Madame Chrichetine, c’est pas grand-chose, combien ? Il se murmure que ça tourne autour de 6000 euros. Pour quatre heures de présence. Ça nous fait du 1500 euros l’heure supplémentaire. Calculez l’augmentation. Dans ce milieu on ne compte pas. Par contre, l’ouvrier sur le chantier payé au Smic aura 25% de plus. Et encore, c’est trop si l’on en croit le Ministre du travail qui voudrait permettre une modulation des heures sup, entre 15 et 35 %. On imagine aisément le choix du patron, surtout s’il doit remplir son quat-quat dévoreur d’essence qui a augmenté. Il va choisir 15 %, c’est coooolllll ! Et la dame employée en intérim pour faire du ménage, une fois le loyer payé, la bouffe les factures, elle n’ira jamais en vacances et ne verra jamais la mer. Pas comme Madame Chrichetine qui grâce à ses ménages, peut même se payer la location d’un yacht, quelques bijoux, quoique, à Bonifacio, il n’y a pas de boutique Cartier. D’ailleurs, les bijoux, on lui offrira et l’argent des ménages, si ça se trouve, elle n’a même pas besoin de l’utiliser pour s’offrir des bonnes bouffes car dans son milieu, on a plein d’amis. La dame qui fait des ménages chez les gens bien, elle a aussi quelques amis. Mais elle devra quand même payer avec sa voisine les merguez et les frites pour une barbecue party sur le balcon de son HLM. 

Prendre des vacances et non pas être en vacance. C’est bien là qu’on voit s’accentuer les différences de niveau social, avec des écarts faramineux. C’est aussi tout un symbole, les bouchons, les mêmes reportages chaque année, mêmes clichés. Cette année, rien ne va changer pour les élites qui n’y verront aucune différence. Ni ceux qui ont la possibilité d’être hébergés chez la famille ou le amis. Pour les autres, on évoque le budget vacances que combien que quoi ça coûte dit le JPP, animateur populaire soucieux du porte-feuille des sans grades, lui qui sera aussi invité par ses amis VIP. Pour tous ces autres, qui se saignent pour louer une semaine dans une station balnéaire ou deux semaines au camping, il faudra se serrer la ceinture. L’essence, le chauffage et le gaz à prévoir à la rentrée, l’inflation, autant dire que les dépenses subsidiaires devront être serrées. Plus question d’aller à la terrasse d’un café pour se désaltérer d’une menthe à l’eau à deux euros, ce sera bouteille d’eau pour la famille. Et les glaces, les chichis, les gaufres quand on s’ennuie après la plage, c’est fini. Et les parcs à thèmes quand les mômes s’emmerdent, faudra revoir tout ça. Ah, ces vacances, elles représentent pour la plupart une coupure. Il est vrai que la chaleur incite au farniente. La morosité plane mais le vacancier résistera. D’ailleurs, c’est un devoir que d’être heureux en vacances. Quelques clichés de plus ? Non, pourquoi en faire tout un plat de ces vacances qui sont la continuation de la vie en d’autres endroits et d’autres conditions, un peu comme la guerre est la poursuite de la politique par d’autres moyens, disait Clausewitz, à une époque où les vacances n’existaient pas. Ni la fête de la musique.

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Une fête instituée par Jack Lang et qui est un succès. Certes, JF Revel, en mélomane averti, y voyait une fête du bruit. Il n’avait pas forcément tort. Car les premières éditions se sont soldées par un contraste entre les concerts gratuits de musiciens affirmés et le déchaînement vocal incohérent. Les passants et les amateurs se sont croisés à chaque édition. Toujours le succès, modulé par les intempéries certes mais rien n’arrête cette soif de festivité et ce rassemblement populaire qui, à tout réfléchir, est bien plus sympathique que les soirs de victoire de foot. En plus, la fête de la musique se déroule chaque année le même jour, quels que soient les résultats de foot. Ce 21 juin, si la France avait été en quart, la fête de la musique aurait été perturbée par la fête des supporters. On remerciera Domenech d’avoir respecté le 21 juin en faisant perdre l’équipe de France. C’est là qu’on reconnaît l’artiste. Chapeau Raymond !

Que dire de cette fête offrant la ville aux passants et aux orchestres, la plupart de rock, jouant correctement voir plus, attestant d’une mise à niveau des musicos français alors qu’il y a trente ans, le rock était plutôt en berne. C’est l’occasion de découvrir toutes les musiques, mais c’est le rock qui tient la corde. Aux coins des rues, les bands répétant dans les villes dortoirs viennent se donner à fond pour le plaisir des passants. D’autres s’improvisent DJ, il y a le meilleur et le pire mais c’est le joyeux bordel. La fête de la musique, c’est festif et improvisé, de quoi raviver l’esprit perdu de mai. Je n’irai pas à maugréer comme l’aurait fait Philippe Muray. Car le 21 juin, c’est tout ce qui reste de l’impro, de l’innocence, de la spontanéité, de la découverte. Par contre, je suivrai Muray sur d’autres manifestations, encadrées par les autorités, fête du vin par exemple à Bordeaux. Fête au parcours fléché par les grands crus, fête organisée avec les méthodes du dirigisme, pour les troupeaux de blaireaux dégustateurs d’un soir. A gerber !

La fête s’associe à la défaite quand les autorités s’en mêlent. C’est alors concert officiels, avec chaises VIP, ou concert médiatique, pour la télé publique, l’hippodrome d’Auteuil et tout ce que la chanson française peut offrir de merde. La télé, c’est l’anti-alchimie par excellence. L’alchimie, qui prend ses sources dans l’Inde, c’est se défaire du grossier pour aller à l’essentiel. C’est transformer le plomb de la matérialité en or spirituel. La télé au contraire, nous ramène de l’or à la merdre. Partout où elle met ses pieds, le spectacle devient de la merde. Alors, pour les pauvres hères devant leur télé, il leur restera Olivier Mine et cet insupportable David Getta qui se croit créateur, comme toutes les autres célébrités de chiottes. Mais miracle de ce monde inversé, la télé offrira ce même soir un quart de finale de l’euro 2008. Au moins, le foot sera un salut pour ceux qui ne veulent pas se farcir la défaite de la musique à la télé. Quant à ceux qui feront le déplacement sur le terrain, évitez les tongs, pas spécialement adaptées pour parcourir la ville et en plus, d’une inesthétique évidente. A défaut, allez-y pieds nus, comme au bon vieux temps du peace and love, en plus le bitume sera al dente, avec 30 degrés dans l’air, de quoi échauffer les esprits et réchauffer les cœurs.


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2 réactions à cet article    


  • La Taverne des Poètes 21 juin 2008 17:35

    Moi je me prépare pour la fête de la musique. Voir photo !

     

     

     

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