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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Salomé de Bahia, l’interview...

Salomé de Bahia, l’interview...

Une mesure de glamour, deux autres de sensualité, le tout frappé de spontanéité chaleureuse ! Le cocktail explosif d’une rencontre avec une diva de la House et de la Bossa fêtant cinquante années de carrière avec une fraîcheur qui fera bien des jalouses... A lire avec l’accent brésilien, une caipirinha à la main, tout en réécoutant ses tubes planétaires...

Chers téléads (bien planqués dans vos conapts), réjouissez-vous car voici la version complète d’une interview réalisée pour le très people Ego Magazine....
En entrant dans le salon d’un hôtel chicos de Waterloo, j’étais loin de me douter de ce qui m’attendait, de qui m’attendait...Une grande dame de la nuit, très sexy sexa, une fêtarde invétérée mais aussi - une Brésilienne n’étant pas à un paradoxe près - une femme métisse au discours emprunt de bon sens et d’une conscience sociale décoiffante...

Des titres que vous interprétez, quel est votre favori ?
Tous  ! Je ne peux pas chanter quelque chose qui ne me plaît pas ! C’est pour ça que j’avance tout doucement... mais j’avance ! (rires)
Comment votre choix s’est-il porté sur « Taj Mahal » de George Ben ?
Eh bien parce que Bob Sinclar, mon producteur m’a dit : « Salomé j’ai quelque chose de phénoménal, est-ce que tu connais Taj Mahal ? » « Mais bien sûr ! » que je lui dis ! « Eh bien on va le faire ! » Et voilà !
Fréquentiez-vous la scène électronique avant votre collaboration avec Bob Sinclar ?
Non, j’étais en dehors de tout ça, j’étais au courant de son existence, j’en écoutais beaucoup mais je n’étais pas dedans personnellement. J’allais en discothèque un petit peu où je dansais, même si je trouvais parfois la musique un peu bizarre mais je me disais qu’il fallait que je m’informe in situ avec la nouvelle jeunesse. J’étais là, j’essayais de comprendre et après... j’étais dedans ! (éclat de rire)
Et quelle fut votre première impression ?
Ah  ! Elle était bonne ! C’était quelque chose de différent, parce qu’avant j’ai toujours été un peu classique dans mon travail et c’était un changement majeur, non ? Paf ! D’un côté à l’autre, vous voyez ?! Pouf ! Et c’est une autre personne qui est là !
Etes-vous heureuse de ce changement ?
Absolument, si je n’aime pas une chose, je ne la fais pas ! Même si on me dit que c’est la meilleure chanson du monde et qu’elle va me rendre riche, si elle ne me plaît pas, si elle ne me dit rien, je ne peux pas la chanter. Il faut qu’elle parle à mon cœur !
Selon vous, qu’est-ce qui est le plus important dans la musique ?
D’abord c’est la mélodie, ensuite le texte...
Et l’aspect rythmique ?
Eh bien c’est tout l’ensemble, hé ! Mais d’abord la mélodie et avec la bonne mélodie, tu peux mettre tout ce que tu veux comme rythme, ce n’est pas un problème, mhh ?!
A propos de la mentalité brésilienne et de l’énergie positive que dégage le pays et sa musique, car même les défavorisés des favellas vont au carnaval...
Non ! Ils ne vont pas au carnaval : ce sont eux qui font le carnaval ! C’est très différent !
En effet ! Et justement même la bossa la plus triste reste optimiste et...
Ah, toujours ! Toujours, parce qu’être brésilien c’est un état d’esprit !
Et comment expliquez-vous cette... ?
Je ne peux pas expliquer, je suis née là-bas, c’est tout ! C’est vraiment un état d’esprit, ou tu le sens ou tu ne les sens pas, tu l’aimes ou pas...C’est le soleil peut-être qui vous manque ici en Europe. C’est le soleil et la mer. Le Brésil est très, très grand, huit millions de mètres carrés !
Pensez-vous que le futur de l’E-music passe par le Brésil ?
Il passe partout ! Au Brésil il y a énormément de jeunes de Sao Paulo qui sont dans la production électronique, c’est énorme !

"Ce ne sont pas les Indiens qui allaient en Afrique chercher les Noirs..."

Nombreux sont ceux qui semblent découvrir la musique brésilienne aujourd’hui, pourtant elle est présente depuis longtemps : la bossa, puis le tropicalismo dans les années 1970...
Oui, mais la bossa c’était dans les années cinquante, soixante ! Depuis la bossa jusqu’à aujourd’hui on est passé par une multitude d’états d’esprit musicaux. Le Brésil est aussi très vaste au niveau musical, je pense que c’est le pays où il y a le plus d’innovations...et de traditions !
Et concernant l’influence dominante de la diaspora africaine dans les musiques actuelles, de la salsa à la R&B en passant par la house et le rap, avez-vous une explication ?
Mais bien sûr, c’est parce que les Blancs ramenaient des esclaves là-bas ! Ce ne sont pas les Indiens qui allaient en Afrique chercher les Noirs, mhh ? ! Ce sont les esclavagistes blancs qui ont ramené les Noirs partout et maintenant ils voudraient qu’ils ne soient pas là !? Désolée, hé ! (Eclat de rire) Nous n’avons pas demandé à venir, c’est vous qui nous y avez obligés !
Ils ont tout pris, les gens et les richesses, tu vois la Belgique ?... Eh bien voilà, mhh ?!
Oui mais là, vous expliquez la présence de la diaspora, pas pourquoi elle domine la scène musicale...
Je vais te dire un truc : où qu’aille le peuple noir il ira toujours avec le rythme, et c’est sa force ! La rythmique. Regarde comme la musique est triste dans les pays où il n’y a pas de Noirs, elle manque de sel, de piment...
Etes-vous initiée ou pratiquante du Cadomble ? Ne seriez-vous pas une fille d’Oxun ?
Là vous entrez dans un domaine dont je préfère ne pas parler, parce que c’est très profond et on ne plaisante pas avec ça... Le candomble est la religion héritée des esclaves... Mais passons à la question suivante.
Certains voient le Brésil et ses musiques comme un laboratoire de ce que sera notre avenir : diversité et métissage, qu’en pensez-vous ?
Un laboratoire du futur ? Je ne sais pas... A long terme, oui, à très long terme : oui !
Quelles sont les différences entre la salsa et les musiques brésiliennes ?
Ah  ! mais nous faisons aussi de la salsa ! L’Amérique du Sud a développé un autre type de salsa que celle de NewYork ou de Porto Rico ou que de Cuba qui est resté plus traditionnel. C’est énorme ce que fait Porto Rico, en fait j’adore toute la salsa !
Quel regard portez-vous sur l’évolution actuelle du continent d’Amérique du Sud et centrale ?
Qu’il y a beaucoup de choses, de choix, de musiques pour tous les goûts... Et Fidel est toujours vivant ! Et il va retourner au gouvernement ! Mais arrête ! Il faut qu’il se repose et qu’il laisse les autres se reposer  ! (Rires et encore rires) ! L’année prochaine je fête cinquante années de carrière, j’ai commencé l’année où le Brésil fut champion du monde pour la première fois, tu peux imaginer ça ?! Quand on est artiste on peut chanter jusqu’à quatre-vingts ans mais pas gouverner un pays, je ne voterai jamais pour quelqu’un qui a l’âge de la retraite.

"Vous ne savez pas ce qu’est la misère, vous avez trop !"

Salomé, comment vivez-vous cette hype au sujet de votre pays ?
Là-bas ça m’énerve tout le temps ! Parce que quand je suis au Brésil je me permets de critiquer, quand je suis dans mon pays je peux en parler, mais en dehors : je me tais !
Et votre impression quant au public belge ?
Il est super le public en Belgique, je ne suis pas venue très souvent mais les gens étaient toujours chaleureux, participaient, et c’est ça qui m’intéresse.
Il est très bon ton chocolat, c’est celui avec l’éléphant, non ? Ca rappelle la gare du Midi à Bruxelles ; quand on en sortait on pouvait sentir l’odeur du chocolat et ça faisait du bien ! Aujourd’hui c’est fini mais ce qui est criminel c’est toutes ces vieilles maisons détruites pour construire ces horribles bâtiments, il y avait de si belles architectures, avec ces jolis balcons... Dès que je pourrai j’en achèterai une comme ça en Belgique ! Et manger des pommes frites avec les... moules ?
Qu’écoutez-vous à la maison ?
J’écoute de tout, la radio, des CD, certains jours de la musique classique, Maria Calas...
Vous écoutez vos propres chansons ?
Oui, pour réviser les paroles sinon j’oublie ! (rires) Mais je ne m’écoute pas trop parce que je trouve toujours un défaut, que je peux faire mieux, alors...
Qu’est-ce que les Européens peuvent apprendre du Brésil et de ses musiques ?
L’allégresse pour commencer, le bien-être ; il faut laisser la tristesse dehors, il faut se laisser aller, vivre la joie de vivre ! Quand je vois ces gens qui disent avoir des problèmes et qui ont un portable et un micro-ondes et patati et patata... Ils te disent encore que leur vie est misérable, je leurs réponds : vous ne savez pas ce qu’est la misère, vous avez trop  ! C’est pour cela que vous êtes comme ça... Bon d’accord, vous n’avez pas le soleil toute l’année ni le carnaval ! Ces filles magnifiques, de si beaux hommes et toujours le sourire !
Nous avons les Gilles de Binche !
Non mais arrête s’il te plait, restons amis, oh mon dieu ! (rires, rires, mais comment fait-elle ?)
Quels sont vos projets futurs ?
Mhh... Je ne fais pas de projet car je peux mourir demain... Je vis et quand une possibilité se présente, je la vis, mon projet c’est de vivre ! Que le bon Dieu me donne deux cents années... Non, cent c’est assez !

A écouter : L’album "Brasil" de Salomé de Bahia (Yellow Productions)
A venir : Baïaninade Nago” produit par Bob Sinclar.


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