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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Se trouver » face au miroir d’Emmanuelle Béart

« Se trouver » face au miroir d’Emmanuelle Béart

« Vivre ou jouer » tel serait le dilemme du comédien, pour ne pas dire son paradoxe. D’ailleurs Luigi Pirandello confessera pour lui-même : « J’ai oublié de vivre ».

Ainsi, en se laissant absorber par l’écriture donnant vie à ses personnages, c’est précisément la sienne qui se sera dissoute à son propre regard.

Cependant l’amour que l’auteur porta, en fin de carrière, à l’actrice Marta Abba devenue son égérie emblématique, prit le pas sur son inventivité dramaturgique, au point de faire œuvre d’introspection généralisée, en créant « Se trouver ».

Par un jeu de miroirs convergents, c’est donc Donata qui sera en charge de la sublimation de l’art théâtral impliquant l’abandon total de l’artiste au cœur des sentiments liés aux rôles qu’elle a l’opportunité d’interpréter.

Et Donata à la Colline, c’est, bien entendu, Emmanuelle Béart qui se projette dans les affres de l’actrice absolue passant alternativement de la transe théâtrale à la frustration décevante de la réalité.

Rôle de composition à part entière, peut-être, mais surtout rôle de décomposition d’une star qui voudrait atteindre, sur « le plan du vécu », la plénitude des rôles qu’elle sait si bien jouer sur scène.

La pièce se déroule comme une longue psalmodie s’égrenant sur cet approfondissement thématique où l’envie d’avoir envie ne saurait combler la souffrance du vide intérieur chronique.

Cependant la direction de Stanislas Nordey ne se laisse pas instrumentalisée par la dépression latente que les faux-fuyants universels de l’amour objectivent dès qu’ils échappent à la vie virtuelle des planches.

C’est donc une Emmanuelle Béart, combative sur tous les fronts qui, crânement, inverse l’ordre établi par la mauvaise conscience de soi.

Ainsi, délaissée de l’amant, effrayé à son tour par l’univers contre nature du Théâtre, l’actrice découvrira une force intérieure lui permettant de vaincre les démons qui l’empêchaient, jusque-là, d’assumer pleinement la contradiction des « sentiments joués »… pour parvenir enfin à les transcender dans une expression authentique de sincérité avec elle-même.

photo © Elisabeth Carecchio

SE TROUVER - **.. Theothea.com - de Luigi Pirandello - mise en scène : Stanislas Nordey - avec Emmanuelle Béart, Claire Ingrid Cottanceau, Michel Demierre, Vincent Dissez, Raoul Fernandez, Marina Keltchewsky, Frédéric Leidgens, Marine de Missolz, Véronique Nordey, Stanislas Nordey, Julien Polet & Laurent Sauvage - Théâtre de la Colline

 


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3 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 23 mars 2012 11:30

    Bonjour à tous.

    Amateurs de théâtre et, qui plus est, amateurs de Pirandello, nous avons vu cette pièce, mon épouse et moi. Et pour la première fois de notre vie, comme d’autres spectateurs dépités, nous avons quitté la salle bien avant la fin, après avoir souffert durant près de 2 heures.

    Cette pièce de Pirandello, écrite pour l’une de ses amies, est la pire que l’auteur ait écrite. A 70 ans, il a perdu sa verve et se noie dans des ratiocinations ennuyeuses et interminables, desservies de surcroît par une catastrophique mise en scène de Stanislas Nordey.

    Heureusement qu’il y a Emmanuelle Béart et l’excellent Vincent Dissez pour sauver ce qui peut l’être.


    • Theothea.com Theothea.com 23 mars 2012 12:51

      Ok Fergus !.... cependant.....

      La performance d’ Emmanuelle Béart est d’autant plus remarquable que l’actrice doit s’arracher aux forces de la pesanteur !

      C’est, d’ailleurs, précisément en cet accomplissement final que le fond et la forme de la pièce se rejoignent....


    • Orélien Péréol Aurélien Péréol 23 mars 2012 20:32

      Le texte est assez scolaire et verbalise beaucoup sur un certain paradoxe du comédien : « c’est en jouant les passions des autres que je vis le plus les miennes. »

      Il y a aussi des « mentalités » datées sur les rapports homme-femme par exemple, ou sur le rapport du corps à l’ensemble de la vie, le rapport au corps si vous préférez. « Si je vis mes passions, c’est pas passionnant. En substance, trop trivial ! »
      Le rapport au théâtre de Stanislas Nordey est un régal à chaque fois (pour moi, je n’oblige personne). C’est une transposition du réel, une transposition théâtrale du réel, très théâtrale.
      Après, en effet, Emmanuelle Béart est excellente et Vincent Dissez aussi.

      J’ai déjà honoré la belle âme d’Emmanuelle Béart, un peu par incidence :

      http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/qu-est-ce-qu-un-juste-au-juste-73081



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