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Seid ou Crystal Phoenix ; space rock ou bien rock épique classik, faites votre choix

Les musiques dites alternatives sont maintenant entre les mains des petites et moyennes maisons de disque qui dans la terminologie des bacs de grande surface sont désignés comme labels indépendants. Ce qui sous-entend que les majors sont des labels dépendants, oui, mais de quoi, du marché, de la pub, des radiaubes généralistes, des télés… mais on s’en fout. Ce qui caractérise les labels indépendants, c’est bien souvent leur spécialisation. Il y a en effet des genres, des dizaines. Le foisonnement de la musique rock est aussi développé que celui du classique avec ses époques, l’ars antiqua, nova, le baroque, le romantique, le contemporain… D’autres labels font le choix de la diversité et c’est le cas de Black Widow, petite maison basée à Gênes éditant des groupes confidentiels avec une dominante métal mais aussi d’autres genres tout aussi créatifs comme le progressif. On en est convaincu en écoutant deux des récentes productions sur ce label, l’une de space rock et l’autre de folk rock épique.

Les Norvégiens sont doués pour les musiques alternatives et ne se limitent pas au métal épique. Pour preuve, le dernier album de Seid, que les spécialistes classent dans la catégorie du space rock ou du psyché rock, genre qui n’a rien à voir avec le « psyché garage » des sixties. Quand une notice annonce une œuvre de rock psychédélique, les références doivent être cherchées au début des seventies, du côté du Floyd ou du krautrock, avec les emblématiques recherches planantes et énergiques d’ Ash Ra Tempel. Quant au space rock, c’est un genre plutôt dynamique initié par ce groupe de légende qu’est Hawkwind. En écoutant la prestation énergisante de Seid, on pense tout de suite aux effusions sonores offertes par le Hawkwind des années 2000, autrement dit un space rock se rapprochant du power rock. Rythmique envoûtante, ruptures dans le beat et bien évidemment, des parties de synthétiseurs sans lesquelles le space ne pourrait être. Mais ces musiciens descendant des vikings sont à cheval sur les conventions aussi ils désignent leur musique comme relevant du cosmic pirate rock.

Seid s’est formé dans les années 90 et vite, une notoriété fut acquise dans les milieux alternatifs du rock. Une centaine de concerts et des prestations remarquées par l’usage de claviers vintage, ce qui confère inévitablement une tonalité très seventies. Deux albums sont sortis en 2002 et 2006. Après un break de six ans, le groupe revient sur la scène de l’édition avec Magic handskahe, album aux compositions presque baroques, riches et inventives. Le premier morceau est d’un abord facile mais ne sonne pas vraiment comme les productions de pop british sirupeuse. C’est du rock, avec du beat, de la basse et un batteur qui cogne. Un peu plus en avant, on découvre des options assez planantes, avec des synthés diablement efficaces, rappelant le génial Tim Blake qui officia entre autres chez Gong et c’est certain que ces synthés ajoutés aux glissandos de guitare rappellent la bonne époque du Gong avec son camembert électrique déjanté et sa troupe non moins déjantée conduite par le facétieux David Allen. Ce qu’il y a d’intéressant dans cet album de Seid, c’est la variété des ambiances se succédant au fil de l’écoute. Jamais un morceau qui ressemble à un autre, ce qui est un trait supplémentaire de démarcation avec la pop ennuyeuse que tente de nous fourguer Didier Varrod chaque matin sur Inter. Autre référence permettant de situer Seid, celle du Absentia de Porcupine Tree, le côté obscur du rock post-floydien, une atmosphère qui sied parfaitement à une formation se revendiquant pirate dont quelques parties de guitares sont carrément inspirées par le style Gilmour. Bref, au vu des références et du syncrétisme esthétique alliant space, power rock et musique planante, on ne peut que se laisser tenter par un disque dont les écoutes successives ne décevront pas car à chaque fois, on entend des choses nouvelles tant le foisonnement des instruments est intense et les styles variés. Des arabesques déroutantes et même quelques facéties orientalisantes. On se perd dans cette musique et c’est bon signe. A noter aussi le nombre de musiciens invités et notamment un joueur de theremin, cet étrange instrument inventé par un Russe et que peu de formations utilisent et qu’on trouve sur Bird, la huitième composition et sans doute la plus envoûtante et intéressante. Ainsi que l’usage du mellotron conférant à certaines composition une saveur très seventies. Non démentie par des parties de synthé donnant l’impression d’écouter une nouvelle version du You de Gong, notamment sur Tron, le cinquième opus. Autant dire qu’on attend avec impatience de voir l’énergie de Seid déployée sur une scène.

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Avec Crystal Phoenix, on découvre un tout autre genre, assez énergique mais de sombres consonances exécutée une chanteuse inspirée, mue par le démon gothique, Myriam Sagenwells Saglimbeni, qui du reste est à l’origine de ce groupe résolument underground et des plus confidentiels dont nous ignorerions l’existence si le label Black Widow n’avait osé éditer en 1992 cette œuvre réalisé comme autoproduction en 1989 et maintenant, le rééditer (avec des titres bonus) comme un document d’époque (c’est notamment le premier LP édité par Black Widow, le number one). Et en effet quelle époque que cette fin de la décennie 80’s, débutée avec le post punk, le gothique, la new wave, l’indus et des tas de formations résolument orientée dans une esthétique rompant avec les seventies, tout comme des dernières ont rompu avec le beat des sixties. La fin des années 80 vire à l’ennui et au désenchantement. Le rock a perdu son élan des débuts, sa créativité, ses intentions politiques et critiques de la société. Les majors acoquinés avec les médias genre MTV ont fait de la culture rock un champ de désolation tandis que le bloc communiste s’effondrait. C’est dans ce contexte où la musique se cherchait que Crystal Phoenix proposa cette petite perle figurant comme un Ovni inclassable, baroque, sans affiliation stylistique autre que celle de rock épique et classique attribuée par Myriam car si le style est énergique et parfois proche du heavy metal, l’intention est médiévale, réalisée grâce à l’usage d’instruments peu pratiqués dans le rock, la flûte certes, ne surprend pas mais le clavecin et la harpe sont franchement exotiques à ce niveau.

Quand une période se cherche, elle emprunte souvent aux époques précédentes et c’est le cas avec Crystal Phoenix dont les innovations folk médiévales évoquent un obscur groupe connu des initiés du prog italien, le légendaire Pierrot lunaire. La voix de Myriam nous rapprocherait cependant plus des incantations gothiques d’une Siouxie mais sans les Banshees. Imaginez alors le résultat, un cocktail à base de folklore médiéval façon seventies, puis de gothique début eighties et un zeste de heavy fin eighties. Le premier morceau nous place dans une ambiance résolument orientée rock celtique que peut-être les connaisseurs de Skyclad reconnaîtront. Myriam nous propose un voyage dans les légendes médiévales et c’est un plaisir de d’écouter ces sonorités intemporelles dont les époques sont inscrites en filigrane dans des parties instrumentales subtilement exécutées à la harpe et la flûte avec des atmosphères apaisées entrecoupées de rares orages électrique lorsque la rythmique se met en branle. Crystal Phoenix est donc un groupe de plus qui s’ajoute à la scène alternative et notamment celle très riche du prog italien qui, il faut le reconnaître, n’a jamais abdiqué et maintenant, devance les autres nations dans ce genre si méprisé des médias alors qu’il est le plus inventif de notre époque. On retiendra donc cet étrange album s’inscrivant comme une des rares étoiles scintillantes en cette période de doute et d’hésitation annonçant des nineties tout aussi calamiteuses que les eighties. 

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