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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Semaine de la langue française

Semaine de la langue française

Voyage en nostalgie ...

Dis moi dix mots

Comme chaque année, la semaine de la langue française propose dix mots pour lesquels chacun peut élaborer des activités, proposer des définitions personnelles, se laisser aller à des créations ou des improvisations textuelles. Comme chaque fois, je n'en fus pas averti par mon cher collège, mais ceci est une autre histoire …

Cette année, les mots sélectionnés ont été choisis parmi ceux qui ont connu une carrière internationale, qui ont été empruntés par d'autres langues. S'ils sont partis au loin, c'est auprès de ma mémoire que je vais vous parler d'eux avant que vous ne le fassiez à votre tour !

Atelier, c'est le premier de la liste. Il me conduit inévitablement au cher pays de mon enfance. Il y avait l'atelier et la boutique, l'atelier était l'antre de mon père : le bourrelier matelassier et la boutique était tout autant l'atelier de ma mère la tapissière. Pourtant c'est ainsi, les mots fixent parfois des distinctions pour ce qui est parfaitement semblable.

Bouquet, je n'en ferai pas un ensemble de fleurs. Je reste dans l'atelier paternel, j'ai encore dans les narines le parfum, le bouquet des cuirs qui restera à jamais un souvenir olfactif indestructible. Je ne peux croiser un objet en cuir sans d'abord le renifler, le humer à la recherche des effluves de ma jeunesse ….

Cachet. Pourquoi en faire nécessairement un remède à avaler. Chez nous le cachet n'était pas non plus le salaire des artistes. Jamais mes parents, fiers artisans, ne se seraient pris pour ce qu'ils n'étaient pas à leurs yeux. Ils faisaient simplement et modestement des merveilles de leurs mains. Il fallait que tout ce qu'ils touchent ait du cachet, c'est ainsi qu'ils comprenaient ce mot.

Coup de foudre. Loin de moi l'envie de prendre au pied de la lettre l'expression. Si j'en reste à mon enfance, après l'odeur du cuir, reste à jamais gravée celle de la terre mouillée. Quand j'entendais l'orage, quand le bruit de la foudre grondait, je n'avais qu'un désir, sentir ce parfum qui restera à jamais celui de l'enfance, du bonheur, de la douceur de vivre.

Équipe. C'est ce que faisaient mes parents. La plus petite qui soit puisque composer de deux personnes. Ils ne pouvaient travailler l'un sans l'autre et leurs talents respectifs se conjuguaient pour faire de leurs productions des ouvrages merveilleux qui ravissaient ceux qui eurent le bonheur d'en profiter. J'en garde le souvenir ému et le regret éternel de n'avoir jamais su les imiter.

Protéger. C'est ce qu'il faut dire d'une enfance qui eut le bonheur d'être vécu dans un petit village des bords de Loire, à l'abri du besoin et des vicissitudes en une époque où nous ne craignions rien des voisins, nous n'imaginions pas qu'il fallait attacher un vélo ou se méfier des larcins des malandrins. Une époque révolue hélas où l'autre n'était pas un ennemi.

Savoir-faire. Ce qui caractérise le plus mes parents qui étaient toujours capables de réussir ce que leur demandaient leurs clients. Ils n'avaient rien appris, n'avaient fait aucune école, n'avaient aucun diplôme et pourtant, ils savaient faire de leurs mains des merveilles, naturellement, simplement. Moi qui n'ai jamais su que faire des miennes, c'est maintenant que je me rends compte de cet étrange talent qui fût le leur.

Unique. Ce plaisir qui était le mien d'entendre au petit matin le bruit de la cardeuse et de voir l'équipage de mon père portant béret et de ces paquets de laine qui passaient dans sa machine si bruyante. Il s'installait sur la place du village, il était un spectacle à lui tout seul que je n'ai jamais vu ailleurs. Moment exceptionnel qui ne sera jamais plus.

Vis à vis. C'est justement ce que nous n'avions pas. La boutique donnait sur le Champ de Foire. Pas de voisins en face de nous mais un espace vaste, mon terrain de jeu qui, une fois par semaine, le lundi, devenait le théâtre de ce qui était pour moi la privation de mon espace personnel ; le marché. Un bazar, des fripiers, le camion des chaussures et une fois par mois, les petits cochons de la foire aux bestiaux. Et à chaque fête foraine, les auto tamponneuses !

Voilà, mes dix mots semés au loin et qui m'ont conduit tout près de mes souvenirs intimes. Je ne sais ce que ces mots évoquent pour vous. Je serai bien curieux d'en connaître vos interprétations, vos évocations ou bien vos souvenirs. Je vous ai ouvert la porte de ma mémoire, je vous laisse à votre tour vous raconter au travers de mots anodins que d'autres ont choisi pour nous. Fasse que cette invitation proposée par la semaine de la francophonie soit ici un trait d'union entre nos souvenirs et notre amour de la langue.

 

Francophonement vôtre.

Je ramasse vos copies avant la fin de la semaine ....

La langue de chez nous


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7 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 19 mars 2013 09:48

    Bonjour Nabum

    Ma semaine est chargée, ma copie ne pourra être rendue à temps... smiley
    La semaine de la langue française me fait bien rire...comme la semaine de la femme
    Juste quelques pensées nostalgiques d’un époque où mon père, avec son Certif’ ,
    petit paysan vosgien, savait écrire une lettre au Sous-Préfet sans faute d’aurtografe.
    Je pourrais passer un temps infini à décrire un cadre de vie aujourd’hui désintégré d’où émergent encore, dans une mémoire qui fléchit, quelques points forts : patience, travail bien fait, amour de la terre, solidarité...
    Bon, je radote...et je n’ai pas dit que c’était mieux avant.


    • C'est Nabum C’est Nabum 19 mars 2013 12:54

      ZEN


      Vous serez puni ! 

      Une semaine n’est que prétexte et permet encore de disposer d’outils ...
      Bien sûr je ne suis inscrit à rien, averti de pas plus mais celà ne m’empèche nullement de travailler en classee t j’ai eu trois magnifiques textes avec les 10 mots 

      Celà suffit à justifier de telles manifestations.

    • cevennevive cevennevive 19 mars 2013 10:14

      Bonjour C« est Nabum,

      Il en manque un ! Il n’y en a que neuf ! Quel est le dixième ? C’est l’énigme du jour...

      Quant à ces quelques mots qui vous inspirent tant de bonnes et belles choses, je viens y ajouter quelques souvenirs.

      Atelier : Mon père avait un atelier où il bricolait très tôt le matin. Petite fille, j’arrivais en chemise de nuit car ses coups de marteau me réveillaient. Tendre et grondeur à la fois, il me disait : »retourne te coucher, tu vas avoir froid". Mais je ne partais pas. J’attrapais un marteau, des pointes, et tapais à grand fracas sur n’importe quelle planche... je scieais, je rabotais comme lui.

      Bouquet : le bouquet de roses que ma mère posait à mon chevet les jours d’anniversaire, bien avant que je ne m’éveille (je suis née un 23 mai, le mois des roses).

      Cachet : pas de bons souvenirs, au contraire... J’ai été malade étant enfant.

      Coup de foudre : j’ai toujours aimé les orages, la foudre, les cieux zébrés, vivants, en colère.

      Equipe : les mineurs de charbon travaillant avec mon père.

      Protéger : ma très vieille maison qui m’a toujours protégée et qui continue aujourd’hui. C’est un peu le ventre de ma mère.

      Savoir faire : Mon père m’a appris le jardinage, les arbres, les plantes, ma mère m’a appris à coudre, à tricoter, à cuisiner. Je marche dans leurs pas.

      Unique : Je suis une enfant unique...

      Vis à vis : comme vous, pas de vis à vis humain. Des arbres, des oiseaux, des champs...

      Bonne journée Nabum.


      • C'est Nabum C’est Nabum 19 mars 2013 12:52

        cevennevive


        Le dixième est voilà et il faut avouer qu’il est bien compliqué d’en faire un récit Il est pourtant présent et à sa place dans mon billet sans qu’il soit en gras pour tromper les lecteurs Voilà la vérité ...

        Merci pour vos beaux souvenirs !

      • L'enfoiré L’enfoiré 19 mars 2013 19:14

        Nabum,

        J’ai fait l’exercice demandé. Désolé d’avoir totalement dévié.

        Atelier, C’est en atelier que s’organisait notre travail de réflexions. Cela n’avait rien d’une usine. Cogiter un problème pour trouver la meilleure manière d’arriver à la solution demandés. 

        Bouquet, final, c’était quand le projet réussissait et qu’il n’y avait pas la prime pour le récompenser ….

        Cachet. Ici, c’était vraiment le remède. Le cachet d’aspirine quand le stress devenait trop aigu ou que la solution ne venait pas.

        Coup de foudre. Là, c’était le burn-out qui guettait. Une volonté de trouver un punching-ball pour calmer la foudre.

        Équipe. Le team spirit, oui, cela était la règle... en principe.

        Protéger. Ses acquis et acquérir les connaissances pour se protéger contre les mauvais coups du sort 

        Savoir-faire. L’expérience, jamais consolidée, toujours en porte-à-faux, en attendant la nouvelle version d’un gadget novateur.

        Unique. Avoir trouver la solution qui fait tout avec le moins d’efforts.

        Vis à vis. Le PC avec son écran, et parfois un écran bleu qui faisait suer. Pourvu qu’il se relance sans faire de dégâts.

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