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Serge Gainsbourg, le provocateur au grand cœur

« Rendre l’âme ? D’accord, mais à qui ? ».



Charlotte Gainsbourg, Victoire de la musique 2018 comme interprète féminine pour son album "Rest", va faire un concert au mythique Studio 104 de la Maison de la Radio, à Paris, ce vendredi 30 mars 2018 à 20 heures. Toutes les places sont déjà prises mais le concert sera retransmis en direct sur France Inter. Comme l’explique la notice, l’album « raconte frontalement des deuils et l’obsession du manque qui va avec » et la chanteuse « [joue] de l’héritage musical de Serge Gainsbourg en saluant les symphonies de poche qu’il a créées pour la chanson ou pour les bandes originales de films français ».

Mais ici, je voudrais rendre hommage à son père, Serge Gainsbourg, qui est né il y a 90 ans, le 2 avril 1928 à Paris. Il est mort quand sa fille avait à peine une vingtaine d’années, le 2 mars 1991, également à Paris. Serge Gainsbourg était un artiste de la chanson et il était à la fois l’auteur de textes poétiques, le compositeur et parfois l’interprète de nombreuses chansons françaises.

Il a évidemment marqué la vie parisienne, la vie artistique française, parce qu’il avait le génie de la mélodie. Son mode de vie, son comportement quasi-suicidaire, mêlant angoisse et audace, mélancolie et provocation, a probablement réduit son espérance de vie. Alcool, tabac, nuits blanches, etc. L’autodestruction dans la création. Cœur tendre dans une armure d’audace et de provocation.

Il a écrit et composé pour de nombreuses chanteuses et de nombreux chanteurs : Jane Birkin, Charlotte Gainsbourg, Bambou, Brigitte Bardot, Petula Clark, Catherine Deneuve, Isabelle Adjani, Juliette Gréco, France Gall, Valérie Lagrange, Mireille Darc, Vanessa Paradis, Françoise Hardy, Zizi Jeanmaire, Régine, Dalida, Isabelle Aubret, Nana Mouskouri, Marianne Faithfull, Jacques Dutronc, Alain Chamfort, Eddy Mitchell, Alain Bashung, Julien Clerc, Étienne Daho, Claude François, etc.

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Son existence fut émaillée de quelques provocations à deux balles, ou plutôt, à cinq cents francs, comme ce billet dont il a brûlé les trois quarts en direct à la télévision dans l’émission à forte audience "Sept sur sept" le dimanche 11 mars 1984 sur TF1, pour protester contre le "racket fiscal" (ses revenus étaient taxés à 74%). Provocations qui pourraient encore plus choquer la France d’aujourd’hui que celle d’hier, comme les ambiguïtés faussement incestueuses avec sa fille Charlotte à la même époque (voir dernière chanson proposée).

Serge Gainsbourg a choqué aussi les institutionnels avec sa version très particulière de "La Marseillaise", enregistrée le 12 janvier 1979 et sortie en album le 1er avril 1979, l’hymne national français qu’il a renouvelé sur un air de reggae et titré "Aux armes et caetera". Le journaliste Michel Droit, futur académicien qui interviewa De Gaulle pour la campagne présidentielle de décembre 1965, a sorti l’artillerie lourde le 1er juin 1979 dans "Le Figaro Magazine", en dénonçant « une profanation pure et simple de ce que nous avons de plus sacré » avec des relents insensés d’antisémitisme. Gainsbourg lui a répondu sur le même ton dans "Le Matin-Dimanche" du 17 juin 1979 avec une contrepèterie pour titre : "On n’a pas le c@n d’être aussi droit".







La polémique entre l’artiste et ceux qui représentaient l’ordre (militaires, anciens combattants, etc.) s’est poursuivie pendant plusieurs mois (jusqu’en 1980) au point que cela a dopé les ventes de son disque. Certes, Gainsbourg était un provocateur et aimait bien faire des bras d’honneur à l’armée et n’a pas hésité à clamer : « Je suis un insoumis qui a redonné à "La Marseillaise" son sens initial ! », mais la chanson en elle-même était plutôt intéressante et n’était pas vraiment choquante si ce n’est qu’elle apportait une version nouvelle et originale (les Beatles aussi ont proposé une version différente, mais eux n’étaient pas français). Le comble, ce fut que Gainsbourg ait acquis aux enchères de Versailles, le 14 décembre 1981 (pour 135 000 francs), l’un des deux manuscrits originaux de Rouget de Lisle, et à partir du deuxième refrain, ce dernier avait écrit : « Aux armes, citoyens ! etc. ».

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Grâce à l’Internet, voici quelques chansons très connues de Serge Gainsbourg que je propose de réécouter (les dates correspondent aux sorties commerciales).



1. "La Javanaise" (mars 1963).

Enregistrée en janvier 1963, cette chanson très connue fut écrite et composée pour Juliette Gréco. Elle fut le résultat d’une soirée très arrosée des deux chanteurs en été 1962. Serge Gainsbourg l’a commentée ainsi : « Cette Javanaise, qui fut si incomprise parce que j’y parle javanais, je l’ai écrite pour Juliette Gréco et je lui ai donnée aussitôt son retour des Amériques. Je pense être un auteur privilégié puisqu’elle m’a chanté et je pense qu’il n’y a pas un auteur digne de ce nom, ou au moins ayant un tant soit peu de tenue littéraire, qui n’ait souhaité écrire pour elle. » (future TF1, 26 juillet 1966).







2. "Couleur Café" (26 octobre 1964).

On aurait pu imaginer Henri Salvador chanter une telle chanson qui fait jaillir le soleil et la chaleur dans les oreilles et même dans l’imaginaire des rétines.







3. "Je t’aime, moi non plus" (10 décembre 1967).

Initialement écrite et composée pour un duo avec Brigitte Bardot (après l’interdiction de diffuser de son mari de l’époque, elle accepta sa diffusion en mai 1986), la chanson fut enregistrée à nouveau avec Jane Birkin en décembre 1968. À la sortie de la nouvelle version, en février 1969, la polémique fut vive et plusieurs pays européens l’ont interdite de diffusion, en raison du « duo en râles mineurs » des deux chanteurs, alors que Jane Birkin n’avait que 22 ans (née le 14 décembre 1946) : « En l‘espace de trois ou quatre minutes, Gainsbourg et Jane Birkin émettent autant de soupirs, de plaintes et de grognements qu’un troupeau d’éléphants en train de s’accoupler. » ("Il Giornale d’Italia" selon "L’Express" du 22 septembre 1969). Ce fut cependant un grand succès commercial notamment au Royaume-Uni et en France (au contraire de la version avec Brigitte Bardot, à une époque, les années 1980, où cela ne scandalisait plus beaucoup de monde).







4. "Requiem pour un c@n" (14 mars 1968).

Enregistrée le 8 septembre 1967 sur une revisitation de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak, cette chanson a été cocomposée par Serge Gainsbourg et son arrangeur habituel Michel Colombier et, à la demande de Jean Gabin, est devenue la musique du générique du film "Le Pacha" réalisé par Georges Lautner et sorti le 14 mars 1968.







5. "Torrey canyon" (juin 1968).

La chanson évoque l’une des premières marées noires très médiatisées, qui a commencé le 18 mars 1967.







6. "Je suis venu te dire que je m’en vais" (16 novembre 1973).

Reprenant les paroles de Paul Verlaine à une période de son existence particulièrement difficile (il a failli mourir de son premier infarctus), cette chanson a été fréquemment diffusée à la suite de sa disparition. Gainsbourg avait enregistré des pleurs de Jane Birkin qui venait d’accoucher de Charlotte (née le 21 juillet 1971). Elle s’adressait en fait à une autre femme, mais exprimait également une forme de jalousie du succès cinématographique de Jane Birkin.







7. "Sea, Sex and Sun" (juin 1978).

Enregistrée du 22 au 24 mai 1978, cette chanson que Serge Gainsbourg avait écrite et composée très rapidement a été un très grand succès commercial, ce qui l’a rendu un peu amer par rapport à d’autres chansons plus construites qui n’ont pas eu le même succès. Dans la création, la facilité, souvent, paie ! C’est avec cette chanson que le succès de Serge Gainsbourg s’est fait sur son nom et plus par procuration.







8. "Lemon Incest" (2 octobre 1984).

Inspirée de Chopin, la chanson exprime le lien fusionnel entre le père et sa fille, ce qui ne manqua pas de provoquer un scandale sur une suspicion d’inceste (le titre de la chanson est un jeu de mot avec "un zeste de citron" traduit en anglais). Cette chanson a lancé la carrière de chanteuse de Charlotte Gainsbourg à l’âge de 13 ans qui allait parallèlement marquer le grand public avec sa prestation d’actrice dans le film "L’Effrontée" réalisé par Claude Miller et sorti le 11 décembre 1985 (qui lui a valu son premier César).







Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 mars 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Concert de Charlotte Gainsbourg le 30 mars 2018 à la Maison de la Radio.
Serge Gainsbourg.
Claude François.
Henri Salvador.
Johnny Hallyday.
Barbara chantée par Depardieu.

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7 réactions à cet article    


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 29 mars 18:28

    Bonsoir.Mon album préféré:Melody Nelson et les fabuleux arrangements de Vannier (ces cordes ...). Puis « L’homme à la tête de choux » . Merci.


    • markos 29 mars 20:13

      Je vais dire une bêtise, mais à la réécoute du réquiem pour un con, il me vient comme une sorte de révélation.
      beaucoup d’artistes se sont auto-appropriés inventeurs du rap et leurs arguments se valent.
      au plus loin qu’on ait pu remonter la filière, c’est adriano celentano qui paraissait tenir la corde avec son prisencolinensinainciusol de 1973.
      et maintenant en écoutant cette chanson de gainsbourg de 1967, la rythmique épurée se limitant à des percussions, des textes parlé sur ton monocorde et saccadé, c’est gainsbourg qui a inventé le rap !



      • Parce qu’il a une fille, très fragile en dépit des apparences, je ne m’autoriserai pas à critiquer un salaud sublime dont à une certaine époque, j’ai aussi comme nombreux d’entre-nous, aimé certaines de ses chansons. Nous n’avons pas à avoir honte d’un passé, replacé dans un certain contexte qui ne nous donnait pas le recul suffisant pour juger.


        • vesjem vesjem 30 mars 17:10

          a-t-il tout plagié sur des partitions classiques ?


          • Pierre 31 mars 01:09

            L’un des meilleurs dans le genre et qui a eu la lucidité de penser et déclarer que la chanson n’était qu’un art mineur.


            • Pierre 8 avril 00:32

              @Pierre
              Comme quoi, nombreux sont ceux qui n’aiment que le mineur...


            • sophie 1er avril 12:02

              une caricature du pervers, dans le veine du dsk et weinstein

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