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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Silence ! Action !

Silence ! Action !

Durant trois jours, du 25 au 27 juin, les salles obscures sont fêtées. Pour l’achat d’un ticket à plein tarif, les cinéphiles peuvent voir un nombre illimité de films pour deux euros. Depuis sa création, en 1985, cinquante-cinq millions de places ont été vendues. Qui aurait pensé que le cinématographe qui, fut créé pour des usages scientifiques, deviendrait un loisir ? Retour sur l’épopée du cinéma. Silence ! On tourne !

« La sortie des ouvrières de l’usine Lumière » : une porte vers le succès


Un Français sur deux va au moins une fois par an au cinéma. Comment expliquer cet engouement ? Les cinéphiles savent-ils qui a inventé le cinéma, et que celui-ci était destiné dès le début à la science ? Montons dans la « machine à remonter dans le temps » et mettons le curseur en 1895. Accrochez-vous, ça risque de secouer !
1895 : en France, c’est le début de la Belle Epoque - époque de prospérité, tant au niveau économique que social. La science progresse (apparition du phonographe, construction de la Tour Eiffel...). C’est dans ce contexte que va être présenté le premier cinématographe - du grec « kinematos », mouvement, et « graphein », écrire.
Le 22 mars 1895 va être crucial pour les frères Lumière. En effet, ils présentent pour la première fois leur invention à des professionnels. Le stress est à son maximum lorsqu’ils entrent dans la salle du 44, rue de Rennes, à Paris - siège de la Société d’encouragement à l’industrie nationale. Ils vont devoir présenter à des éminents scientifiques l’intérêt de leur invention. Pour cela, ils décident de projeter un petit film de quelques minutes La sortie des ouvrières de l’usine Lumière - tourné durant l’été à Mont-Plaisir, rue Saint-Victor. Cet extrait a enthousiasmé le comité de scientifiques. Le principe du cinématographe est de restituer l’impression du mouvement à partir d’un film perforé que fait défiler un opérateur à la vitesse d’environ vingt images par seconde. L’invention prendra de l’ampleur quand Auguste et Louis décident de faire la première séance publique, le 28 décembre 1895.

Quatre films, un franc : le festival des Lumière

Quelques jours après Noël, le 28 décembre 1895, les Parisiens peuvent voir, lorsqu’ils sortent avec ce temps hivernal, l’affiche du « Cinématographe Lumière » - cette affiche représente des bourgeois s’émerveillant devant l’arroseur arrosé. Trente-cinq badauds - peut-être curieux de savoir ce qu’était le cinématographe - décident d’entrer dans les sous-sols du Grand Café du boulevard des Capucines. L’entrée est de un franc pour la séance de vingt minutes. A l’affiche, quatre films pour épanouir les spectateurs : L’arroseur arrosé, (met en scène le jardinier des Lumière et un jeune apprenti) ; L’arrivée du train en gare de La Ciotat (un train s’arrête en gare de La Ciotat et de nombreux voyageurs descendent des wagons pendant que d’autres y montent). Ajouté à cela, les spectateurs pouvaient voir le film qui a permis aux frères de continuer leur invention : La sortie des ouvrières de l’usine des Lumière.
Parmi ces badauds, il y a Georges Méliès (1861-1938), magicien à ses heures. Celui-ci dira à propos du cinéma : « Nous restâmes bouche-bée, frappés de stupeur... C’était du délire ! Comment avait-on pu obtenir ce résultat ? Les images sautent, tremblent mais elles bougent, elles sont vivantes ! ». Le discours de Méliès sera le même prononcé par les autres badauds venus voir les prouesses de la science. Si bien que grâce au bouche à oreilles, plus d’une centaine de personnes font la queue, le lendemain, devant le Grand-Café.

Quand un omnibus se transforme en corbillard !

Les mois se suivent mais ne se ressemblent pas : la technologie évolue. Georges Méliès, ayant trouvé le filon, essaye d’acheter le brevet du cinématographe aux Lumière. Ceux-ci refusent. Auguste dira : « Remerciez-moi, je vous évite la ruine, car cet appareil est une simple curiosité scientifique. Il n’a aucun avenir commercial ! ». Qu’à cela tienne ! Méliès fabriquera son propre appareil : le kinetograph. Puis, il décide de réaliser des fictions.
C’est durant le tournage d’une fiction que lui apparaît un phénomène. Un jour, Méliès, pour les besoins de son film, tourne une scène en extérieur. Soudain, son appareil se bloque pendant une minute avant de se débloquer. Méliès n’insiste pas. Lors du développement, il découvre sur la pellicule, un omnibus, reliant Madelaine-Bastille, transformé... en corbillard. Les premiers effets spéciaux venaient de naître.
Méliès se tournera aussi vers l’actualité. En 1901, il emporte sa caméra pour filmer le couronnement du roi d’Angleterre, Edouard VII (1841-1910). Pour ce reportage, il mêle la fiction avec la réalité - une sorte de « docu-fiction » - : des figurants jouent les rôles principaux - un blanchisseur parisien joue le rôle du roi. Cet exploit vaut au réalisateur d’être invité par la famille royale.
Le succès continue pour Méliès. En 1902, il réalise son premier long métrage : Le voyage dans la Lune (des astronautes sont envoyés dans la Lune grâce à un obus). Le film doit être d’abord diffusé dans les baraques des fêtes foraines. Le cinéaste ne trouve aucun forains souhaitant le diffuser. Au bout de quelques jours, il trouve un forain acceptant de relever le défi. Le succès fut immédiat - ses collègues ont dû s’en mordre les doigts !
Comme tous les succès, il y a un moment où l’on touche le fond : c’est le cas pour Georges Méliès. Durant la Première Guerre mondiale (1914-1918), il décide de jeter l’éponge et de se reconvertir en vendeur de fleurs avec sa seconde épouse, aux portes de la Gare Montparnasse.
Après guerre, plusieurs innovations interviendront au niveau du grand écran. Le 6 octobre 1927 sort aux Etat-Unis, Le chanteur de jazz. Il s’agit du premier film parlant et musical avec en vedette le comédien Al Johnson - grimé en noir pour les besoins du film. Aujourd’hui, aller au cinéma est une action banale mais hier, il s’agissait d’un exploit. Que de chemin parcouru en un siècle et onze ans !
Voici ce que disait Marcel Pagnol : « Je peux mesurer aujourd’hui la reconnaissance que nous devons à la lampe magique, qui rallume les gens éteints, qui refait danser les danseuses mortes, qui rend à notre tendresse le sourire des amis perdus. »


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