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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Simone Weil, un ange passa, s’humanisa et disparut

Simone Weil, un ange passa, s’humanisa et disparut

Éros céleste, hermaphrodite incarné dans une période de crise, répondant ainsi à son ambivalence identitaire. « Elle appartint à ces êtres exceptionnels qui témoignent pour leur espèce en tant que différents d’elle ».

Ses parcours intellectuels et spirituels furent incompréhensibles sous l'angle psychologique. Dans l'empreinte animée et ardente de Socrate, Marx et Jésus elle se consuma. Inspirée et aveugle, (cécité homérique) cartésienne et mystique, révolutionnaire et auto-intégriste, guerrière et pacifiste, discordante et harmonieuse dans la dissonance, « vierge rouge ». Exposée aux critiques les plus contradictoires. Un parcours de Pasionaria juvénile, de princesse et d'esclave. Son royaume ne fut pas de ce monde, malgré « l 'Enracinement » son livre testamentaire.

 

« Simone Weil est absolument mon genre de femme : asexuée, intello, supra sensible et intègre jusqu'à l'absurde. Un bloc de pureté épidémique hérissé de contradictions. Cohérente à mort. » (Sandro Deniel-Laurent)

Certains aspects de son âme expriment des couples de contraires qui semblent antagonistes et suggèrent une vision dualiste du monde, d'autres sont clairement complémentaires et font apparaître l'un des principes-clé de l'univers... l'amour. Dans une âme sereine, c'est de l'équilibre et de l'union des contraires que naît l'énergie. L'expression de l'amour est au rendez-vous. « Qui dira si le déséquilibre intellectuel, l'apathie ou le génie ne sont pas conditionnés par le choc, un beau matin, entre un rayon cosmique et telle de ces cellules cérébrales délicates et sensibles. »

L'incarnation humaine se révéla laborieuse dans cet esprit original et complexe. Les paradoxes et les contradictions s'invitèrent au voyage. La bipolarité s'exprima également sous son aspect antagoniste. L'amour collectif dans son expression planétaire, voire universelle. Marx en premier plan, dans son action politique. Les dieux de l'olympe culturellement et spirituellement. Le grand livre de ses ancêtres, l'ancien testament décrié mais criant en silence. Les évangiles christiques dans le secret de son âme, révélées plus tard. Le chaos émotionnel de surcroît tant il fut malaisé d'harmoniser les contraires énergétiques dans son humanité choisie. Simone Weil grandit dans la familiarité des mathématiques que son frère André apprenait et approfondissait avec une facilité stupéfiante. ils restèrent attachés l'un à l'autre et continuèrent leurs échanges fraternels. Ils partageaient la culture classique dont ils avaient été nourris. Elle leur inspira un amour commun de la Grèce antique ainsi que de la France du XVIIe siècle, deux hautes civilisations où les mathématiques avaient été cultivées comme une partie intégrante de la pensée. Platon et les pythagoriciens, les maîtres tant étudiés et vénérés, avaient considéré la mathématique comme indissociable de la philosophie, et affirmé que l'exercice de l'une était indispensable à celle de l'autre. Descartes et Pascal avaient été à la fois philosophes et mathématiciens.

Simone naquit à Paris en 1909, dans une famille de la bonne bourgeoisie juive, environnement parental d'agnostiques, d'originaux brillants et de provocateurs. Sa grand-mère fit scandale en jouant un soir « L’Internationale » dans le grand salon d’un palace.

Fénelon, Henri-IV, École Normale Supérieure : pour Simone, le plaisir d’apprendre fut indispensable aux études : l’intelligence ne grandit que dans la joie. Et l’intelligence telle qu’elle la conçoit est tout sauf un placard à tiroirs : passer même quatre heures devant un problème de géométrie sans le résoudre, dit-elle, ce n’est pas du temps perdu. « L’essentiel n’est pas tant dans la chose que dans l’attention qu’on lui porte. »(Jean Racine)

Façonner son esprit, n'exclut pas les pressions métaphysiques, Simone confiera plus tard, « À quatorze ans je suis tombée dans un de ces désespoirs sans fond de l'adolescence, et j'ai sérieusement songé à mourir, à cause de la médiocrité de mes facultés naturelles. (...) Je ne regrettais pas les succès extérieurs, mais de ne pouvoir espérer aucun accès à ce royaume transcendant où les hommes authentiquement grands sont seuls à entrer et où habite la vérité. J'aimais mieux mourir que de vivre sans elle. Après des mois de ténèbres intérieures, j'ai eu soudain et pour toujours la certitude que n'importe quel être humain, même si ses facultés naturelles sont presque nulles, pénètre dans ce royaume de la vérité réservé au génie, si seulement il désire la vérité et fait perpétuellement un effort d'attention pour l'atteindre.

« Depuis douze ans, je suis habitée par une douleur située autour du point central du système nerveux, du point de jonction de l'âme et du corps, qui dure à travers le sommeil et n'a jamais été suspendue une seconde. » « Pendant dix ans accompagnée d'un tel sentiment d'épuisement, que le plus souvent mes efforts d'attention et de travail intellectuel étaient à peu près aussi dépourvus d'espérance que ceux d'un condamné à mort qui doit être exécuté le lendemain ».

La vocation de la vérité. « Elle vivait la distance désespérante entre « savoir » et « savoir de toute son âme » », disait d’elle son ami le philosophe catholique Gustave Thibon, éditeur de « La Pesanteur et la Grâce » (1947),

Mais on ne peut occulter les expériences heureuses et malheureuses. L’élan social ? Magnifique de générosité. L’amitié avec Trotski ? un malentendu. L’engagement de cette pacifiste intransigeante dans la guerre d’Espagne ? Paradoxal et décevant. La collusion avec les staliniens et autres tueurs fous ? Pitoyable ! Combien d'intellectuels responsables commirent les mêmes errances ?L'étrange expérience du « calvaire » prolétarien chez Alsthom et Renault.

« J'ai dans l'esprit un atelier de presses, et dix heures par jour, et des chefs brutaux, et des doigts coupés, et la chaleur, et les maux de tête… » ; « La vitesse : pour y arriver, il faut répéter, mouvement après mouvement, à une cadence qui, étant plus rapide que la pensée, interdit de laisser cours non seulement à la réflexion, mais même à la rêverie. Il faut, en se mettant devant sa machine, tuer son âme pour huit heures par jour. " L'épuisement finit par me faire oublier les raisons véritables de mon séjour en usine, rend presque invincible pour moi la tentation la plus forte que comporte cette vie : celle de ne plus penser, seul et unique moyen de ne pas en souffrir. (…) »

L'usine ne fut pas une épreuve comme les autres, mais le pivot de sa quête. Ce fut au cœur de l'enfer ouvrier, que s'incorpora sa vision révolutionnaire. (l'élan horizontal) et les révélations mystiques à l'abbaye de Solesmes (l'élan vertical). La complétude de la croix dans l'union des contraires. Mais pas de lacune, concepts intègres et réalisation pérenne. Marx fut absorbé et dépassé. Elle n'adhéra pas à l'église chrétienne, mais s' enracina au christ dans sa passion.

Elle rédigeait secrètement des cahiers, comme Pascal ses pensées, en bandelettes reliées, en omettant l'un l'autre l'organisation et l'impression finales qu'ils laissaient à la postérité amicale. Curieuse analogie avec le monde oral ancien où ses deux grands modèles, Socrate et jésus, parlaient mais n'écrivaient point.

Simone Weil nous invite à nous élever à la faveur d’un ressourcement spirituel. Vision intemporelle qui peut apparaître aujourd'hui comme actualité possible de la civilisation Européenne. « Il me parait impossible (…) d’imaginer pour l’Europe une renaissance qui ne tienne pas compte des exigences que Simone Weil a définies dans l’Enracinement ». Albert Camus qui fut l'éditeur de l'Enracinement.

Simone Weil était infiniment plus grande que sa longue silhouette. Cela se voyait trop qu'elle était grande, trop grande pour une femme, pour une philosophe de combat, pour une visionnaire, folle même, au dire du général de Gaulle, qui su plus tard s'en inspirer dans sa mystique de la France et sa vision d'un nouveau monde. Ce monde qui n'en faisait qu'à sa tête, comme elle d'ailleurs. Mais lui, le monde ne savait pas. « Je ne peux être heureuse ni manger à mon gré quand je sens que mon peuple souffre . » Par un hasard mystique, à l'âge ou son maître aimé s'éclipsa, elle eut sa mort humaine.

Simone Weil et la mathématique par Laurent Lafforgue

Documentaire de Françoise et Florence Mauro (Arte)

Bruno Deniel-Laurent Gueules d'Amour (Fayard / Mille et une nuits)
 


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44 réactions à cet article    


  • jack mandon jack mandon 4 mai 2013 14:09

    Bonjour Selena,

    Depuis l’âge de 20 ans, je garde près de moi « l’Enracinement » de Simone Weil.
    Son intelligence à facettes multiples et son regard sur un monde tellement autre,
    tellement différent d’elle même, dans ses errances et sa matérialité.
    Assumer Socrate, Nietzsche, Marx et Jésus, pour tisser un lien de continuité
    sensible entre des personnages aussi différents, suppose une belle intelligence sensible,
    et relève d’une grande sagesse. Dans un même temps, elle meurt d’aimer.
    Elle m’attendrit dans son questionnement et ses folles entreprises.
    Une intellectuelle mystique, c’est plutôt singulier. Un discours de vérité
    qui s’inspire de la culture antique, des mathématiques et des philosophies modernes.
    L’engouement qu’elle suscite aujourd’hui confirme ce que je pensais.
    Le monde serait-il si proche de sa fin ?
    Où peut être les commentateurs sont à la recherche du printemps et cela est bon.
    Je vais d’ailleurs faire de même.

    Notre époque avait à choisir entre le symptôme de son mal et le remède.
    la société a choisi le symptôme !  »

    Par la complexité de sa nature, Simone Weil, nous parle des causes.


    • babeuf babeuf 4 mai 2013 14:56

      jack mandon @cette femme qui avait un mettre mot « l amour »dans le genre humain , pensée
       par soi même , elle était une mystique passionné , de cette parcelle , qui faisait de l être
      humain une étincelle de la création , du créateur


      • jack mandon jack mandon 4 mai 2013 17:24

        Bonjour Babeuf,

        Avec vous, nous voici dans une époque de l’histoire qui fait froid dans le cou.
        Inspirateur de certains mouvements révolutionnaires de 1830 et 1840,
        égalitarisme, socialisme utopique.
        Engels et Marx parle de lui en termes élogieux, le précurseur du communisme.
        En clair un ami de coeur de Simone Weil.

        Merci de votre passage.


      • babeuf babeuf 4 mai 2013 19:27

        jack mandot@j en conviens , je suis matérialiste ; mais je reprend les paroles de jésus
        « le royaume est en nous et en dehors de nous »la matière , sans amour , n existe pas


      • jack mandon jack mandon 5 mai 2013 08:10

        Bonjour Babeuf,

        Je suis simplement très visuel, donc sensible à l’image.
        Votre icône soulignant une époque qui fut fatale au héros
        de votre choix, j’ai connu des réminiscences révolutionnaires.

        Bon dimanche puisque votre tête est heureusement bien en place.


      • Ariane Walter Ariane Walter 4 mai 2013 15:40

        Bonjour Jack, merci pour cette découverte. Je n’ai jamais rien lu de Simone Weil et sa personnalité me donne une immense envie de la découvrir. Voila une femme dont l’action et l’altruisme font rêver. Un modèle par ces temps sombres.


        • vesjem vesjem 4 mai 2013 17:34

          si les parents avaient été véritablement agnostiques ,on ne pourrait pas dire que leur fille est juive ... un peu de réflexion !


          • jack mandon jack mandon 4 mai 2013 18:12

            vesjem,

            Païen je suis, aussi les subtilités de la forme m’échappent.
            De toute façon Simone est d’essence étoilée et je la connais.
            J’ai tenté de la partager mais du bout des lèvres.
            J’ai passé des jours et des nuits sur des textes qui me parlaient d’elle.
            J’ai connu les abysses les plus redoutables et les sommets
            les plus vertigineux. Je m’interroge depuis sur ses maux existentiels,
            ses souffrances physiques et morales...je m’en remet à peine.


          • njama njama 4 mai 2013 23:30

            on peut être athée et juif (juive) ... Simone Weil l’était ... ou le fût jusqu’à un certain point de son existence.
            C’est important de le dire, elle ne fut jamais renégate, apostate ... pour la bonne raison qu’elle était athée.

            @ l’auteur
            Vous avez raison de citer qu’ elle n’adhéra pas à l’église chrétienne. Pour être plus précis, il faudrait dire à la spécificité catholique, elle la trouvait trop dogmatique, et pas assez universelle ...
            C’est très juste, il faut d’ailleurs veiller par honnêteté de sa mémoire, de sa foi à ce qu’elle ne soit pas et jamais « récupérée » comme égérie chrétienne (sainte ?), catholique ou apparentée.

            Mais tant mieux si des chrétiens s’inspirent de sa vie spirituelle, de son exemple ... elle peut inspirer également juifs, musulmans, agnostiques, athées.

            Elle sort clairement de toute les catégories, elle n’appartient à personne, elle est accessible à tous. C’est son charisme, l’aura de cette petite comète si étincelante ...

            et les révélations mystiques à l’abbaye de Solesmes (l’élan vertical).

            Je ne vois pas à quoi vous faites allusion ? l’abbaye de Solesmes c’est en 1938

            Ce qui changea profondément sa vie spirituelle, c’’est en Italie et ça se passe en 1937 !

            1937, tentant d’échapper à de violentes crises de migraines, SW, sur les conseils de son ami Jean Posternak part visiter l’Italie.

            « Là, étant seule dans la petite chapelle romane du XII° siècle de Santa Maria degli Angeli, incomparable merveille de pureté, où Saint François a prié bien souvent, quelque chose de plus fort que moi m’a obligée, pour la première fois de ma vie, à me mettre à genoux. »

            « le Christ lui-même est descendu et m’a prise ». « Je n’avais pas prévu la possibilité de cela, d’un contact réel, de personne à personne, ici-bas, entre un être humain et Dieu. »

            ce n’est qu’en mai 1942, dans sa lettre au père Joseph-Marie Perrin, qu’elle livre de façon précise l’état de son âme et ses interrogations sur les choses de la foi. Cette lettre à laquelle elle a donné elle-même le nom d’ « Autobiographie spirituelle  »

            Si la Grâce devient la notion centrale de ses derniers écrits, ce n’est pas par mysticisme, mais parce qu’elle tente d’en décortiquer les ressorts à partir de ses expériences personnelles.

            Simone Weil c’est aussi, malgré cette rencontre bouleversante avec le Christ, le refus de l’Église et du baptême. De quoi questionner les chrétiens ...

            Simone Weil, une mystique ? Non, une spirituelle !
            Ce qui me fait dire cela, c’est qu’elle écrivit  à Jean Posternak :

            « Vous me semblez attacher beaucoup d’importance aux raisonnements sur l’immortalité, je ne leur attache moi que fort peu, c’est dans cette vie qu’il s’agit de s’élever au plan des choses éternelles. »


          • jack mandon jack mandon 4 mai 2013 23:41

            njama,

            Merci de votre brillante intervention, il y aurait beaucoup à dire,
            mais vous l’avez fait avec tallent et sensibilité, je préfère me taire.

            Bonne nuit et vraiment merci.


          • jack mandon jack mandon 5 mai 2013 06:21

            Bonjour djana,

            « Vous me semblez attacher beaucoup d’importance aux raisonnements
             sur l’immortalité, je ne leur attache moi que fort peu, c’est dans cette vie
            qu’il s’agit de s’élever au plan des choses éternelles. »

            Bien sur toujours en pleine conscience, son statut de philosophe
            lui permet d’activer la fonction pensée le plus culturellement du monde.
            Cependant mystique je le maintiens car dans les dernières années
            de sa vie elle pénètre corps et âme dans l’irrationnel (naturellement)
            Depuis quelques jours, en méditant sur sa vie et ses écrits, j’ai adhéré
            à l’idée qu’elle avait percé tous les plans de l’âme, à tel point que sa famille
            ethnique pourtant entrainée à tous les méandres de l’esprit se trouve
            également un peu dépourvue devant l’universalité de son âme.
            Ainsi elle embrasse l’univers des humains en dépassant d’un seul élan
            de son amour, Socrate et l’antiquité païenne, Moïse et le pentateuque,
            Jésus et les évangiles, Nietzsche et Zarathoustra le prophète moderne,
            et enfin Marx et le matérialisme.
            Son unique faille, sa fonction psychologique la plus archaïque, càd
            la moins consciente celle qui déconcerte le plus le formalisme ambiant,
            la sensation, celle qui devrait l’enraciner à la condition humaine,
            d’où son livre testamentaire du même nom.
            De plus elle en jouait jusqu’à l’extravagance en évoluant parmi nous
            entre transparence et lévitation avec son rire généreux qui parfois
            devait faire s’interroger les terriens, l’index pointé sur leur tempe
            trop humaine. Décidément, c’est une inspiratrice de félicité
            et je crois que je l’aime et ne suis pas le seul...mon éthique
            professionnelle vole par dessus le mur des lamentation ?
            Non, je l’ai dit, je suis un païen. Le mur du surmoi. (professionnel)
            Merci de votre intervention lumineuse qui m’a permis de me lâcher.

            Au plaisir de vous lire.


          • jack mandon jack mandon 5 mai 2013 06:55

            djana,

            Sa fonction sensation disais-je, qui lui sera fatale physiquement.
            L’addiction au tabac depuis son adolescence, sa forte oralité,
            l’anorexie, un problème avec la mère et le féminin.
            Une grande déficience de tendresse humaine, d’où son Eros céleste,
            son amour collectif, universel, cette propension à l’empathie.
            Son hermaphrodisme ajoutait à la complexité de l’amour,
            le refus de tendresse par réaction de défense.
            Voici comment on est appelé à sublimer :

            « À quatorze ans je suis tombée dans un de ces désespoirs sans fond
            de l’adolescence, et j’ai sérieusement songé à mourir, à cause de la médiocrité
            de mes facultés naturelles. (...) Je ne regrettais pas les succès extérieurs,
            mais de ne pouvoir espérer aucun accès à ce royaume transcendant
            où les hommes authentiquement grands sont seuls à entrer et où habite
            la vérité. J’aimais mieux mourir que de vivre sans elle.
            Après des mois de ténèbres intérieures, j’ai eu soudain et pour toujours
            la certitude que n’importe quel être humain, même si ses facultés naturelles
            sont presque nulles, pénètre dans ce royaume de la vérité réservé au génie,
            si seulement il désire la vérité et fait perpétuellement un effort d’attention
            pour l’atteindre.

            Enfin, Simone Weil est un puits d’inspiration.


          • jack mandon jack mandon 4 mai 2013 17:45

            Bonjour Ariane,

            C’est vrai que Simone Weil embrasse de nombreux horizons
            de l’humaine condition.
            De sa vie durant, des kilos de cahiers rédigés
            qu’elle a distribué comme la semeuse de M. Larousse.

            Un autre monde de chair et de sang avant le virtuel.

            Merci pour la visite.


            • Gollum Gollum 4 mai 2013 18:03

              Bonjour Jack. Comme beaucoup ici je n’ai pas le plaisir de vraiment connaître cette personne dont le regard profondément lumineux interpelle. Quand même, vouloir vivre la vie dure de l’ouvrier tout cela par une dose d’empathie et un désir de communion peu commun, cela n’est pas courant...


              Il y eut une autre femme de Lumière à la même époque et qui a également mal fini, il s’agit d’Edith Stein.. Peut-être l’occasion d’un prochain papier ? smiley

              • Kookaburra Kookaburra 4 mai 2013 18:29

                Bonjour Jack,

                Intéressant de notez qu’elle était aussi contre le système politique de partis politiques :

                «  Pour apprécier les partis politiques selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient de commencer par en discerner les caractères essentiels.

                On peut en énumérer trois :

                Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective.

                Un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres.

                La première fin, et, en dernière analyse, l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite.

                Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration. S’il ne l’est pas en fait, c’est seulement parce que ceux qui l’entourent le sont moins que lui.

                Ces trois caractères sont des vérités de fait évidentes à quiconque s’est approché de la vie des partis. Des solutions ne sont pas faciles à concevoir. Mais il est évident, après examen attentif, que toute solution impliquerait d’abord la suppression des partis politiques. »

                (Simone Weil : « Note sur la suppression générale des partis politiques ». Paris, Climats,

                2006).


                • jack mandon jack mandon 4 mai 2013 19:03

                  Bonsoir Kookaburra

                  Merci de votre intervention

                  Voici l’une des raisons qui rend tout à fait redoutable Simone Weil.
                  Elle est une et indivisible, personnalité autonome d’une rare intelligence.
                  Les systèmes, les partis, religieux et politiques n’avaient aucune grâce
                  à ses yeux. A Londres elle posait quelques problèmes à De Gaulle.
                  Il la traitait de folle. Elle désirait affronter les nazis sur le sol français
                  mais sa naturelle imprudence juvénile, son rire débridé, ses élans
                  de walkyrie effrayait un peu l’entourage du général.
                  Elle en fut très affligée et d’ailleurs, ceci mêlé à la misère ambiante,
                  sa tuberculose avancée, peut être un cancer du poumon,
                  c’était une grande fumeuse, depuis le lycée, cette atroce sensation
                  empathique pour la misère universelle elle se fit hospitaliser,
                  pour mourir, de plus, elle refusait de s’alimenter...(anorexie) un cas.
                  Curieux tout de même, depuis ce travail de recherche, j’ai acquis la conviction
                  qu’elle a inspiré Charles le grand, la mystique républicaine, la répulsion
                  pour les systèmes politiques, les partis, et cette espèce de nouveau monde
                  que le général de Gaulle portait avec lui.
                  Elle aimait beaucoup Jeanne d’Arc, elle pouvait sans peine
                  la vivre dans ses entrailles. J’ai une infinie tendresse pour elle.

                  Bonsoir


                • jack mandon jack mandon 4 mai 2013 18:30

                  Bonjour Gollum,

                  Comme je le disais plus haut, j’ai vécu une espèce de secrète proximité
                  avec cette âme singulière. Le velouté de ses yeux nous parle de sa myopie.
                  Mais qu’importe les termes limitant et barbares des oculistes.
                  Pour une fois, dans la confidence, axe dominant Cancer-Capricorne,
                  en Cancer Lune Neptune conjoints opposés à Uranus Vénus conjoints
                  en Capricorne. Vision et intuition, originalité puissantes...Soleil en Verseau.
                  Non Gollum, je refuse de te la présenter, tu ne sauras rien de plus.
                  D’ailleurs j’ai beaucoup trop parlé. 


                  • Gollum Gollum 5 mai 2013 13:54

                    Soleil Verseau. Le signe de l’Esprit et des insoumis... L’Esprit souffle où il veut.. Quand tu vois quelqu’un qui vit selon l’Esprit tu ne sais ni d’où il vient ni où il va...


                    On ne met pas du vin nouveau (christianisme) dans de vielles outres (cardinaux octogénaires dans un vieux machin de presque deux millénaires, sans véritables progrès apparents..) car alors les outres éclatent et le Vin est perdu...

                    Effectivement le Vin a été perdu.. (Je sens que je vais encore me faire des amis, là...)

                  • jack mandon jack mandon 5 mai 2013 14:37

                    Des amis, je ne sais pas, mais il est plus que jamais temps
                    de donner son avis sans voir se dresser un interdit d’expression, une censure.
                    C’est l’époque archaïque, voir médiévale qui nous rappelle ce temps.

                    Merci de votre participation que je ne réprouve point (litote dans le texte)


                  • jack mandon jack mandon 4 mai 2013 23:31

                    Selena,

                    C’est à dire que je voulais mettre en lumière la vision de Simone,
                    qui je pense est méconnue dans cette période de l’histoire,
                    Il fallait insuffler de nouvelles énergies à cette France perdue.
                    Sans déprécier pour autant la stratégie politique et militaire du général.
                    Jean Moulin joua un autre rôle, chacun occupait une place qu’il fallait honorer.

                    Pour moi, à ce moment de l’histoire, Simone Weil, par sa vision, ses idées
                    mais aussi sa stature de Jeanne d’Arc cérébrale spiritualisée...modernisée
                    allait discrètement, par son livre testamentaire « l’Enracinement »
                    tenter de participer activement à la reconstruction de la France
                    mais concourir à poser des bases spirituelles pour l’Europe.
                    Hélas tout est à faire, ou a refaire...on ne l’a pas écouté.
                    Il faut aussi comprendre que les femmes même intellectuelles ou géniales
                    au début des années 40 ne votaient pas encore en France.(le contexte !)

                    Bonne nuit mon amie


                  • Fifi Brind_acier Pilou Camomille 5 mai 2013 07:22

                    selena,
                    Jean Moulin était le délégué en France de De Gaulle pour organiser et unifier les divers mouvements de la Résistance.

                    Sans De Gaulle, il n’y aurait pas eu Jean Moulin.

                    Vous dormiez pendant les cours d’histoire ?


                  • jack mandon jack mandon 5 mai 2013 08:23

                    Bonjour pilou camomille,

                    C’est vrai que la camomille est soignante pour les yeux.
                    Ainsi vous avez vu juste pour Jean Moulin et Charles de Gaulle.
                    Peut être que Selena dormait d’un oeil en cette époque de l’histoire.
                    En fait, elle n’avait pas vu le jour.
                    Je crois qu’elle éprouve beaucoup de sympathie pour Jean Moulin
                    et pour son action héroïque.
                    Quant au regard de Jean Moulin il devait être déterminé, celui de Simone,
                    est sans doute plus velouté...elle est émotive, myope et déterminée

                    Bon Dimanche.


                  • jack mandon jack mandon 5 mai 2013 11:24

                    Selena,

                    Je vous trouve un peu dure avec le Général.

                    Bien entendu il ne fut pas parfait, d’autant qu’il vécut assez longtemps
                    pour dire et faire des choses condamnables, Jean Moulin n’en eut pas le temps
                    dans son malheur d’activiste courageux et suicidaire.
                    Pour le besoin de modélisation qui stimule les nations, il faut reconnaître
                    que le général de Gaulle fut providentiel dans cette France à genou,
                    appauvrie, au fond ruinée...et complètement divisée, comme en 1958
                    avec ces partis politiques qui fleurissent comme les pissenlits au mois de Mai.
                    Les formules

                    « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré !... »
                    Il dit un jour que les français étaient des veaux, ce fut certainement
                    au-dessous de la réalité, à moins qu’il aie tenu à souligner l’immaturité
                    et la versatilité populaire. Enfin vous ne pouvez nier que les peuples ont
                    la représentation politique qu’ils méritent. Avec le recul de l’exilé naturel,
                    je trouve que les Gaulois sont toujours vivants, notez que les suisses
                    m’ennuient un peu...il faut que je me pose des questions personnelles.
                    C’est bien d’avoir des opinions défendables et de les défendre, en cela
                    vous avez complètement raison.
                    De toute façon t’es toujours ma copine !

                  •  C BARRATIER C BARRATIER 4 mai 2013 19:59

                    J’aime lire et relire Simone WEIL, pour son style mais surtout pour ce qu’elle est, une rebelle ne supportant pas l’oppression des hommes par des hommes, enseignante brillante,  généreuse, ayant voulu vivre une expérience ouvrière. Sa synthèse historique et philosophique de la pensée et des réalités humaines a conduit de nombreux professeurs comme elle à aller au-delà de leur programme d’enseignement, pour se situer au cœur de l’être humain qui se dépasse dans une transcendance qui dépasse tous les clivages.

                    Voir en table des news un hommage à quelques uns qui furent sans le savoir peut être ses héritiers :

                    Fonction publique : grandeur et Honneur

                     http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=3


                    • jack mandon jack mandon 4 mai 2013 23:11

                      C Barratier,

                      aller au-delà de leur programme d’enseignement, pour se situer
                      au cœur de l’être humain qui se dépasse dans une transcendance
                      qui dépasse tous les clivages.

                      Heureux d’entendre de jolies paroles en perspective.
                      Quand la pédagogie se charge de spiritualité qui ne dit son nom.
                      Quand la fonction devient un art, l’art de la pédagogie.

                      On se sent tous en amitié à travers Simone.

                      Bonne nuit.


                    • babeuf babeuf 4 mai 2013 21:04

                      pour ceux ,qui veulent lire la vie de simone weil ,par simone pétrement , mais par ce même auteur , un excellent bouquin le dieu séparé ,simone était infuencé par le gnosticisme


                      • Jicé Jicé 4 mai 2013 22:05

                        Très beau texte que le vôtre en hommage à cette figure atypique de notre monde contemporain, à cette « très belle personne ».

                        Personnellement je me suis ouvert à ses écrits et à sa pensée à l’époque où je m’intéressais au Catharisme. Sur beaucoup de points (sa conception du désengagement de Dieu dans la Création du monde, l’inaccessibilité de ce Dieu, sa façon même de se laisser mourir à l’instar du « suicide » mystique des Hommes Parfaits ou Purs comme étaient appelés les Cathares) en faisaient à mes yeux une des dernières représentantes modernes de ce courant dualiste, manichéen qui plongeait ses racines dans le monde et les civilisations pré-romaines... (Voir sa lettre à Déodat Roché)...
                        Depuis, je me replonge régulièrement dans la lecture de ses écrits, comme support de méditation...

                        • jack mandon jack mandon 4 mai 2013 23:03

                          Bonsoir Jicé,

                          Merci de votre intervention. Il se trouve que le papier dont vous parlez
                          contient surtout des citations de Simone Weil et quelques commentaires
                          qui constituent des liens sensibles entre tous ses messages.
                          Vous avez observé que Simone s’efface de sa vie humaine
                          à un âge sensiblement équivalent de celui de Jésus.
                          J’évoquais la « coïncidence mystique ».

                          La lettre à Déodat Roché est d’une grande richesse.
                          il s’agit comme vous le soulignez de supports de méditation.
                          Avec Simone Weil les mots et les phrases sont spirituellement chargés.

                          Bonne nuit.


                        • jack mandon jack mandon 4 mai 2013 22:22

                          Merci Babeuf,

                          Est-ce pour avoir brûlé dans sa chair comme une offrande aux dieux ?
                          Nous évoquons Simone juvénile et pure traversant la galaxie humaine.
                          Ce qui est fusionnel selon la terre, mais déflore à peine son angélisme.

                            


                          • Furax Furax 5 mai 2013 11:21

                            Bonjour Jack. Très beau texte.

                            J’ai eu la grande chance de découvrir Simone Weil au sortir de l’adolescence (« Attente de Dieu », magnifique !).

                            Je viens de relire un texte d’Emmanuel Mounier sur Bernanos (« L’espoir des désespérés »), qui avant de découvrir votre article sur Agora, m’avait renvoyé avec beaucoup d’évidence à Simone Weil, (qui n’était pourtant pas chrétienne...)

                            « Les saints ne sont pas des séparés...Ce ne sont pas, Dieu non ! ce ne sont pas des tranquilles et ce n’est pas la sécurité qu’ils répandent autour d’eux ...  Trop souvent ils ont été une épreuve pour l’Eglise avant d’en devenir la gloire ! Une épreuve mais aux deux sens du mot ; qu’ils cèdent ou qu’ils diminuent, elle s’effondre par grands pans. Car ils y maintiennent l’amour, et il n’y a qu’une erreur et qu’un malheur au monde, c’est de ne pas savoir assez aimer. Ils y maintiennent l’enfance et l’enfance jugera le monde. Ils y maintiennent la JOIE et l’homme meurt spirituellement, soit de tristesse, soit de bonheur »


                            • Gollum Gollum 5 mai 2013 13:49

                              Bonjour Furax. Moi aussi j’aime vos interventions. smiley


                              Trop rares.

                            • jack mandon jack mandon 6 mai 2013 12:41

                              Comme le proclame Jésus,
                              « Devenez comme des enfants et vous connaîtrez Dieu »

                              L’infantilisme se répand mais l’enfant se fait rare.
                              Après 5 ou 6 ans les enfants ressemblent de plus en plus
                              à des petits monstres, leurs parents à des irresponsables.
                              Nos politiques à de gros crétins à la recherche du pouvoir.
                              Les religieux à des névrosés dangereux et hypocrites.


                            • jack mandon jack mandon 5 mai 2013 12:12

                              Bonjour Furax,

                              J’aime vos interventions.
                              « j’ai eu la grande chance » je le crois, Simone Weil est essentielle pour la spiritualité.
                              Pour les systèmes politiques ou religieux c’est une révolutionnaire redoutable.
                              Simone Weil est profondément habitée par l’amour au point d’en mourir.
                              C’est essentiel. Les étiquettes, le dogmatisme, quelle qu’en soit la provenance
                              ne sont pas fondamentalement porteuses de liberté et de vérité.
                              Trop d’émotion dans le religieux, c’est à dire trop de projections qui appellent
                              innocemment, mais inéluctablement à la haine et à la mort. Les faits crient.

                              « La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi :
                              en ce sens l’athéisme est une purification. Je dois être athée avec la partie
                              de moi-même qui n’est pas faite pour Dieu. Parmi les hommes chez qui
                              la partie surnaturelle d’eux-mêmes n’est pas éveillée, les athées ont raison
                              et les croyants ont tort. » (Ibid.)

                              « Il n’y a pas d’autre critérium parfait du bien et du mal que la prière intérieure ininterrompue. Tout ce qui ne l’interrompt pas est permis, tout ce qui l’interrompt est défendu. Il est impossible de faire du mal à autrui quand on agit en état de prière. A condition que ce soit prière véritable. Mais avant d’en arriver là, il faut avoir usé sa volonté propre contre l’observation des règles. » (Dressage)

                              « Le rationnel au sens cartésien, c’est-à-dire le mécanisme, la nécessité humainement représentable, doit être supposé partout où on le peut, afin de mettre en lumière ce qui lui est irréductible. L’usage de la raison rend les choses transparentes à l’esprit. Mais on ne voit pas le transparent. On voit l’opaque à travers le transparent, l’opaque qui était caché quand le transparent n’était pas transparent. On voit ou les poussières sur la vitre, ou le paysage derrière la vitre, mais jamais la vitre elle-même. Nettoyer la poussière ne sert qu’à voir le paysage. La raison ne doit exercer sa fonction que pour parvenir aux vrais mystères, aux vrais indémontrables qui sont le réel. L’incompris cache l’incompréhensible, et pour ce motif doit être éliminé. » (L’intelligence et la grâce)

                              « Le nettoyage philosophique de la religion catholique n’a jamais été fait. Pour le faire, il faudrait être dedans et dehors. » (Ibid.)

                              Bien entendu tout cela vient de Simone Weil, pour méditer, je ne vois rien de plus efficace.

                              Je n’ai jamais trouvé écoute et reconnaissance chez les enseignants laïques
                              dans mon enfance, je n’ai pas rencontré non plus d’écoute et de reconnaissance
                              dans la religion catholique de mon enfance. à 25 ans j’étais théologien protestant.
                              Je renvoie dos à dos les athées gauchisants et les religieux dogmatiques et me sens
                              parfaitement en phase avec Simone Weil...j’ai beaucoup de chance d’être encore vivant.

                              Tout cela, et malgré les apparences en toute sympathie envers vous qu’il me plait
                              de respecter et de reconnaitre...mais j’ai encore beaucoup de travail avec d’autres.

                              Je suis convaincu que nous aurions beaucoup de plaisir de nous rencontrer
                              en sachant que nous saurions nous reconnaitre et nous apporter l’un l’autre.

                              Par la force des choses, la pédagogie m’interpelle, et j’ai la conviction que Simone Weil
                              et capable, par la complexité de sa nature d’engendrer la paix et l’harmonie.

                              Un signe qui ne trompe pas pour moi...elle me semble méconnue.

                              Merci de votre écoute, bon Dimanche.


                              • Gollum Gollum 5 mai 2013 13:47

                                Bonjour Jack. Je trouve ces citations vraiment brillantes. 


                                « La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi : 
                                en ce sens l’athéisme est une purification. Je dois être athée avec la partie
                                de moi-même qui n’est pas faite pour Dieu. Parmi les hommes chez qui 
                                la partie surnaturelle d’eux-mêmes n’est pas éveillée, les athées ont raison
                                et les croyants ont tort. » (Ibid.)

                                Bien d’accord que l’athéisme est quelque part un progrès par rapport à la façon dont certains vivent les religions institutionnelles.. C’est peut être pour cela que l’athéisme s’est développé au fond. Si l’on pense comme moi que rien n’arrive sans la volonté expresse du Maître des Mondes on peut y voir la marque de la Providence. C’est d’ailleurs la marque même de Dieu que d’écrire avec des courbes, les Taoïstes chinois l’avaient bien compris. Jung disait de même que l’Église et ses rites, ses dogmes, servaient au croyant à fuir Dieu. Paradoxe apparent là aussi auquel je souscris...


                                « Il n’y a pas d’autre critérium parfait du bien et du mal que la prière intérieure ininterrompue. Tout ce qui ne l’interrompt pas est permis, tout ce qui l’interrompt est défendu. Il est impossible de faire du mal à autrui quand on agit en état de prière. A condition que ce soit prière véritable. Mais avant d’en arriver là, il faut avoir usé sa volonté propre contre l’observation des règles. » (Dressage)


                                Oui. Je remplacerais personnellement prière par autre chose, m’enfin bon. L’idée est assez proche de celle d’Eckhart : « ce ne sont pas nos actes qui nous sanctifient mais nous qui sanctifions nos actes ».. Mais pour en arriver là encore faut-il être capable de ce détachement intérieur vis à vis de soi qui permette réellement de vivre de cette façon. En ce qui me concerne ce n’est pas encore d’actualité... Bien souvent une abondance de souffrance est nécessaire pour arriver à une telle pureté d’âme.

                                « Le rationnel au sens cartésien, c’est-à-dire le mécanisme, la nécessité humainement représentable, doit être supposé partout où on le peut, afin de mettre en lumière ce qui lui est irréductible. L’usage de la raison rend les choses transparentes à l’esprit. Mais on ne voit pas le transparent. On voit l’opaque à travers le transparent, l’opaque qui était caché quand le transparent n’était pas transparent. On voit ou les poussières sur la vitre, ou le paysage derrière la vitre, mais jamais la vitre elle-même. Nettoyer la poussière ne sert qu’à voir le paysage. La raison ne doit exercer sa fonction que pour parvenir aux vrais mystères, aux vrais indémontrables qui sont le réel. L’incompris cache l’incompréhensible, et pour ce motif doit être éliminé. » (L’intelligence et la grâce)


                                Là aussi je ne peux qu’être d’accord. Pas d’abandon prématuré de la raison comme on le voit trop souvent dans les religions de foi... D’où le développement abondant d’attitudes superstitieuses chez beaucoup de leurs membres. Suffit de se balader sur les forums religieux pour le constater et ce quelque soit la confession. La raison doit être exercée jusqu’à ce qu’atteignant un sommet elle s’efface d’elle-même devant le Mystère. Car Mystère il y aura toujours. 

                                « Le nettoyage philosophique de la religion catholique n’a jamais été fait. Pour le faire, il faudrait être dedans et dehors. » (Ibid.)


                                Ça c’est une évidence. Tout est à construire. Et c’est vrai que ce sont des gens du dehors qui m’ont le plus apporté. Ce n’est bien évidemment pas un hasard et montre que l’Église qui se dit inspirée par l’Esprit Saint profère quelque part une ânerie, car l’Esprit Saint est rebelle et souffle où il veut. L’Esprit Saint n’aime pas les conformistes, ceux qui adhèrent à quelque chose parce qu’ils pensent que plus c’est gros (au sens de grosse structure), plus ça dure longtemps (2000 ans), plus cela ne peut être que forcément vrai..


                                D’ailleurs quand on lit les reproches faits aux Églises dans l’Apocalypse, on voit de façon claire que l’Esprit Saint n’a pas vraiment soufflé sur elles sinon il n’y aurait pas eu de reproches..


                              • Furax Furax 5 mai 2013 14:02

                                Bon dimanche Gollum !

                                Une autre citation de Simone Weil que j’apprécie particulièrement :
                                "

                                « Le mécanisme de la nécessité se transpose à tous les niveaux en restant semblable à lui-même, dans la matière brute, dans les plantes, dans les animaux, dans les peuples, dans les âmes. Regardé du point où nous sommes, selon notre perspective, il est tout à fait aveugle. Mais si nous transportons notre coeur hors de nous-mêmes, hors de l’univers, hors de l’espace et du temps, là où est notre Père, et si de là nous regardons ce mécanisme, il apparaît autre. Ce qui semblait la nécessité devient obéissance. La matière est entière passivité, et par suite entière obéissance à la volonté de Dieu. Elle est pour nous un parfait modèle. Il ne peut pas y avoir d’autre être que Dieu et ce qui obéit à Dieu. »


                              • Gollum Gollum 5 mai 2013 15:23

                                Ce qui semblait la nécessité devient obéissance. La matière est entière passivité, et par suite entière obéissance à la volonté de Dieu. Elle est pour nous un parfait modèle. Il ne peut pas y avoir d’autre être que Dieu et ce qui obéit à Dieu. »



                                Oui. Amusant de voir que tous les grands esprits profondément métaphysiques disent tous la même chose. Et réconfortant surtout.

                                J’en livre une autre qui est de mon cru : La matière qui est entière passivité et obéissance à la volonté de Dieu c’est la Vierge Marie. La matière qui refuse cette obéissance c’est Satan.
                                C’est la raison pour laquelle la Victoire sur le Mal est confiée à la Femme. C’est de l’homéopathie en quelque sorte... 

                                Le Mal dans les contes de fée est toujours féminin. C’est la Marâtre, la Marraine de la jeune fille, et qui essaye de tuer celle-ci... Mais le Prince, en la réveillant tue cette Marâtre et permet le happy end...

                                Sur ces réflexions gnostiques et plus ou moins néo-cathares je m’en vais profiter un peu du Soleil..
                                A+ smiley

                              • jack mandon jack mandon 5 mai 2013 14:40

                                Tout en finesse, et l’humour en toile de fond

                                Bon Dimanche à tous


                                • jack mandon jack mandon 6 mai 2013 10:31

                                  En réponse à Gollum,

                                  Tant que la femme ne prend pas sa juste place dans le monde,
                                  les énergies humaines, physiques, mentales et spirituelles sont déficientes.
                                  Observez simplement les sociétés et collectivités politiques et religieuses
                                  ou la femme est absente, tyrannisée, réduite à la fonction d’objet méprisable
                                  plus ou moins utilitaire.
                                  Ce sont des pôles chaotiques, réagissant au fusionnel, à l’émotionnel.
                                  Le désordre, la peur, la haine, la révolte, la guerre. C’est trop évident !
                                  L’autre fléau majeur, l’argent, la finance, l’abstraction négative de la domination,
                                  qui détruit depuis quelques décennies les valeurs fondamentales de l’humain.
                                  Dans cette perspective, la femme est un objet de luxe, une forme de mépris.
                                  L’humain doit prendre toute sa place mais dans la lumière et la pleine conscience.

                                  Pour cela, pédagogiquement, j’ai proposé un personnage lumineux, Simone Weil.

                                  Bonne semaine à tous.

                                   


                                • Gollum Gollum 6 mai 2013 13:53

                                  Bien d’accord. La femme est ce qui nous mène à l’amour. Du moins elle le devrait.


                                  Malheureusement la féminité à notre époque est tellement dévalorisée que beaucoup de femmes se transforment en matrônes masculinoïdes, cheveux coupés courts, pantalons, goûts masculins pour l’action (sociale, faut bien garder un minimum de féminin quand même... smiley)..

                                  Celles qui restent féminines profitent de cet atout pour se placer sur l’échelle sociale. Bref, elles jouent à la pute de luxe..

                                  Reste une minorité, authentique et rare...

                                • jack mandon jack mandon 6 mai 2013 10:44

                                  J’observe qu’il existe plus de 30 % de commentateurs qui se plaisent
                                  dans l’émotion, la fusion et le ressentiment.
                                  On peut ne pas aimer un auteur, un sujet, une personnalité médiatique,
                                  mais il n’est pas interdit de réfléchir, d’exprimer ouvertement et sincèrement.

                                  Nous sommes tous sur la même planète et connaissons les mêmes joies,
                                  les mêmes difficultés et les mêmes peines.
                                  L’autre est un autre moi-même, si je le rejette, c’est une partie de moi
                                  que je refuse. Curieuse manière de m’autodétruire.

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