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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Slavoj Zizek/Jordan Peterson : débat sur le capitalisme
#55 des Tendances

Slavoj Zizek/Jordan Peterson : débat sur le capitalisme

C'était au printemps de cette année seulement. D'aucuns veulent déjà le comparer au débat Michel Foucault/Noam Chomsky (philosophe français de la domination biopolitique et des microrésistances/idéologue étasunien scientifique de l'anarchosyndicalisme) ... le débat Slavoj Zizek/Jordan Peterson. Un commentaire pour les amateurs et autres aspecteurs.

 

Qu'il est beau qu'un tel débat puisse avoir lieu, avec autant d'intérêt occidental - à défaut d'être mondial. Cela devrait avoir lieu plus souvent. Voici une critique nerveuse de l'ensemble, âmes sensibles s'abstenir, ça va chauffer dans les cervelles :

  • Qu'en fait d'intérêt occidental, il est curieux de remarquer que l'Occident oriental (Europe centrale) rencontre l'Extrême-Occident (Amériques) - en l'occurrence un Slovène très Européen, et un Canadien fatalement membre du Commonwealth anglais ;
  • Dans la veine, qu'un certain continentalisme philosophique meets'n feats - rencontre et soutienne - (et réciproquement) un certain analytisme philosophique ;
  • Tout cela témoigne de la mondialisation occidentale a minima, et de l'impertinence toujours plus relative des frontières (avis aux populistes) au moins en ce qui concerne l'aire de civilisation occidentale, et encore que la rencontre Zizek/Peterson témoigne de fractures culturelles internes immenses ;
  • Un seul exemple, central au débat : la question du post-marxisme ; pour les continentaux, il y a un marxisme après les léninisme-stalinisme-maoïsme-guevarisme-castrisme, au fond largement assimilable à ce qu'il est convenu d'appeler le socialisme réformiste de partis dont témoigne Zizek, du moment qu'il se départit de son centrisme sociétaliste (dont le dernier parti socialiste français, dont ressort le président actuel, est un avatar - au centrisme sociétaliste, - dans l'exacte mesure où il est affairiste) mais le monde anglo-américain, toujours à son post-maccarthysme de "chasse aux sorcières rouges", préfère oublier le marxisme au profit d'un affairisme éventuellement mieux compris à travers le prisme de Peterson, car lui-même non-sociétaliste au nom de sa démarche anti-cultural marxist ;
  • Néanmoins, donc, ces démarches peuvent se rencontrer devant le sociétalisme, à désirer faire civilisation atlantique. C'est que le diagnostic climatique, technologique et culturel est similaire, et au fond le zizekisme reproduit les réflexes gauchistes des cinquante dernières années là, dans la mesure où son socialisme produit une caution morale collective, à l'affairisme qui ne comptait que sur les cautions morales individuelles (toute la nuance est là peut-être, entre les deux hommes) ;
  • Ainsi les deux hommes de faire beaucoup de moralisme, within goodness'n evil - entre bonté et méchanceté - et dans son spiritualisme rational (d'ontologie rationnelle, psychologique sous l'angle lacanien pour Zizek, jungien pour Peterson) c'est tellement raccord que c'en devient (post ?)christo-platonicien, exactement dans cette motion à faire civilisation atlantique (encore que Zizek ait une dégaine de lifestyle plus convivialiste, tandis que Peterson présente un lifestyle plus professionnaliste : bref, des esth/éthiques) ;
  • A partir de là, il est permis de dire qu'on se retrouve devant un sur-populisme de civilisation, à condition de bien comprendre que ce populisme témoigne de la santé cordiale d'un homme, et qu'il fait face à un élitisme dont les débatteurs ressortent et qu'ils connaissent (ce qui les rend d'autant plus légitimes), mais un élitisme qui donc aurait perdu cette saine cordialité, dans sa course en avant move-move - bouge-bouge - moins réfléchie, plus efficace, donc dangereusement fast'n furious BCBG - rapide et hargneux Beau-Cul-Belle-Gueule (sans quoi le débat n'aurait eu aucun prétexte non plus) ;
  • Jordan Peterson est à ce titre un "nietzschéen" ce que Michel Onfray peut se dire lui-même "nietzschéen" : Nietzsche est pour eux une manne, non une intelligence (immoraliste) mais Slavoj Zizek est clairement anietzschéen encore qu'il puisse en partager des diagnostics, et qu'il n'est pas sans porter un sens de la terre, notoirement à travers son psychanalytisme (tout comme Peterson, en fait, qui est dirons-nous "un nietzschéen culturel") : ce ne sont pas des immoralistes, et de toute évidence ils partagent un affairisme, encore que Zizek se sente plus sociétaire de conviction que Peterson, sociétaire de responsabilité (rapport aux éthiques de Max Weber) ;
  • Dans sa défense pragmatique évolutionniste et historiciste du capitalisme, Jordan Peterson ne parvient pas à convaincre sur le fait que ce même capitalisme sape l'éthique à laquelle il aspire (voir aussi à ce sujet Alain Deneault), néanmoins Peterson est cohérent avec cette idée que ce sont les ingéniosités personnelles qui vont le vivifier et sauver de lui-même : il en est un représentant, d'ailleurs, à assumer jusqu'à la responsabilité individuelle de la culture, ce qui n'est pas donné à tout le monde, en quoi il est bel et bien libéral au sens antique, rapport à la nécessité d'une gentilhomie dont ne semble avoir que faire Zizek, plus cioranesque dans son pessimisme, donc aussi plus archaïque (au sens freudien du terme d'ailleurs) - d'où sa perplexité devant les pouvoirs de la gentilhomie, au final, à solliciter une régulation socialiste ;
  • Il est à douter des effets d'un tel débat, surtout à considérer l'atmosphère de supporting largement entretenue par l'organisation du débat, ridiculisante et presque caricaturale dans la posture du présentateur - d'ailleurs judicieusement taquiné par Zizek, - encore qu'inversement il lui sembla un disgusting guy - homme dégoûtant - manifestement (à en croire le faciès du présentateur) ;
  • Ce disgust - dégoût - est d'ailleurs le même que l'occidental américanisant devant Vladimir Poutine.

En définitive, pas sûr qu'on en ressorte grandi, encore que, à mon avis, le débat soit un judicieux et honnête état des lieux des dynamiques contemporaines.

 

 

 

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13 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 14 août 11:05

    Dans le magazine culturel « Current Affairs », Nathan Robinson a écrit : « Vous pouvez avoir votre propre idée de l’enfer. La mienne est de passer l’éternité emprisonné dans une pièce avec Jordan Peterson et Slavoj Zizek ».

    Et « The Federalist » est encore plus clair : « Le débat mérite d’être vu car il est divertissan », on a assisté à la naissance d’un vrai duo comique intellectuel ».


    • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 14 août 18:12

      Les milieux affairistes ont une sainte horreur qu’on parle d’eux comme objet global, dans le pour comme dans le contre, on ne peut s’étonner des citations de vos sources. Ils n’admettent que des généralités quant à l’état et l’avenir des opportunités dans un monde vécu comme vaste process (en anglais : digestion).


    • Laconique Laconique 14 août 11:12

      Le capitalisme s’exprime beaucoup plus posément et élégamment que le marxisme. C’est ce qui ressort du débat. 


      • sophie 14 août 12:04

        @Laconique
        c’est ce l’on nomme « la vaseline », les agences de com sont créées pour cela


      • Meursault Meursault 14 août 12:38

        @Laconique

        L’antonyme de capitalisme n’est pas marxisme, mais socialisme ou communisme. Il s’agit de systèmes socio-économiques qui se distinguent par les crières de « marché » et de « propriété privée des moyens de production ».

        Le mot « marxisme » n’a pas plus d’antonyme que n’importe quel système philosophique ou idéologique, si vous préférez, comme par exemple « cartésianismes », « hégélianisme », platonisme« , »christianisme« , qui s’exposent plus ou moins »élégamment" selon le talent de l’exégète qui s’y colle.


      • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 14 août 18:15

        Amusant, oui. En même temps, nous pourrions dire que le marxisme s’exprime plus franchement et vivacement que le capitalisme. Si seulement il avait bien été question de tout cela au tréfonds. Car Peterson était mal renseigné sur Marx, et Zizek a fini par lui en apprendre lui apprendre que le marxisme ne se résumait pas à la lutte des classes, et que c’était tout son intérêt en économie politique. Finalement, Zizek, mieux renseigné, mais évidemment plus critique, ont cherché à se comprendre ; Cela aussi, est à souligner, car c’était exemplaire.


      • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 14 août 18:17

        * Finalement, Zizek, mieux renseigné, mais évidemment plus critique, a fini par enseigné Peterson, qui situait diversement quant à lui avec intelligence, et l’on a assisté à deux hommes cherchant sincèrement à se comprendre. Cela aussi, est à souligner, car c’était exemplaire.


      • Laconique Laconique 14 août 18:41

        @Marzhin Tavernier

        Oui, ce Peterson n’a pas l’air très renseigné. Il cite juste le Manifeste qu’il vient de découvrir, jamais le Capital. Et quand il dit, à 43:00, que le capitalisme est le seul système qui produit de la richesse, wealth, on sent que pour lui c’est le Graal suprême, qu’il n’y a rien au-dessus. Vision très matérialiste et très anglo-saxonne des choses. Zizek est plus profond, il a saisi le tragique de la condition humaine. Dommage que son expression soit un peu confuse.


      • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 14 août 18:49

        Je n’ai rien de spécial à ajouter. Le capitalisme aime ignorer son instauration impérialiste, au XIXème siècle.


      • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 14 août 21:05

        Avant d’opposer les deux qui ne sont absolument pas sur la même gamme, il faut expliquer leurs philosophies propres.

        Peterson c’est le mec qui dit : toi le jeune sors tes doigts du cul et fait ta place dans ce monde de compétition. Ce discours a sa place pour les millénaux hors de la société. Cependant il trouve ses limites dans notre société de concurrence totalement faussés.

        Le père Zizek, c’est celui qui révèle l’hypocrisie partout où elle se trouve, un esprit contrarien qui soulève les illogismes du communiste moyen au capitaliste moyen. Donc juste une moyenne en somme.

        Opposer les deux est factuellement contre-productif : pourquoi opposer deux critiques acerbes du Système si ce n’est que pour permettre au Système de subsister ?


        • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 14 août 23:17

          Le fait est qu’ils ont déjoué l’opposition.


        • BA 15 août 00:05

          Les marchés plongent alors que les risques de récession grandissent.


          Wall Street a connu l’une de ses pires journées de l’année, mercredi, en raison de l’inversion de la courbe des taux. Un indicateur qui annonce généralement une récession. Le taux d’intérêt sur les bons du Trésor américains à dix ans est passé temporairement sous celui des bons à deux ans, ce qui n’était plus arrivé depuis 2007.


          https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/les-marches-plongent-alors-que-les-risques-de-recession-grandissent-1124402

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