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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Sylla : fossoyeur ou sauveur de la République romaine ?

Sylla : fossoyeur ou sauveur de la République romaine ?

Une grande surprise attend les Romains en ce début d'année -79. Lucius Cornélius Sulla Felix, dictateur et consul qui dirige Rome d'une main de fer depuis trois ans annonce qu'il se démet de toutes ses charges et quitte la vie publique pour couler des jours heureux dans sa villa de Pouzzoles. L'homme a cinquante-neuf ans. Né en -138 dans une famille noble mais pauvre, rien ne le destinait au pouvoir, et encore moins au pouvoir absolu. C'est à ses seuls talents militaires et politiques qu'il dut son ascension. Mais devons-nous voir en lui un tyran mu par sa propre ambition ou un homme d'état qui tenta de sauver la moribonde République romaine ?

Il s'était d'abord illustré en Afrique, où, à peine âgé de trente ans, il avait réussi à mettre un terme à une longue guerre en capturant par la ruse le roi numide Jugurtha. Ce geste avait éclipsé toutes les victoires militaires remportées par son supérieur, le consul Marius qui en conçut une rancœur personnelle contre son jeune légat. Une rivalité qui allait se renforcer durant la guerre des Cimbres (104 – 101) durant laquelle le fougueux Sylla réussit encore à damer le pion du vieux général en capturant Copillus, l'un des chefs ennemis.

Ces multiples coups d'éclat valurent au jeune officier de gravir les échelons du cursus honorum jusqu'à devenir préteur en -97. Contrairement au portrait du militaire ambitieux que les historiens se sont complus à dresser, il semble qu'à ce moment Sylla n'ait pas envisagé être un homme d'état, préférant quitter la politique pour cultiver les lettres et l'otium avec son cercle d'amis. En effet, il avait selon les historiens une connaissance des lettres grecques et latines dignes d'un érudit.

Ce n'est que six ans plus tard qu'il reprit du service, lorsqu'éclata la guerre sociale en -91. Plusieurs peuples italiens aspiraient à davantage de droits et réclamaient la citoyenneté romaine, le refus de Rome les avait poussé à se révolter. Les généraux Marius et Sylla parvinrent à vaincre les peuples italiques au terme d'âpres combats. C'est encore une fois Sylla qui en retire tout le prestige, Marius ayant plutôt cherché la réconciliation avec les rebelles, tandis que Sylla n'avait pas hésité à faire preuve d'une implacable sévérité, ce qui lui valut la magistrature suprême en -88.

Depuis presque un demi-siècle, la République était divisée en deux factions : les optimates représentant le parti sénatorial et aristocratique d'une part, et les populares qui voulaient donner davantage de pouvoirs aux comices populaires et aux tribuns. Ce n'étaient pas des "partis politiques" au sens moderne du terme mais l'expression d'un clivage majeur de la politique romaine. Même si on est tentés d'y transposer notre actuel clivage droite-gauche, ce serait une erreur : les populares étaient par exemple plus conservateurs sur le plan moral et culturel que les optimates qui étaient hellénisés. Enfin, plusieurs aristocrates patriciens soutenaient la faction des populares tandis que les optimates comptaient de nombreux soutiens dans la plèbe. Depuis l'épisode des Gracques (133 – 122), la vie politique romaine tournait autour de l'opposition entre ces deux courants et les conflits étaient souvent sanglants. Marius, plébéien originaire du Latium, s'était imposé par ses talents de guerrier et sa simplicité comme le chef des populares tandis que l'aristocrate Sylla, d'abord méprisé par les optimates, en devint le chef au lendemain de la guerre sociale. Ainsi, à une rivalité personnelle vieille de deux décennies, se greffait une irréconciliable opposition de classe, d'idéologie et de politique entre ces deux hommes.

Le point de non-retour fut donc atteint en -88 lorsque Sylla parvint au consulat et fit voler en éclats plusieurs réformes sociales instituées par les populares durant les années précédentes. Si l'ordre put être maintenu durant son consulat, c'est l'année suivante qu'éclata la guerre civile. Au terme de son consulat, Sylla devait prendre le commandement des légions en Asie pour faire la guerre à Mithridate du Pont. Or, le vieux Marius aspirait lui aussi à ce commandement qui lui permettrait, ainsi qu'à sa faction populiste, d'attirer la sympathie des citoyens toujours admiratifs de généraux victorieux. S'ensuivit un imbroglio d'ordres et de contre-ordres votés par le Sénat afin d'apaiser la situation. Stationné en Campanie, Sylla mit alors ses légions en marche et entra dans Rome à la fin de l'année -88, violant ainsi le plus ancien interdit religieux qui défendait aux armées de franchir le pomérium. Sylla fit voter par les sénateurs terrorisés une loi lui accordant le commandement plénipotentiaire de la guerre en Asie et s'en alla non sans avoir fait tuer plusieurs centaines de populares.

Profitant de l'absence du général, ceux-ci reprirent finalement le pouvoir dès l'année suivante. Tandis que Sylla s'affairait à assiéger Athènes révoltée et à vaincre Mithridate, les marianistes revinrent à Rome et tuèrent de nombreux partisans de Sylla. Or, Marius mourut peu de temps après de mort naturelle. Le flambeau de la faction populares fut dès lors repris par Cinna (un aristocrate devenu populiste par démagogie) et Marius le Jeune, le fils du défunt général. Durant trois ans, les populares firent la loi à Rome. Victorieux en Asie, Sylla regagna l'Italie dès l'année 83. Après une rapide guerre civile qui vit Sylla vainqueur, ce dernier marche à nouveau sur Rome en novembre -82 et réunit le Sénat pour faire voter la Lex Valeria qui lui conférait les pleins pouvoirs pour une durée indéterminée.

On a beaucoup écrit sur la dictature de Sylla. Pour certains historiens, c'est cette expérience qui aurait fait passer le terme "dictature" du sens antique (magistrature exceptionnelle à temps limité) au sens qu'on lui connaît. Dans le théâtre et la littérature, Sylla est en effet l'incarnation de la tyrannie et de l'arbitraire.

De fait, il faut admettre que ces trois années de dictature syllanienne furent prolifiques en meurtres, en décisions arbitraires et en entorses à la loi. On citera l'exemple le plus marquant : les proscriptions. Dès décembre -82, de sinistres catalogues furent placardés sur le Forum : on y lisait les noms de centaines de sénateurs, de chevaliers ou de citoyens en vue qui s'étaient opposés à Sylla. Il était de fait demandé de tuer ces personnes. Non seulement le meurtrier n'encourait aucune peine, mais il recevait même une récompense. Si un esclave tuait un proscrit, il était immédiatement affranchi. En tout, près de 4700 personnes auraient été proscrites durant la dictature de Sylla. Bien sûr, leur fortune était reprise par l'État, leurs biens mis aux enchères et leur terre donnée aux vétérans de Sylla. Les familles des proscrits perdaient également leurs droits civiques.

Ce cruel procédé a fait de Sylla le symbole même du tyran. Or, si la méthode est sanguinaire et en dehors de toute légalité, il faut souligner que Sylla y eut recours pour éviter que des personnes innocentes ne soient massacrées comme cela s'était produit cinq ans plus tôt, lorsque les populares avaient profité de son absence pour entrer dans Rome et s'étaient livrés à des règlements de compte. Sylla voulait éliminer seulement ses opposants mais réprouvait les massacres aveugles. C'est ainsi qu'il eut l'idée de publier les noms de ceux qui pouvaient être tués, pour que d'autres ne le soient pas. Ce qui n'empêcha pas les débordements et règlements de compte privés, comme le meurtre de Roscius l'Ancien, dont le propre fils fut accusé de parricide et ne dut la vie sauve qu'à la plaidoirie d'un jeune avocat nommé Cicéron.

La période syllanienne ne se résume cependant pas aux proscriptions. Le dictateur voulait avant tout réformer le système afin de mettre un terme aux désordres qui avaient affaibli la République depuis un demi-siècle. Après avoir décapité physiquement le parti des populares, il fallait détricoter toutes leurs réformes et leur enlever tout poids politique à l'avenir. Il réduisit donc les pouvoirs des comices populaires et plus encore ceux des tribuns de la plèbe qui perdirent leur droit de véto et se virent contraints à n'exercer qu'un seul mandat. Le tribunat devenait alors une impasse politique puisque les anciens tribuns ne pouvaient plus exercer d'autres magistratures et devaient quitter la politique. Le pouvoir de l'ordre équestre (sorte de bourgeoisie marchande et administrative) fut aussi amoindri. Les chevaliers perdirent le droit de rendre justice, de prélever l'impôt, de siéger aux places d'honneur dans les théâtres et surtout de devenir magistrats ou sénateurs.

Sylla restait en effet fidèle au Sénat dont il souhaitait faire le pilier d'une République aristocratique. Ainsi, il doubla le nombre de sénateurs, les faisant passer à 600 et ordonna que les gouverneurs des provinces seraient désormais tous nommés par cette institution qui nommait également les juges, les légats et autres hautes fonctions civiles ainsi que des prêtres dont l'élection était jadis réservée au peuple. Composé majoritairement de patriciens acquis à la cause syllanienne, le Sénat constituerait donc une opposition aux comices plébéiens et aux tribuns issus des populares affaiblis. Sylla doubla également le nombre de magistrats : on eut ainsi huit préteurs, huit édiles et vingt questeurs. Enfin, il uniformisa le système fiscal dont il donna le contrôle exclusif au Sénat.

Force est de constater qu'à la différence d'un Jules César, Sylla n'avait nul désir de garder le pouvoir à vie et de le transmettre à ses enfants. Son vœu était au contraire un régime républicain oligarchique comme cela avait été le cas durant les premiers siècles de la République. Et s'il fit preuve d'arbitraire et d'autorité, ce ne fut ni par vengeance personnelle, ni par appât du lucre mais pour le seul souci de son dessein politique : une République sénatoriale et aristocratique. Pour garantir la pérennité de celle-ci, il installa tout autour de Rome 120 000 vétérans fidèles sur les terres des anciens proscrits et de l'ager publicus (la terre de l'État). Enfin, les esclaves des proscrits furent affranchis et appelés "cornéliens" : ils constitueraient dans Rome même une garde fidèle pour les syllaniens dont ils étaient désormais les clients.

Considérant son œuvre accomplie, Lucius Cornélius Sylla se démit de toutes se charges au début de l'an -79 et se retira dans sa villa pour filer le parfait amour avec sa cinquième femme et se consacrer à ses chères lettres grecques. Hélas, à peine un an et demi plus tard, il trépassa d'une hémorragie interne. Malgré les protestations des populares (qui étaient revenus en force), l'ancien général et dictateur eut droit à des funérailles nationales.

Si l'on peut absoudre Sylla de l'accusation d'avoir voulu s'accaparer le pouvoir pour son compte, on doit cependant admettre que son œuvre fut un échec patent à moyen et long termes. A peine retiré de la vie publique, il vit la plupart de ses mesures modérées par le Sénat dans un esprit de réconciliation, et le retour des bannis et des proscrits qui avaient échappé à la mort. De nombreux affranchis cornéliens durent donc retourner en esclavage auprès de la famille de leur maître, ce qui fournit une main d'œuvre considérable quelques années plus tard dans la guerre servile menée par Spartacus. Sa tentative de sauver la République ne fit à terme que précipiter sa chute. Le surplus de magistrats et de sénateurs créait une cacophonie au sein de la classe politique qui semblait de plus en plus impuissante tandis que les grands généraux acquerraient prestige et richesses. Sans le précédent créé par Sylla, il aurait été impossible à Jules César d'entrer dans Rome et d'y asseoir sa dictature.


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19 réactions à cet article    


  • Diogène diogène 24 janvier 11:30

    « Sans le précédent créé par Sylla, il aurait été impossible à Jules César d’entrer dans Rome et d’y asseoir sa dictature. »


    Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.

    • Choucas Choucas 24 janvier 12:33

      les populares étaient par exemple plus conservateurs sur le plan moral et culturel que les optimates qui étaient hellénisés.
       
      Souchiens des campagnes, « droite de valeurs, gauche du travail » et bobo des villes
       
      Au final l’hellénisme mondain universaliste, le culturalisme snob, amèneront la décadence
       
      ça rappelle qqchse...
        

      "Tant qu’une nation a la conviction de sa supériorité elle est féroce et respectée ; sitôt qu’elle la perd, elle s’humanise, et ne compte plus” Cioran
       

       


      • Choukass 24 janvier 13:59

        @Choucas
        Comme avait dit Pline l’ancien, mangez des chouquettes et pensez svelte. Orgie, manipulation, tel fut le destin de Tacine. Chouquettes ou pas chouquettes, telle est la question. Surtout depuis la mise en place de La Fouine et son nouvel album.


      • Nicolas Kirkitadze Nicolas Kirkitadze 24 janvier 15:18

        @Choucas
        Bonjour

        Ce que vous dites et intéressant. On pourrait effectivement penser que les populares étaient dans cette optique soralienne de « droite des valeurs, gauche du travail ». C’est très anachronique mais la comparaison se tient. En effet, Marius se vantait souvent de ne pas parler le grec et d’avoir des manières frugales à la façon de ses ancêtres dont la simplicité était vue avec nostalgie par les Romains. Parallèlement, beaucoup d’optimates, quant à eux, étaient assez « bling-bling » pour reprendre un terme moderne. Ils aimaient le luxe, l’otium, parlaient le grec et étaient souvent dans les affaires.

        Cependant, il faut se garder de généraliser. Les Gracques (fondateurs de la faction populares) étaient loin d’être des prolétaires, ils descendaient de la prestigieuse famille Tiberii qui, bien que plébéiens, avaient amassé beaucoup de richesses et jouissaient d’un grand prestige. On citera aussi Cinna, un aristocrate démagogue devenu populiste juste pour se faire bien voir du peuple, ou Clodius Pulcher un des plus riches Romains qui abandonna son titre patricien pour devenir plébéien par démagogie. A côté, on avait aussi des familles patriciennes qui étaient loin de correspondre à cette image « bling-bling ». Sylla en est un exemple : bien que d’ascendance noble, sa famille (branche mineure de la gens Cornelia) était sans le sou et Sylla dut grandir dans une relative pauvreté.

        C’est pour ça que l’opposition « droite-gauche » me semble déplacée ici. Ce clivage ne correspond pas à l’époque et à la culture romaine.


      • Choucas Choucas 24 janvier 15:46

        @Nicolas Kirkitadze
         
        En Iran actuel, les campagnes conservatrices, les ville bobos, ds l’ancien régime les nobles richesse de la terre conservatrice, les bourgeois des villes richesse du commerce sans-frontièriste. En Angleterre il a fallu aussi baisser la rente foncière (libre échange) pour permettre l’industrialisation (la théorie de la plus value et de la rente parasitaire de Ricardo, repris par Marx disant qu’il fallait carrément supprimer la propriété pour le progrès...)

        A ajouter le conflit : nécessité d’étendre l’armée en étendant le nb de citoyens, aristocratie combattante massacrée dans les guerres (la cavalerie, troupe de choc, devait payer son équipement, les phalanges par gens et clientèle). D’où l’intérêt militaire donc d’étendre Rome, de mondialiser... et la perte de souveraineté des souchiens romains...
         
        Dans le même ordre d’idée les spartiates n’aimaient pas faire la guerre, pas assez nombreux face aux hilotes.
         
        Au final aussi, le pognon et l’ « ouverture » ramenés par Alexandre a détruit le monde grec
         


      • Choucas Choucas 24 janvier 15:55

        @Nicolas Kirkitadze
         
        Les romains plus finaux que les grecs (et leurs guerres civiles perpétuelles entre aristos et plèbes, à coups de massacres de l’autre y compris la progéniture...) avaient inventé le démagogue, le tribun de la plèbe, contre le sénateur de Bruxelles
         
        En UE y a même pas ça... Mais faut dire qu’il y a même plus de peuple non plus que de gogochons libidineux multiethniqués dans un supermarché ouvert à tout zodiac de mafia négrière islamiste
         
        « La démocratie ne peut exister que quand le peuple est uni [et existe...] » C. Schmitt
         
        « Multiethnique et impera » Sénateur bruxellois
         


      • Choucas Choucas 24 janvier 16:33

        @Nicolas Kirkitadze
         
        Dans l’Être et le Code, Clouscard, s’inspirant de la grosse biographie d’Ellul, parle de ces différences de mentalité, villes et campagnes féodales, liées au changements productifs de la bourgeoisie naissante (grand thème marxiste)
         
        Je me rappelle du bouffon de cour, qui viendrait d’une caricature du paysan rétrograde, souchien dénotant dans la ville bobo.
         
        Y avait peut être ça aussi chez les bobos optimates, des bouffons imitant les populates, où des comédies Bourgeois gentilhomme, des Don Quichotte etc.
         
         
         
        « La old meuf feuj is dead ! Yes ! » Optimate


      • Choucas Choucas 25 janvier 01:30

        Sylla aurait écrit des atellanes, le polichinelle des campagnes (maccus) parle le patois souchien et les snobs de la ville le latin, et les jeunes bobos en mal d’être (comme Sylla) en écrivaient pour jouer les ché avant de faire carrière, le théâtre était le Science Popo de l’époque apparemment.
        Donc Sylla ressemble au chevalier de la Barre... débauché mondain qui chiait où se branlait sur les tombes, et sabrait les crucifix... où à Cohn le tripoté sur les barricades qui finit cacique de l’UE
         

        Comme chez les grecs à une époque, le pognon arrivait par les femmes...
         
        http://www.luciuscorneliussylla.fr/jeunesse.htm
         
        "Nul n’a fait plus de bien à ses amis et plus de mal à ses ennemis. " Épitaphe sur la tombe de Sylla


      • Choukass 25 janvier 11:28

        @Choucas
        Chez les bobos, on trouve du beau et du moins beau. Allitération en BO, c’est jojo. Je suis Choukass, et je suis rigolo.


      • Choucas Choucas 24 janvier 14:36

         
         
        ACHILLE ET ZEUS ÉTAIENT NOIRS
         
        https://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/whitewashing-au-cinema-comme-au-theatre-les-acteurs-noirs-restent-en-coulisses_1234745.html
         

        LES SOLDATS ROMAINS AUSSI
         
        https://diversitymachtfrei.wordpress.com/2018/01/05/we-wuz-romanz/
         
        (les soldats romains étaient forcément citoyens d’où le conflit à étendre la Cité comme l’explique l’article)
         
        La soumission d’une civilisation




        • Choukass 24 janvier 15:15

          @Choucas
          Zebulon avait des cotillons, devait il être chez Denise Fabre ? C’est Garcimore qui a la réponse. Mais Garce qui mord n’amasse pas mousse. C’est le polochon ouvrier de la négritude qui le dit.


        • Étirév 24 janvier 15:37

          La corruption romaine et les lois de Sylla (« Toutes ressemblances avec des personnes ou des événements existants ne serait que pure coïncidence  »)

          Voyons ce qu’était cette civilisation latine qu’on voulait imposer à la Gaule ; cette culture qu’on prétendait opposer à l’enseignement de haute science et de morale austère donné par les Druidesses ; enfin ce régime paternel qui allait remplacer le régime maternel et substituer la Patrie guerrière à la Matrie pacifique.

          M. Duru, dans une lecture faite par lui à l’institut au mois d’août 1879, disait ceci :

          « A Rome, la corruption en était arrivée à un tel point qu’on a peine à le comprendre. Les patriciens ne sortaient guère sans être escortés de bandes armées de gladiateurs ou de clients. Un adversaire politique menaçait-il de l’emporter, on le faisait assassiner.

          La promulgation de chaque loi nouvelle occasionnait dans les rues de terribles conflits. Tout s’achetait à Rome ; Gabinus vendit l’Egypte pour 10.000 talents. Caius Memmius osa lire en plein Sénat un marché d’élection passé entre lui et son compétiteur Domitius d’un côté et les deux consuls en charge de l’autre. Les clauses de ce honteux contrat sont assez curieuses pour être racontées ici ; il y était dit : « A la condition d’être désignés consuls l’année suivante, Memmius et Domitius s’engageaient, soit à donner aux consuls 400.000 sesterces, soit à procurer trois augures qui jurassent avoir assisté à la promulgation d’une loi curiale dont l’existence était imaginaire, ou deux personnages consulaires qui consentissent à déclarer qu’ils étaient présents à une séance de distribution de provinces consulaires, quand cette séance n’avait pas eu lieu. »

          J’emprunte à Ernest Bosc ceci : « Les sénateurs de la République donnaient l’exemple de tous les vices. Dans son plaidoyer contre Verrès, ce patricien que ses mœurs et sa cupidité avaient rendu odieux à la Sicile dont l’administration lui avait été confiée, Cicéron nous dévoile le degré de corruption et de bassesse auquel étaient arrivées les classes dirigeantes, affranchies de tout contrôle par les lois de Sylla. Ecoutons parler le grand orateur :

          «  Reconnaissez, Juges, la main des Dieux qui n’ont suscité ce grand procès que pour vous donner l’occasion de détruire à jamais les bruits déshonorants qui se répandent sur vous et la justice romaine. Une opinion funeste à la République prend chaque jour plus de force et pénètre jusque chez les Nations étrangères. On dit qu’aujourd’hui, dans les tribunaux, l’homme riche et coupable ne peut jamais être condamné.  »

          Après cette entrée en matière, Cicéron nous montre Verrès amassant, non pas une fortune, mais des trésors si considérables qu’il en pouvait faire trois parts qu’il destinait, une pour ses juges, l’autre pour Hortensius son défenseur, l’avocat le plus célèbre de Rome, et la dernière enfin pour lui. Cicéron déclare que tout le monde à Rome est las de la vénalité dont les sénateurs font preuve quand ils sont appelés à siéger comme juges, et demande le rétablissement du tribunat. Il dit, avec Pompée, que « les provinces de la République sont mises au pillage et que la justice est mise aux enchères ». Cicéron, dans un plaidoyer écrit qu’il fit paraître contre Verrès, après que ce dernier eut pris la fuite, abandonnant aux Siciliens 45 millions de sesterces, retrace tout ce qu’il avait fait subir aux provinces, toutes ses exactions, toutes ses rapines, tous ses vols, toutes ses cruautés. Les admirables paroles de Cicéron atteignaient tous les membres de l’aristocratie romaine qui se rendaient coupables des mêmes crimes dans l’exercice des fonctions dont le gouvernement de la République les chargeait. Elles s’appliquaient également, et surtout, à César.

          Le peuple de Rome ne valait pas mieux que les grands. Il était toujours prêt à se vendre pour de l’argent, pour du blé distribué à propos, pour des combats de gladiateurs. Pour cette multitude de gens perdus de dettes et de crimes qui composait la clientèle des opulentes familles, le patriotisme était un mot vide de sens.

          Le peuple romain dégénéré ne demandait que deux choses : du pain et des jeux (Panem et circenses).

          Ce que nous tenons de Rome, c’est la bureaucratie, l’amour des places et des administrations savantes et compliquées, les monopoles tous les abus enfin, dont se débarrassent peu à peu les Etats modernes.

          Et c’est dans les Gaules, ce pays peu connu des Romains, mais sur lequel on racontait des choses mystérieuses, que l’on voulait introduire cette décadence !...

          Alors, Sylla, fossoyeur ou sauveur ?

          Cordialement.


          • Nicolas Kirkitadze Nicolas Kirkitadze 24 janvier 23:57

            @Étirév
            Bonsoir. Merci pour votre commentaire à la fois riche, concis et si intéressant que je l’ai relu plusieurs fois avec délectation.

            Votre opinion rejoint ce que je pense. Même si je suis un féru d’histoire romaine (au point que je souhaite en faire ma spécialité), je pense que la culture romaine n’était en rien supérieure à celle des autres peuples d’Europe dont les Celtes. Le juridisme, la vénalité, le fonctionnariat, l’assistanat, la lutte des classes, voilà ce que l’on doit à Rome, sans parler du patriarcat oppressif et sacrificiel qui a largement déteint sur le christianisme et donc sur l’Occident. Vous faites bien de différencier « Patrie » et « Matrie ». La Patrie est terre des pères, donc des guerriers qui - sous couvert de la protéger - vont faire la guerre à leurs voisins. La Matrie est une terre de paix. Le patriote est celui qui, par surplus de testostérone, par appât du lucre ou autres motivations peu louables, va chercher querelle à son voisin et s’en accaparer les richesses. Le « matriote » est celui qui aime sa terre d’un amour charnel et organique et qui ne lèvera jamais les armes contre un autre peuple. La Patrie ne peut être pacifique tout comme la Matrie ne peut être belliqueuse. Les Romains était des patriotes, tandis que nombre de peuples auxquels ils eurent affaire étaient des « matriotes », des peuples pacifiques qui n’aspiraient qu’à vivre au rythme des saisons et aux chants de leurs prêtresses, cela explique la facilité avec laquelle la patriarcale Rome s’imposa et vainquit toute opposition de manière implacable. Le patriarcat est foncièrement violent tandis qu’aucune société matriarcale n’a cherché l’expansion et le sang. Les femmes savent mieux que nous la valeur de la vie, elles qui ont la capacité de la créer.

            Pour ce qui est de Verrès, il était effectivement un politicien... véreux. Cependant, est-ce vraiment aux lois de Sylla qu’il faut imputer la généralisation de la corruption dans l’élite politique ? C’est plutôt du au fait que les successeurs de Sylla (et en premier lieu le consul Lépide) ont détricoté une grande partie de ses lois. Sylla voulait au contraire punir plus sévèrement la concussion, le péculat et les délits financiers en général, surtout au sein de la classe politique qu’il souhaitait assainir. Si ses préconisations avaient été respectées, Verrès n’aurait jamais osé spolier les Siciliens. S’il l’a fait, c’est justement parce qu’il se pensait au-dessus des lois, car les lois syllaniennes avaient été largement modérées aussi bien par les patriciens que par les plébéiens. En fait, la dictature de Sylla a signé la fin du clivage populares-optimates et patriciat-plèbe. La plupart de la classe politique s’est accordée sur le fait qu’ils ne voulaient plus entendre parler de la constitution syllanienne. Pour prouver le fait que Sylla n’est pas responsable de la corruption qui a gangréné Rome après sa dictature, je prendrais l’exemple du meurtre de Roscius dont le propre fils était accusé de parricide et dut la vie sauve à Cicéron qui prouva que le coupable n’était autre que Chrysogonus, l’affranchi grec et favori de Sylla. Le dictateur n’a pas hésité à faire exécuter son propre favori quand la preuve de sa culpabilité fut établie. On peut donc reprocher bien des choses à Sylla mais il n’était surement pas corrompu et haïssait même la corruption, contrairement aux populares qui en étaient friands (Marius, Cinna, Catilina, Clodius et même César se montrèrent souvent très souples sur les questions d’argent public, de cadeaux, d’arrangements et autres coups politiciens).

            Cordialement

            Nicolas


          • JP94 24 janvier 19:19

            L’opinion sur César et la dénonciation de sa soi-disant volonté de vouloir conserver le pouvoir à vie sont le fait de ses ennemis, les optimates., et de toute l’historiographie qui a été produite depuis : autrement un point de vue de classe, celui de la classe héritière des optimates : il s’agit de justifier les crimes commis par cette classe, y compris l’assassinat de César qui promouvait des réformes ( agraires etc à en faveur des populares.

            Cicéron l’a taxé de tous les crimes, et prétendait vouloir sauver la République prétendument menacée par Jules César ... seulement après cet assassinat ce fut la fin de la République : César étant mort, difficile de la lui imputer.

            Cicéron justifiait tous les crimes de cette classe par laquelle il aspirait à être reconnu. Qu’étudie-t-on à l’école avant tout ? Cicéron et le mythe cicéronnien du sauveur de la République ; c’est comme lorsque Valls et Macron prétendent sauver la République et répriment les classes populaires tout en se faisant les carpettes du MEDEF ( et de l’American foundation).
            Cicéron fut un premier à vilipender les Gracques, assassinés car ils agissaient pour la loi agraire et les réformes sociales contre la classe des optimates, et il justifiait leur assassinat . Sauver la République ? ou sauver les intérêts et les privilèges d’une classe aristocratique arrogante, esclavagiste ...

            Le même Cicéron pleura son esclave mort ... il est vrai que c’était son esclave sexuel... et cette pratique était monnaie courante dans cette classe : esclaves sexuels enfants : femmes, hommes ...à la maison et grands discours moralisateurs au Sénat et pour les générations futures. Beaucoup de nos élites ont bu à cette eau trouble pendant des siècles ...

            Ces gens qui ont assassiné César, il se trouve qu’ils touchaient de manière indue des rentes par le pillage de bien publics. La loi agraire les eut empêchés de tirer des revenus d’une terre qui ne leur appartenait pas... 

            Ce magnifique sénat n’a-t-il pas voté en 121 une loi dite senatus consultum optimum « pour la défense de la République » qui octroyait aux magistrats un pouvoir absolu , permettait la suspension des droits républicains, , la répression politique, et même l’assassinat de masse : c’est ainsi que "pour sauver la républiqueé, les escadrons de la mort des optimates assassinèrent Caïus Gracchus et 250 de ses partisans ...dont un autre popularis puis 3000 démocrates ... pour sauver la République : voilà la République que défend Cicéron.. 

            Sylla poursuivait les même buts...

            Ensuite, que disent Dion Cassius , Valère Maxime et les autres ? que ces populares étaient plein de défauts... mais qui a usé de l’assassinat de masse ? qui prodest crimen ? 

            • Gisyl 24 janvier 23:22

              Ceux qui s’intéressent à l’histoire des dernières décennies de la République romaine devraient absolument lire les romans de Colleen McCullough. En plus ils sont passionnants !


              • JP94 25 janvier 07:07

                @Gisyl


                Il y a l’ouvrage historique ( avec une bibliographie historiographique bien fournie) de Michael Parenti , l’assassinat de César ( Ed Delga).

                Et puis le fameux roman « Spartacus » d’Howard Fast, vraiment excellent. Ce roman illustre parfaitement la guerre des classes à Rome. Et le Cicéron de ce roman est tout à fait conforme à celui que l’historiographie a pu montrer. ( et tel qu’il se montre, si on le lit de façon critique. Cicéron a justifié tous les crimes de classe ? ceux de la classe aristocratique, en salissant tout ce qui est populaire.

              • baldis30 25 janvier 08:58

                bonjour

                « Après avoir décapité physiquement le parti des populares, il fallait détricoter toutes leurs réformes et leur enlever tout poids politique à l’avenir. Il réduisit donc les pouvoirs des comices populaires et plus encore ceux des tribuns de la plèbe qui perdirent leur droit de véto et se virent contraints à n’exercer qu’un seul mandat. »

                Toute ressemblance avec des situations que vous pourriez imaginer est dépourvue de tout fondement et relève de situations fortuites et du plus pur hasard ...

                L’Histoire ne se répète pas , elle bégaye.  smiley

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