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Tarja, la voix magique qui vient du Nord

Depuis la charnière de 1969 nappée par le mellotron du roi Crimson, le rock a décidé que son destin ne serait pas de pousser la chansonnette avec trois accords et un bourrin tapant sur des fûts ; mais de flirter avec cette musique qu’on disait grande et qui est devenue classique. Les Beatles ont tiré les premiers avec les violons d’Eléonore. Deep Purple enregistra avec un orchestre pour un résultat calamiteux. Quelques années plus tard, Procol Harum réédita l’expérience et ce fut un live honorable. Le progressif devint du rock classique. Le métal assuma l’âme du rock et se fit lui aussi progressif et même symphonique. Auparavant, Klaus Nomi et Nina Hagen montrèrent que des voix d’opéra sont conciliables avec le rock. Metallica enregistra un fameux disque avec l’orchestre de San Francisco et le métal nordique, de Dimmu Borgir à Therion et Nightwish, d’inviter les orchestres classiques pour une alchimie musicale franchement réussie. Nightwish, ce fameux groupe méconnu du grand public, a enregistré cinq albums avec une chanteuse soprano, Tarja Turunen, puis, après l’album Once et ses promesses orchestrales, la diva nordique fut congédiée de manière pas très diplomatique par les membres du groupe. Nightwish vient de sortir un album très réussi et voilà que Tarja en fait de même, signant une œuvre personnelle après avoir enregistré des musiques de Noël lors d’un fameux concert.

Les amateurs de potins et autres polémiques gloseront sans doute sur un disque arrivant comme la revanche d’une Tarja éconduite, mais ce serait trahir l’esprit du rock que de se prêter à ce genre de réflexion sans intérêt car seule la musique doit être jugée. Honnêtement, ce disque est très bien produit, avec des compositions efficaces, des parties orchestrales somptueuses conférant à l’ensemble une tonalité atmosphérique, souvent intimiste et sur quelques morceaux la marque de fabrique signée Nightwish. Le tout étant exécuté par des requins de studios formant un Tarja’s band, alors que les morceaux, auxquels a participé Tarja, sont signées par une constellation de musiciens. Mais que les fans de ce groupe ne s’attendent pas à entendre un remake d’Once. En fait, c’est une belle œuvre, mais pas un chef-d’œuvre, enfin, il faut réécouter pour un verdict définitif tant ce disque facétieusement évident, mais qui ne se laisse pas approcher après les premières écoutes. Un disque que la plupart jugeront inégal (ce qui n’est pas certain), mais dans l’ensemble extrêmement agréable à écouter et même plus... Le genre de musique qu’on peut servir pour accompagner un dîner aux chandelles en alternance avec un quatuor de Brahms.

Justement, les premiers accords du morceau introductif ne sont pas sans rappeler le second mouvement du requiem de Brahms. Par la suite, on sent la marque de fabrique du tube, mais on restera indulgent tant la profondeur des cordes confère une solennité à cette belle composition destinée à un single. Ah, que cette voix est émouvante, magnifique et l’exécution parfaite. Ensuite, place à des vocalises de grande emphase, poussé vers une majesté orchestralisante sans tomber dans les excès du pompiérisme. On a l’impression d’une voie qui se déploie et s’envole, tel un albatros pourvu d’ailes harmoniques et la rythmique d’appuyer cet instant magique qui avec une formation de plus grande ampleur pourrait rivaliser avec le Carmina Burana d’Orff. Le quatrième morceau invite un violon à se pavaner pour introduire un orchestre de chambre sur lequel la voix de Tarja surfe, exécutant une partie vocale sans faute qu’on dirait aussi parfaite qu’une figure de patinage artistique. Un sans faute. La numérotation ne suit pas la structure des morceaux. Number 7. Toujours cette voix magique, avec un accompagnement admirablement équilibré entre musique amplifiée et orchestration classique. Chapeau la production. Number 8. Toujours cette voix resplendissante de Tarja. Et des chœurs pour l’accompagner et la satelliser sur une orbe qui aurait fait succomber Platon. Number 9. Intro fantasmagorique pour film de Tim Burton puis une belle chanson appuyée par une subtile composition jouant sur l’émotion et ces chœurs qui dialoguent avec la diva du rock scandinave au risque de décrocher des larmes esthétiques tant cette œuvre flirte avec le beau. Number 10. Quelques fantaisies faussement tziganes pour un morceau qu’on devine célébrer les contrées d’Orient. Différent de l’ensemble, mais tout aussi agréable à l’oreille. Tout semble ordonné pour tirer le meilleur parti de la voix magique de Tarja. Number 11, peut-être le maillon faible de l’ensemble. Bien récupéré par number 12, sobre et intimiste... la suite ne déçoit pas, jusqu’à number 18.

Avec My Winter Storm, signé chez Universal, Tarja Turunen peut se préparer à une « carrière » internationale. Le CD sort dans plus de 70 pays et a été consacré disque d’or en Finlande le jour même de sa sortie, avec plus de 15 000 exemplaires écoulés, ce qui, rapporté à la population française, correspond à 150 000 albums écoulés en un jour, soit deux disques d’or de chez nous ! Evidemment, le disque est entré directement à la première place dans les charts finlandais pour finir à la quatrième place la semaine suivante. En Allemagne, il est entré directement en troisième position. En France, le succès de cet opus dépendra d’une couverture médiatique qu’on sait acquise à la cause de la médiocrité des chanteurs français. Les émissions de variété étant une calamité sur nos chaînes hertziennes, on ne peut espérer faire découvrir au grand public cette voix magnifique qui vient du Nord, tout comme celle de Björk qui, elle, a déjà un passé de grande dame du rock avec des œuvres sans doute plus audacieuses que le dernier disque de Tarja. Mais soyons patient, cette dame n’a que 29 ans.

Ce disque, à la frontière du rock et du classique, participe d’une tendance vers des recherches esthétiques visant le beau, voire le sublime. Autant dire qu’on y voit en miroir la conjuration d’un désenchantement et plus généralement, souhaitons que d’autres œuvres mariant le rock et le classique puissent être composées et jouées. Ainsi notre âme sera guérie de cette morosité contemporaine engluée dans des piètres productions artistiques. Le métal symphonique et ses mouvances ne sont pas prisés par les Inrocks ni d’ailleurs Michel Drucker. La chanson française est ennuyeuse. Les médias nous affligent de ces plaies staracadémisées. Les branchés abonnés aux Inrocks écoutent Franz Ferdinand qui est au métal symphonique ce que la fanfare est à Debussy. On comprend pourquoi ils dépriment, conversent le soir avec leur brosse à dent, et se consolent en lisant Houellebecq, croyant que le marasme anthropologique de cet épigone de Schopenhauer constitue le dernier terme d’une civilisation occidentale en déclin, alors qu’avec les Therion, Nigthwish, Symphony X et j’en passe et ici Tarja, une renaissance esthétique se dessine lentement, mais sûrement. Puisse cette renaissance accompagner une nouvelle spiritualité émergente.


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6 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 10 décembre 2007 11:18

    Je vais l’écouter pour voir


    • bzorglub 10 décembre 2007 11:26

      Bonjour et merci de l’info. Ma fille m’a fait decouvrir Nightwish et Within Temptation que nous avons pu apprecier en concert cette annee et effectivement le Rock Nordique est vraiment tres interessant, tres belles voix (Sharon ou Tarja)et musiciens talentueux, un peu de fraicheur sur le Rock ! smiley BZ.


      • pierrot 10 décembre 2007 22:24

        Et bin en ce qui me me concerne c’est mon fils qui m’a fait connaître les même que toi.

        Si j’apprècie moyennement Nightwish (mis à part quelques morceau), par contre les Within Temptation, m’ont fait passé des heures extrèmement agréables. Voilà quelque chose de neuf, qualitatif et enthousiamant.

        Je n’ai pas écouté Tarja, mais je laisserais à mon fils de me la faire découvrir en son temps. smiley Je le lui dois.


      • drzz drzz 10 décembre 2007 11:58

        Gloire à Nightwish !!!


        • Bernard Dugué Bernard Dugué 10 décembre 2007 12:01

          Pour info et complément, le lien avec ma critique du dernier Nightwish

          http://agoravox.fr/article.php3 ?id_article=31567.php3?id_article=61


        • herbe herbe 10 décembre 2007 22:24

          Merci ! pour ceux qui veulent découvrir, c’est dispo en streaming sur www.deezer.com (taper « My Winter Storm » dans le moteur de recherche)

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