• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Tête haute

Spectacle pour enfants écrit par Joël Jouanneau, mis en scène par Cyril Teste, scénographie du collectif MxM, avec Murielle Martinelli ou Valentine Alaqui et Gérald Weingand, au Monfort. En tournée la saison prochaine.

Tête haute est une sorte de conte initiatique, avec une petite fille pas tout à fait comme les autres, comme dans les contes, avec un narrateur, avec un roi très méchant, une quête, un chemin difficile, des obstacles, des embûches, des rivières... et une fin plutôt heureuse. Ce conte a l'air d'emprunter à bien des contes anciens, connus ou non, mais il n'est pas certain que ce soit des emprunts, il se peut que ce soit juste comme tous les contes, la mise en chemin dans la forêt de nos désirs, de nos impulsions invisibles, celles que l'on peut admettre et celles qu'on aimerait savoir tenir éloignées tant elles nous font honte, tant elles nous sont insupportables.

Tout commence par l'envie de raconter une histoire. Un vieux livre s'ouvre, comme dans Peau d'âne de Jacques Demy et l'histoire commence. Entre le vieil homme et la jeune fille, une grande complicité est nécessaire : « Es-tu prête ? » demande plusieurs fois l'homme, narrateur, père, roi... Car les histoires sont dangereuses, peuplées de bandits de grands chemins comme au temps des diligences. Dans les couloirs du temps du Monde d'Avant, les bandits postés le long des routes ne sont pas forcément des voleurs, ce sont des idées, des sentiments, des impressions, des émotions, qui ont vite fait de vous renverser cul par-dessus tête. Alors, garder la tête haute ?...

Un roi, une reine sont en manque d'enfant. Mais l'enfant qui vient est rejetée avec colère car ses mains ne ressemblent pas aux mains que l'on connaît. Elle est enlevée et délaissée dans la lande.

Seule dans une clairière sombre, avec pour unique lumière un peu de soleil qui passe par le trou d'une feuille, et un dictionnaire pour compagnon. La petite fille connaît tout d'abord le mot peur... Tête haute ! Va-t’en, mot peur. L'initiation continue... L’enfant se donne son nom : Eckipse... elle est prête à se faire sa route d'étrangetés dans la forêt sans fond.

Cyril Teste est à la recherche d'une poésie des images numériques. Il joue sur le contraste des corps et des ombres chinoises de la vidéo. L'ensemble est noir et blanc, avec un passage bleu, avec un halo rouge à un autre moment. Des lettres volent, tourbillonnent. La bande-son joue sa partie avec discrétion et efficacité. Le train qui passe devient objet sonore, le bruit du train dérive, de micro-variations en micro-variations, vers une musique pleine et « symphonique » où jamais le bruit du train ne se perd, tout en s'installant dans les domaines de beauté musicale pure, sans illustration.

Ces échanges entre les comédiens en chair et en os et leurs images de silhouettes prennent bien des formes différentes, en un dialogue formel varié, soutenu et subliminal. De la forme travaillée-invisible et qui fait le spectacle.

Le narrateur-roi raconte à jardin sous une lampe et une caméra ; avec un accessoire et une adresse à la caméra, il devient instantanément sur place un des personnages, entre dans l'image vidéo du fond de scène, revient devant poursuivre le récit avec Eklipse, tandis que la vidéo poursuit l'histoire, elle aussi, à sa manière.

On peine à voir cependant une singularité forte dans le traitement de ces images fictives, virtuelles. Il est annoncé que l’objet de la recherche de Cyril Teste est leur relation au spectacle vivant, leur relation à la scène et ses acteurs jouant avec leur corps. Il est annoncé la recherche de formes poétiques nées de cette relation, confrontation, complétude… Or, Tête haute ne donne pas à voir quelque chose d’exceptionnel dans ce jeu entre la scène et les images numériques. A l’inverse, dans Ylajali, de Jon Fosse, par exemple, vu cette saison au Monfort, les images mobiles projetées en fond de scène, avec un rapport unique au texte et à la scène : représenter les délires du héros liés à la faim, créent autant de poésie et bâtissent autant que le spectacle que dans Tête haute. Sans en faire leur but et moyen, sans en faire une « recherche ».

Tête haute fonctionne bien : les enfants qui pratiquent le numérique dans des jeux et des récits rapides et excités adhèrent à cette poésie, comme au temps où les jouets étaient en bois et les après-midis sans école fleuraient l'ennui dans les prés et les bois à la trouée des lisières.

Le jour où j'ai vu ce spectacle, un débat était organisé. Il y eut tellement de questions que ce fut trop, et qui fournirent des réponses intéressantes, des questions d'explicitation sur l'histoire, les personnages... tous les enfants ne purent pas s'exprimer. Comme s'ils en redemandaient.

Documents joints à cet article

Tête haute

Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (4 votes)




Réagissez à l'article

1 réactions à cet article    


  • Orélien Péréol Orélien Péréol 21 mai 2014 17:29

    Sur Ylajali : 

    http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/ylajali-delirer-de-faim-145085

    Je n’avais d’ailleurs pas parlé de ces images de fond, très belles, qui représentent le mental du protagoniste.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires