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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Théâtre : La Femme Silencieuse

Théâtre : La Femme Silencieuse

La Femme Silencieuse

Une pièce de Monique Esther Rotenberg - Mise en scène de Pascal Elso

au théâtre du Petit Hébertot jusqu'au 10 juillet 2011

réservations

1934 : Stefan ZWEIG au commencement de son exil à Londres et de son errance. Il entreprend une biographie sur Marie Stuart. Regards croisés entre deux femmes : sa secrétaire et son épouse. Troubles et contradictions d’une époque et d’un homme.

La Pièce
Hiver 1934, la pluie tombe sans discontinuer sur Londres. On devine un bureau rempli de caisses de déménagement. Un homme lit à sa table de travail. Stefan Zweig. Un écrivain admiré, autrichien et européen convaincu, juif « sans s’en préoccuper », humaniste aimé, ami fidèle, marié à Salzburg et amant à Paris. Face à la montée du fanatisme hitlérien, il décide, en une nuit, de fuir son pays pour l’Angleterre. Sur cette ile, il tente de s’isoler de la fureur du monde en se plongeant dans l’écriture d’une biographie sur Marie Stuart. Mais, accusé de lâcheté par ses amis viennois inconscients de la menace nazie, perturbé par Lotte Altmann, une nouvelle secrétaire pas si inoffensive, et poursuivi par Friderike, son épouse, qui « n’a plus l’intention de lui faire cadeau de son silence », Zweig voit ressurgir ses vieux démons... démons nourris par la biographie qu’il entreprend.
Regards croisés entre deux femmes : sa secrétaire et son épouse. Troubles et contradictions d'une époque et d'un homme. Et ce qui ne devait être qu’une situation provisoire et apaisante s’avèrera le point de départ d’un exil cruel et définitif... qui le mènera au suicide au Brésil.

L'auteur et Zweig
L'auteur touche au plus près à certaines de nos préoccupations, contemporaines et historiques. Se positionner face à la montée d’un fanatisme. Justifier le non engagement en période de crise. Vivre avec ses contradictions amoureuses ou conjugales. Fuir sans cesse, ses ennemis, ses responsabilités, soi-même. Savoir déceler et gérer l’instant où tout peut basculer. Aussi partage des émotions et plaisir des mots, curiosité pour Zweig et ces années 30, humour ironique de l'écriture, voilà ce que nous offre la Femme Silencieuse.

Pascal Eslo, metteur en scène
En tant que metteur en scène, Pascal Elso a réalisé des mises en scène pour le Festival d’Avignon, pour l’Opéra et pour le Festival de Schaubuhne à Berlin. En tant qu’acteur, il a travaillé avec les plus grands, que ce soit au théâtre, à la télévision ou au cinéma.
Au Théâtre, il a été mis en scène par Luc Bondy, Laurent Pelly, Georges Lavaudant, Jacques Lassalle et, tout dernièrement, Michel Fau dans Maison de poupée d’Ibsen avec Audrey Tautou. A la télévision, il a été dirigé, entre autres, par Jean-Daniel Verhaeghe, Patrick Volson, Alain Tasma, Edouard Niermans, Nina Companeez, Olivier Langlois, Elisabeth Rappeneau, Henri Helman...
Au cinéma, il a tourné sous la direction en particulier de Bernard Tavernier, Andrei Zulawsky, Michel Piccoli, Gabriel Le Bomin... et, tout dernièrement, dans le film de Roschdy Zem Omar m’a tuer.

Monique Esther ROTENBERG, l’auteur
On connait l’avocat. On découvre l’auteur. Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire une pièce de théâtre ?

Le théâtre m’a toujours attirée d’autant plus que j’ai suivi des cours d’art dramatique lorsque j’étais étudiante. Puis l’envie de jouer a évolué en désir d’écrire.

Vous avez choisi d’écrire une pièce consacrée à Stefan Zweig. Pourquoi lui ? Qu’est-ce qui vous a attiré dans sa personnalité et son œuvre ?

On peut entrer dans l’œuvre de Stefan Zweig par plusieurs portes : s’intéresser à ses biographies plutôt qu’à ses romans ou ses nouvelles. Comme beaucoup sans doute, je l’ai lu en plusieurs temps ; mais c’est « le monde d’hier » qui m’a fait découvrir l’homme et le visionnaire.

Considérez-vous comme Jean–Jacques Lafaye que c’est un « aristocrate juif au cœur de l’Europe » ?

Je crois effectivement que cette formule convient parfaitement à Stefan Zweig. Ce qui est d’ailleurs intéressant dans la magnifique biographie que Jean Jacques Lafaye lui a consacré sous le titre évocateur de « l’avenir de la nostalgie » est précisément que la judaïté de Zweig n’y est pas mise en exergue. Il lui a consacré un écrit à part sur ce thème précisément pour analyser à travers ses écrits ou ses discours la part juive qui coexistait naturellement avec sa culture viennoise.

Pourquoi ce titre « la femme silencieuse » ?

Stefan Zweig a écrit le livret de « la femme silencieuse » opéra composé par Richard Strauss. Cet opéra fut représenté pour la première fois en juin 1935 à Dresde devant tout un aéropage de dignitaires nazis. L’œuvre fut interdite après trois représentations. On lui a donc coupé la voix. Or quelque temps avant, Zweig avait fait le choix de vivre à Londres. La secrétaire qu’il engage alors qu’il est en train de rédiger la biographie de Marie Stuart deviendra par la suite sa deuxième épouse et c’est avec elle qu’il se suicidera. Le titre fait donc aussi référence à la personnalité discrète de cette femme mais aussi au silence de son épouse qui pendant ces années va préférer ne pas voir le monde s’écrouler autour d’elle.

Stefan Zweig a connu « le monde d’hier », puis s’est exilé à cause du nazisme pour finir par se suicider au Brésil ; Pensez-vous que cette destinée était inévitable ?

Les paramètres d’un suicide sont toujours plus vastes qu’il n’y paraît et je ne sais pas si l’on peut affirmer qu’un suicide est inévitable. Ce qui paraît certain, c’est que si Zweig a réussi à mettre son corps à l’abri à travers ses exils successifs il n’a pas pu s’extraire psychologiquement. Jean-Jacques Lafaye a une très belle expression en disant que Zweig avait épuisé tous les désespoirs. Je pense aussi que lui qui croyait tant en la force de l’esprit n’a pas pu accepter en tant qu’écrivain, précisément que ses écrits soient devenus vains.

Quelle est l’œuvre de Zweig qui vous a le plus marqué ?

J’ai une préférence pour « Le monde d’hier » que j’ai déjà cité et qui a valeur de testament pour les générations futures. En même temps qu’il décrit tout son arrière-monde, l’homme se cherche une solution d’avenir vers ce Brésil qui lui paraît déjà à l’époque si prometteur, et ce contraste est d’autant plus saisissant que l’on connaît la réponse qu’il y a apportée.

D’autres projets d’écriture ?

Absolument : une comédie cette fois avec en toile de fond une affaire judiciaire.

Stefan Zweig
Stefan Zweig est né le 28 novembre 1881 à Vienne, en Autriche. Fils d'un riche industriel israélite, il put mener ses études en toute liberté, n'écoutant que son goût qui l'inclinait à la fois vers la littérature, la philosophie et l'histoire. L'atmosphère cosmopolite de la Vienne impériale favorisa chez Zweig la curiosité du vaste monde, curiosité qui se transforma vite en boulimie, le poussant vers toutes les premières théâtrales, toutes les nouvelles parutions non encore saluées par la critique, toutes les nouvelles formes de culture. Il y fit ses études, et, à 23 ans, fut reçu docteur en philosophie.
Il fit ses débuts avec des poèmes où dominait l'influence de Hoffmansthal et de Rilke, dont il parle longuement dans son autobiographie, LE MONDE D'HIER. Parmi ceux-ci, notons CORDES D'ARGENT (1900) et LES GUIRLANDES PRÉCOCES (1907). Il obtint également le prix de poésie Bauernfeld, une des plus hautes distinctions littéraires de son pays. Zweig publiait alors une plaquette de vers, une traduction des meilleures poésies de Verlaine, et écrivait des nouvelles. Passionné de théâtre, il se mit bientôt à écrire des drames : THERSITE (1907), LA MAISON AU BORD DE LA MER (1911). En 1904, il alla à Paris, où il séjourna à plusieurs reprises et se lia d'amitié avec les écrivains de l'Abbaye, Jules Romains en particulier, avec qui, plus tard, il adapterait VOLPONE qui sera joué au Théâtre de l'Atelier. Infatigable voyageur, toujours en quête de nouvelles cultures, il rendit ensuite visite, en Belgique, à Emile Verhaeren (1855-1916), dont il deviendrait l'ami intime, le traducteur et le biographe. Il vécut à Rome, à Florence, en Provence, en Espagne, en Afrique. Zweig visita l'Angleterre, parcourut les Etats-Unis, le Canada, Cuba, le Mexique. Il passa un an aux Indes. Les multiples voyages de Zweig développèrent son goût pour les lettres étrangères et surtout pour les lettres françaises. Cet amour, qui se transforma par la suite en un véritable culte, il le manifesta par des traductions de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, de Verhaeren, de Suarès, de Romain Rolland, sur qui il fut l'un des premiers, sinon le premier, à attirer l'attention des pays de langue allemande et qui eut sur lui une influence morale considérable. Lorsque éclata la 1ère Guerre Mondiale, Zweig, comme Romain Rolland en France, ne put se résigner à sacrifier aux nationalismes déchaînés la réalité supérieure de la culture par-dessus les frontières. Ardent pacifiste, il fut profondément marqué, ulcéré par cette guerre qui lui inspira de violentes protestations JÉRÉMIE (1916) et, bien des années plus tard, IVRESSE DE LA MÉTAMORPHOSE. Vers 1915, il se maria avec Friderike von Winternitz.
Il quitta Vienne en 1919 et vint s'installer à Salzbourg, d'où il écrivit nombre de ses nouvelles les plus célèbres, telles VINGT-QUATRE HEURES DE LA VIE D'UNE FEMME, AMOK, LA CONFUSION DES SENTIMENTS, LA PEUR... En moins de dix ans, Zweig, qui naguère n'avait considéré le travail "que comme un simple rayon de la vie, comme quelque chose de secondaire", publiait une dizaine de nouvelles, autant d'essais écrits sur Dostoïevski, Tolstoï, Nietzsche, Freud - dont il était l'intime - Stendhal, etc... qui témoignent de la plus vaste des cultures. Puis suivit la série de ses écrits biographiques, où il acquit d'emblée une certaine autorité avec son FOUCHÉ. Mais Hitler et ses nazis s'étaient emparés du pouvoir en Allemagne, et les violences contre les réfractaires s'y multipliaient. Bientôt l'Autriche, déjà à demi nazifiée, serait envahie. Dès 1933, à Munich et dans d'autres villes, les livres du "juif" Zweig étaient brûlés en autodafé. Zweig voyait avec désespoir revenir les mêmes forces brutales et destructrices que lors de la 1ère Guerre Mondiale, sous la forme, pire encore, du nazisme. En 1934, il partit en Angleterre, à Londres. En 1938, il divorça de Friderike, avec qui il garda tout de même des liens d'amitié étroits. Il se remaria ensuite avec une jeune secrétaire anglaise, Charlotte Lotte Elizabeth Altmann, qui peu après tombera gravement malade. Mais depuis l'abandon de sa demeure salzbourgeoise son âme inquiète ne lui laissait plus de repos. Il parcourt de nouveau l'Amérique du Nord, se rend au Brésil, fait de courts séjours en France, en Autriche, où les nazis tourmentent sa mère qui se meurt... Et la guerre éclate. Zweig voit répandues sur l'Europe les ténèbres épaisses qu'il appréhendait tant. Il quitte définitivement l'Angleterre et gagne les Etats-Unis, où il pense se fixer. Mais l'inquiétude morale qui le ronge a sapé en lui toute stabilité. Le 15 août 1941, il s'embarque pour le Brésil et s'établit à Pétropolis où il espère encore trouver la paix de l'esprit. En vain. Le 23 février 1942, il se suicide avec son épouse.

LES COMÉDIENS
Pierre-ArnaudJUIN, StefanZweig
« Stefan Zweig, l’auteur de la Confusion des sentiments, s’est révélé toujours plus complexe, riche et inattendu. Avec lui, c’est le grand écart permanent entre l’être et le paraître, entre sa profonde mélancolie et son goût pour la jouissance, le rejet de toute effusion élogieuse à son égard et sa peur viscérale d’être oublié, entre sa neutralité face aux événements et ses engagements artistiques, sa franchise déconcertante et sa politesse raffinée... Terriblement humain, tiraillé sans cesse par toutes ses contradictions, ce personnage m’a embarqué, comme il a captivé les spectateurs lors de nos représentations. Dans sa biographie de Marie Stuart, 24 heures de la vie d’une femme, ou encore Amok, Zweig se passionne pour cet instant très bref, où, dans le cours d’une vie « normale », les sensations, les idées et les émotions se concentrent et où tout se rompt et bascule irrésistiblement vers l’inconnu, pour lui vers le suicide. Et c’est bien cet instant qu’Esther Rotenberg a su saisir dans la vie de Zweig, ces quelques mois de 1934 et son exil à Londres, où le romancier incarne lui-même son œuvre. Et, dans ce texte, l’intelligence des dialogues, échos réjouissants de l’ironie mordante que Zweig porte sur l’humanité. »
Au théâtre, Piere-Arnaud Juin a travaillé dans tous les registres. Comique, avec Patrice Leconte (Tornifle), Bernard Murat (Pygmalion). Plus sombre avec Arlette Téphany (La Panne), Françoise Petit (Le Premier de nous deux), Pierre Franck (Le Journal d’Anne Franck) ou Pierre Boutron (La Ville dont le Prince est un enfant)... Au cinéma, il a rencontré en particulier Francis Veber (L’Emmerdeur, Le Dîner de cons), Joyce Bunuel (Salsa) ou encore Patrice Leconte (Les Grands Ducs). Et à la télévision, il a tourné dans plus de 75 fictions sous la direction, entre autres, de Marc Rivière, Arnaud Selignac, Elisabeth Rappeneau, Christophe Malavoy, Didier Albert...

Corinne JABER, Friderike
« Friderike est une femme qui aime son mari d'un amour inconditionnel, et croit en lui. Et sa foi en lui est aussi inébranlable qu'elle l’est en son époque et en sa ville chérie de Vienne. Elle ne croit pas à l'arrivée du nazisme, ne peut pas admettre que dans cette Vienne si cultivée une telle aberration puisse exister. Optimiste et tonique, elle n’a de cesse d’entrainer avec elle Zweig, lui avec son pessimisme et sa mélancolie. Elle est sa force de vie. Et bien qu’il ait fuit en Angleterre, elle continue à l'aimer avec une force et une conviction à toute épreuve . Même quand l’épouse est intimement blessée par les infidélités de plus en plus apparentes de son mari. Car au fond tout cela n'a pas d'importance, il y a des choses plus grandes a vivre, d'autres batailles à gagner. J'ai une grande admiration pour Friderike, ce personnage qui reste debout, droite et les pieds sur terre. »
Trilingue, elle joue, au théâtre, indifféremment en anglais (Henry VIII à la Royal Shakespeare Company), français ou allemand et mène une carrière internationale. Parcours théâtral très dense puisque le Mahabharata de Peter Brook a fait le tour du monde. Elle a travaillé également, entre autres, avec Bruce Myers (Le Puit des Saints, Le Golem), Emmanuel Demarcy-Mota (Le Diable en partage), Irina Brook notamment sur Une bête sur la lune pour lequel elle a eu le Molière 2001 de la meilleure comédienne ou encore Philippe Adrien (L’Incroyable voyage).
En 2008, elle met en scène Sœurs, pièce de théâtre élaborée par F. Melquiot après deux années d’écriture collégiale avec des actrices afghanes, représentée à Kaboul, au Centre Culturel français puis lors du Ve Festival national de théâtre afghan. Elle poursuit actuellement le travail entamé avec sa compagnie afghane qui a, entre autres, répondu à l’invitation d’Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie. Au cinéma, elle a été dirigée par Enki Bilal (Immortel ad vitam) et Rima Samman (Hier encore).

Olivia ALGAZI, Lotte Altmann
« Lorsque Lotte Altmann rencontre Zweig pour la première fois à Londres, elle est orpheline de père, de patrie et d’espoir et va enflammer les braises qui sommeillaient en elle depuis toujours auprès de l’homme qu’elle idolâtre avant d’adorer. Elle comprend et partage les blessures de cet exilé, son mal être, cette zone obscure dans laquelle les êtres dotés d’une très grande sensibilité glissent inévitablement. Grande, mince, trop mince, discrète, Lotte parait effacée aux côtés de cet homme brillant et charismatique, et pourtant, elle ne se sentira jamais aussi vivante. Digne d’une héroïne shakespearienne, son amour est absolu ; elle ne se contentera pas de suivre son mari jusqu’à la mort, mais avalera un poison pour être sûre de ne pas lui survivre : il est son tout. »
Au théâtre, elle a, en particulier, été dirigée par E. Fiestas dans Lorca, Cœur de femme, par A. Robledo dans L’Assemblée des femmes. A. Diaz-Florian l’ a mise en scène dans La Casa de Bernarda Alba (en espagnol, Th. de l’Epée de Bois, Cartoucherie), Le Tartuffe (Cartoucherie), Le Malade imaginaire (Teatro Espada de Madera, Madrid et Cartoucherie Th. de l’Epée de Bois), La Maison de Bernarda Alba (Le Phénix, scène nationale de Valenciennes). Elle a joué également dans Dé-Racine(é) (s) (écrit et m. en sc. par S. Eigermann)...
Au cinéma, elle a tourné sous la direction de Ph. Le Guay dans Les Femmes du 6e étage.
Corinne JABER, Friderike
Olivia ALGAZI, Lotte Altmann


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Le Cerceau


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