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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Théâtre : Oh les beaux jours, de Samuel Beckett

Théâtre : Oh les beaux jours, de Samuel Beckett

Depuis sa création en 1963 par Madeleine Renaud, ces beaux jours de Samuel Beckett se présentent de facto comme le "bâton de maréchal" du spectacle vivant que toute comédienne se doit d’interpréter parvenue dans la maturité de son art.

Il se trouve qu’avec un demi-siècle de pratique intensive sur les planches, Madame la doyenne de la Comédie Française a atteint en quelque sorte l’âge professionnel du rôle situé dans les didascalies de la pièce, "autour de la cinquantaine avec de beaux restes."

Cette estimation de l’auteur a son importance, car elle infirme la notion implicite de "fin de vie" généralement annexée au personnage de Winnie sous l’effet sans doute d’un amalgame abusif avec la fameuse Maud complice du jeune Harold, jouée pareillement dans la jubilation du quatrième âge par l’épouse de Jean-Louis Barrault.

Ici, au théâtre du Vieux Colombier, Willie le compagnon de vie associé à Catherine Samie est interprété par Yves Gasc, autrefois son partenaire de jeunesse ; tous deux vont contribuer à rendre lumineux un concept féminin décliné dans la force de l’âge et spéculant sur l’idée du bonheur au quotidien, alors même que le naufrage progressif de l’autonomie est patent.

Accomplir dans la légèreté tous les gestes successifs qui emplissent les habitudes d’une journée, alors que celle-ci se répéterait ad vitam aeternam, voilà qui devrait confiner à l’insupportable.

Aussi, en place d’une récurrence infinie, Winnie, tout d’abord dressée en buste au sommet d’une pyramide de terre, va au deuxième acte être peu à peu ensevelie jusqu’à ce que ne reste visible que sa tête toute prête à être engloutie par le sable mouvant.

Sourire constant aux lèvres, la dame semblera disparaître sous nos yeux telle qu’elle a vécu, dans l’insouciance de l’instant présent savouré jusqu’à la lie dans l’obstination à survivre.

Cette métaphore du vide existentiel, qui caractériserait la condition humaine et dont la seule possibilité pour s’en affranchir consisterait à le remplir avec une suite de gestes anodins, sans se poser d’autre problématique métaphysique que celle de vivre sans cesse une "belle journée", relèverait davantage du leitmotiv poétiquement abstrait que d’une dialectique complexe entre positivisme et nihilisme : "...Pas mieux, pas pis, pas de changement...".

Catherine Samie y effectue une performance de mime jouant avec les contorsions du visage en même temps que celle d’une voix excellemment placée dans le masque et rompue à une articulation phonétique exemplaire.

Ceinte dans sa jupe de toile tendue hors normes, la comédienne semblerait pour un peu tournoyer dans le rythme frénétique du derviche tourneur disponible à toutes aspirations au ciel pourvu que son congénère puisse encore l’applaudir en cette envolée ultime !...

photo : Laurencine Lot

OH LES BEAUX JOURS *** de Samuel Beckett - mise en scène : Frederick Wiseman - avec Catherine Samie & Yves Gasc - Théâtre du Vieux-Colombier -


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