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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Titanic », ou l’hygiène de la vision

« Titanic », ou l’hygiène de la vision

Titanic*, coucou, le revoilou en 3D ! Avec son succès phénoménal (plus de 1,835 milliard de $ de recettes) et ses onze Oscars (1998), dont celui du meilleur film, ce film, narrant une tragédie mythique doublée d’une histoire d’amour puissamment romanesque, est entré dans la légende du cinéma contemporain. Southampton, 10 avril 1912, Le Titanic, le paquebot le plus grand et le plus moderne du monde, fleuron de la White Star réputé pour son insubmersibilité, est en route pour sa première traversée. Quatre jours plus tard, il heurte un iceberg. A son bord, Rose DeWitt, une jeune fille de la bonne société new-yorkaise, rencontre un artiste pauvre, passager de troisième classe, un certain Jack Dawson, dont elle s’éprend follement. Au final, sur 2243 passagers, 705 furent sauvés. Survécurent 60% des 1ière classe, 44% des 2ième et 25% des 3ième.

En Ile de France c’est les vacances, on va voir dans le réseau UGC Titanic 3D et on découvre une salle comble, on redécouvre de jeunes acteurs devenus désormais des stars et des valeurs sûres du cinéma mainstream (Leonardo DiCaprio, Kate Winslet), puis on est entouré de spectateurs qui, visiblement, connaissent parfaitement le film, certaines jeunes spectatrices entonnant même en chœur, pendant le générique final, le tube planétaire du film qu’elles connaissent de toute évidence par cœur ; cette chanson My Heart Will Go On de Céline Dion, single le plus vendu au monde, qui, comme on le sait depuis quelque temps, donne la nausée à son actrice principale. Au micro de MTV News, mars 2012, Kate Winslet : « [Elle] me donne envie de vomir. Je ne devrais pas dire ça... Non, vraiment, ça me donne envie de vomir. J'aimerais pouvoir dire "Oh écoutez tous ! C'est la chanson de Céline Dion !" Mais je ne peux pas. Je dois juste rester là, avec un visage fermé, en roulant des yeux à l'intérieur. (…) Dès que je vais dans un bar ou un hôtel avec un pianiste ou un restaurant où ils changent la musique pour les invités visiblement... Oui c'est très excitant pour les gens de me "surprendre" avec la chanson de Céline Dion.  » On la comprend. Cette mélodie sirupeuse, malgré son Oscar, n’est pas le meilleur du film, c'est vrai. L’atout majeur du Titanic signé Cameron c’est son imagerie d’orfèvre servant sur un plateau une tragédie maritime minutieusement reconstituée. Il faut vraiment le revoir avec un œil neuf, en se débarrassant du battage médiatique qui, à sa sortie (en janvier 1998), avait fini par lui faire du tort et tenir à distance bon nombre de cinéphiles découragés, voire dégoûtés. 

Revoir Titanic 3D en salle est une expérience assez réjouissante, non pas pour sa 3D qui n’a rien de révolutionnaire (on le sait, le film n’a pas été prévu pour ce format-là), mais essentiellement pour ses rapports avec l’histoire du cinéma et de James Cameron. A sa sortie, le cinéaste gros calibre américain donnait l’impression, avec ce film-somme (catastrophe, mort, attraction foraine, séquestration, amour, lutte des classes, etc.), d’avoir réalisé un film définitif qui sonnait comme l’aboutissement de son œuvre. Mais, en 2009, ce même réalisateur, bigger than life, a remis le couvert avec Avatar**, film titanesque objet de tous les superlatifs !

Ou s’arrêtera Cameron ? C’est ce qu’on peut se demander. Dans le registre du film néoclassique hollywoodien qui s’impose tel un bloc filmique insubmersible et dans celui du blockbuster high-tech qui reprend malicieusement tous les codes du cinéma narratif de genre US, Titanic et Avatar semblent indétrônables. Au rayon du film spectaculaire qui nous cloue à notre fauteuil, Cameron est au-dessus des autres imagiers (Spielberg, Lucas, Nolan et consorts) car répondant parfaitement à nos attentes de spectateurs gavés par le robinet à images d’Internet et autres i-Phone. En créant du visuel inédit, venant « se maximiser » dans une 3D qui exploite au mieux jaillissements et profondeurs, Cameron semble faire sienne la devise de Kubrick : faire du film une « expérience visuelle non-verbale » ; I see you…, entendait-on plusieurs fois dans le Pandora d’Avatar. La force de frappe filmique du père de Terminator et d’Abyss réside, depuis Titanic, non seulement dans le fait d’inventer des mondes en vase clos qu’on n’avait jamais vus auparavant (le bleu pénétrant d’Avatar, le paquebot-écrin du Titanic), mais surtout dans le tour de force - ou stratagème illusionniste - qui donne l’impression de réinventer la vision. Nous qui sommes blasés par une invasion d’images en tous genres, et de plus en en plus moches (notamment publicitaires), on bénéficie avec Cameron d’une… hygiène de la vision : nous devenons en salle de bons gros bébés qui redécouvrons la richesse du monde et la joie toute simple de jouir des possibilités du visible. Bref, la Cameron 3D est arrivée !  

* Ce film est ressorti au cinéma le 4 avril 2012 en 3D. 1997. 3h20. Film d’aventures américain en couleurs de James Cameron avec Leonardo DiCaprio, Kate Winslet, Billy Zane, Kathy Bates, Bill Paxton, Frances Fisher.

** http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/avatar-esque-67599

 


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1 réactions à cet article    


  • agent orange agent orange 26 avril 2012 12:45

    Je n’irais pas enrichir davantage Rupert Murdoch.

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