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Tourner la page

À l’encre des adieux !

Tourner la page, passer au livre suivant après avoir supporté le point final, comme cela semble simple ! Un petit mouvement de main, une époque qui se referme, un nouveau départ derrière un nouveau titre, une belle jaquette, une grande majuscule et sa belle calligraphie, et le tour est joué ! Pourtant, la vie n’est pas un roman, elle se fracasse parfois dans des histoires qui ne parviennent pas à s’effacer ou bien à se muer en autre chose. La fiction ou l’affliction, le choix n’est pas simple et rien ne se passe jamais comme dans les livres.

Les doigts pleins de cette encre des adieux, le lecteur se refuse à admettre qu’il en a fini de la confrontation avec des personnages qui se sont invités en lui, qui ont peuplé quelques jours, une petite portion de son existence. Il veut les retenir, leur donner le temps de vivre encore un peu ce récit qui l'a séduit. Il se refuse à ouvrir une autre épopée, il laisse en suspens sa mémoire.

Mais l’évidence s’impose. Ils ont révélé leur mystère, ils n’ont plus rien à lui apprendre, plus de raison de le surprendre. Il est allé au bout de leur mystère, il a compris la mécanique, a découvert les fausses-pistes, les pièges et les astuces. Il sait et désormais n’a plus à s’interroger. Bientôt, ceux qui l’ont laissé en haleine vont se dégonfler comme des ballons de baudruche.

Il se met à leur en vouloir, à les déconsidérer. Qu’il fut naïf de croire en leurs fariboles, qu’il s’est montré crédule devant des artifices qu’il se refusait de repérer. Il s’en veut désormais d’avoir été aussi bon public, lecteur qui se laisse mener par le bout du nez et par des phrases avec une curieuse crédulité. Voilà déjà le temps des reproches, des griefs contre ce récit cousu de fil blanc.

La dernière page lui colle au doigt tout autant qu’au cœur. Il n’y a plus de mystère, c’en est fini de l’attente fébrile de la suite. Il sait et doit se satisfaire de la chute qu’on lui a ainsi imposée. Ce n’est pas ainsi qu’il envisageait l’issue du roman, il l’espérait plus belle, plus aventureuse, plus surprenante encore. Il ressasse ce manque d’ambition de l’auteur à moins qu'il ne lui fasse grief de n’avoir pas la même fièvre que lui.

Il ferme le roman, l’oublie un temps sur sa table de chevet, espérant sans doute que les personnages s'en échapperont pour venir à lui, vivre le final qu’il a imaginé. Le temps passe, il est passé à autre chose et voilà que ce pauvre bouquin le dérange, lui rappelle ce désamour fatal. Il le range ou plutôt l’entasse négligemment sur une pile de déclassés, d’autres aventures qui ne se sont pas montrées à la hauteur de ses espérances.

Plus tard, la pile s’effondrera, les bouquins seront jetés au hasard dans un placard ou bien sur le faîte de sa bibliothèque. C’est bien après qu’il se propose de retrouver ces personnages qui avaient égaillé ses lectures. Il ne retrouve plus le livre, il s’en veut de refuser obstinément de se résoudre au rangement alphabétique. L’ordre le désole, l’angoisse, le révulse. Il a besoin de cette joyeuse anarchie qui fait de sa bibliothèque un impénétrable capharnaüm.

Il constate la stupidité de sa démarche, se promet de fréquenter une bibliothèque de prêt, de rompre ainsi véritablement avec le livre quand il le referme définitivement. Il se persuade qu’il est capable de ce divorce textuel sans le moindre état d’âme. Il s’inscrit, découvre une autre relation à l’objet livre, ne se l’approprie plus puisqu’il sait qu’il peut rompre avec lui à tout moment sans s’en faire reproche comme au temps où il les achetait.

Petit à petit, il accepte ce ballet des livres qui vont et s’en retournent, sans laisser leur trace ailleurs que dans sa mémoire. Il se promet de faire des fiches de lecture pour qu’ils laissent un petit écho, qu’ils vivent encore comme tous les ouvrages en désordre chez lui. Puis, une fois encore, il repousse cette contrainte, ne parvient pas à une telle discipline.

Il découvre qu’il ne reste plus rien de ses émotions livresques. Il s’en veut. S’interroge à nouveau sur ses pratiques. Se demande s’il ne va pas passer au livre numérique, le ranger dans un disque dur. Il s’essaie à cette folie. Il s’y perd, ne retrouve pas le plaisir du contact, de la page qu’on tourne. C’est bien cela, il a besoin de tourner les pages et qu’importe si un jour, il faut tourner la dernière.

Il se fait bien des reproches puis sans plus se poser de questions, passe chez son libraire d’antan. C’est ainsi qu’il peut revenir à ce merveilleux loisir de la lecture, au delà de la seule fréquentation d’un récit. Il lui faut posséder ses livres, les prêter, les perdre, les chercher vainement, les relire éventuellement ou simplement en parcourir quelques extraits. Ce sont-là plaisirs ultérieurs, tout aussi nécessaires !

Lecteurement sien.

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39 réactions à cet article    


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 30 novembre 2017 13:58

     en normandie, une chambre l’attendait dans une villa habitée d’octobre à mars. Son nom était plutôt inhabituel : Les dormantes. La villa couverte d’un manteau de feuillage se situait à la lisère des bois environnants, probables vestiges de la forêt de Brocéliande. D’un seul étage, son toit de tuiles rouges grenat passé reposait sur une structure de bois verticale et croisée agrémentée de pierres de pays chaulées. Le jardin tout autour était en friche. Les propriétaires, de vieux amis de l’oncle paternel d’olga habitait la maison voisine. Il y a trente-huit ans, ses parents en voyage de noce y passèrent deux nuits après avoir visité le Mont Saint-Michel. Comme prévu, les clés se trouvaient dans le bôîte aux lettres extérieure. Avec ses bagages, Olga sortit la valise toujours hermétiquement fermée qu’elle transportait dorénavant dans son coffre. L’air était humide mais suffisament doux pour accompagner agréblement son sejour.


    En ouvrant la porte, un chat miaulant, roux et or s’’extirpe de la demeure nouvellement investie. Une odeur accueillante de feu de bois récemment éteint embaume l’unique pièce. Un lit à baldaquin trône solitaire dans un coin près de la cheminée. Sur la tablette de son manteau, des trolls et des elfes en fine céramique veillent sur les lieux. Le mobilier rustique s’habille d’ornementations sylvestres, chèvrefeuilles, oiseaux, champignons, cerfs délicatement ciselés nécessitant l’exercice corporel pour se révéler entièrement au regard nouveau. Une demeure enchâssée dans l’orée d’une forêt, sertie du diamant de la rosée sur son feuillage d’or et de rubis.

    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 30 novembre 2017 14:18

       Speedy Gonzales : En Normandie, une chambre l’attendait dans une villa habitée d’octobre à mars. Son nom était plutôt inhabituel : Les Dormantes. La villa couverte d’un manteau de feuillage se situait à la lisère des bois environnants, probables vestiges de la forêt de Brocéliande. D’un seul étage, son toit de tuiles rouges grenat passé reposait sur une structure de bois verticale et croisée agrémentée de pierres de pays chaulées. Le jardin tout autour était en friche. Les propriétaires, de vieux amis de l’oncle paternel d’Olga habitait la maison voisine. Il y a trente-huit ans, ses parents en voyage de noce y passèrent deux nuits après avoir visité le Mont Saint-Michel. Comme prévu, les clés se trouvaient dans le bôîte aux lettres extérieure. Avec ses bagages, Olga sortit la valise toujours hermétiquement fermée qu’elle transportait dorénavant dans son coffre. L’air était humide mais suffisament doux pour accompagner agréblement son sejour. En ouvrant la porte, un chat miaulant, roux et or s’’extirpe de la demeure nouvellement investie. Une odeur accueillante de feu de bois récemment éteint embaume l’unique pièce. Un lit à baldaquin trône solitaire dans un coin près de la cheminée. Sur la tablette de son manteau, des trolls et des elfes en fine céramique veillent sur les lieux. Le mobilier rustique s’habille d’ornementations sylvestres, chèvrefeuilles, oiseaux, champignons, cerfs délicatement ciselés nécessitant l’exercice corporel pour se révéler entièrement au regard nouveau. Une demeure enchâssée dans l’orée d’une forêt, sertie du diamant de la rosée sur son feuillage d’or et de rubis.


      • sylviadandrieux 30 novembre 2017 14:21

        L’article de Nabum finit où ? Après « rubis » ???


        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 30 novembre 2017 14:35

          @sylviadandrieux


          Astéroïde 612. Bye bye les terriens. 

        • sylviadandrieux 30 novembre 2017 14:50

          @Mélusine ou la Robe de Saphir.
          Et en plus, elle fait les commentaires !


        • C'est Nabum C’est Nabum 30 novembre 2017 15:20

          @sylviadandrieux

          au mot de la faim


        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 30 novembre 2017 16:30

          Mais à Perrault, je préfère ANDERSEN


          • C'est Nabum C’est Nabum 30 novembre 2017 17:12

            @Mélusine ou la Robe de Saphir.

            Moi je n’évolue pas dans ce monde
            J’aime mieux le mien


          • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 30 novembre 2017 18:21

            @C’est Nabum


            Princesse au petit pois. Pas de taille face à la bête, au Roi des PORTS.

          • C'est Nabum C’est Nabum 30 novembre 2017 18:31

            @Mélusine ou la Robe de Saphir.

            J’ai encore un conte pour les petits pois


          • juluch juluch 30 novembre 2017 16:37

            Certain livres une foi lu et ne sont jamais plus ouvert et d’autres par contre....


            Et si on ne les veut plus on peut les vendre ou les donner.

            J’ai des bibliothèques pleines !!

            merci nabum

            • C'est Nabum C’est Nabum 30 novembre 2017 17:13

              @juluch

              Avez-vous le mien  ?


            • juluch juluch 30 novembre 2017 18:52

              @C’est Nabum

              Pas encore................ smiley

            • C'est Nabum C’est Nabum 30 novembre 2017 19:03

              @juluch

              Il n’en reste plus guère


            • Le Panda Le Panda 30 novembre 2017 20:18

              @C’est Nabum

              Bonsoir

              Oui ce que tu écris là, est un message de prévention. Ce n’est pas aussi facile que l’on, peut le croire. Mais rentre en ligne divers paramètres ou divers faits ou circonstances peuvent donner une forme de contenance. Je viens te saluer, je n’accepte pas le barrage, tu vois non plus sur un « article » mon dernier "en modération et je sais qu’il est à plus 4. Dans un monde d’échanges : La couleur ne change rien à la valeur entre le noir et le blanc. Avec toutes mes amitiés bisous à tes loupiots. Le Panda Patrick 


              • C'est Nabum C’est Nabum 1er décembre 2017 08:32

                @Le Panda

                prévenons

                je ne modère jamais mais je peux faire une exception


              • nono le simplet nono le simplet 1er décembre 2017 07:50

                salut C’est Nabum

                je partage totalement 
                je dévore les premières pages d’un livre qui me passionne mais au fur et à mesure, voyant qu’il reste de moins en moins de pages, je ralentis ma lecture ... la fin approche ... et c’est une souffrance de lire la dernière phrase ...

                • C'est Nabum C’est Nabum 1er décembre 2017 08:34

                  @nono le simplet

                  Merci l’ami

                  une souffrance tune délivrance c’est curieux


                • Hector Hector 1er décembre 2017 10:17

                  C’est vrai, on a tous, plus ou moins ressenti cette tristesse en tournant la dernière page d’un bouquin. Surtout si celui-ci est court.
                  Alors après avoir écumé les diverses bibliothèques de la ville ou j’habite, et même la médiathèque dans des proportions moindres, je me suis tourné vers certains espaces « culturels » de grandes surfaces et j’achète mes bouquins au poids.
                  Fini les 200 pages que l’on dévore en moins de deux heures, non il me faut du 1200 et de préférence avec une suite ou une saga en plusieurs tomes et ce en caractères minuscules.
                  Ainsi cela me garantit quelques jours de bonheur.


                  • C'est Nabum C’est Nabum 1er décembre 2017 10:21

                    @Hector

                    Quelle gourmandise !


                  • Hector Hector 2 décembre 2017 14:46

                    @C’est Nabum
                    Mea culpa, mea maxima culpa.


                  • C'est Nabum C’est Nabum 2 décembre 2017 21:13

                    @Hector

                    Nullement besoin d’excuses


                  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 1er décembre 2017 12:06

                    « Dum vas regi Clotario
                    Ex auri massa fabricat
                    Aurum in fabri studio
                    Summus faber multiplicat. »

                    Le divin ouvrier (summus faber) aurait multiplié l’or tandis qu’Éloi fabriquait le trône.



                    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 1er décembre 2017 16:54

                      @C’est Nabum


                      il y a un petit côté Arthur H.....

                    • C'est Nabum C’est Nabum 1er décembre 2017 17:09

                      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

                      C’est gentil


                    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 1er décembre 2017 15:22

                      Il en fut de même pour moi,......mais de l’autre côté de la rue à Russeignies (et non saignée), chantait la forge et le hénnissement des chevaux. Seule sur les dalles froides de l’entrée je visionnais l’expo 58, l’atomium à travers le disque rayé de mon vieuw master.https://www.google.be/search?q=view+master&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwif7uaSgenXAhWJ1hoKHaWDD5oQ_AUICigB&biw=1280&bih=675#imgrc=4UYU6aptWuoEKM :


                      • C'est Nabum C’est Nabum 1er décembre 2017 16:19

                        @Mélusine ou la Robe de Saphir.

                        Nous allons faire notre trou



                        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 1er décembre 2017 15:36

                          Sur ces trône là, nulle chasse. Trouvé sur inter pas toujours très net,....quoique.http://www.paroisse-val-escaut.be/spip.php?article436. Pour la petite histoire, j’y ai fait ma petite communion (pas commission,....). J’étais la seule à porter une robe de mariée assez courte, alors que les autres jeunes filles portaient le voile classique. Et en plus mon Missel était de traviole. Le curé (pas de Cucugnan) portait sur moi un drôle de regard au moment d’ouvrir la bouche. De là sûrement mon goût pour la baguette. A ne pas livrer à des lecteurs indiscrets,...


                          • C'est Nabum C’est Nabum 1er décembre 2017 16:20

                            @Mélusine ou la Robe de Saphir.

                            quand la chasse accourt


                          • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 1er décembre 2017 16:04

                            Contrepèterie : un curé danse anale : un carré dans sa lune en astrologie


                            • C'est Nabum C’est Nabum 1er décembre 2017 16:20

                              @Mélusine ou la Robe de Saphir.

                              Vous êtes une comtesse


                            • nono le simplet nono le simplet 1er décembre 2017 17:43

                              @C’est Nabum
                              un autre fan du palmipède ...


                            • C'est Nabum C’est Nabum 1er décembre 2017 18:03

                              @nono le simplet

                              Je suis incapable de comprendre un contrepet
                              je suis plutôt pour


                            • nono le simplet nono le simplet 2 décembre 2017 04:29

                              @C’est Nabum

                               smiley
                              je ne suis pas très doué non plus ... je préfère les rubriques voisines ...

                            • C'est Nabum C’est Nabum 2 décembre 2017 06:35

                              @nono le simplet

                              ça me rassure
                              Merci


                            • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 2 décembre 2017 18:38

                              En Belgique, il y a une expression pour dire aller sur le trône. Allez chez Jules. A Renaix, les toilettes chez mes grand-parents maternels, je devais passéer par l’atelier de Julien, le mari de ma grand-mère Flore, cela suintait la cave et le tissu. Il y avait des araignées partout. Mais j’avais toujours un bateau en papier (Origamo) dans lequel j’avais inscrit quelques mots avec des crayons de couleur différents. Un ruisseau longeait l’arrière de la maison : un ru de la Ronne. J’ai souvent rêvé qu’il se transforme en fleuve. 

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