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Tristesse Animal Noir

De Anja Hilling m e s Guy Delamotte, avec Olivia Chatain, Véro Dahuron, Thierry Mettetal, Mickaël Pinellin Alex Selmane, Timo Torikka…. Panta Théâtre au théâtre de l’Aquarium. Une mise en scène convaincante, une équipe homogène. Après la mise en scène très formelle et pure de Stanislas Nordey il y a deux ans, un peu plus de vérisme, notamment dans la vidéo, ne font pas de mal et contribue à faire entendre ce texte terrible dans les deux sens de ce terme.

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Photo Tristan Jeanne-Vallès

Tristesse Animal Noir est pour moi le plus grand texte contemporain qu’il m’a été donné d’entendre sur une scène. Il est d’une droiture quant à son propos parfaite, d’une richesse à chaque instant admirable. Trois parties, avec trois écritures différentes.

La deuxième partie, l’incendie, la catastrophe, atteint des sommets. Ecriture chorale, narrative, d’un moment insupportable de violence « naturelle », de force qui tombe sur de pauvres citadins si peu préparés qu’ils s’en sont rendus la cause, à leurs yeux incroyablement.

C’est un langage du corps : la main, la poignée de la voiture qui brûle la paume, la fait disparaître, les petits doigts du bébé qui tombent comme charbons de bois rendus à la terre, la langue qui fond, la soif qui étreint, le temps de la fuite, le temps interminable de la fuite avec son énergie vitale, dite « du désespoir », alors qu’elle est surtout mécanique, faire quelque chose, avancer en espérant juste avoir pris la bonne direction et même sans penser à rien que sortir, sortir de là… Une urgence qui nous étreint, alors que si peu est montré, mais tant est dit…

Tout commence comme un dimanche après-midi de santé, de repos, de farniente avec les copains. Rosé frais, saucisses… Tout n’est pas tendre entre eux. Leurs relations sont complexes. Ils se connaissent de longtemps. Un frère, une sœur, des anciens amants-compagnons… Et peut-être que le jeune papa n’est pas si intéressé par le sexe qu’il le dit avec fierté… Vexation. Leurs relations sont complexes.

Guy Delamotte a pris un parti qui contient des moments de naturalisme. La force du texte donnait l’idée qu’on pouvait s’en passer, que tout fonctionnait dans le texte et par lui, que le souci réussi de le porter au public, de le faire entendre suffisait… Ce parti pris de naturalité fonctionne bien. Dans tout le temps du barbecue, on voit le « combi VW » garé parmi les fûts des arbres, en fond de scène, projeté à la place de la vieille toile peinte qu’on avait il n’y a pas si longtemps. Ni utile, ni dérangeant.

La pièce porte une grande incompréhension de ces citadins cultivés envers la nature, qui ne ressentent pas les racines de l’homme, son humus, leur humus, qui n’en ressentent même pas le manque. Rien. Pas la moindre conscience de la forêt, qui est pourtant l’anti-ville. Ils viennent changer ce qui tombe dans leur regard mais continue à se comporter comme ils le font toujours. Pas d’accommodation. L’une des convives se moque d’un autre qui ne verrait dans ce bois qu’un projet immobilier : là des petits immeubles, là le restant de bois pour faire vrai et là, la piscine… Elle ne voit, cependant, pas plus que lui la forêt, présente et forte, elle n’y voit qu’une parenthèse agréable pour une soirée « mondaine ». La technique est tissée de nature, alors que l’idée commune est que la technique domine, maîtrise la nature et que lorsqu’on est entre soi, gens de la ville, eh bien, on est entre soi d’abord et surtout.

La construction en trois parties signe ce spectacle comme le récit d’un événement et du trauma qui le suit.

Tout est calme.

Arrive le cataclysme, imprévisible et sans commune mesure avec ce qui l’entoure et l’amène.

Survivre est trop dur.

La faiblesse des actes qui ont apporté la mort et la destruction, la disproportion entre ces gestes et leurs conséquences les saisit et nous saisit. Le réel est injuste. Car outre les morts, les blessés de leur petit groupe, sont morts nombre d’animaux et surtout des sauveteurs, des pompiers… L’échange est écrit, qui porte cette inadéquation entre le geste et sa conséquence, échange entre celui qui voudrait se soumettre à la justice des hommes pour libérer sa conscience et celui qui pense que cela ne changera rien, de toute façon.

La représentation montée par le Panta-théâtre, que dirigent Véro Dahuron et Guy Delamotte en plein cœur de Caen, donne toute la richesse du texte, sa violente émotion, sa violente philosophie et sa poésie, aussi implacable que ce que ce texte raconte. Bravo.

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Photo Tristan Jeanne-Vallès

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