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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Truands » en DVD : un polar « Canada Dry » !

« Truands » en DVD : un polar « Canada Dry » !

Retour sur Truands (sortie DVD le 6 août 2007) de Frédéric Schoenderffer, avec Magimel, Caubère, Marchal, Dalle (bien, sobre), Mehdi Nebbou (très crédible) : qu’en dire ? Tout d’abord, à sa sortie en salle, de mauvaises critiques un peu partout dans les médias. Pourtant, ce film glauque et se voulant ultraviolent a trouvé son public, tant mieux pour le tiroir-caisse. Pour l’anecdote, je l’ai vu en salle en février dernier à l’UGC Ciné-Cité les Halles/Paris, avec à côté de moi, des mecs bien louches, plutôt inquiétants, avec des paluches énormes - bref, pas le même public, me semble-t-il, que pour un Michelangelo Antonioni ! Façon Tarantino, j’avais l’impression d’être assis dans une salle estampillée Grindhouse avec des truands à côté de moi, bonjour le trip interactif, j’ai pas bronché !

Quid du film proprement dit ? C’est l’idée que les "mecs burnés", eh bien ils ont des cuirs et ils ont des guns, aussi bien entre les mains que dans le pantalon. Waouh ! Ca se veut du cinéma "gros calibre", quoi ! Benoît Magimel nous fait non stop son regard en coin, les lèvres pincées, suçotant sa cigarette, façon Robert de Niro... qui pense. On a des acteurs frenchies qui jouent à donf les gros durs à l’américaine ! Philippe Caubère est non plus dans un sur-jeu mais carrément dans une surchauffe freestyle totale - Joe Pesci n’a qu’à bien se tenir ! C’est complètement risible, voire ridicule par moments. Pourtant, Caubère, au théâtre, ça dépote grave, chez lui ou chez Mnouchkine. Au cinoche, dans ce polar pseudo-crépusculaire qui se voudrait un mix de Mann (les cuirs sombres, les guns, les silences, les baies vitrées, les plages de solitude des gros durs...) et de Scorcese (pour le parler cru, le côté bigger than life...), Caubère alias Claude Corty, un patron ultra-burné du grand banditisme, est un cabot XXL en roue libre intégrale. Extrait : "Putain, on ne baise pas Claude Corty ! C’est qui qu’à la plus grosse ici, hein ?..., bah c’est moi, donc je vous baise tous. Y’a pas un homme, à part moi. Personne ne me baise, moi, c’est clair ?!! Personne ne baise Claude Corty ! Tiens, toi, ma salope, viens, t’es bonne, tu vas crier, chienne... ". Puis, il se tire sauvagement une nana chaudasse, fesses rebondies à l’air, dans les chiottes de sa boîte de nuit.

On a le droit aussi à une séance de torture tarantinesque - marottes sadomaso très "tendance" - (énucléation barbare, perceuse électrique dans un genou sanguinolent à souhait ou encore une sodomie "chorale" avec une batte de base-ball, ouille !...). Là-dedans, les filles sont toutes des pétasses, forcément (pour les auteurs, ça semble être la loi du genre). Les "mecs burnés" se baladant avec des guns énormes sur les parkings de banlieues où ils y déclenchent des pétarades foireuses, se tapent des Blacks bimbos - ça doit sonner "authentique" pour cette famille de "cinéma (filmé)" ou qualité France, désirant certainement... "s’encanailler".

Ce film se laisse voir sans déplaisir (un certain sens du rythme, quelques plans bien sentis - merci Mann ! -, de jolies filles - Béatrice Dalle pour la touche arty... -, d’anciens "vrais" flics - Olivier Marchal - pour la case authenticité), mais son côté limite poisseux, putassier et vulgaire (c’est au ras des pâquerettes !) n’est jamais transcendé par une vision, par une écriture, par un style (personnel) qui élèveraient le débat, comme dans le dernier Scorcese (Les Infiltrés), par exemple, où il y a du racisme, des bas quartiers, de la misogynie et de la violence graphique à l’oeuvre aussi, mais ce tout-là nous emmène dans une réflexion passionnante sur la trouille généralisée - aussi bien vécue par les flics que par les truands (qui se confondent d’ailleurs, s’apparentant tous à des taupes à double vie, à des rats prêts à tout pour survivre...) - d’une société basée sur le contrôle social high-tech et l’auto-surveillance généralisée où tout le monde s’épie et s’entretue, je(u) de masques finissant en jeu de massacre.
C’est certainement là le défaut majeur de Truands, polar dépressif se voulant désincarné, désenchanté, noir (monde de la pègre sans foi ni loi, aux valeurs dégradées) et crépusculaire, pourquoi pas..., mais ça ne décolle jamais comme chez Melville (c’est presque honteux ici de convoquer ce grand styliste zen) ou chez Mann. On a affaire à un récit qui fait du surplace, à un film qui "fait" film ou film Canada Dry, sans prendre aucune tangente narrative qui ferait respirer le film, façon Miami Vice. Dommage car Frédéric Schoenderffer a un (vrai) talent de filmeur (enfin, ça se veut "caméra-vérité" à la Mann justement, filmage tremblé, des images prises en "contrebande", sous le manteau... de cuir, c’est du déjà-vu, c’est un "style" sous forte influence américaine - Mann, Scorcese, Friedkin... - mais sans l’énergie et sans l’inspiration de ces maîtres). Pour faire court, chez Schoenderffer, la forme ça passe (à peu près), mais, pour le fond, disons qu’on cherche encore, ça ressemble bel et bien à un film pour rien ou en tout cas pour pas grand-chose, un de plus, hélas, dans notre paysage cinématographique hexagonal. Mais, bon sang, que fait la police ?!


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1 réactions à cet article    


  • papy43 9 août 2007 18:08

    Pourquoi faire un article sur un film aussi nul ? Je comprends qu’on se pose des questions sur Bergmann ou Antonioni, mais là ....

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