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Two Lovers

Leonard Kraditor (Joaquin Phoenix) souffre de troubles bipolaires. Depuis quatre mois, il habite chez ses parents possessifs (Isabella Rossellini et Moni Moshonov) et travaille dans la blanchisserie de son père. On lui présente Sandra (Vinessa Shaw), la fille du patron, sage et douce ; il rencontre sa voisine Michelle, volage et extravertie (Gwyneth Paltrow), éprise d’un homme marié (Elias Koteas) . Entre les deux, son corps balance : la voix de la logique ou la voie du coeur... Mais sur trois personnages, seulement deux sont amoureux.

Divine idylle

James Gray, tel Terrence Malick, est le genre de mec à écrire un bijou tous les cinq ou sept ans. Rien que pour nous contredire, voilà que le bonhomme en écrit deux sublimes à moins d’un ans d’intervalle. Dans Two Lovers, Gray propose de mettre entre parenthèse la mafia pour offrir une relecture de Dostoïevski sur le triangle amoureux. D’un classicisme classe et bouleversant.


 

J’ai deux amours...

Two Lovers est un film sur un homme qui doute, qui hésite. En plus de sa fragile psycholgique, Leonard doit faire des choix : un poste sûr mais ennuyeux ou une aventure artistique incertaine mais passionnante ? La normalité ou l’excentricité ? La middle-class ou le luxe ? Habiter seul ou avec ses géniteurs ? Rire ou pleurer ? Vivre ou mourir ? Tiraillé entre la rationalité ou l’émotionnel, Leonard est un perdu... mais se sent exister. Adultescent (comme tous les personnages du film d’ailleurs), il ne sait sur quel pied danser et agit à l’instinct tout en retenue. En ce sens, Two Lovers est un film sur la dualité positive.

Déjà-vu

Dans Two Lovers, nous découvrons un James Gray toujours plus près de ses personnages. Cette intimité attachante est mis en lumière par le travail somptueux de Joaquin Baca-Asay (qui a déjà oeuvré sur La Nuit nous Appartient) à la photo qui en chaque lieu parvient à nous installer auprès des acteurs - surtout de Joaquin Phoenix. James Gray place sa caméra pudique au corps de ses personnages : dans l’ombre d’une chambre d’ado donnant sur la fenêtre de la voisine d’en-face, dans l’appartement terne d’une famille juive, dans le métro, dans un restaurant chic, sur les toits, à l’aube (lieu des plus belles scènes du film)... Chaque plan de James Gray est un tableau, une photo mentale où chacun se retrouve sans distinction aucune. Le sentiment d’identification est très fort.

Triangle d’or

Si James Gray n’en est plus à sa première collaboration avec son alter ego artistique Joaquin Phoenix, le réalisateur a su s’entourer d’un casting hétéroclite qui rend les interactions très homogènes.

Joaquin Phoenix, l’homme de la situation pour un tel rôle confirme si besoin était qu’il est l’un des meilleurs acteurs dramatique de sa génération. A fleur de peau, on ressent l’effort et le trouble derrière chaque pas, chaque mot, chaque pensée ; et cette ambiguïté universelle lorsqu’il s’adresse au sexe opposé. La musique de ses yeux n’ont presque pas besoin de mot.

Face à lui, Vinessa Shaw écope du rôle ingrat de la femme presque banale mais l’endosse avec une classe folle et une sensualité débordante ; particulièrement dans cette scène merveilleuse de drague mutuelle devant les photos de famille de Leonard.

Gwyneth Paltrow, tellement rare au cinéma, éblouit comme d’habitude ; à contre-pied, elle se dévoile, plus vraie que nature et représente divinement l’objet de désir, la désinvolture qui rend fou Joaquin Phoenix. Ses appels font trembler et déboussole Leonard. Sa fragilité inconsciente permet à Joaquin Phoenix de libérer son jeu embarrassé et sauvage.

Si Two Lovers doit être le dernier film de Joaquin Phoenix *, ce dernier quitte le métier sur un coup de maître : Porté par une brochette d’acteurs impeccables,Two Lovers un film d’amour magistral et poignant, un film sur les amours, une quête d’identité douloureuse mais rassurante ; un tableau ténébreux tout juste caressé par l’aurore glacée. James Gray, en filmant le désir, ancre son oeuvre romanesque dans l’intime, la chaleur du coeur, et réalise son meilleur film à ce jour. Si proche que l’on en vient à penser qu’il a été écrit pour chacun d’entre nous.

Légendomètre : 5/5

 

* Le film clôt la carrière cinématographique de l’acteur qui a annoncé se consacrer exclusivement à la musique... L’une des raisons de pleurer après avir vu Two Lovers.

www.jeseraiunelegende.com


Moyenne des avis sur cet article :  3.67/5   (3 votes)




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2 réactions à cet article    


  • Halman Halman 27 décembre 2008 20:06

    Encore un film super gai pour bien remonter le moral...


    • melanie 28 décembre 2008 22:26

      J’ai vu ce film contrairement à Halman- je ne donne jamais mon impression sur un film sans l’avoir vu- et comme tous les films de James Gray - depuis THE YARDS -c’est une merveille certes sheaspearienne et pas une "romantic comedy" mais superbe et déchirante.

      Et,pour ma part,je préfère 100 fois un film de cette envergure à une gentille comédie sirupeuse et formatée à des dizaines d’exemplaires ....

      La vie si on l’assume, ressemble plus à un film de James Gray dans ses tensions amoureuses - et pour les personnalités entières- qu’ à "Clara Sheller" que j’adorais avec la petillante Melanie Doutey.

      Un très beau film...mais on peut aimer la comédie et le drame ...

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