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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Un champ de pommiers en fleurs... Proust

Un champ de pommiers en fleurs... Proust

Pour fêter le début du printemps...

 

Dans un extrait de son roman Sodome et Gomorrhe, Proust décrit un champ de pommiers en fleurs... A la manière d'un peintre, il compose un véritable tableau empli de charme et de séduction.

Le champ de pommiers est évoqué à travers un réseau d'images qui font songer à une rencontre amoureuse : la première phrase est révélatrice : "Dès que je fus arrivé à la route, ce fut un éblouissement..."

Proust semble suggérer un coup de foudre, une séduction brutale, inattendue qui le saisit : cette soudaineté se traduit par la brièveté de la phrase, par l'emploi du passé simple à valeur ponctuelle et du mot "éblouissement".

Les pommiers sont présentés à travers des personnifications, des métaphores qui transfigurent le paysage : ils sont "d'un luxe inouï", "en toilette de bal", "ne prenant pas de précautions pour ne pas gâter le plus merveilleux satin rose qu'on eût jamais vu..."

Toutes ces évocations font songer à une beauté féminine, parée pour aller au bal... Le style hyperbolique restitue un émerveillement : "luxe inouï, le plus merveilleux satin rose."

Plus loin, la personnification se poursuit et fait penser encore à une séduction amoureuse : "une brise légère mais timide faisait trembler légèrement les bouquets rougissants". Le verbe "trembler", le terme "rougissant" évoquent des émois amoureux.

Enfin, la description s'achève sur la vision d'une "beauté fleurie et rose."

Le narrateur semble ébloui par le spectacle qu'il a sous les yeux, comme on pourrait l'être au cours d'une rencontre amoureuse. Ce procédé restitue toute l'émotion qu'il éprouve devant ce tableau...

De fait, cette description nous fait songer à un tableau, d'abord grâce à la composition de cet extrait : au premier plan, le champ de pommiers, en arrière plan, le fond du tableau, avec "l'horizon lointain de la mer".

On perçoit aussi des éléments du tableau : "des bouquets, des mésanges, des branches" qui se juxtaposent selon la technique impressionniste, avec des touches de couleurs successives.

Proust fait aussi référence, au cours de la description, à "une estampe japonaise", certains détails correspondent bien à un tableau oriental : "les mésanges, les bouquets de fleurs" étant des thèmes récurrents souvent reproduits dans les estampes japonaises.

Le tableau est coloré dans des tons assez doux : "satin rose, le bleu du ciel, les bouquets rougissants, des mésanges bleues, le gris de la pluie".

La dernière phrase de l'extrait, dans sa brièveté pourrait constituer le titre du tableau : "C'était une journée de printemps..."

Les références artistiques sont bien présentes dans le texte : "estampe japonaise, amateur d'exotisme et de couleurs, artificiellement, effets d'art.."

On perçoit le grand sens artistique de Proust et sa sensibilité : la musique, la peinture occupent une place essentielle dans son oeuvre, ici, la beauté du champ de pommiers a des effets extraordinaires sur le narrateur qui en est ému jusqu'aux larmes, l'impression artistique se traduisant par un effet physique.

La nature devient une véritable oeuvre d'art.

Le champ lexical de la nature est particulièrement développé : "feuilles, pommiers, boue, soleil, mer, ciel, azur, brise, bouquets, mésanges, pluie"... et les 4 éléments y sont représentés : la terre, l'eau, l'air, le feu...

Et cette nature semble elle-même participer à la création du tableau, grâce à l'emploi réitéré du verbe "faire" : "satin rose que faisait briller le soleil, les fleurs qui faisaient paraître son bleu rasséréné.. une brise légère faisait trembler les bouquets rougissants..."

La nature semble vouloir embellir le tableau, par la lumière, par le contraste des couleurs, par le mouvement.

Ainsi, la nature se fait art, elle semble imiter l'art.

La réalité est tellement belle qu'elle semble presque composée artificiellement, tout en restant naturelle....

 

Le texte :

"Mais, dès que je fus arrivé à la route, ce fut un éblouissement. Là où je n’avais vu, avec ma grand’mère, au mois d’août, que les feuilles et comme l’emplacement des pommiers, à perte de vue ils étaient en pleine floraison, d’un luxe inouï, les pieds dans la boue et en toilette de bal, ne prenant pas de précautions pour ne pas gâter le plus merveilleux satin rose qu’on eût jamais vu et que faisait briller le soleil ; l’horizon lointain de la mer fournissait aux pommiers comme un arrière-plan d’estampe japonaise ; si je levais la tête pour regarder le ciel entre les fleurs, qui faisaient paraître son bleu rasséréné, presque violent, elles semblaient s’écarter pour montrer la profondeur de ce paradis. Sous cet azur, une brise légère mais froide faisait trembler légèrement les bouquets rougissants. Des mésanges bleues venaient se poser sur les branches et sautaient entre les fleurs, indulgentes, comme si c’eût été un amateur d’exotisme et de couleurs qui avait artificiellement créé cette beauté vivante. Mais elle touchait jusqu’aux larmes parce que, si loin qu’on allait dans ses effets d’art raffiné, on sentait qu’elle était naturelle, que ces pommiers étaient là en pleine campagne comme des paysans, sur une grande route de France. Puis aux rayons du soleil succédèrent subitement ceux de la pluie ; ils zébrèrent tout l’horizon, enserrèrent la file des pommiers dans leur réseau gris. Mais ceux-ci continuaient à dresser leur beauté, fleurie et rose, dans le vent devenu glacial sous l’averse qui tombait : c’était une journée de printemps."

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2018/03/pour-feter-le-debut-du-printemps-un-champ-de-pommiers-en-fleurs.html

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Un champ de pommiers en fleurs... Proust

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19 réactions à cet article    


  • Aïe Rosemar, attendez-vous à quelques jets de pommes pourries,.... smiley)


    • rosemar rosemar 10 avril 13:40

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Quand la littérature et l’art pictural se rejoignent... il convient d’admirer dans tous les sens du terme...

    • @rosemar


      je ne peux qu’abonder dans votre sens. Mais Proust est-il le meilleur exemple à prendre pour conter fleurette à une dame ???? Ma grand-mère qui s’appelait justement Flore fut ainsi charmée et même séduite par les superbes lettres que lui écrivait,....le frère....de son amoureux qui était plutôt, vous aurez compris : bi. Je ne vous raconte pas la suite de l’histoire, c’est du Rostand,...Mon arbre généalogique a un petit point d’interrogation,...que je m’amuse souvent de remplir au gré de ma fantaisie, le grand-oncle en question ayant connu Cocteau,...

    • Impossible de comprendre pourquoi, ces deux hommes qui étaient très beaux furent l’un et l’autre frères. Le premier, Roi des mots croisés, peintre, chapelier à la cour de Suède et l’autre, flamand, primaire, sans aucune culture, agacé quand ma grand mère lisait en cachette simone de Beauvoir. Bizarre les familles parfois Effectivement, il y a de quoi parfois, s’emmêler les pinceaux,...,..


      • belin 10 avril 13:59

        Oh putain le désastre , là c’est vraiment noircir du papier. Si vous etes en manque d’inspiration , reposez vous , çà va vous faire du bien , surtout à votre tete un peu fragile.


        • rosemar rosemar 10 avril 20:18

          @belin

          Vous n’aimez pas la littérature, les beaux textes ? Vous n’aimez pas la peinture ?
          Quel dommage !

        • ZenZoe ZenZoe 10 avril 14:05

          « La réalité est tellement belle qu’elle semble presque composée artificiellement, tout en restant naturelle.... »

           ??


          • Clark Kent Kent 10 avril 14:47

            @ZenZoe

            cherchez pas !
            c’est un peu comme une réalité qu’on rêve, quoi !

          • rosemar rosemar 10 avril 20:20

            @ZenZoe

            L’art permet de nous faire percevoir encore mieux toutes les beautés de la nature... ce n’est pas une simple transcription de la réalité...

          • Clark Kent Kent 10 avril 14:42

            « Toutes ces évocations font songer à une beauté féminine, parée pour aller au bal... »


            Vous projetez vos propres rêveries. La beauté « féminine » n’était pas vraiment ce qui émoustillait Marcel qui, lui, rêvait de bals ouverts par de jeunes jouvenceaux...

            • gueule de bois 10 avril 15:28

              @Kent
              Ben oui, c’est peut-être pas par hasard qu’il a été inspiré par Sodome. Le seul mystère c’est Gomorrhe à la place de Gonorrhée (un lapsus ?).


            • Mon compagnon s’amuse souvent à singer les homos : les femmes aiment les fleurs, les papillons. Il est assez comique et me fait rire. Raté sa vocation de comédien.


              • L'enfoiré L’enfoiré 10 avril 17:15

                @Mélusine ou la Robe de Saphir.

                « Dites-le avec des fleurs »
                Cela passe toujours mieux


              • @L’enfoiré


                Ma grand-mère qui m’a élevé s’appelait FLORE. Tout un programme. Sur la tombe de ma mère (si belle), nous avons posé sa photo avec son plus beau sourire entourée de fleurs des champs. J’espère que parfois quelqu’un s’arrête pour regarder. Il tomberait d’emblée amoureux... Mais mon plus beau cadeau (Rosemar sait,...) : une Rose en cuivre Forgé. quand j’ai un peu le blues, mon compagnon, pas trop jalouX de mon histoire ancienne, allume délicatement une petite lampe en dessous de la ROSE qui projette son Ombre gigantesque au plafond...de mes beaux souvenirs.

              • « élevée » bien sûr. Mon père aurait préféré un garçon...


              • L'enfoiré L’enfoiré 11 avril 12:57

                @Mélusine ou la Robe de Saphir.

                 Sans plus de famille.
                 Une mère qui a terminé son « périple » au cimetière après 6 ans sous une tombe de pierres bleues.
                 Mais les souvenirs restent racontés dans mon autobiographie romancée..
                « Je suis né à 17 ans » écrivait Thierry Baccaro
                 Chacun devrait écrire son autobiographie pour ne pas se ressentir comme une exclusivité. 


              • L'enfoiré L’enfoiré 10 avril 17:14

                Rebonjour rosemar

                Je vous le donne en mille.
                A la lecture des mots Sodome et Gomorrhe, j’ai pensé à une autre signification écrite autrement et utilisé comme titre dans un billet :
                « Zo dom & Go more »
                C’est du bilingue. Une partie en néerlandais et une autre en anglais.
                Je traduis : « Aussi fou et aller toujours plus ».

                Pardonnez-moi car j’ai péché smiley

                 


                • UnLorrain 10 avril 19:29

                  Des pommes cuites Melusine ( elles sont cuites,chez Mirbeau,dans ce que je crois être la plus réaliste,la plus dure aussi,de ses nouvelles,il les jette a un certain Rodin,la nouvelle est Un homme sensible,il est mieux de l’écouter sur litteratureaudio car elle est admirablement bien lue.

                  « tu es comme un pommier d’avril,tu te remplie d’une bonne sève qui éclate un peu partout » cette phrase est dans une nouvelle d’un monsieur qui peut se faire extrêmement moqueur « tisonneur »,démontre les turpitudes instinctive que Hugo a pressenti. La nouvelle est Un cas de névrose,elle amusera mais pourrait être telle qu’on voudrait ne pas l’avoir connu.

                  Oups le monsieur s’appelle Aurélien Scholl..une des rares personnes qui serre la main a Bloy Léon.


                  • leberwurst 10 avril 22:27

                    La santé va mieux ?

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