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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Un Don Juan charmeur et désinvolte à la Comédie Française

Un Don Juan charmeur et désinvolte à la Comédie Française

Quel contraste entre le Tartuffe dépassionné de Marion Bierry aux tons froids et à la réalisation approximative au Théâtre de Paris et ce Dom Juan proposé à la Comédie Française.

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DON JUAN
photo © Theothea.com

La mise en scène de Jean-Pierre Vincent, au Théâtre Ephémère, est audacieuse et réglé au millimètre.

Elle s’ouvre sur un superbe décor aux teintes chaudes telle une peinture vénitienne sur fond bleu ébloui d’une lumière crue méditerranéenne ; celle-ci (Alain Poisson) découpe les personnages, les mettant en relief dans leurs somptueux costumes, aux étoffes chatoyantes (Patrice Cauchetier).

Ce décor de Jean-Paul Chambas, aux plans géométriques, évolue en fonction des épisodes de la marche vers l’abîme de Dom Juan et de son valet Sganarelle.

Au 2ème acte, dans leur fuite, la tempête les jette sur une plage, aux grands pins parasols rappelant une toile de maître ; la forêt du troisième acte sera renversée, arbres à l’envers pour mieux devenir le mausolée du Commandeur et la fameuse statue prendra, ici, la forme d'un immense bloc rouge se déplaçant et duquel surgira un être gigantesque.

Après cette traversée, telle une remise en question métaphysique, Dom Juan, rejaillira aussi frais et jouisseur, pour mieux défier le Commandeur lors d’un banquet cadré sur une grande table à la nappe d’une blancheur moirée.

Celui qui fuit ainsi a l’insouciance de la jeunesse.

Il a beaucoup de charme, ce Dom Juan, dégaine d’adolescent, croquant le vie à pleines dents, incapable dans son assurance inébranlable, de réfréner un tant soit peu ses désirs, virevoltant d’une femme à l’autre, abandonnant Elvire, jeune noble après l’avoir séduite, papillonnant autour de deux paysannes, qu’il délaisse par peur de l’ennui ou par lassitude.

Il n’y a pas de calcul chez lui ; c’est un enfant mutin et capricieux qui, par provocation, enfreint les règles de la morale et du religieux. Il ne réfléchit pas, n’accepte pas les contradictions, renvoie son créancier, rejette les remontrances de son père.

Par bravade, tel un d’Artagnan, il peut défendre, l’épée à la main, son rival attaqué par des bandits, inconscient de la portée de ses actes, il aime les défis, jusqu'au défi final : le repas avec la Statue du Commandeur.

Loïc Corbery, jeune sociétaire de la Comédie française est ce très original Dom Juan, à l’élégante séduction, très précis dans ses déplacements, ses postures ; l'acteur est magnifique de complexité, jusque dans sa transformation en faux dévot au terme de la pièce.

Emporté avec lui dans ses pantalonnades, le puissant Sganarelle est interprété par le merveilleux Serge Bagdassarian.

Massif et très mobile dans son costume moliéresque, il est, tel un Sancho Panza devant Don quichotte, égaré par les folies de son maître qu’il n’approuve pas ; il veut le remettre dans le droit chemin mais ne peut s’empêcher d’être son complice et de le suivre contre vents et marées. Pour laver sa conscience, il fait des remarques sentencieuses d’un bon sens populaire, à la cantonade.

Il s’essaie à la rhétorique, dans la pleuterie, véritable contrepoint d’une dispute philosophique existentielle entre le Maître et le valet comme les deux faces opposées mais complémentaires d’une vision du monde qui devrait les entraîner dans la damnation.

Chez Jean-Pierre Vincent, celle-ci ne s’achève pas par la mort foudroyante de Dom Juan après avoir touché la main du Commandeur, mais par une pirouette, un pied de nez au destin programmé.

En effet, tel un tour de passe-passe à la surprise générale, Dom Juan, terrassé, se relèvera et, rejoint par son compagnon Sganarelle, ils quitteront tous deux la scène, riant d’un dernier bon tour joué aux bien-pensants de l’ordre moral et religieux.

Un final étonnant, qui s’éloigne de Molière au terme d’une mise en scène jusque-là d’une grande fidélité, mais voilà le théâtre est magique !

Alors, d’un coup de baguette et …aussi léger que l’air, Dom Juan, désinvolte, nous nargue une dernière fois, telle une énigme transcendentale.

photos © Theothea.com 

DON JUAN - ***. Theothea.com - de Molière - mise en scène : Jean-Pierre Vincent - avec Alain Lenglet, Julie Sicard, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Clément Hervieu-Léger, Pierre Louis-Calixte, Suliane Brahim, Jérémy Lopez, Jennifer Decker & Jean-Michel Rucheton - Comédie Française 

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DON JUAN
photo © Theothea.com

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2 réactions à cet article    


  • La mouche du coche La mouche du coche 11 octobre 2012 14:48

    J’ai vu la pièce au Français. Je l’ai trouvé bien joué mais mes voisins n’ont pas aimé la mise en scène, comme quoi smiley ....


    • rosemar rosemar 11 octobre 2012 22:24

      Un don Juan qui ne réfléchit pas ?Est ce possible ?C’est un personnage plein d’intelligence :ses discours sont brillants ,bien construits ....Est ce bien le Don juan de Molière ?J’ai du mal à le reconnaître dans cette mise en scène....Merci ,en tout cas ,pour cet article qui donne envie de voir cette mise en scène...

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